Archive pour la catégorie 'e-book'

Prêt d’ebooks : ça ressemble à un prêt…

Dans un billet tout récent sur Librarian.net, Jessamyn a diffusé ce message d’un de ses correspondants qui a testé le prêt d’ebooks pour le Kindle en bibliothèque :
“Ma première expérience d’emprunt d’un ebook pour Kindle à la bibliothèque m’a laissé comme un mauvais goût dans la bouche. Ca ne donnait pas l’impression d’emprunter un livre à la bibliothèque. J’ai plutôt eu l’impression qu’un commercial m’avait proposé un ebook avec une “offre d’essai gratuite et sans engagement” et me harcelait pour l’acheter à la fin de la période d’essai.
Je trouve la promotion commerciale d’Amazon excessive et inappropriée pour des usagers de bibliothèques publiques. Autoriseriez-vous le représentant d’un fournisseur à rester dans l’entrée, essayant d’attraper les lecteurs sur le chemin de la banque de prêt pour leur dire “Stop ! Pourquoi rendre cet ebook alors que vous pouvez l’acheter immédiatement pour seulement 12,95$ ?”
[...] Amazon a joué sur mon innocence :
D’abord, l’ebook était entièrement “marqué” ! Des soulignements ici et là et presque sur toutes les pages. C’était comme emprunter un livre à la bibliothèque et s’apercevoir que l’emprunteur précédent l’avait parcouru avec un surligneur ! Amazon permet de surligner et d’annoter les ebooks pour les bibliothèques. Mais au lieu de les effacer pour le prochain usager, on les laisse actifs, et on vous encourage à laisser vos propres commentaires à la vue de tous. [...]
Ensuite, à la fin de la période de prêt, au lieu d’annoncer poliment que l’ebook doit être rendu – ou de proposer un renouvellement – voire d’envoyer une alerte pour amende à la bibliothèque :) , j’ai été confronté à des publicités intrusives, à la fois sur mon Kindle et sur mon compte mail, m’enjoignant d’acheter rapidement l’ebook chez Amazon. Le message insistait sur le fait que “si vous achetez [cet ebook], ou si vous l’empruntez à nouveau depuis votre bibliothèque, toutes vos notes et annotations seront sauvegardées”. C’est donc pour ça qu’ils encouragent les lecteurs à gribouiller les ebooks de la bibliothèque : ils gardent nos notes et annotations en otage.
Puis, quand l’ebook est rendu, il ne s’évapore pas purement et simplement. Le titre, la couverture etc restent visibles sur mon Kindle, exactement comme si l’ebook était toujours disponible, sauf que derrière la couverture il n’y a rien d’autre qu’une notice qui signale que l’ebook a été rendu à la bibliothèque – et un juste bouton, qui ne nous propose pas de renouveler [le prêt]. La seule possibilité est d’acheter l’ebook chez Amazon.[...]
Enfin, il a été très difficile de nettoyer la publicité de mon application Kindle. Pas de bouton “Supprimer”. Il y a bien une option “Archiver”, mais tout ce qu’elle fait, c’est déplacer le document dans une liste de “Documents archivés”, où il reste comme les ebooks que j’ai vraiment achetés et que je pourrais vouloir re-télécharger. Et si on clique dessus, on a juste la possibilité “d’annuler” ou “d’acheter”. Qui voudrait garder ça ? Ni moi ni le commercial d’Amazon n’avons trouvé de bouton de suppression dans l’application Kindle. Le commercial prétend que le Kindle permet de le faire, mais n’a pas pu m’expliquer pourquoi ce n’était pas possible dans l’application Kindle. J’ai pu supprimer le fichier avec mon navigateur web, en me connectant à mon compte Amazon et en passant par la page “Gérer mon Kindle”.
Voilà. Maintenant je sais. J’ai gaspillé 20 minutes de ma vie pour le savoir.
J’ai reçu une seconde sollicitation par email de la part d’Amazon m’incitant fortement à acheter le livre. Combien vais-je encore en recevoir ?
Amazon se fait une belle pub en étant le seul fournisseur le livres pour le Kindle. Mais leur attitude agressive (“ne le rendez pas, ACHETEZ-LE !”) dépasse les bornes.”

