Archive for the 'Archives Ouvertes' Category

Chorus et Share

5009661582_7c08e91ebd_mL’annonce faite en février dernier par la Maison Blanche requérant la mise en accès ouvert des résultats de la recherche financée sur fonds publics invitait les agences gouvernementales concernées à mettre en place des outils pour assurer le stockage et la diffusion de ces données. Deux réponses ont émergé pour faire face à cette exigence, l’une émanant des éditeurs commerciaux, Chorus, l’autre étant soutenue par les bibliothèques, Share.

Chorus : on s’occupe de tout
L’argument principal des tenants de Chorus, c’est, believe it or not, de faire faire des économies au gouvernement américain. Les éditeurs s’engagent en effet à monter à leurs frais un portail d’accès aux articles en OA hébergés sur leurs plateformes. Les données sur le financement seraient mises à jour grâce à l’outil FundRef, déclinaison spécifique du système CrossRef pour l’identification et le signalement des publications (c’est CrossRef qui attribue les DOI aux articles). Du coup, plus besoin pour les autorités de maintenir des outils comme PubMedCentral, l’archive ouverte financée par les NIH.
Sauf que…
– Les éditeurs ne savent pas signaler correctement les articles en OA dans leur propres bases (voir mes essais précédents, par exemple).
– Ce n’est d’ailleurs pas dans leur intérêt : c’est même plutôt le contraire. Faire en sorte que ce soit la croix et la bannière pour trouver un article en OA, ou qu’au final la consultation se fasse en mode dégradé (sans possibilité de télécharger ou d’imprimer, par exemple), bref que l’expérience utilisateur soit bien meilleure sur les interfaces payantes, c’est aussi une stratégie de protection du patrimoine des éditeurs.
– Ce sont les agences qui ont les données les plus précises, les plus exhaustives et surtout les plus justes sur les financements, pas les éditeurs : le temps que FundRef soit réellement exploitable risque d’être assez long, ce qui risque de ralentir encore la mise en accès public des contenus.

Share : entrez, c’est ouvert
Ce que proposent les associations de bibliothèques et d’universités à l’initiative de Share (ARL, AAUL, APLU), c’est de s’appuyer sur le réseau des archives ouvertes existantes, qui serait en quelque sorte moissonné pour permettre une recherche fédérée. La plupart des archives ouvertes utilisant des logiciels open source et des protocoles libres, il ne devrait pas y avoir de problèmes d’interopérabilité. L’ARL a obtenu une subvention de 50 000$ de la Sloan Foundation , qui doit permettre de concevoir une feuille de route pour la mise en place du projet.
Fiche d’informations de l’ARL sur SHARE
Le draft du projet SHARE
Pour l’instant on ne sait pas lequel des 2 projets sera choisi : les projets ont bien été présentés dans le délai de 6 mois imposé par l’OSTP, mais on ne sait pas quand les agences se prononceront.

[Photo : Opensourceway]

FRPAA et FASTR

3032252292_c5979d18c1_mVoilà quelques temps que je me dis qu’il faut que je fasse un billet sur FRPAA, et voilà qu’arrive FASTR : je vais tâcher de faire un petit récapitulatif sur ces 2 projets de loi.

