Archive for the 'Business' Category

Gare aux chiffres !

WTF? - Francis Mariani - CC BY-NC-SAJ’ai lu dernièrement ici et :
- "… Elsevier a parfaitement compris une chose : c’est que si l’existence de ses revues importe tant, malgré tout, aux communautés scientifiques, ce n’est pas tant qu’il est pour elles crucial de lire les articles qu’elles contiennent (on en trouve la plupart sans problème en open access sur la Toile)."
- "Actuellement, plus de 1 500 revues d’Elsevier sont au moins partiellement en « libre accès »…"
Et là je me dis : zut, j’ai raté un épisode ou quoi ?
Aux dernières nouvelles, les articles publiés dans les revues hybrides (ces revues sur abonnement dans lesquelles il est possible, moyennant finances, de publier des articles en accès ouvert), notamment chez Elsevier, se comptent sur les doigts de quelques mains : 1014 articles en 2011, selon cette étude de Björk et Solomon sur les revues hybrides.
"2011, ça date, les choses ont changé" me direz-vous ?
OK. Voici les chiffres que nous donne Science Direct pour les 8 titres les plus consultés par les membres de Couperin en 2012 (+ de 100 000 téléchargements) :

  • The Lancet : 451 043 articles, 302 en OA (0.06%)
  • Archives de pédiatrie : 11 756, pas d’article en OA
  • La revue de médecine interne : 18 803, 3 articles en OA (0.015%)
  • Tetrahedron letters : 93 149, 61 articles en OA (0.06%)
  • Annales françaises d’anesthésie et de réanimation : 10 244, 2 articles en OA (0.01%)
  • Tetrahedron : 46975, 26 articles en OA (0.05%)

Imaginons que les choses aient encore changé en 2013, et qu’on arrive à 1% d’articles en OA : nous serions encore bien loin d’un large accès aux contenus d’Elsevier. Il me semble utile de le repréciser.

De bonnes bases

3199154697_4b7fbde665Après avoir dénoncé publiquement les pratiques commerciales de certains éditeurs  (ACS l’an dernier, Sage ces dernières semaines), la directrice des bibliothèques du campus de Potsdam à New-York, Jenica Rogers, propose, dans l’optique de reprendre les relations avec les éditeurs sur de bonnes bases, une liste de principes élaborée avec ses bibliothécaires :
- Abandon des modèles tarifaires basés sur l’imprimés : l’électronique a sa propre valeur ajoutée, qui ne dépend en rien de choix faits précédemment pour le support papier.
- Fin des contrats pluri-annuels : tous les établissements d’enseignement supérieur étant touchés par des réductions drastiques de budget, il est préférable de garder une certaine souplesse financière pour  coller les achats de documentation numérique aux cursus.
- Refus de l’ajout automatique de contenus dans les bouquets : cela conduit à une augmentation mécanique des coûts, et à la perte de la maîtrise de la politique documentaire – une politique d’opt-in est préférable pour les nouveaux contenus.
- Evolution des big deals vers un modèle plus à la carte : pouvoir construire son propre bouquet, mixer des revues de niveau différent pour répondre aux attentes des publics.
- Plus de transparence dans la tarification, et moins de gaspillage de temps de travail : les négociations locales font perdre du temps aux éditeurs comme aux bibliothécaires.

Source : Attempting positivity by J. Rogers sur son blog.