[photo : Michael Holden]

Fossé

“Il m’est parfois difficile d’expliquer ma réaction vis à vis des gens qui disent que le papier est mort. Je ne veux pas être considérée comme luddite, ou comme anti-ebooks ; j’aime mon ordinateur, et j’aime le fait d’avoir tout l’internet dans ma poche.
L’existence des ebooks c’est, pour ceux qui ne peuvent pas stocker de livres imprimés, la possibilité de lire plus. Cela veut dire que les textes difficiles à trouver, ou ceux qui ne sont plus édités, sont de nouveau accessibles. Cela signifie, pour les gens atteints d’arthrite, d’affections des poignets, ou d’autres handicaps physiques qui rendent la lecture de livres imprimés difficile, la possibilité de lire à nouveau, sans que cela leur cause de douleur. J’aime que les ebooks existent.
Il n’empêche qu’à chaque discussion sur les ebooks, lorsqu’on en arrive inévitablement à “le papier est mort, l’édition traditionnelle est morte, tous les auteurs un tant soit peu intelligents devraient sauter le pas et franchir la frontière du numérique”, ce que j’entends, bien malgré moi, c’est “Les pauvres ne méritent pas de lire”. Je ne pense pas que ce soit malveillant, et je ne pense pas que ce soit délibéré. Je pense juste qu’il est difficile pour nous, de ce côté de la fracture numérique, de nous souvenir qu’il y a des gens de l’autre côté de ce qui peut sembler être un gouffre infranchissable, qui se demandent s’ils vont être abandonnés. Actuellement, plus de 20% des américains n’ont pas accès à internet. Si cela vous paraît peu, dites-vous que ça fait une personne sur 5. Une personne sur 5 n’a pas accès à internet. Parmi ceux qui ont accès, nombreux sont ceux qui y accèdent depuis des ordinateurs partagés, ou depuis des lieux publics comme les bibliothèques, qui autorisent un usage public de leurs machines. Toutes ces personnes ne vivent pas sous le seuil de pauvreté ; certaines ont volontairement choisi de se simplifier la vie, et n’éprouvent pas le besoin d’y ajouter internet. Mais ce n’est vraiment pas la majorité.
Maintenant, d’après vous, combien de ces personnes ont-elles accès à une liseuse
[d'ebooks] ?”
Across the digital divide, Seanan McGuire, auteur, 16/09/2011.
[photo : igomazic]