Au commencement était FRPAA
Le Federal Research Public Access Act (FRPAA), proposé à plusieurs reprises depuis 2006, est un projet de loi qui demande la mise en accès libre des résultats de la recherche financée sur fonds publics par 11 agences fédérales des Etats-Unis. Les agences en question financent chacune pour plus de 100 millions de dollars de recherche, et couvrent la plupart des secteurs d’activité : agriculture, education, défense, santé etc. Elles doivent mettre en oeuvre une politique de libre accès et s’assurer que les articles soient déposés soit sur leurs propres serveurs, soient dans des archives ouvertes, afin de garantir un accès libre et pérenne aux documents. Ceux-ci doivent être rendus accessibles dans un délai de 6 mois maximum après publication dans une revue académique.
Malgré des soutiens de plus en plus nombreux (le dernier en date provenant d’une cinquantaine de prix Nobel, tout de même), le projet n’est jamais passé au vote dans les instances législatives américaines.
Comme on peut s’y attendre, l’Association of American Publishers (AAP) s’oppose fermement à ce projet depuis le début, arguant que cette loi, si elle était votée, placerait les agences fédérales en concurrence avec les éditeurs privés, saperait à la fois le copyright et le système de peer-review (on ne voit/dit pas bien comment, mais la dialectique à base de FUD a comme un air de déjà vu), et, surtout, entraînerait des coûts et du travail supplémentaires pour les agences qui seraient obligées de créer des bases de données pour organiser l’accès aux documents, alors que de tels outils existent déjà (produits par le secteur privé).
Puis vint FASTR
Le projet de loi Fair Access to Science and Technology Research Act (FASTR), qui vient tout juste d’être soumis aux 2 chambres américaines, reprend les mêmes revendications que FRPAA, mais les renforce en demandant en plus :
– à ce que les résultats de recherche puissent être réutilisés et traités informatiquement (analyse et fouille de données)
– à ce que les articles déposés dans les archives ouvertes le soient dans des formats et selon des conditions qui permettent la réutilisation des données
– à ce que les rapports annuels des agences concernées dressent un état des conditions de réutilisation des articles déposés et étudient la possibilité de les diffuser sous une licence permettant une libre diffusion à condition de mentionner la paternité des auteurs.
2086157902_481ecf2e04_mComme pour FRPAA, les agences auront 1 an de transition pour implémenter leur politique de libre accès. Comme pour FRPAA, les questions de copyright ne sont pas directement remises en cause : les agences ne demandent pas le transfert des droits, elles utiliseront des licences non-exclusives pour la diffusion (après, aux auteurs de regarder de près ce qu’ils signent et ce qu’ils cèdent aux éditeurs…). Comme pour FRPAA, les agences seront libres de choisir l’organisation qui leur convient pour la mise en oeuvre de leur politique : le projet n’impose pas de modèle unique.
Dans les 2 cas, c’est la voie verte ("green OA") qui est mise en avant : les articles doivent être déposés dans des archives ouvertes, dans leur version acceptée pour publication. Rien n’empêche les auteurs de publier aussi dans des revues en libre accès ("gold OA"), mais ce n’est pas l’objet du projet.
Sorti le 13/02, FASTR a d’ores et déjà le soutien de plusieurs associations (bibliothèques US, SPARC, Electronic Frontier Foundation, Creative commons…), qui soulignent que "cette loi fait avancer les progrès réalisés avec la politique d’accès public des NIH, la première agence américaine a exiger un accès public aux résultats de la recherche financée par les contribuables. Depuis la mise en place de cette politique, ce sont en moyenne 90 000 nouveaux articles dans le domaine biomédical qui sont accessibles à tous chaque année. Et la demande pour ce type d’information est extrêmement forte, avec plus de 700 000 visiteurs uniques se connectant [à Pubmed Central] chaque jour. Avec FASTR, les résultats de recherche concernant des thématiques également importantes – du changement climatique aux énergies renouvelables – seront tout aussi facilement accessible au plus grand nombre."
3031410561_6fdf0f6ba6_mDe nouveau, l’AAP a rapidement manifesté son opposition : pour elle, FASTR est "inutile et un gaspillage d’argent public"… (je vous fais grâce du reste des arguments, ce sont toujours les mêmes).