[Photo : Jon Mc Govern]

Les effets des big deals

"The big deal and the damage done" : dans ce dernier ouvrage, Walt Crawford a étudié les dépenses budgétaires des BU américaines sur la période 2000-2010. Il montre de façon flagrante comment les "big deals", censés au départ aider les bibliothèques à élargir leur offre documentaire électronique pour un surcoût limité, les contraignent désormais à restreindre le reste de leur offre. Quelle que soit la taille de l’établissement, les budgets dédiés aux documents imprimés connaissent une baisse continue, alors que ceux des revues électroniques ne cessent d’augmenter… Pourtant, l’édition continue à produire de nombreux ouvrages chaque année, et les activités de recherche comme d’enseignement continuent à s’appuyer aussi sur les livres et autres documents imprimés, ou sur les revues des petits éditeurs ; seulement, les bibliothèques sont coincées par les "big deals", qui ne leur laissent plus aucune latitude documentaire. Il conclut :
"Si les choses continuent au rythme qu’elles ont connu entre 2000 et 2010, le dommage risque d’être irréparable, et un nombre croissant de bibliothèques risquent de devenir guère plus que des dispositifs de fourniture d’articles subventionnés."
51754572_9c7dd86fd3_mLe livre est disponible au format ebook ou en POD chez Lulu.com.

Par ailleurs, Andrew Odlyzko s’intéresse aussi à la question dans Open Access, library and publisher competition, and the evolution of general commerce, et son analyse n’est pas non plus très optimiste :
"Les débats sur l’économie de la communication scientifique sont habituellement consacrés à l’Open Access, à l’augmentation du coût des revues, aux profits des éditeurs, aux boycotts. Ceci ne tient pas compte de ce qui semble être un des développements bien plus importants de ce marché. Les éditeurs, grâce aux offres souvent décriées que sont les "big deals", fournissent des accès plus larges et plus égalitaires à la littérature scientifique, ce qui se rapproche d’un véritable Open access. En même temps, ils marginalisent les bibliothèques, et récupèrent une part considérable des ressources dédiées à la communication scientifique. Cela leur permet de continuer à faire des profits, tout en maintenant ce que l’on appelle de puis plusieurs décennies "l’escalade intolérable du prix des revues". Cela freine également l’expansion de l’Open Access, et conduit vraisemblablement à un oligopole d’éditeurs contrôlant la diffusion [de la recherche scientifique] au moyen de contrats de licence à grande échelle.
Il est intéressant d’étudier le phénomène des "Big deals" pour plusieurs raisons. La façon dont les éditeurs parviennent à diminuer le rôle des bibliothèques est un des indicateurs de l’amplitude et de la vitesse à laquelle les universités sont en train de se transformer. De plus, ces "Big deals" semblent montrer la direction vers laquelle s’oriente le futur de toute l’économie, qui se caractérise par un déclin de la vie privée, une augmentation de la discrimination par les prix, une augmentation de l’opacité des modèles tarifaires, une dépendance croissante au travail peu ou pas payé d’autres acteurs pour générer des bénéfices, et des modèles économiques qui dépendent de l’inertie des consommateurs."
[photo : Jeff Werner]

Le coût du gold à Edimbourg

cc licensed (BY-NC-SA) flickr photo by Shabby Chic

cc licensed (BY-NC-SA) flickr photo by Shabby Chic

Une intéressante étude sur le coût de la publication dans des revues en open access (les revues "gold") a été menée par l’université d’Edimbourg, extrait :
"Nous sommes conscients qu’avec un marché non élastique – les chercheurs ne vont pas aller faire leur marché ailleurs – et dans lequel les coûts sont "protégés" – le financement étant centralisé, les chercheurs ne sont pas directement concernés par les coûts – les APC vont rester élevés, parce que les forces habituellement en présence dans les marchés ne vont pas faire baisser les coûts. Nous pensons qu’un moyen d’action très efficace est d’être le plus transparent possible sur les coûts des APC des revues gold. Contrairement à la situation dans laquelle nous nous trouvons actuellement, où les coûts d’abonnement aux revues traditionnelles sont cachés aux yeux des usagers en raison des clauses de confidentialité des licences, toutes les institutions, y compris les universités et le RCUK, devraient s’efforcer de publier une analyse détaillée de leurs dépenses pour les revues en open access gold."

