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Double peine

7615370532_791d9a917c_z« Les commissions de recherche du Royaume-Uni, et d’autres organismes financeurs de la recherche, exigent la publication en accès ouvert des résultats de recherche qu’ils financent. Cela a abouti, pour l’University College of London (UCL), partisan de l’accès ouvert de la première heure, ainsi que pour d’autres universités à forte activité de recherche, à un double paiement auprès des éditeurs : une première fois sous la forme de frais de traitement (« article processing charges », APCs), pour pourvoir publier les articles en accès ouvert, et une seconde fois sous la forme d’abonnements, pour pouvoir lire ces mêmes articles.
Pour répondre à la pression de la communauté universitaire, portée par l’UCL, plusieurs éditeurs ont fini par reconnaître l’impact négatif de ces mesures sur le coût global de possession (ce que l’on désigne parfois sous le terme de « double-dipping »). Dans le cadre d’un accord conclus avec le JISC, les éditeurs Wiley-Blackwell et Taylor&Francis se sont engagés auprès de la communauté à répondre à ces inquiétudes avec des modèles innovants pour s’attaquer à la question du coût global de possession et faire baisser les dépenses totales payées actuellement par les BU. »

Je n’arrive pas à me réjouir de cette nouvelle, surtout après avoir commencé à recevoir mes devis pour 2015. Effectivement, il y a bien une colonne avec une réduction pour les publications en OA. Mais son montant est si faible, au vu des coûts des APCs pratiqués par les éditeurs (pas forcément les 2 évoqués ci-dessus, d’ailleurs)…

On apprend par ailleurs que les négociations entre l’association des universités des Pays-Bas et Elsevier sont dans l’impasse, justement parce que l’éditeur n’a apparemment pas été en mesure jusqu’ici de proposer une option crédible de transition vers la diffusion en accès ouvert. Si aucune solution n’est trouvée d’ici la fin de l’année, les accès seront interrompus : l’objectif affiché du ministère de la recherche hollandais est d’atteindre 100% de la production de recherche en OA d’ici 10 ans, il met en cohérence sa politique et ses actes, ce qui n’est pas si fréquent.

[Photo : danaharisson]

Gare aux chiffres !

WTF? - Francis Mariani - CC BY-NC-SAJ’ai lu dernièrement ici et :
– « … Elsevier a parfaitement compris une chose : c’est que si l’existence de ses revues importe tant, malgré tout, aux communautés scientifiques, ce n’est pas tant qu’il est pour elles crucial de lire les articles qu’elles contiennent (on en trouve la plupart sans problème en open access sur la Toile).« 
– « Actuellement, plus de 1 500 revues d’Elsevier sont au moins partiellement en « libre accès »…« 
Et là je me dis : zut, j’ai raté un épisode ou quoi ?
Aux dernières nouvelles, les articles publiés dans les revues hybrides (ces revues sur abonnement dans lesquelles il est possible, moyennant finances, de publier des articles en accès ouvert), notamment chez Elsevier, se comptent sur les doigts de quelques mains : 1014 articles en 2011, selon cette étude de Björk et Solomon sur les revues hybrides.
« 2011, ça date, les choses ont changé » me direz-vous ?
OK. Voici les chiffres que nous donne Science Direct pour les 8 titres les plus consultés par les membres de Couperin en 2012 (+ de 100 000 téléchargements) :

  • The Lancet : 451 043 articles, 302 en OA (0.06%)
  • Archives de pédiatrie : 11 756, pas d’article en OA
  • La revue de médecine interne : 18 803, 3 articles en OA (0.015%)
  • Tetrahedron letters : 93 149, 61 articles en OA (0.06%)
  • Annales françaises d’anesthésie et de réanimation : 10 244, 2 articles en OA (0.01%)
  • Tetrahedron : 46975, 26 articles en OA (0.05%)

Imaginons que les choses aient encore changé en 2013, et qu’on arrive à 1% d’articles en OA : nous serions encore bien loin d’un large accès aux contenus d’Elsevier. Il me semble utile de le repréciser.