E-books : retour vers le présent

“Fermez les yeux et imaginez la situation suivante…
Nous sommes en 1988, et les bibliothèques sont concentrées sur les livres et les revues imprimés, les bibliothécaires sont toujours le passage obligé vers l’information, et la capacité à dire “Chut !” au lecteur est une compétence reconnue.
Un utilisateur entre dans votre bibliothèque en quête de livres à emprunter pour ses recherches. Au lieu de voir une grande pièce remplie de livres rangés par sujet, il tombe sur une suite de petites salles. Chaque salle contient les livres d’un éditeur, et toutes les portes sont fermées. L’utilisateur salue le bibliothécaire, qui lui donne un gros trousseau de clés ainsi qu’une feuille avec des codes d’entrée. C’est nécessaire, parce que chaque salle doit être ouverte selon une méthode différente. Cela peut même se compliquer, car certaines salles limitent le nombre de visiteurs à 2 à la fois, ou bien éjectent les visiteurs après une demi-heure de consultation.
Fort heureusement, notre utilisateur sait de quels livres il a besoin, et vous le guidez vers la bonne salle. Après plusieurs tentatives, vous parvenez, soulagé, à lui ouvrir la porte. Il doit maintenant faire face à un nouveau défi : chaque salle possède des règles différentes pour la consultation et le prêt de livres. Dans certaines on peut consulter les livres sans limitation, et dans d’autres une voix mécanique rouspète au bout de 5 pages : “Arrêtez la consultation ! Si vous voulez en lire plus, empruntez-moi d’abord !”
Notre utilisateur trouve les livres qu’il lui faut et lit les instructions sur la couverture. Pour un des livres en particulier, il faut également emprunter des lunettes spéciales, sans lesquelles la lecture n’est pas possible. Par chance, une paire de lunettes est disponible, et l’utilisateur vient vous voir pour emprunter les livres. Vous lui donnez les lunettes et estampillez chaque livre (merci de noter que chaque éditeur nécessite un tampon différent, et applique des règles différentes sur la durée de prêt d’un livre).
L’utilisateur commence à parcourir le livre et réalise qu’il faudrait qu’il en photocopie quelques pages, pour pouvoir prendre des notes. Malheureusement, il n’est techniquement pas possible de photocopier le premier livre, et on ne peut copier que 5 pages du second (mais pas dans le même chapitre).
Devant la photocopieuse, notre utilisateur rencontre un collègue. Celui-ci est intéressé par l’un de ses livres, et lui demande s’il peut le lui emprunter pendant quelques heures. Hélas, notre utilisateur est attaché au livre en question par une paire de menottes. Les 2 collègues doivent maintenant se présenter à l’accueil de la bibliothèque pour faire ouvrir les menottes avant de pouvoir se passer le livre.

Est-ce que cela vous semble irrationnel ? Inimaginable ? Pourtant, s’il on revient en 2011, c’est exactement la situation dans laquelle on se trouve en bibliothèque avec les livres électroniques …”

Merci à Dennie Heye (Dank u zeer  !) de m’avoir permis de traduire son billet The one with the e-books chaos.
[Photos : EJP Photo, Pot Noodle]

Permis de lire


A la base, le problème est que prêter des e-books, c’est absurde. Un e-book est juste un fichier électronique. Il n’a pas besoin d’être prêté ou emprunté – il peut juste être copié, à l’identique, sans aucun dommage pour l’original. Le sale petit secret des éditeurs, c’est que les e-books les terrifient.
Les e-books sont attractifs pour les bibliothèques parce qu’ils ne se déchirent pas, ne peuvent pas tomber dans la baignoire ou être dévorés par le chien. Ils ne nécessitent pas de venir à la bibliothèque physiquement pour être empruntés, n’ont pas besoin d’être enregistrés à la main, ni d’être rangés sur une étagère, et ils peuvent être consultés simultanément par plusieurs personnes. Malheureusement, les éditeurs ont concentré une grand part de leur créativité sur la recherche de moyens pour s’assurer que la plupart de ces avantages soient inutilisables, et que le prêt de e-books défie les lois de la physique et de la nature.

The trouble with eBooks: publishers defying the laws of physics sur It’s not about the books.

Sont cités, comme exemples de l’imagination des éditeurs dans le domaine :
- la limitation du nombre de prêts autorisés (politique d’HarperCollins restreignant la circulation des e-books à 26 prêts)
- la limitation de la consultation dans les locaux de la bibliothèque (position de l’association des éditeurs britanniques)
- l’application du cycle de diffusion des livres physiques  aux e-books

Conséquences : piratage massif, faute d’une offre légale suffisamment attractive (ça ne vous rappelle rien ?). Mais aussi possibilité pour les auteurs de sortir d’un système qui tente de protéger ses acquis par des moyens juridico-techniques (délais de sortie différente selon les pays, DRM…) au lieu de chercher à se renouveler. L’auteur n’est pas tendre avec les éditeurs, qui, selon lui,  ne font pas leur travail de sélection correctement puisque l’édition reste envahie d‘antibooks.