Et la conclusion :
"En gardant à l’esprit les limites de l’étude, les données que nous présentons ici permettent de suggérer quelques éléments importants :

  • Les revues hybrides semblent être plus populaires pour la publication d’articles en open access
  • Les revues hybrides font généralement payer plus cher [leurs APC] que les revues entièrement en open access, indépendamment du facter d’impact de la revue
  • Il y a une corrélation positive entre les APC et le facteur d’impact, aussi bien pour les revues hybrides que pour les revues en open access complet

Cette étude soulève également d’autres points :

  • Pour être un succès, les politiques d’open access doivent évaluer rigoureusement la conformité [de la diffusion des publications], ces politiques semblent être plus efficaces lorsque des sanctions punitives sont imposées
  • Les établissements les plus actifs au niveau de la recherche vont vraisemblablement subir une "double peine" : non seulement ils publient plus d’articles, mais en plus ils les publient plus fréquemment dans des revues à fort facteur d’impact
  • Les établissements doivent être plus transparents en matière de coûts, et publier leurs données dans des formats permettant leur réutilisation."

Source : Theo Andrew. "Gold Open Access: Counting the Costs ". November 2012, Ariadne Issue 70.

E-books et TVA

Vu sur l’édition 2012 du Rapport de l’International Publishers Association sur la TVA sur les livres   (merci à GC pour le signalement) :
"En 2012, 45% des pays analysés n’accordent aucune exemption ni aucun taux réduit pour les publications électroniques, un pourcentage qui reste inchangé par rapport à 2011. Ce traitement fiscal discriminatoire entre livres imprimés et électroniques se poursuit en violation des recommandations et des études comparatives de l’OCDE, qui préconisent une politique non-discriminatoire et l’application d’allègements sur les publications numériques. Comme l’usage de livres électroniques augmente particulièrement rapidement dans les pays du marché anglophone, et commence à être adopté dans d’autres pays, il devient vraiment urgent de se saisir de cette question."
En effet, car les conséquences de cette TVA inadaptée sur le livre électronique sont multiples :
- maintien de coûts élevés sur des ressources que les lecteurs s’attendent à payer moins chers et dont les auteurs espèrent retirer un bénéfice plus important
- recul des initiatives pour le développement du numérique, dans l’éducation notamment
- pénalisation des lecteurs handicapés (qui ne peuvent pas, selon le handicap, utiliser de livres imprimés)
L’argument avancé le plus fréquemment par les tenants d’un fort taux de TVA étant la difficulté à repérer les livres électroniques parmi le reste des contenus numériques, on en revient à l’importance de bien définir ce qu’est un livre numérique (comme cela a déjà été évoqué lors des journées Couperin sur les e-books). Le rapport mentionne la définition utilisée par la ville de New-York, où un "produit" (ie un livre électronique) remplissant les conditions suivantes ne doit pas être taxé :
"a) L’achat du produit n’ouvre pas au lecteur l’accès à d’autres biens ou services, et toutes les révisions apportées au livre électronique sont limitées à la correction d’erreurs
b) Le produit est fourni sous la forme d’un téléchargement individuel
c) Le produit est vendu et promu en tant que livre électronique ou tout terme similaire
d) Si l’usage du produit nécessite que celui-ci soit mis à jour, ou bien fasse l’objet d’une édition nouvelle ou révisée occasionnellement, les mises à jour ou la nouvelle édition ou l’édition révisée ne doivent pas être effectuées plus d’une fois par an
e) Le produit n’est pas conçu pour fonctionner avec un autre logiciel que celui destiné à la lecture (que ce soit sur un Kindle, un Nook, un Ipad, un Iphone ou un ordinateur)"

Le rapport réaffirme en conclusion la nécessité d’aligner la fiscalisation des e-books sur celle des livres imprimés.
[photo : s_falkovw]

Quitter l’American Chemical Society ?