De bonnes bases

3199154697_4b7fbde665Après avoir dénoncé publiquement les pratiques commerciales de certains éditeurs  (ACS l’an dernier, Sage ces dernières semaines), la directrice des bibliothèques du campus de Potsdam à New-York, Jenica Rogers, propose, dans l’optique de reprendre les relations avec les éditeurs sur de bonnes bases, une liste de principes élaborée avec ses bibliothécaires :
– Abandon des modèles tarifaires basés sur l’imprimés : l’électronique a sa propre valeur ajoutée, qui ne dépend en rien de choix faits précédemment pour le support papier.
– Fin des contrats pluri-annuels : tous les établissements d’enseignement supérieur étant touchés par des réductions drastiques de budget, il est préférable de garder une certaine souplesse financière pour  coller les achats de documentation numérique aux cursus.
– Refus de l’ajout automatique de contenus dans les bouquets : cela conduit à une augmentation mécanique des coûts, et à la perte de la maîtrise de la politique documentaire – une politique d’opt-in est préférable pour les nouveaux contenus.
– Evolution des big deals vers un modèle plus à la carte : pouvoir construire son propre bouquet, mixer des revues de niveau différent pour répondre aux attentes des publics.
– Plus de transparence dans la tarification, et moins de gaspillage de temps de travail : les négociations locales font perdre du temps aux éditeurs comme aux bibliothécaires.

Source : Attempting positivity by J. Rogers sur son blog.

[Photo : Jon Mc Govern]

Les effets des big deals

« The big deal and the damage done » : dans ce dernier ouvrage, Walt Crawford a étudié les dépenses budgétaires des BU américaines sur la période 2000-2010. Il montre de façon flagrante comment les « big deals », censés au départ aider les bibliothèques à élargir leur offre documentaire électronique pour un surcoût limité, les contraignent désormais à restreindre le reste de leur offre. Quelle que soit la taille de l’établissement, les budgets dédiés aux documents imprimés connaissent une baisse continue, alors que ceux des revues électroniques ne cessent d’augmenter… Pourtant, l’édition continue à produire de nombreux ouvrages chaque année, et les activités de recherche comme d’enseignement continuent à s’appuyer aussi sur les livres et autres documents imprimés, ou sur les revues des petits éditeurs ; seulement, les bibliothèques sont coincées par les « big deals », qui ne leur laissent plus aucune latitude documentaire. Il conclut :
« Si les choses continuent au rythme qu’elles ont connu entre 2000 et 2010, le dommage risque d’être irréparable, et un nombre croissant de bibliothèques risquent de devenir guère plus que des dispositifs de fourniture d’articles subventionnés. »
51754572_9c7dd86fd3_mLe livre est disponible au format ebook ou en POD chez Lulu.com.

Par ailleurs, Andrew Odlyzko s’intéresse aussi à la question dans Open Access, library and publisher competition, and the evolution of general commerce, et son analyse n’est pas non plus très optimiste :
« Les débats sur l’économie de la communication scientifique sont habituellement consacrés à l’Open Access, à l’augmentation du coût des revues, aux profits des éditeurs, aux boycotts. Ceci ne tient pas compte de ce qui semble être un des développements bien plus importants de ce marché. Les éditeurs, grâce aux offres souvent décriées que sont les « big deals », fournissent des accès plus larges et plus égalitaires à la littérature scientifique, ce qui se rapproche d’un véritable Open access. En même temps, ils marginalisent les bibliothèques, et récupèrent une part considérable des ressources dédiées à la communication scientifique. Cela leur permet de continuer à faire des profits, tout en maintenant ce que l’on appelle de puis plusieurs décennies « l’escalade intolérable du prix des revues ». Cela freine également l’expansion de l’Open Access, et conduit vraisemblablement à un oligopole d’éditeurs contrôlant la diffusion [de la recherche scientifique] au moyen de contrats de licence à grande échelle.
Il est intéressant d’étudier le phénomène des « Big deals » pour plusieurs raisons. La façon dont les éditeurs parviennent à diminuer le rôle des bibliothèques est un des indicateurs de l’amplitude et de la vitesse à laquelle les universités sont en train de se transformer. De plus, ces « Big deals » semblent montrer la direction vers laquelle s’oriente le futur de toute l’économie, qui se caractérise par un déclin de la vie privée, une augmentation de la discrimination par les prix, une augmentation de l’opacité des modèles tarifaires, une dépendance croissante au travail peu ou pas payé d’autres acteurs pour générer des bénéfices, et des modèles économiques qui dépendent de l’inertie des consommateurs. »
[photo : Jeff Werner]