Sources

[Photos : Mederic,Artchemist2007, Mederic]

Effet positif des mandats pour le green OA

4336201148_e66ac0db54_mContrairement à ce qui est avancé dans le rapport Finch, il semble bien que l’existence d’une obligation de dépôt dans une archive ouverte soit fortement corrélée avec le nombre de dépôts effectifs. C’est en tout cas la conclusion à laquelle arrivent des chercheurs canadiens et britanniques dans Testing the Finch Hypothesis on Green OA Mandate Effectiveness :
"… les obligations de dépôt en Open Access ont un impact majeur, et plus l’obligation est forte, plus cet impact est important (le mandat de l’université de Liège, qui lie le dépôt à l’évaluation des performances de recherche étant le modèle le plus "contraignant"). Le conseil de la recherche du Royaume-Uni (Research Council of the UK, RCUK), ainsi que toutes les universités, les institutions de recherche et de financement de la recherche au niveau international seraient bien inspirées de mettre en place de fortes obligations de dépôt dans les archives ouvertes et d’instaurer des mandats institutionnels et liés au financement de la recherche."
Selon les auteurs, les obligations de dépôt permettent d’augmenter significativement le taux de publications en libre accès : pour le royaume-uni il serait proche de 40%, alors que le taux moyen tourne plutôt autour de 25%.
[photo : lissalou66]

Une subvention pour la gouvernance d’ArXiv

La bibliothèque de l’Université Cornell vient de bénéficier d’une subvention de la Simons Foundation pour assurer la viabilité d’ArXiv, l’archive ouverte de référence en sciences. En janvier 2010, la bibliothèque avait attiré l’attention de la communauté scientifique internationale sur la nécessité de trouver un financement pour assurer le fonctionnement et l’évolution de l’archive. Plus de 300 000$ avaient été trouvés dans l’année, auprès des universités et établissements de recherche les plus utilisateurs de l’archive.
Cette subvention, d’un montant de 60 000$, financera le travail sur le modèle économique de l’archive, et sur sa viabilité à long terme ; elle vise en effet à :
"- développer un ensemble de principes de fonctionnement pour arXiv et solliciter l’avis d’acteurs-clé
– affiner le modèle économique institutionnel et le prévisionnel budgétaire
– déterminer un modèle de gouvernance et des règles définissant clairement les rôles et les responsabilités de la bibliothèque et de ses partenaires
– mettre en place un premier conseil de gouvernance, reflétant les niveaux de contribution financière des principaux acteurs et la communauté scientifique"
Elle vient s’ajouter aux contributions annuelles des établissements.
Le site arXiv support fournit des informations très détaillées sur le montant des contributions, sur les statistiques d’usage et sur les coûts de fonctionnement.
[photo : Jsome1]

CR : Publications scientifiques et financement européen

J’ai assisté cette semaine à la matinée d’étude "Publications scientifiques et financement européen" organisée par Couperin pour présenter les initiatives de la Commission Européenne sur le sujet, et plus particulièrement le projet OpenAIRE.
La manifestation était de qualité, j’en retiens plus particulièrement 2 temps :
Keynote : Reconstruire la République des sciences par le libre accès : responsabilités et évaluation des chercheurs – Jean-Claude Guédon
Pour JCG, la Science est une « grande conversation ». Les associations savantes, les éditeurs, les bibliothécaires soutiennent cette « grande conversation », en diffusant l’information scientifique. Il fait les constats suivants sur la diffusion en libre accès :
– L’Open Access a rencontré beaucoup de succès depuis sa naissance en 2001-2002 : il existe de + en + d’archives institutionnelles, et plus de 5000 revues en OA sont recensées par le DOAJ. Un mouvement qui prend de l’ampleur, mais qui hésite sur la suite.
– Une faiblesse : le déséquilibre qui demeure entre le rôle des bibliothécaires (très positif, mais qui manque de légitimité) et la logique des chercheurs (relativement indifférents aux nouveaux usages mis en avant par les bibliothécaires)
– Malgré ces progrès, l’intérêt des chercheurs demeure pour les revues prestigieuses, et pas pour les revues en OA de visibilité moyenne (PLoS, Biomed Central), en raison de leur utilisation comme élément d’évaluation de la carrière des chercheurs.
Comment faire avancer les choses ? Vraisemblablement en faisant évoluer les métriques utilisées pour l’évaluation des chercheurs.
Si on prend le cas du facteur d’impact – de plus en plus détourné de son usage initial (l’évaluation des revues) pour évaluer les chercheurs – on voit que, à l’instar des pratiques utilisées en athlétisme pour la course de sprint, où les temps sont désormais calculés au centième de seconde, le facteur d’impact a lui aussi 3 décimales : on a augmenté artificiellement sa valeur pour créer de la compétition, du spectacle. Du coup, comme en athlétisme, on voit émerger des « champions » de la recherche, et du « dopage » : certains n’hésitent pas à adapter leur production scientifique à la métrique (voir des exemples d’articles retirés et autres malversations intellectuelles sur le site Badscience), qui agit comme une « stéroïde intellectuelle ». L’évaluation de la qualité générale de la science doit pouvoir se faire en dehors des « champions de la métrique » : de nouvelles formes d’évaluation peuvent s’élaborer avec l’Open Access ; on peut imaginer par exemple de mesurer un facteur d’éducation, un facteur social… Cela permettrait de reconstruire le jeu de la concurrence scientifique de façon plus saine, d’articuler la quête de l’excellence à la quête de la qualité. Plusieurs pays se sont démarqués de cet indicateur et ont bâti leurs propres métriques, notamment en Amérique Latine avec SCIELO.