Jenica Rodgers, dans Walking away from the American Chemical Society sur son blog Attempting elegance, nous apprend que certaines bibliothèques de l’université d’état de New-York (State University of New-York, SUNY) ont décidé de ne pas reconduire leur abonnement au bouquet de revues de l’American Chemical Chemistry (ACS) en 2013. Après plusieurs mois de tentatives de négociation avec l’équipe commerciale sur un tarif de base plus juste pour les établissements de petite taille (SUNY rassemble des facultés et des grandes écoles, avec des possibilités d’abonnement différenciées), voyant qu’ils avaient peu de chance d’aboutir à une solution acceptable, les bibliothécaires ont rencontrés leurs chimistes, les ont informé de la situation et tout le monde est tombé d’accord sur le fait que non, le tarif proposé n’était vraiment pas viable. Les chimistes ont fait remonter leur mécontentement à l’ACS en tant que membres de l’association (car c’est une société savante, au départ, et pas une entreprise commerciale). Et les bibliothécaires ont cherché d’autres solutions. Au final, la bibliothèque va proposer une offre en chimie comprenant :
- un abonnement au bouquet Gold de la Royal Society of Chemistry (RSC)
- l’achat des archives d’ACS, apparemment plus abordable que l’accès aux contenus courant
- les titres de chimie du bouquet Science Direct d’Elsevier, auxquelles l’université est de toutes façons abonnée
La collaboration avec les enseignants de chimie a aussi d’autre aspects qui me semblent intéressants :
- la sensibilisation des étudiants aux problèmes de financement des ressources : les enseignants encouragent ainsi les étudiants à adhérer à l’ACS pour bénéficier d’articles gratuits
- la mise en place de formations pour les étudiants sur le thème de "Comment faire de la recherche en chimie sans le soutien des ressources de l’université"

Reste un petit problème "collatéral" : comme c’est l’ACS qui accrédite les programmes des diplômes en chimie (ils doivent être validés par l’ACS pour avoir plus de valeur sur le marché du travail), il n’est pas impossible que les formations de SUNY perdent leur accréditation, puisque n’offrant pas les ressources les plus cotées de la discipline…

Rappelons enfin, pour mémoire, qu’ACS fait partie des éditeurs "blancs", selon la terminologie en vigueur sur Romeo/Sherpa : ce sont les éditeurs qui n’autorisent aucun dépôt dans des archives ouvertes pour les articles qu’ils publient.

[photo : stratoz]

Le Rapport Finch

Depuis quelques semaines les réactions sont nombreuses sur les blogs et autres listes de diffusion professionnelles anglophones à propos du rapport "Accessibilité, durabilité, excellence : comment accroître l’accès aux publications de la recherche" réalisé par le groupe de travail sur l’extension de l’accès aux résultats de la recherche publique, mandaté par le gouvernement britannique en octobre 2011.

Des avancées
Le rapport Finch (du nom de la responsable du groupe de travail, Janet Finch), dont le résumé a été opportunément traduit par les équipes de l’INIST (merci à elles), pose les points suivants :
- Le principe d’un accès libre aux résultats de recherche financée sur fonds public est renforcé
- La "voie dorée" (ie la publication dans des revues en OA) doit être privilégiée
- Il y aura une période de transition, qui engendrera des coûts supplémentaires
- La question des licences nationales doit être étudiée et évaluée
- Les archives ouvertes ont un rôle de conservation et de point d’accès à la littérature grise et aux données de recherche