[photo : ToastyKen]

Des attentes pour des données enrichies

“Par comparaison avec les revues et les autres formes de littérature universitaire, les livres sont bien plus couramment achetés pour un usage personnel. Si les ouvrages universitaires étaient restés les seuls vecteurs de la recherche, les bibliothèques auraient conservé une plus grande influence, mais l’explosion des acquisitions de livres pour un usage personnel a eu un impact majeur sur les attentes des lecteurs.
Apple et Amazon ont joué un rôle capital dans la façon dont les e-books sont lus… mais, plus important encore, Amazon a aussi habitué les utilisateurs à naviguer dans-  et à évaluer bien plus de métadonnées pour découvrir des titres et déterminer leur intérêt. L’expérience personnelle des utilisateurs concernant la découverte d’e-books dépasse désormais, et de loin, les ressources à la disposition des bibliothécaires pour fournir des métadonnées descriptives enrichies et de l’assistance à la recherche. Les bibliothécaires sont en train de réaliser qu’ils ne devancent pas les attentes des utilisateurs, mais qu’ils les suivent, et ce même dans leurs domaines de compétences de base. Le défi auquel les bibliothécaires doivent faire face est celui d’arriver à offrir une expérience au moins aussi riche [que celle d'Amazon] dans leurs propres environnements, mais augmentée de leur expertise dans le repérage d’outils, de contenus et d’éléments de contextualisation appropriés pour la découverte et l’évaluation d’e-books universitaires. Ces éléments de contexte devraient comprendre bien plus de métadonnées provenant des éditeurs : couvertures, extraits, critiques, évaluations, validation par les pairs, recommandations, réalisés notamment par les enseignants-chercheurs de l’institution et les experts locaux.”

How Individual Book Buying Experiences are Reshaping Academic Library User Expectations for Ebooks « InfoViews.
[photo : a440]