Table-ronde – Rendre les travaux librement accessibles : quel intérêt pour un chercheur ?
Il a été demandé aux 4 intervenants – des "power users" de Hal, issus de différents organismes de recherche, qui déposent beaucoup – comment ils percevaient leur plateforme :
- Importance de Hal pour repérer la littérature grise : le fait que Hal héberge d’autres types de documents que les articles (thèses, rapports…) est très apprécié : il permet de mettre en valeur facilement toutes les publications sur un projet, ainsi que de collaborer sur des documents non publiables (cas d’un document de travail alimenté en commun dans le cadre d’un projet européen)
– Intérêt principal pour le chercheur : avoir la liste complète de ses publications à un seul endroit, et pouvoir l’utiliser pour alimenter une page perso, ou la page de son laboratoire.
– Hal est un moyen de mettre sa production à disposition du public (qui n’a pas forcément accès aux revues en ligne dans lesquelles la recherche est publiée), mais pas un système de validation (ce rôle reste celui de la revue). C’est un auxiliaire utile, mais pas un outil de travail principal.
– Forte utilisation de Google ou Google Scholar comme point d’entrée dans une recherche, les chercheurs se tournent vers les bases de données spécialisées à partir du moment où ils veulent citer des articles. Hal n’est pas utilisé comme moteur de recherche.
– Le fait que les dépôts dans Hal soient assez rapidement indexés par Google Scholar est un vrai plus pour se faire connaître et de se faire citer.
– Hal est devenu petit à petit un outil partagé par les chercheurs, un point commun entre différentes institutions, toutes disciplines confondues.
– En ce qui concerne les améliorations souhaitées : plus d’automatisation pour repérer les travaux publiés dans les bases des éditeurs et demander aux auteurs de déposer, une compatibilité avec d’autres outils que Pubmed et ArXiv ; Endnote est cité.
[photos : Vestman, Waltarrrr]

Changements pour E-LIS

Je relaie bien volontiers aujourd’hui ce communiqué de l’équipe d’E-LIS, l’archive ouverte internationale spécialisée en sciences de l’information et des bibliothèques :
E-LIS a migré sur D-SPACE
L’AePIC CILEA – Consorzio Interuniversitario Lombardo per L’Elaborazione Automatica – le consortium universitaire italien qui héberge et assure la maintenance technique d’E-LIS, a proposé en 2010 de passer d’EPrints à DSpace. L’équipe d’E-LIS a accepté cette proposition, et la migration a eu lieu entre décembre 2010 et janvier 2011, grâce à l’excellent travail de l’équipe de Susanna Mornati et d’Andrea Bollini. La migration est terminée, il reste jusque quelques améliorations à apporter à l’interface utilisateur, qui vont être effectuées au cours des semaines qui viennent. Nous avons conscience du fait que ce changement peut causer quelques difficultés aux utilisateurs habitués à déposer dans EPrints. Nous vous invitons, si c’est votre cas, à nous contacter via la liste de diffusion [http://groups.google.com/group/e-lis-e-prints-in-library-and-information-science] pour obtenir de l’aide dans le processus de dépôt.