Des critiques

Présenté ainsi, ce rapport a tout d’une belle avancée pour l’Open Access, cependant… il prête le flanc à un certain nombre de critiques :
- Le modèle des revues en OA ("Gold OA") est strictement assimilé au modèle auteur-payeur : or, d’une part nombre de revues publiées par des laboratoires et centres de recherche ne font pas payer de frais de publication ("Article Processing Charges", APC) aux auteurs (c’est le cas pour 80% des revues signalées dans le DOAJ) – certes elles sont financées par l’institution en amont, aussi sur fonds publics, mais elles fournissent un accès libre direct à l’intégralité de leurs contenus -, et d’autre part le modèle auteur-payeur ne libère, au final, qu’un seul article à la fois. Alors que les revues en OA constituent une réelle alternative aux revues sur abonnement, le système de l’auteur-payeur me paraît très limité : comment suivre les évolutions d’une thématique de recherche quand on n’a accès qu’à des fragments de cette recherche ? Je trouve que une solution comme le mandat de dépôt mis en place par la Commission Européenne dans le cadre du 7ème PCRD (et l’accès via OpenAIRE) plus efficace : pour tout un projet, toutes les publications doivent être déposées (avec une période d’embargo certes, mais c’est un moindre mal). Par ailleurs, le rapport recule sur la question des embargos en préconisant une durée minimale de 12 mois (au lieu de 6 généralement).

- Les recommandations du rapport sont également les plus coûteuses : elles ne dispensent pas du maintien des abonnements traditionnels, et ajoutent une dépense non négligeable pour les frais de publication, dont le coût, estimé à 50-60 millions de £, ne sera pas compensé par une rallonge budgétaire en ces temps de crise. Et il n’est demandé aucune contrepartie aux éditeurs (parce que quand même c’est par là que ça devrait commencer) : une baisse du coût des abonnements serait pourtant la moindre des choses. C’est vraiment l’industrie de l’édition qui est défendue ici ("the group [...] had been concerned not to recommend measures that would “damage high standards of peer review or undermine the very successful publishing industry”…), bien plus que l’amélioration des circuits de diffusion de l’information scientifique… Pour ce qui est des licences nationales, le rapport reste au stade des recommandations, aucune estimation n’est donnée. A mon avis, quitte à mettre 50 millions de £ sur la table, autant les investir dans des licences nationales pour tous que dans des frais de publication pour une diffusion partielle. Je dis ça je dis rien…

- On passe d’un système où il faut payer pour lire les articles à un système où il faut payer pour publier, ce qui creuse les inégalités entre les pays (quid des chercheurs des pays en développement ?), entre les établissements (les "riches" paieront en plus pour publier, les "pauvres" continueront à payer pour voir pendant la loooongue période de transition) et entre les disciplines (en SHS ce sont encore les ouvrages qui font référence, or que restera-t-il pour financer la publication d’ouvrages en OA ?). Au sein d’un même établissement, on risque également de voir s’accentuer la compétition :

  • entre les disciplines de pointe et les disciplines de niche : les établissements devront établir des priorités de financement, qui risquent d’être défavorables aux disciplines émergentes ou hyperspécialisées.
  • entre les anciens et les modernes : il est vraisemblable que les établissement miseront plus volontiers sur des chercheurs confirmés que sur de jeunes chercheurs, ce qui n’encourage pas forcément l’innovation.

- L’impact du dépôt dans des archives ouvertes (la "voie verte" vers l’OA) est minoré, au prétexte que le rythme des dépôts n’est pas celui escompté. Certes il est recommandé de poursuivre le développement des archives ouvertes, mais en les cantonnant à une complémentarité avec l’édition traditionnelle : ciblage sur la littérature grise et aux données de recherche, rôle de conservation. Il semblerait plus judicieux de renforcer les mandats institutionnels pour augmenter le nombre de dépôts, non ? En plus ça ne coûte pas grand chose, enfin, pas rien, mais pas 50 millions non plus.

Sources

Reaction to the Finch report par Peter Murray-Rust

Push for gold will cost millions, open-access report says dans le Times Higher Education

The Finch Report on open access: it’s complicated sur Reciprocal space

The Finch Report: Optimism, Hope and Frustration for Repository Staff in Equal Measures par l’UKCoRR (United Kingdom Council of Research Repositories)

Some Thoughts on the Finch Report sur The past speaks

The Finch report and its implications for the developping world sur Open and Shut?

The Finch Report: UCL’s David Price Responds sur Open and Shut?

The Finch Report in a global Open Access landscape par Paul Ayris sur Open and Shut?

