La bibliothèque de l’Université Cornell vient de bénéficier d’une subvention de la Simons Foundation pour assurer la viabilité d’ArXiv, l’archive ouverte de référence en sciences. En janvier 2010, la bibliothèque avait attiré l’attention de la communauté scientifique internationale sur la nécessité de trouver un financement pour assurer le fonctionnement et l’évolution de l’archive. Plus de 300 000$ avaient été trouvés dans l’année, auprès des universités et établissements de recherche les plus utilisateurs de l’archive.
Cette subvention, d’un montant de 60 000$, financera le travail sur le modèle économique de l’archive, et sur sa viabilité à long terme ; elle vise en effet à :
“- développer un ensemble de principes de fonctionnement pour arXiv et solliciter l’avis d’acteurs-clé
- affiner le modèle économique institutionnel et le prévisionnel budgétaire
- déterminer un modèle de gouvernance et des règles définissant clairement les rôles et les responsabilités de la bibliothèque et de ses partenaires
- mettre en place un premier conseil de gouvernance, reflétant les niveaux de contribution financière des principaux acteurs et la communauté scientifique”
Elle vient s’ajouter aux contributions annuelles des établissements.
Le site arXiv support fournit des informations très détaillées sur le montant des contributions, sur les statistiques d’usage et sur les coûts de fonctionnement.
[photo : Jsome1]
Archive pour la catégorie 'Business'
Une subvention pour la gouvernance d’ArXiv
Publié 07/11/2011 Archives Ouvertes , Business Laissez un commentaire
“Il arrive que, dans certaines des licences régissant l’utilisation des ressources électroniques, des éditeurs exigent que les Bibliothèques de l’Université de Cornell considèrent les informations tarifaires comme des informations confidentielles et ne les divulguent pas à des tiers. Certaines bibliothèques ont toléré ces clauses par le passé, convaincues qu’elles pourraient ainsi obtenir un tarif plus avantageux. Les bibliothèques ne peuvent cependant plus accepter cette situation.
La communauté des bibliothèques a réalisé que le comportement anti-concurrentiel de certaines maisons d’édition résulte en partie de l’inclusion d’accords de confidentialité dans les licences. Comme le faisait récemment remarquer Robert Darnton, “en gardant les termes de sa licence confidentiels, … une bibliothèque ne peut pas négocier des tarifs à la baisse sur l’argument qu’une autre bibliothèque a obtenu un tarif plus avantageux.”
C’est pour cette raison que la “Recommandation pour la sélection et l’acquisition d’informations électroniques” de l’ICOLC établit que “aucun accord de licence ne doit exiger de clauses de confidentialité, en particulier des clauses qui empêcheraient les consortia de bibliothèque de partager entre eux des informations sur les tarifs ou sur les conditions négociées.” Plus les bibliothèques peuvent communiquer entre elles au sujet des offres commerciales, mieux elles sont préparées pour peser [dans les négociations] sur les coûts et les conditions qui leurs sont proposés individuellement. Un marché ouvert permettra d’aboutir à de meilleures conditions dans les licences.
Les accords de confidentialité sont par ailleurs en contradiction avec les exigences d’ouverture, de transparence et de travail collaboratif des bibliothécaires et des personnels des Bibliothèques universitaires de Cornell. Cette contradiction augmente la probabilité de violation involontaire d’éventuelles clauses de confidentialité, et fait du coup courir un risque à l’université.
Les Bibliothèques universitaires de Cornell approuvent donc la position de l’Association of Research Libraries, qui recommande à ses membres de ne pas signer de licences (ni d’accepter de nouvelles licences ou des licences révisées) qui incluent des clauses de confidentialité ou de non- divulgation. Les bibliothèques acceptent de partager, sur demande, les informations contenues dans leurs licences (à l’exception des savoir-faire et des détails techniques spécifiques).