De nouvelles organisations soutiennent E-LIS
Nous sommes heureux de vous annoncer qu’E-LIS est dorénavant soutenu par un plus grand nombre d’institutions :
– le CILEA via l’équipe AePIC, gérée par Susanna Mornati, qui apporte son soutien technique à E-LIS depuis janvier 2003
– la FAO (ONU) via son équipe FAO AIMS, gérée par by Johannes Keizer, engagée dans E-LIS depuis 2010
DURASPACE qui rejoint E-LIS en 2011.
Vous trouverez plus d’informations à ce sujet ici : http://eprints.rclis.org/cms/support

Une nouvelle gouvernance pour E-LIS
E-LIS est un projet à but non lucratif organisé, géré et maintenu par une équipe internationale de bibliothécaires d’horizons différents. La force de cette archive institutionnelle réside dans ses 60 éditeurs nationaux, issus de 44 pays, qui prennent en charge le contrôle qualité des métadonnées des documents auto-archivés par leurs auteurs, ainsi que le respect des politiques de soumission et de copyright. E-LIS dispose de 5 éditeurs régionaux qui interviennent en appui aux éditeurs nationaux pour assurer le bon fonctionnement du processus de dépôt et pour coordonner leur travail. Ce travail éditorial est effectué sous la houlette d’un comité de rédaction (Executive Board), qui gère les décisions politiques, les partenariats, les nouvelles actions, les collaborations et tout autre sujet intéressant E-LIS. Le comité de rédaction est composé de 2 rédacteurs en chef (chief executives), de 2 représentants de l’équipe éditoriale, de 2 représentants du CIEPI – International Centre for Research in Information Strategy and Development – qui est l’association créée par les membres d’E-LIS pour représenter administrativement et juridiquement les intérêts d’E-LIS – et de 2 représentants techniques expérimentés dans l’utilisation de DSpace. En complément de cette structure s’ajoute un organe de conseil (advisory board), formé par les institutions et les individus qui soutiennent E-LIS.
Vous trouverez plus d’information à ce sujet ici : http://eprints.rclis.org/cms/governance

Enfin, cette année est celle du 8ème anniversaire d’E-LIS !

Pour finir, je voudrais remercier, de la part de toute l’équipe d’E-LIS, la communauté des sciences de l’information et des bibliothèques, qui nous a fait confiance jusqu’ici.

Cordialement,
Imma Subirats
E-LIS Chief Executive and Co-Founder
E-LIS, E-prints in Library and Information Science
http://eprints.rclis.org/

Déjà 300 000 $ pour arXiv

En janvier dernier, l’Université de Cornell faisait savoir à la communauté qu’elle ne pouvait plus assumer seule le fonctionnement d’ArXiv, l’archive ouverte de référence dans le domaine de la physique et des disciplines associées, et qu’elle allait demander une contribution aux établissements les plus utilisateurs du service.
Où en sommes-nous 10 mois après ? Selon cet article du Chronicle, Cornell pourrait d’ores et déjà compter sur environ 300 000$ de contributions, émanant de 85 institutions. Mais cela risque de ne pas suffire : d’après Anne Kenney, la bibliothécaire de l’Université, les coûts de fonctionnement et d’évolution du service pourraient avoisiner annuellement le demi-million de dollars. La question du modèle économique de cette archive, et des archives ouvertes en général, reste donc posée.
[photo : sonicfour]