[photo : steve nordby]

Mandat européen de dépôt en OA : pas d’impact avant 2022 ?

Le projet pilote de la Commission européenne pour l’Open Access, qui exige la mise à disposition en libre accès d’une partie (20%) des résultats de recherche qu’elle finance,  vient d’être étendu à 100% des publications d’ici 2020. D’ici cette date, les chercheurs sont encouragés à rendre accessibles dans un délai de 6 mois  (pour les sciences "dures") ou de 12 mois (pour les SHS) les articles publiés dans le cadre d’un projet financé par l’UE, soit en les soumettant dans des revues en open access ("Gold road"), soit en les déposant dans une archive ouverte ("Green road") ; l’ensemble des publications déposées pouvant être interrogé via l’infrastructure OpenAIRE.

Suite à cette annonce, repérée chez Peter Suber, le groupe d’investissement Exane BNP Paribas a sorti cette analyse à propos du groupe Reed-Elsevier (extraits) :
"Il est peu probable que cette politique ait un quelconque impact sur les revenus des éditeurs en sciences et technique d’ici 10 ans. L’UE est un acteur mineur du financement global de la recherche – on estime qu’elle finance 8% des dépenses de recherche de l’Europe des 27, soit moins de 3% de la littérature scientifique mondiale. Nous estimons que ce financement aboutit à la publication annuelle de 70 000 articles sur les 1,5 millions d’articles produits chaque année dans le monde. Nous notons de plus que le projet pilote, couvrant 20% des budgets de recherche européens, n’ a eu aucun impact au cours des 5 dernières années. [...] Le taux de dépôt actuel de mandats plus anciens (comme celui des NIH ou du Wellcome Trust) est en dessous de 60%, les chercheurs ne réalisant pas qu’il est de leur rôle d’auto-archiver leurs articles. Enfin, bien que les frais de publication des revues en open access payés par les auteurs  (Gold OA) soient éligibles au remboursement par l’UE, nous pensons que, comme au Royaume-Uni, l’absence d’un financement dédié à l’Open Access est un facteur de ralentissement dans l’essor de ce modèle."
Les auteurs de l’analyse ajoutent que malgré une progression, on est encore loin d’atteindre une masse critique d’articles en OA, et que "même dans un monde où l’Open Access dominerait, les éditeurs continueraient à générer du profit grâce à la valeur ajoutée qu’il amènent à la communication scientifique (en gérant la validation par les pairs et la mise en page des articles). [...] Dans un scénario-catastrophe fort improbable, où la pression de l’Open Access sur les prix ne serait pas compensée par le volume des publications – Elsevier ne monétise qu’un tiers des articles reçus, les 2 tiers restants étant rejetés – nous estimons que la valeur par action des revues détenues est de 50p inférieure à ce qu’elle devrait être."
De fait, Peter Suber note également qu’au lendemain de l’annonce de la Commission, le taux de l’action Reed-Elsevier a baissé de 2%.

[photo : ZeRo SKiLL]

Arrêter Science Direct ?