Le coût du gold à Edimbourg

cc licensed (BY-NC-SA) flickr photo by Shabby Chic

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Une intéressante étude sur le coût de la publication dans des revues en open access (les revues « gold ») a été menée par l’université d’Edimbourg, extrait :
« Nous sommes conscients qu’avec un marché non élastique – les chercheurs ne vont pas aller faire leur marché ailleurs – et dans lequel les coûts sont « protégés » – le financement étant centralisé, les chercheurs ne sont pas directement concernés par les coûts – les APC vont rester élevés, parce que les forces habituellement en présence dans les marchés ne vont pas faire baisser les coûts. Nous pensons qu’un moyen d’action très efficace est d’être le plus transparent possible sur les coûts des APC des revues gold. Contrairement à la situation dans laquelle nous nous trouvons actuellement, où les coûts d’abonnement aux revues traditionnelles sont cachés aux yeux des usagers en raison des clauses de confidentialité des licences, toutes les institutions, y compris les universités et le RCUK, devraient s’efforcer de publier une analyse détaillée de leurs dépenses pour les revues en open access gold. »

Et la conclusion :
« En gardant à l’esprit les limites de l’étude, les données que nous présentons ici permettent de suggérer quelques éléments importants :

  • Les revues hybrides semblent être plus populaires pour la publication d’articles en open access
  • Les revues hybrides font généralement payer plus cher [leurs APC] que les revues entièrement en open access, indépendamment du facter d’impact de la revue
  • Il y a une corrélation positive entre les APC et le facteur d’impact, aussi bien pour les revues hybrides que pour les revues en open access complet

Cette étude soulève également d’autres points :

  • Pour être un succès, les politiques d’open access doivent évaluer rigoureusement la conformité [de la diffusion des publications], ces politiques semblent être plus efficaces lorsque des sanctions punitives sont imposées
  • Les établissements les plus actifs au niveau de la recherche vont vraisemblablement subir une « double peine » : non seulement ils publient plus d’articles, mais en plus ils les publient plus fréquemment dans des revues à fort facteur d’impact
  • Les établissements doivent être plus transparents en matière de coûts, et publier leurs données dans des formats permettant leur réutilisation. »

Source : Theo Andrew. « Gold Open Access: Counting the Costs « . November 2012, Ariadne Issue 70.