Mon Kindle et moi

Depuis quelques semaines, je suis l’heureuse propriétaire d’un Kindle. Je me suis dit qu’il pourrait être intéressant de suivre mon parcours avec ce “nouveau” support sur ce blog.
Ergonomie, fonctionnalités
- L’encre électronique est bluffante, on dirait vraiment du papier. L’affichage est réglable : taille des polices, nombre de mots par phrase… On peut vraiment parler de “confort de lecture”.
- Le paiement n’est pas simple si on veut acheter ailleurs que dans le Kindle store : un achat qui prend moins d’une minute chez Amazon est tout simplement impossible ailleurs, en tout cas avec ma banque, qui m’impose de m’inscrire à un service plus sécurisé, moyennant l’envoi d’un code par SMS à *chaque* transaction… Heureusement qu’il y a Paypal.
- Très pratique, le chargement de documents personnels : le Kindle mange du .pdf, du .doc, du .txt, etc… pour peu qu’on ait pris la peine de convertir préalablement ses fichiers avec un outil comme Calibre, par exemple. A signaler, l’export pour Kindle disponible sur Instapaper : tous les articles “à lire plus tard” sont transférés en quelques secondes. Magique.
Contenus
- L’offre de livres en français est… comment dire ça poliment… maigre. Et nécessite, outre une certaine motivation, des qualités de fouineur bibliothécaire : il n’est pas possible de chercher par langue dans le Kindle Store, ni dans le site ereaderIQ que j’indiquais dans le dernier marché du mardi. En plus, il faut le savoir, les oeuvres en français du domaine public, qui sont gratuites dans le catalogue Amazon US, sont soumises à de la TVA si elles sont consommées en Union Européenne. J’ai fait le test : un recueil de titres de Victor Hugo, à 0$ quand je localise ma machine aux Etats-Unis, passe à 1,43$ si je suis en France.
En gratuit, on trouve des vieilleries classiques de la littérature, et encore, on se heurte parfois à des restrictions dûes au copyright. Du coup, même pour ces antiquités oeuvres du domaine public, il faut parfois chercher un peu pour récupérer le fichier qui va bien.
A un tarif abordable, il y a des daubes, mais il y a aussi des choses bien, chez publie.net par exemple ; mais on est déjà plus dans de la lecture “de découverte” (enfin si on ne lit normalement pas de “littérature contemporaine”) : l’amateur de polars, par exemple, ne retrouvera pas ses auteurs fétiches (malgré la prometteuse collection “Mauvais genres” qui démarre). Non, ceux-ci, quand ils existent en format numérique, sont vendus à peine moins cher que leur version papier brochée – dans ces cas-là, on n’achète pas, on commence plutôt à s’intéresser à l’offre non légale.
La qualité
Gratuit ou payant, cher ou pas cher, je n’ai pas encore lu d’ouvrage qui ne contienne pas au moins une faute de typographie, ou d’orthographe. Voire plusieurs sur certains textes. Ca paraît bizarre dans du tout-numérique, où on peut supposer que l’usage du correcteur orthographique est naturelle. Quand je l’ai signalé sur le premier texte que j’ai acheté, l’éditeur (publie.net) a été très réactif et a mis à ma disposition une version corrigée dans les 3 heures qui ont suivi (ça c’est du service !). Après j’ai trouvé nettement moins d’erreurs, du coup j’ai laissé filer. Mais je réfléchis à une façon de faire remonter l’info à l’éditeur, parce qu’il me semble nécessaire que la qualité des livres numériques soit au moins aussi bonne que celle des livres au format papier.
Impact sur mes pratiques
Au bout d’un mois, mon appareil contient une trentaine de titres, provenant pour moitié de publie.net, la seconde moitié se partageant à part égale entre ouvrages du domaine public et articles de revues professionnelles formatés par mes soins. J’ai lu entièrement 10 documents, commencé 7. J’ai l’impression que le support favorise le “picorage”, qui n’est pas dans mes habitudes de lectures ; on verra si c’est l’effet découverte ou si ça va perdurer. Je note 2 conséquences sur mes habitudes de lecture IRL traditionnelles : une baisse de la fréquentation de ma bibliothèque physique (une visite en un mois, au lieu des visites hebdomadaires – mais ce mois a été aussi riche en déplacements professionnels, alors ceci explique peut-être cela), et une hausse de mes achats de livres papier (3 en un mois), que j’attribue à la fréquentation plus assidue du site d’Amazon, mais je pense que ça ne va pas durer.

et les bibliothèques ?

“Les bibliothèques n’ont aucun sens dans le futur”, a déclaré Shatzkin depuis la tribune dans une bibliothèque datant de 1828. “Quiconque a accès à internet a déjà à sa disposition bien plus d’ouvrages que dans cette bibliothèque”, a-t-il souligné. “Nous n’avons pas besoin de bâtiments. Il y aura une demande constante de bibliothécaires, on aura besoin de leurs compétences, tout comme on aura besoin de celles des éditeurs.”
Mike Shatzkin in Montreal: Libraries don’t make sense anymore. Puis précisions, suite aux réactions produites par ces déclarations :
“Dans un monde rempli d’e-books, ce que le nôtre sera dans 10 ou 15 ans, les livres imprimés n’auront pas complètement disparu ; mais ils seront soit “exotiques”, soit très spécifiques. Ils ne seront plus un moyen banal ou ordinaire de fournir du contenu comme ils le sont aujourd’hui.
Je m’attend aussi à un monde dans lequel nous aurons tous accès à / nous possèderons tous de nombreux écrans. Avec ces écrans, nous aurons aussi accès à un grand choix de contenus, comme ce que nous montre internet aujourd’hui. Mon intuition est qu’à ce moment là, notre abonnement à internet “standard” incluera un accès à plus de livres qu’il en existe dans la plupart des bibliothèques aujourd’hui, et des tas d’autres pour un coût supplémentaire symbolique ou parfois conséquent. Nous devrons choisir un (ou deux) écran(s) à transporter en partant le matin (ou pas : il sera possible d’emprunter des écrans chez Starbucks et dans le hall de l’hôtel et dans la salle d’attente du dentiste), mais nous aurons de toutes façons accès à des contenus où que nous soyons et à n’importe quelle heure. Comme le même écran nous fournira nos outils de productivité personnelle (le billet de blog que je suis en train d’écrire, la liste de courses chez le fromager avant de rentrer), nous connectera à nos comptes en banque, et, bien sûr, à nos agendas et à l’itinéraire pour la fête à laquelle nous serons censés nous rendre le soir, le stockage d’informations supplémentaires – que ce soit un livre, un magazine, un journal ou un carnet de notes – sera un anachronisme depuis longtemps dépassé.
L’objectif de base – l’objectif fondateur – d’une bibliothèque [...], est de fournir un accès à des choses imprimées. Même la bibliothèque de quartier la plus petite a certainement abrité plus de contenu que n’importe quelle bibliothèque personnelle et, dans la plupart des cas, bien plus que ce qui serait disponible chez n’importe quel libraire. A l’origine, ce sont les livres qui ont défini la bibliothèque et ont attiré les lecteurs. Lorsque nous aurons tous accès à plus de livres sur nos écrans que ce que celle-ci contient, quel sera l’intérêt de la bibliothèque ?”