Pour la plupart des éditeurs, les clauses de confidentialité ne sont pas nécessaires. Parmi les nombreux éditeurs et agrégateurs de revues et d’e-books dont les contrats actuels avec Cornell ne comportent pas de clause de confidentialité, on peut citer : American Institute of Physics (AIP), American Physical Society (APS), ASTM International, American Society for Microbiology (ASM), American Chemical Society (ACS), Bloomberg, Cambridge University Press, EBSCO, Elsevier, IEEE, Institute of Physics (IOP), Knovel, Oxford University Press, Proquest, Sage, SPIE, Taylor & Francis, et Wiley.”
Cornell University Library’s Position on Nondisclosure Clauses in Licenses
[photo : SamikRC]
“Si nous envisageons cela [la loi de Pareto, connue aussi sous le nom de loi des 80/20] dans le contexte des modèles de prêt des e-books, nous voyons qu’HarperCollins a bien réussi son coup. En concentrant notre attention sur les livres qui sont beaucoup empruntés, [...], HarperCollins nous a amené à négliger les 80% de livres qui ne circulent pas ou peu. Pourtant les bibliothèques payent le plein tarif pour ces livres-là aussi, et il est clair que les éditeurs se font infiniment plus d’argent sur les livres qui ne circulent pas dans les bibliothèques que sur ceux qui ne se vendent pas en librairie !
Tout bien considéré, un des impacts économiques des bibliothèques, en plus de ceux dont j’ai déjà discuté, est de transférer du pouvoir d’achat des best-sellers vers des livres moins populaires. On peut même faire valoir que les bibliothèques soutiennent une culture large, qui disparaîtrait sans ce soutien. Et devinez qui publie ces best-sellers ? Les 6 plus gros éditeurs, bien sûr. Il payent de grosses avances aux auteurs, d’énormes frais de publicité auprès des librairies, font passer leurs auteurs dans les talk shows et obtiennent des critiques de leurs bouquins dans le Times. Cela demande beaucoup d’argent, mais la dépense est largement compensée dans une économie basée sur quelques titres vitaux ou sur des “cartons” de librairie.
Alors voilà l’astuce : en focalisant le débat sur des mécanismes de revenus générés par la popularité, HarperCollins mise sur les gros succès de librairie et affaiblit la longue traîne. Cela peut affecter négativement les bibliothèques, mais celles-ci sont des dommages collatéraux. C’est bien la longue traîne qu’HarperCollins essaye de détruire.”
Extrait de The Pareto principle and the true cunning of HarperCollins, par Eric Hellman, qui propose des analyses toujours fort pertinentes des problématiques économiques autour du livre et des bibliothèques.
[photo : linkwize]
Retour sur le buzz du week-end dans la bibliosphère américaine : l’affaire Harper Collins OverDrive.
Overdrive, l’un des principaux diffuseurs de livres numériques pour les bibliothèques aux Etats-Unis, vient d’envoyer à ses clients un courrier faisant état de prochains changements dans la licence d’utilisation du service, pour répondre à la demande d’un éditeur (on apprendra par la suite qu’il s’agit d’Harper Collins). Cet éditeur souhaite en effet que la consultation des e-books mis à la disposition des bibliothèques soit limitée en nombre : au bout de 26 “prêts”, le document n’est plus accessible, et la bibliothèque doit le racheter.
Tollé chez les bibliothécaires, naturellement : ce post de Librarian by Day rassemble un florilège des nombreux commentaires que la nouvelle a suscité dans le milieu des bibliothécaires et en dehors, et on peut suivre les réactions des uns et des autres sur Twitter sous le hashtag #hcod.