E-books et TVA

Vu sur l’édition 2012 du Rapport de l’International Publishers Association sur la TVA sur les livres   (merci à GC pour le signalement) :
« En 2012, 45% des pays analysés n’accordent aucune exemption ni aucun taux réduit pour les publications électroniques, un pourcentage qui reste inchangé par rapport à 2011. Ce traitement fiscal discriminatoire entre livres imprimés et électroniques se poursuit en violation des recommandations et des études comparatives de l’OCDE, qui préconisent une politique non-discriminatoire et l’application d’allègements sur les publications numériques. Comme l’usage de livres électroniques augmente particulièrement rapidement dans les pays du marché anglophone, et commence à être adopté dans d’autres pays, il devient vraiment urgent de se saisir de cette question. »
En effet, car les conséquences de cette TVA inadaptée sur le livre électronique sont multiples :
– maintien de coûts élevés sur des ressources que les lecteurs s’attendent à payer moins chers et dont les auteurs espèrent retirer un bénéfice plus important
– recul des initiatives pour le développement du numérique, dans l’éducation notamment
– pénalisation des lecteurs handicapés (qui ne peuvent pas, selon le handicap, utiliser de livres imprimés)
L’argument avancé le plus fréquemment par les tenants d’un fort taux de TVA étant la difficulté à repérer les livres électroniques parmi le reste des contenus numériques, on en revient à l’importance de bien définir ce qu’est un livre numérique (comme cela a déjà été évoqué lors des journées Couperin sur les e-books). Le rapport mentionne la définition utilisée par la ville de New-York, où un « produit » (ie un livre électronique) remplissant les conditions suivantes ne doit pas être taxé :
« a) L’achat du produit n’ouvre pas au lecteur l’accès à d’autres biens ou services, et toutes les révisions apportées au livre électronique sont limitées à la correction d’erreurs
b) Le produit est fourni sous la forme d’un téléchargement individuel
c) Le produit est vendu et promu en tant que livre électronique ou tout terme similaire
d) Si l’usage du produit nécessite que celui-ci soit mis à jour, ou bien fasse l’objet d’une édition nouvelle ou révisée occasionnellement, les mises à jour ou la nouvelle édition ou l’édition révisée ne doivent pas être effectuées plus d’une fois par an
e) Le produit n’est pas conçu pour fonctionner avec un autre logiciel que celui destiné à la lecture (que ce soit sur un Kindle, un Nook, un Ipad, un Iphone ou un ordinateur) »

Le rapport réaffirme en conclusion la nécessité d’aligner la fiscalisation des e-books sur celle des livres imprimés.
[photo : s_falkovw]

Quitter l’American Chemical Society ?

Jenica Rodgers, dans Walking away from the American Chemical Society sur son blog Attempting elegance, nous apprend que certaines bibliothèques de l’université d’état de New-York (State University of New-York, SUNY) ont décidé de ne pas reconduire leur abonnement au bouquet de revues de l’American Chemical Chemistry (ACS) en 2013. Après plusieurs mois de tentatives de négociation avec l’équipe commerciale sur un tarif de base plus juste pour les établissements de petite taille (SUNY rassemble des facultés et des grandes écoles, avec des possibilités d’abonnement différenciées), voyant qu’ils avaient peu de chance d’aboutir à une solution acceptable, les bibliothécaires ont rencontrés leurs chimistes, les ont informé de la situation et tout le monde est tombé d’accord sur le fait que non, le tarif proposé n’était vraiment pas viable. Les chimistes ont fait remonter leur mécontentement à l’ACS en tant que membres de l’association (car c’est une société savante, au départ, et pas une entreprise commerciale). Et les bibliothécaires ont cherché d’autres solutions. Au final, la bibliothèque va proposer une offre en chimie comprenant :
– un abonnement au bouquet Gold de la Royal Society of Chemistry (RSC)
– l’achat des archives d’ACS, apparemment plus abordable que l’accès aux contenus courant
– les titres de chimie du bouquet Science Direct d’Elsevier, auxquelles l’université est de toutes façons abonnée
La collaboration avec les enseignants de chimie a aussi d’autre aspects qui me semblent intéressants :
– la sensibilisation des étudiants aux problèmes de financement des ressources : les enseignants encouragent ainsi les étudiants à adhérer à l’ACS pour bénéficier d’articles gratuits
– la mise en place de formations pour les étudiants sur le thème de « Comment faire de la recherche en chimie sans le soutien des ressources de l’université »

Reste un petit problème « collatéral » : comme c’est l’ACS qui accrédite les programmes des diplômes en chimie (ils doivent être validés par l’ACS pour avoir plus de valeur sur le marché du travail), il n’est pas impossible que les formations de SUNY perdent leur accréditation, puisque n’offrant pas les ressources les plus cotées de la discipline…

Rappelons enfin, pour mémoire, qu’ACS fait partie des éditeurs « blancs », selon la terminologie en vigueur sur Romeo/Sherpa : ce sont les éditeurs qui n’autorisent aucun dépôt dans des archives ouvertes pour les articles qu’ils publient.

[photo : stratoz]


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