Dans Leaving Elsevier’s big deal, Franco Toni raconte comment la bibliothèque de l’Istituto Superiore di Sanità (ISS) italien, l’équivalent de notre INSERM national, a dû, en raison d’une baisse significative de son budget (-30%), mettre fin en 2010 à son contrat avec Elsevier pour l’accès à Science Direct. Elle a ramené sa liste de revues à 185 titres (contre 343 dans la liste de départ en 2002) au format électronique, et réduit sa dépense chez cet éditeur de 50% (sous la menace d’une suppression totale de tous les abonnements néanmoins). Ce changement a eu des conséquences :
- relativement limitées pour les chercheurs : perte de l’accès aux 2200 titres (mais accès aux archives des années souscrites), mais l’important travail de sélection fait en amont a permis de conserver les titres les plus pertinents pour le plus grand nombre ; ce sont surtout les domaines de recherche spécialisés qui sont pénalisés (les revues avec moins de 100 téléchargements annuels ont été supprimées)
- positives pour l’institution : une baisse des téléchargements de 22% seulement, pas d’augmentation significative des demandes de fourniture de documents. Au passage, l’auteur souligne la gestion approximative de l’éditeur pour la sécurisation de ses propres contenus : les accès ont été supprimés pour la bibliothèque mais sont restés ouverts via le résolveur de liens pendant 6 mois…
- négatives pour le consortium dont la bibliothèque était membre : le manque à gagner à été répercuté sur les autres membres du consortium
Cet exemple illustre une fois encore combien le big deal, censé protéger les bibliothèques des augmentations imprévisibles des éditeurs, s’est retourné contre elles : le poids du chiffre d’affaires historique, tel le boulet des frères Dalton, empêchant tout ajustement des dépenses au contexte budgétaire. Par ailleurs, l’absence d’une liste publique des tarifs, les changements continuels dans la liste des titres disponibles et dans l’organisation des collections font que finalement les bibliothécaires sont incapable d’évaluer le coût réel de ce qu’ils achètent.
L’auteur conclut que ce modèle tarifaire ne doit plus servir de référence dans les négociations, qu’il faut trouver de nouveaux modèles, plus adaptables à l’activité des institutions ; pour lui un de ces modèles devrait porter sur une sélection de titres par discipline, et prendre en compte des indicateurs comme les statistiques d’usage et le coût à l’article. Je suis plutôt dubitative sur ce type d’indicateurs : voir à ce propos les réflexions toujours d’actualité de Dominique Rouger…

[Photo : Môsieur J]

JSTOR teste un nouveau modèle économique

JSTOR est un projet d’archivage et de mise à disposition de revues scientifiques, majoritairement dans les domaines des science humaines et des sciences sociales (mais pas que). JSTOR vient d’annoncer le lancement d’une nouvelle offre à destination du public : « Register & read », c’est son nom, permet à n’importe quel individu d’accéder, en échange de quelques informations, aux articles de 70 des 2400 revues hébergées sur la plateforme. Le choix des revues s’est fait notamment en fonction des statistiques de refus d’accès constatées par JSTOR au cours des années précédentes : annuellement, plus de 150 millions de tentatives d’accès infructueuses seraient enregistrées par l’éditeur.

Au niveau de l’accès, pas la peine de trop s’emballer : il s’agit en fait d’un droit de consultation (pas de téléchargement), en mode image (exit les publics non-voyants, les images ne pouvant pas être lues par un logiciel spécialisé, corrigez-moi si je me trompe), de 3 articles maximum, et ce pour une durée de 14 jours*. C’est presque pire que les règles de prêt en bibliothèque… :-)
Pour ce qui est des « quelques informations » ensuite, faut voir : outre votre nom et vos adresses postales et électroniques, on vous demande également vos informations bancaires. Plus toutes les informations techniques liées à votre connexion pour la consultation : le type de navigateur et de système d’exploitation, le nom de votre fournisseur d’accès. Dans quel but ? Bien sûr, pour améliorer votre expérience utilisateur, vous transmettre des informations ciblées… Mais il semble aussi que les règles d’utilisation du service autorisent JSTOR a partager ces données avec leurs "partenaires" (non définis), ce qui revient, grosso modo, a un modèle tarifaire financé par la publicité (ce billet de Gavia Librarian expose tout ça en détail) : pour une organisation a but non lucratif, ça fait un peu tache.

Cela dit, l’usager donne déjà nombre d’informations à la plupart des éditeurs commerciaux lorsqu’il consulte les ressources électroniques, s’il veut bénéficier des fonctionnalités personnalisées, alors un peu plus ou un peu moins…

* en fait c’est un peu plus compliqué : vous pouvez laisser un article sur votre étagère virtuelle aussi longtemps que vous le souhaitez, mais au moins 14 jours avant de pouvoir le remplacer par un autre…

[photo : dogwelder]


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