Racheter un e-book ? Oui oui, comme quand les livres nous reviennent en piteux état, avec les pages arrachées etc. Sauf que… arracher les pages d’un livre numérique ?!? Là clairement il va falloir choisir : soit on considère que le livre numérique, c’est pareil que le livre papier (même prix, un seul prêt à la fois), mais alors on peut le conserver, soit on dit que le livre électronique obéit à des règles différentes, et on peut faire plus de choses avec (accès illimité, accès multi-supports, contenus enrichis, pas de DRM…), ou le payer bien moins cher…
En BU on a déjà connu ça pour les revues (la fin de la propriété des contenus en faveur de l’achat d’accès limités dans le temps), et on s’est plus ou moins adaptés (avec quand même souvent l’ajout de clauses pour l’accès aux archives), en soulignant toutefois les risques d’uniformisation de l’offre documentaire : on voit dans le modèle proposé par Harper Collins que la poldoc en prend encore un coup, les bibliothèques finissant par ne racheter que les best-sellers… Peut-être cela dit que le modèle qui convient à l’information de type “revues” n’est pas forcément adéquat pour le livre, mais bon, je ne suis pas spécialiste. Problème anecdoctique soulevé par ce type de licence : la question du signalement dans les catalogues (comment suivre les notices d’ouvrages qui disparaissent au bout du 26ème prêt ? et peuvent réapparaître à la prochaine commande ?).
L’éditeur justifie ce revirement ainsi : “Nous pensons que ce changement permettra d’établir un équilibre entre la plus-value que les bibliothèques tirent de nos titres et la nécessité de protéger nos auteurs, et d’assurer pour les années à venir leur présence dans les bibliothèques publiques et au sein des communautés qu’elles desservent .”
Il me semble que ce que tout cela prouve, c’est qu’il est difficile de trouver des modèles économiques pour le livre numérique (voir les pistes que donne Eric Hellman), et que les éditeurs auraient beaucoup à gagner à travailler en concertation avec les bibliothécaires sur le sujet…
[Photo : Elisabeth Thomsen]
Attentes des consommateurs vs objectifs des éditeurs
Publié 04/02/2011 Business , e-book Laissez un commentaire
Selon les résultats d’une enquête menée fin 2010 auprès de 476 professionnels de l’édition et 1800 consommateurs américains, c’est un peu le grand écart entre ce que prévoit l’industrie du livre et ce qu’attend le grand public en matière d’édition numérique :
“74% des éditeurs sont désormais complètement engagés dans l’implémentation de versions numériques de leurs livres et magazines. 43% des éditeurs maintiennent une séparation entre leurs processus numériques et leurs processus imprimés, et 67% d’entre eux pensent que le numérique ne changera rien à leurs publications imprimées habituelles. Pour les éditeurs, le contrôle des droits d’auteur est la question dominante.
A l’inverse, les consommateurs insistent sur la liberté de pouvoir partager des contenus avec leurs amis, leur famille et leurs collègues, et ils attendent des publications numériques qu’elles puissent être consultées sur leurs smart phones, leurs tablettes et leurs liseuses. Ce qui suggère, à l’instar de ce qui s’est produit pour l’industrie du disque, un conflit sous-jacent avec la tradition de l’abonnement employée par les acteurs de l’édition pour leurs journaux et magazines. L’obstination des consommateurs pour un nouveau droit à un accès réellement multi-media va créer des changements conséquents dans le fonctionnement de l’industrie de l’édition.”
Harrison Group Survey of Publishers and Digital Consumers Identifies Challenges to Adoption of Digital Publishing Devices
[photo : something.from.nancy]
En janvier dernier, l’Université de Cornell faisait savoir à la communauté qu’elle ne pouvait plus assumer seule le fonctionnement d’ArXiv, l’archive ouverte de référence dans le domaine de la physique et des disciplines associées, et qu’elle allait demander une contribution aux établissements les plus utilisateurs du service.
Où en sommes-nous 10 mois après ? Selon cet article du Chronicle, Cornell pourrait d’ores et déjà compter sur environ 300 000$ de contributions, émanant de 85 institutions. Mais cela risque de ne pas suffire : d’après Anne Kenney, la bibliothécaire de l’Université, les coûts de fonctionnement et d’évolution du service pourraient avoisiner annuellement le demi-million de dollars. La question du modèle économique de cette archive, et des archives ouvertes en général, reste donc posée.