It will be hard to find a public library 15 years from now
, The Shatzkin Files.

La feinte d’HarperCollins

“Si nous envisageons cela [la loi de Pareto, connue aussi sous le nom de loi des 80/20] dans le contexte des modèles de prêt des e-books, nous voyons qu’HarperCollins a bien réussi son coup. En concentrant notre attention sur les livres qui sont beaucoup empruntés, [...], HarperCollins nous a amené à négliger les 80% de livres qui ne circulent pas ou peu. Pourtant les bibliothèques payent le plein tarif pour ces livres-là aussi, et il est clair que les éditeurs se font infiniment plus d’argent sur les livres qui ne circulent pas dans les bibliothèques que sur ceux qui ne se vendent pas en librairie !
Tout bien considéré, un des impacts économiques des bibliothèques, en plus de ceux dont j’ai déjà discuté, est de transférer du pouvoir d’achat des best-sellers vers des livres moins populaires. On peut même faire valoir que les bibliothèques soutiennent une culture large, qui disparaîtrait sans ce soutien. Et devinez qui publie ces best-sellers ? Les 6 plus gros éditeurs, bien sûr. Il payent de grosses avances aux auteurs, d’énormes frais de publicité auprès des librairies, font passer leurs auteurs dans les talk shows et obtiennent des critiques de leurs bouquins dans le Times. Cela demande beaucoup d’argent, mais la dépense est largement compensée dans une économie basée sur quelques titres vitaux ou sur des “cartons” de librairie.
Alors voilà l’astuce : en focalisant le débat sur des mécanismes de revenus générés par la popularité, HarperCollins mise sur les gros succès de librairie et affaiblit la longue traîne. Cela peut affecter négativement les bibliothèques, mais celles-ci sont des dommages collatéraux. C’est bien la longue traîne qu’HarperCollins essaye de détruire.”

Extrait de The Pareto principle and the true cunning of HarperCollins, par Eric Hellman, qui propose des analyses toujours fort pertinentes des problématiques économiques autour du livre et des bibliothèques.
[photo : linkwize]