Rendre les archives intitutionnelles + attractives

Pour inciter les chercheurs à déposer dans des archives ouvertes, il y a les mandats institutionnels. Mais il pourrait y avoir aussi une évolution des fonctionnalités et/ou des types d’archives disponibles. Dans ce post, M. Fenner liste une série de possibilités d’enrichissement, essentiellement dans le domaine biomédical :
– L’hébergement de sets de données de recherche
– La création d’une archive disciplinaire pour la recherche biomédicale : en effet, PubMed Central et UK PubMed Central n’accueillent que les articles qui ont été financés par certains organismes.
– La création d’une archive pour les pré-publications d’essais cliniques, un peu comme ArXiv le fait pour la physique.
– Le fait que plus d’éditeurs autorisent l’auto-archivage
– Une intégration des archives dans le processus de soumission des articles
– Une intégration dans l’annuaire de la recherche des institutions (cf BibApp)
– L’usage d’un identifiant unique pour l’attribution des citations (cf ORCID, dont MF est l’un des principaux promoteurs).

[photo : alex_ark_55_55]

L’OA « vert » n’est pas la panacée

"La voie "verte" vers le libre accès est simple : pour chaque article de revue scientifique, il faut qu’au moins un des auteurs fasse le nécessaire pour s’assurer que l’article en question est accessible en ligne librement, où que ce soit. Ils peuvent le déposer dans PubMed Central, ou bien mettre le pdf ou leur propre version de travail sur leur site web. Cependant, la méthode préférée de nombreux défenseurs du libre accès "vert" reste le dépôt dans une archive institutionnelle : chaque bibliothèque universitaire gère sa propre base de données des publications des chercheurs qui y sont affiliés. C’est effectivement une solution au problème de l’impossibilité d’accès aux articles que l’on souhaite lire.

Ca va vous paraître une hérésie, mais le problème de l’accès n’est pas intéressant. Les éditeurs commerciaux butés ont raison quand ils disent que la plupart des gens peuvent lire la plupart des articles qui les intéressent. Oui, cela signifie envoyer des messages aux auteurs, pirater entre amis, et emprunter des mots de passe, et oui, c’est un vrai problème, et non, les éditeurs commerciaux n’ont aucune excuse pour ne rien faire contre ça. Mais ce n’est plus un problème intéressant. Nous laisser lire un article librement, sans avoir à se connecter ou à harceler l’auteur au bout de 12 mois, ce n’est pas une révolution.

Il y a d’autres problèmes tout aussi ennuyeux dans le domaine de la publication scientifique que le libre accès "vert" ne résout pas. Comme par exemple trouver comment les bibliothèques universitaires peuvent échapper aux éditeurs parasites (ceux qui ne jurent que par l’accès sur abonnement), qui sont en train de tuer à petit feu leurs hôtes sans défense. Le libre accès "vert" envoie à ces éditeurs parasites le message qu’ils peuvent continuer à vider les bibliothèques de leurs budgets en leur vendant des bouquets d’abonnements à des revues de faible qualité que peu de gens veulent lire, du moment qu’ils ouvrent l’accès aux articles au bout de 12 mois.

C’est maintenant, alors que les bibliothèques sont confrontées à leurs plus grandes restrictions budgétaires depuis le début de la crise, le moment idéal pour qu’elles aient le cran d’intervenir, de dire "non", et de se débarrasser de ces parasites une bonne fois pour toutes, avant que quelqu’un n’arrive et ne les bâillonne derrière un énorme sparadrap. Les étudiants devraient se révolter en apprenant qu’ils vont devoir se passer de manuels et d’ordinateurs parce que leurs bibliothèques préfèrent dépenser plusieurs dizaines de milliers d’euros pour un bouquet d’obscures revues de seconde zone. Au lieu de cela, nous sommes distraits par le libre accès "vert", parce qu’on nous dit que c’est de cela que la recherche a désespérément besoin."