[photo : sonicfour]
“Le marché des revues scientifiques se caractérise par une délégation des achats, des indicateurs de demande pas fiables, et des produits complexes et difficiles à évaluer. La demande de revues est par conséquent très peu élastique en ce qui concerne les prix. De grands éditeurs commerciaux ont capitalisé sur cette demande non-élastique, en réduisant la concurrence à travers des fusions et des regroupements, en proposant des contrats couplés (les “big deals”), et en augmentant leurs prix bien au delà des coûts moyens. Selon nous, la demande pour de l’accès à des articles de revues serait bien plus élastique, et le coût global pour la communauté universitaire plus faible, si les universités cessaient d’acheter des licences de site pour des bouquets à des prix excédent largement le coût moyen. Tant que d’autres bibliothèques continueront d’acheter des licences à des prix gonflés, une université à elle seule ne peut espérer un changement de la structuration des prix en supprimant elle-même ses licences de type “big deal”. Quelques bibliothèques sont pourtant parvenues à faire des économies substantielles en négociant férocement. D’autres, comme Stanford et le California Institute of Technology, ont économisé encore plus en rejetant les contrats couplés et en ne s’abonnant plus qu’aux revues individuelles les plus rentables.”
Ted C. Bergstrom. “Librarians and the terrible fix: economics of the Big Deal” Serials 23.2 (2010): 77-82.
[photo : galoshes]
Extrait de l’interview de Claudio Aspesi, analyste financier à propos des évolutions possibles pour Elsevier, par Richard Poynder sur son blog Open and shut ? – je vous conseille de le lire en entier, si vous vous intéressez aux questions de doc électronique – :
“RP: Dans un rapport publié en mars, vous disiez “Reed Elsevier semble nier l’ampleur du problème pouvant affecter l’édition scientifique, et une approche plus en profondeur sur cette question serait la bienvenue.” Pouvez-vous nous en dire plus sur ce à quoi vous faites allusion ?
CA: Si – et je tiens à souligner le “si” – les contraintes budgétaires sur les bibliothèques universitaires résultent en plusieurs années de faible augmentation, voire d’absence d’augmentation des revenus, les éditeurs devront, au minimum, réduire fortement leurs coûts de production.
Si les contraintes budgétaires conduisent à des suppressions massives de contrats de type “big deal”, et à une offre de nouveaux contrats à 20-30% de dépenses en moins, les éditeurs auront l’obligation de s’adapter. Aussi longtemps que les gestionnaires sembleront croire (si l’on en juge leurs déclarations publiques) qu’il n’y a aucune probabilité pour que leurs revenus restent inchangés pour les nombreuses années à venir, il faudra se demander s’il existe un plan B, qui en est responsable, et quel type d’événement pourront le déclencher.
Il y a également le fait que les arguments qu’Elsevier a mis en avant par le passé à propos de l’OA ne sont pas convaincants : par exemple, quand Reed Elsevier affirme que l’OA est voué à l’échec à cause du besoin de validation par les pairs, la société ignore le fait que la plupart des partisans de l’OA soutiennent la dissemination de cette validation.
RP: Je pense que ce que vous dites, au fond, c’est que le groupe est en déni face à l’Open Access (OA), et à son impact probable sur sa rentabilité future. En quoi l’OA est-il une menace pour l’avenir d’Elsevier ?
CA: L’OA n’a pas besoin d’être une menace. En fait, je pense qu’un passage vers l’OA “en or” (Gold OA) pourrait être bénéfique à Elsevier : si les revues proposaient des coûts de publication correspondant globalement aux revenus que la compagnie perçoit actuellement, elle maintiendrait son niveau de revenu, pour un coût vraisemblablement moindre.
La véritable menace vient de l’auto-archivage des revues validées par les pairs [Green OA]. C’est cela qui rend SCOAP, le modèle développé par la communauté des physiciens, tellement perturbant : il réduit le rôle de l’éditeur à la gestion du processus de validation, avec éventuellement un peu de mise en page. Cela nécessite des coûts plus faibles, et nie la valeur du facteur d’impact.
RP: Alors quel est le fond du problème auquel fait face Elsevier ?
CA: La société a élaboré un modèle économique sur un principe d’augmentations de revenu annuelles, justifiées et donc financées par le lancement continu de nouveaux titres. Cela a bien marché (en tout cas pour Elsevier) tant que les bibliothécaires ont pu trouver l’argent nécessaire (quel qu’ait pu être leur mécontentement croissant de l’augmentation des dépenses). Cela ne peut pas durer si l’on continue à restreindre les budgets des bibliothèques.”