26 et puis c’est tout

Retour sur le buzz du week-end dans la bibliosphère américaine : l’affaire Harper Collins OverDrive.
Overdrive, l’un des principaux diffuseurs de livres numériques pour les bibliothèques aux Etats-Unis, vient d’envoyer à ses clients un courrier faisant état de prochains changements dans la licence d’utilisation du service, pour répondre à la demande d’un éditeur (on apprendra par la suite qu’il s’agit d’Harper Collins). Cet éditeur souhaite en effet que la consultation des e-books mis à la disposition des bibliothèques soit limitée en nombre : au bout de 26 “prêts”, le document n’est plus accessible, et la bibliothèque doit le racheter.
Tollé chez les bibliothécaires, naturellement : ce post de Librarian by Day rassemble un florilège des nombreux commentaires que la nouvelle a suscité dans le milieu des bibliothécaires et en dehors, et on peut suivre les réactions des uns et des autres sur Twitter sous le hashtag #hcod.
Racheter un e-book ? Oui oui, comme quand les livres nous reviennent en piteux état, avec les pages arrachées etc. Sauf que… arracher les pages d’un livre numérique ?!? Là clairement il va falloir choisir : soit on considère que le livre numérique, c’est pareil que le livre papier (même prix, un seul prêt à la fois), mais alors on peut le conserver, soit on dit que le livre électronique obéit à des règles différentes, et on peut faire plus de choses avec (accès illimité, accès multi-supports, contenus enrichis, pas de DRM…), ou le payer bien moins cher…
En BU on a déjà connu ça pour les revues (la fin de la propriété des contenus en faveur de l’achat d’accès limités dans le temps), et on s’est plus ou moins adaptés (avec quand même souvent l’ajout de clauses pour l’accès aux archives), en soulignant toutefois les risques d’uniformisation de l’offre documentaire : on voit dans le modèle proposé par Harper Collins que la poldoc en prend encore un coup, les bibliothèques finissant par ne racheter que les best-sellers… Peut-être cela dit que le modèle qui convient à l’information de type “revues” n’est pas forcément adéquat pour le livre, mais bon, je ne suis pas spécialiste.  Problème anecdoctique soulevé par ce type de licence : la question du signalement dans les catalogues (comment suivre les notices d’ouvrages qui disparaissent au  bout du 26ème prêt ? et peuvent réapparaître à la prochaine commande ?).
L’éditeur justifie ce revirement ainsi : “Nous pensons que ce changement permettra d’établir un équilibre entre la plus-value que les bibliothèques tirent de nos titres et la nécessité de protéger nos auteurs, et d’assurer pour les années à venir leur présence dans les bibliothèques publiques et au sein des communautés qu’elles desservent .”
Il me semble que ce que tout cela prouve, c’est qu’il est difficile de trouver des modèles économiques pour le livre numérique (voir les pistes que donne Eric Hellman), et que les éditeurs auraient beaucoup à gagner à travailler en concertation avec les bibliothécaires sur le sujet…
[Photo : Elisabeth Thomsen]

Attentes des consommateurs vs objectifs des éditeurs

Selon les résultats d’une enquête menée fin 2010 auprès de 476 professionnels de l’édition et 1800 consommateurs américains, c’est un peu le grand écart entre ce que prévoit l’industrie du livre et ce qu’attend le grand public en matière d’édition numérique :
“74% des éditeurs sont désormais complètement engagés dans l’implémentation de versions numériques de leurs livres et magazines. 43% des éditeurs maintiennent une séparation entre leurs processus numériques et leurs processus imprimés, et 67% d’entre eux pensent que le numérique ne changera rien à leurs publications imprimées habituelles. Pour les éditeurs, le contrôle des droits d’auteur est la question dominante.
A l’inverse, les consommateurs insistent sur la liberté de pouvoir partager des contenus avec leurs amis, leur famille et leurs collègues, et ils attendent des publications numériques qu’elles puissent être consultées sur leurs smart phones, leurs tablettes et leurs liseuses. Ce qui suggère, à l’instar de ce qui s’est produit pour l’industrie du disque, un conflit sous-jacent avec la tradition de l’abonnement employée par les acteurs de l’édition pour leurs journaux et magazines. L’obstination des consommateurs pour un nouveau droit à un accès réellement multi-media va créer des changements conséquents dans le fonctionnement de l’industrie de l’édition.”
Harrison Group Survey of Publishers and Digital Consumers Identifies Challenges to Adoption of Digital Publishing Devices
[photo : something.from.nancy]

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