Joe Dunkley dans "Green is no goal", sur Journalology. Il évoque ensuite les "vraies révolutions" pour la recherche : la diffusion ouverte de données dans des formats structurés (il cite l’exemple de ce qui a été fait en génomique), et l’open notebook science (la science "ouverte", dont les partisans diffusent librement leurs travaux, recherches et expérimentations en cours, en toute transparence), susceptible de modifier profondément selon lui la manière de faire de la recherche.

[photo : gfpeck]

Elsevier en plein déni

Extrait de l’interview de Claudio Aspesi, analyste financier à propos des évolutions possibles pour Elsevier, par Richard Poynder sur son blog Open and shut ? – je vous conseille de le lire en entier, si vous vous intéressez aux questions de doc électronique – :

"RP: Dans un rapport publié en mars, vous disiez "Reed Elsevier semble nier l’ampleur du problème pouvant affecter l’édition scientifique, et une approche plus en profondeur sur cette question serait la bienvenue." Pouvez-vous nous en dire plus sur ce à quoi vous faites allusion ?
CA:
Si – et je tiens à souligner le "si" – les contraintes budgétaires sur les bibliothèques universitaires résultent en plusieurs années de faible augmentation, voire d’absence d’augmentation des revenus, les éditeurs devront, au minimum, réduire fortement leurs coûts de production.
Si les contraintes budgétaires conduisent à des suppressions massives de contrats de type "big deal", et à une offre de nouveaux contrats à 20-30% de dépenses en moins, les éditeurs auront l’obligation de s’adapter. Aussi longtemps que les gestionnaires sembleront croire (si l’on en juge leurs déclarations publiques) qu’il n’y a aucune probabilité pour que leurs revenus restent inchangés pour les nombreuses années à venir, il faudra se demander s’il existe un plan B, qui en est responsable, et quel type d’événement pourront le déclencher.
Il y a également le fait que les arguments qu’Elsevier a mis en avant par le passé à propos de l’OA ne sont pas convaincants : par exemple, quand Reed Elsevier affirme que l’OA est voué à l’échec à cause du besoin de validation par les pairs, la société ignore le fait que la plupart des partisans de l’OA  soutiennent la dissemination de cette validation.

RP: Je pense que ce que vous dites, au fond, c’est que le groupe est en déni face à l’Open Access (OA), et à son impact probable sur sa rentabilité future. En quoi l’OA est-il une menace pour l’avenir d’Elsevier ?
CA:
L’OA n’a pas besoin d’être une menace. En fait, je pense qu’un passage vers l’OA "en or" (Gold OA) pourrait être bénéfique à Elsevier : si les revues proposaient des coûts de publication correspondant globalement aux revenus que la compagnie perçoit actuellement, elle maintiendrait son niveau de revenu, pour un coût vraisemblablement moindre.
La véritable menace vient de l’auto-archivage des revues validées par les pairs [Green OA]. C’est cela qui rend SCOAP, le modèle développé par la communauté des physiciens, tellement  perturbant : il réduit le rôle de l’éditeur à la gestion du processus de validation, avec éventuellement un peu de mise en page. Cela nécessite des coûts plus faibles, et nie la valeur du facteur d’impact.

RP: Alors quel est le fond du problème auquel fait face Elsevier  ?

CA: La société a élaboré un modèle économique sur un principe d’augmentations de revenu annuelles, justifiées et donc financées par le lancement continu de nouveaux titres. Cela a bien marché (en tout cas pour Elsevier) tant que les bibliothécaires ont pu trouver l’argent nécessaire (quel qu’ait pu être leur mécontentement croissant de l’augmentation des dépenses). Cela ne peut pas durer si l’on continue à restreindre les budgets des bibliothèques."

[photo : deni]


août 2014
L Ma Me J V S D
« juin    
 123
45678910
11121314151617
18192021222324
25262728293031

Archives

Licence

Licence Creative Commons
Ce(tte) œuvre est mise à disposition selon les termes de la Licence Creative Commons Attribution 3.0 France.

Suivre

Recevez les nouvelles publications par mail.

Rejoignez 616 autres abonnés