[photo : deni]
BBQ season : Nature sur le grill
Publié 14/06/2010 Business , crise des périos , Doc élec 1 Commentaire
Dans une lettre ouverte adressée il y a quelques jours à leurs enseignants et à leurs chercheurs, la California Digital Library (qui gère – entre autres – les négociations avec les éditeurs pour les ressources électroniques), les bibliothèques universitaires et la Commission Universitaire pour la Communication Scientifique de l’Université de Californie (UC) les informent d’un possible boycott des revues de l’éditeur Nature Publishing Group (NPG). Pourquoi ? Oh, simplement parce que “NPG veut augmenter le tarif de [notre] licence pour la revue Nature et ses revues affilées de 400% en 2011, ce qui porterait le coût de leurs 67 revues à plus d’1 million de dollars par an”.
Ils encouragent en plus lesdits enseignants et chercheurs :
- à refuser de valider des articles pour les revues de NPG
- à cesser de soumettre des articles aux revues éditées par NPG
- à arrêter de promouvoir leurs postes vacants dans les revues du groupe
- à diffuser largement leur avis sur les pratiques commerciales de NPG auprès de leurs collègues, y compris (et surtout) en dehors de leur propre université.
Pour les signataires, c’est également une occasion de sensibiliser les enseignants et les chercheurs au fait que le modèle économique traditionnel de l’édition scientifique est corrompu, et qu’il ne tient qu’à eux de le changer : ils les incitent, par exemple, à publier dans des revues en open access, à déposer dans l’archive institutionnelle de l’université, ou à veiller à ce que les licences passées avec les éditeurs leur permette de garder leur droit d’auteur.
Nature a répondu à ce courrier, en précisant qu’en fait l’UC bénéficiait jusque là d’un tarif avantageux qui lui était spécifique : rendez-vous compte, une remise de 50% par rapport au tarif public ! Sauf que, n’importe quel responsable de la documentation électronique vous le dira : PERSONNE ne paye le tarif public, et tout est affaire de négociations. Pour l’éditeur cette augmentation n’est donc qu’une remise à plat par rapport aux autres clients, mais, dans les réactions apparues dans la blogosphère à la suite de ces annonces, aucun bibliothécaire ne s’est félicité de ce rattrapage qui mettrait tous les clients de Nature au même niveau. Non, bizarrement, les bibliothécaires soutiennent plutôt la position de l’UC, et attendent de voir si la menace de boycott va avoir un effet sur la suite des négociations… Plusieurs observateurs remarquent que cette initiative est une occasion d’étendre le débat à la remise en question des modèles de diffusion et d’évaluation de la recherche scientifique (ici ou là), certains pensant qu’il faudrait aller plus loin, en instaurant un moratoire sur l’utilisation de l’impact factor par les commissions de recrutement dans les universités (Adventures in ethics and science) par exemple. D’autres soulignant l’aberration d’un système dans lequel une université qui contribue de manière non négligeable à la production des contenus des revues (plus de 5300 articles publiés dans les revues du groupe au cours des 6 dernières années émanent de chercheurs de l’UC, dont près de 700 pour la seule revue Nature) n’a finalement pas les moyens d’accéder à ces contenus…
L’université a répondu à cette réponse, en s’appuyant sur le fait que les autres négociations qu’elle mène avec d’autres éditeurs, plus compréhensifs sur les réductions budgétaires dont souffrent les bibliothèques dans cette période de crise économique (voir la déclaration de l’ICOLC sur les impacts de la crise sur les licences consortiales), lui ont permis de limiter les désabonnements : accepter le deal proposé par NPG annulerait les économies réalisées, et décrédibiliserait le travail accompli avec les autres éditeurs.
Par ailleurs, l’université revient dans cette réponse sur un élément fondamental dans tout acte d’achat, à savoir la valeur du produit :
“Comment on détermine la valeur est une question complexe. Les bibliothèques de l’UC ont vraiment passé beaucoup de temps à étudier la question. Nous sommes certes d’accord sur le fait que NPG publie des articles de très grande qualité, mais c’est le cas de beaucoup d’autres éditeurs, et ce à des coûts plus raisonnables. La fiche synthétique jointe à notre courrier aux enseignants-chercheurs montre que le coût moyen actuel des revues NPG est bien dans la norme de ce qui est dépensé pour d’autres ressources par l’UC, alors que la nouvelle proposition tarifaire les placerait dans une position anormalement élevée. Alors que nous ne mettons pas en question le fait que le coût d’usage des revues NPG à l’UC est bas, les caractéristiques de ces revues doivent aussi être prises en compte, histoire de comparer ce qui est comparable. Comme de nombreux observateurs ont pu le constater (y compris sur la plateforme de Nature, comme Andrew Odlyzko), le coût marginal pour un éditeur de l’augmentation des usages en ligne est très bas, comparé au coût du premier exemplaire. Il existe de nombreux facteurs externes qui entraînent les usages dans l’environnement numérique actuel, dont peu ont un lien avec la structure des coûts internes de l’éditeur. Nous sommes impatients de travailler avec NPG pour arriver à une évaluation juste de la valeur dans la suite de nos discussions.”
Enfin, l’UC interpelle NPG à propos des heures passées gratuitement par ses personnels à évaluer la qualité scientifique des contenus proposés dans les revues (peer-review) ou a participer à des comités éditoriaux : dans quelle mesure pourraient-elles être prises en compte dans le calcul tarifaire, en compensation ?
Pour Dorothea Salo, la suite promet d’être éclairante sur bien des points : l’UC est-elle prête à aller au clash même si elle arrive à négocier un taux d’augmentation plus bas ? D’autres universités pourront-elles / vont-elles suivre ? L’importance des revues en terme d’outils d’évaluation ne va-t-elle pas en prendre un coup ? Est-ce que tout ça va vraiment bénéficier à l’Open Access et aux archives ouvertes ?
A suivre, donc…
[photos : kilgub, essgee]
Dans la pratique, les budgets d’acquisition de ressources électroniques des établissements publics acquéreurs sont amputés de 19.6%, sans contrepartie. Le taux de TVA actuel appliqué aux ressources électroniques est en train de miner les budgets d’acquisitions des universités en matière de documentation électronique… Comme le dit très bien Henri Isaac : « Ce niveau de T.V.A. pénalise très fortement les budgets des Services Communs de la Documentation (S.C.D.). » Le même constat peut être élargi au niveau européen. Une étude du groupe de Francfort de 2006, étude menée par le SOFI (Institut de recherche sociologique de Göttingen) montre que la TVA freine considérablement le développement de la documentation électronique en Europe. Le rapport appuie ce constat sur deux thèses. D’une part, le poids de la TVA pèse sur la décision des bibliothèques de choisir la version électronique pour leurs ressources. D’autre part, comme les budgets des bibliothèques européennes sont réduits à proportion de l’élévation du taux de TVA, c’est l’ensemble du développement de la production éditoriale et scientifique en Europe qui se trouve affaibli. Comparativement, d’autres pays, comme les USA, qui bénéficient d’une TVA à taux zéro sur les publications électroniques bénéficient d’un avantage compétitif. Pour le groupe de Francfort, l’abaissement du taux de TVA sur les publications électroniques pourrait être un facteur déterminant de l’accroissement de la compétitivité européenne.
Dans TVA de 19.6% sur les ressources électroniques : jusqu’à quand ?, Pierre Naegelen, responsable des ressources électroniques au SCD de Toulouse 3, fait une bonne synthèse de la question de la TVA sur la documentation “dématérialisée”. Il évoque principalement la question du livre électronique, puisque c’est celle qui fait le plus parler d’elle, mais également le reste de la documentation électronique, en attirant notre attention sur un dispositif réglementaire qui permettrait aux universités de récupérer une partie de la TVA versée pour la documentation électronique utilisée pour remplir des contrats de recherche.
Je vous laisse, je vais voir mon agent comptable…

