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Liber 2013

Mairie de Münich (neues Rathaus)J’ai eu l’opportunité, dans le cadre de mon stage chez Openedition, d’assister fin juin au congrès annuel de Liber à Münich, dont le thème était cette année : « Research information infrastructures and the future role of libraries ». Le programme et les supports des interventions sont en ligne sur le site du congrès, inutile donc de tenter un compte-rendu exhaustif de ces 3 jours, d’autant qu’il n’était pas possible d’assister à tous les ateliers ; voici juste quelques aperçus.

Open access
Même si la route est encore longue, la marche vers l’Open Access continue ; le rapport Finch et les prises de position multiples qui s’en sont suivies amènent le secteur éditorial à évoluer. Plusieurs initiatives ont été présentées, concernant essentiellement les SHS :
Openedition, qu’on ne présente plus, en France en tout cas : Ses presque 400 revues, ses 600 carnets de recherche, ses 20000 annonces d’événements, ses bientôt 1000 livres… et ses 3 millions de visites par mois en provenance de tous les pays, preuve s’il en était que les SHS suscitent l’intérêt au delà du monde académique francophone.
Social Sciences directory : L’idée qui sous-tend ce projet récent de publication, c’est de garder les bons côtés de l’édition scientifique traditionnelle (le contrôle de la qualité, l’indépendance éditoriale, la structuration des articles…) et de leur ajouter les bénéfices de l’édition numérique (pagination illimitée, réduction des délais de publication, liens vers des données additionnelles…). Côté modèle économique c’est du Gold auteur-payeur, l’institution paye des frais de publication (Article Processing Charges, APCs) annuels pour ses chercheurs, ou bien ceux-ci payent des APCs à l’article. La différence avec les autres offres éditoriales de ce type, c’est la volonté affichée d’arriver à un modèle durable sur le long terme, donc avec des coûts a priori plus bas que ceux généralement constatés : on est à 150$ par article, au lieu de 3000$. Jusqu’ici 3 numéros sont parus, soit 9 articles, et une version pour les humanités est déjà prévue.
Directory of OA Books : Calqué sur le modèle du DOAJ, le DOAB vise à améliorer la visibilité des livres en open access, en mettant l’accent sur la qualité des contenus publiés, qui doivent obéir à des critères académiques de validation (peer review). Il est maintenu par l’OAPEN Foundation, un projet de développement de l’édition de livres en open access financé par l’Union Européenne, qui rassemble des presses universitaires d’Europe (surtout) du nord.
Knowledge Unlatched : Un projet plutôt intéressant, qui propose de faire financer la publication d’ouvrages en libre accès par les bibliothèques : elles partagent les coûts fixes de publication (sélection, peer review, relecture…) – sachant qu’il faut compter dans les 10 000 à 15 000 $ en moyenne pour un ouvrage universitaire – et les contenus sont ensuite accessibles librement par tous. Les éditeurs restent libres de vendre des versions imprimées ou dans d’autres formats électroniques. Une commission est chargée de choisir les titres sélectionnés par les bibliothèques membres du consortium en cours de constitution parmi les titres proposés par les éditeurs partenaires du projet ; il s’agit pour l’instant uniquement  de livres à paraître, mais il n’est pas exclut que le projet s’intéresse ultérieurement à des ouvrages déjà parus (et donc déjà amortis). Le succès de l’opération réside dans la participation d’un grand nombre de bibliothèques, pour faire diminuer la contribution de chacun. C’est là le vrai challenge : les bibliothèques sont-elles prêtes à faire ce type d’investissement ? (et en ont-elles les moyens ?)
MedOAnet : Dans le cadre de ce projet européen de suivi des stratégies et politiques en faveur de l’Open Access dans les pays de l’Europe méditerranéenne a été menée une étude auprès des éditeurs (publics et privés), afin d’avoir une vue de leur politique vis à vis de l’open access. On leur a posé des questions assez précises sur leurs politiques en matière de transfert de copyright, d’auto-archivage, sur la version de dépôt autorisée, sur la présence d’embargos.  Il en ressort que  les éditeurs ayant répondu seraient plutôt favorables à la diffusion en open access (forts taux d’acceptation du dépôt dans des archives ouvertes, peu d’exigences de transfert exclusif des droits de diffusion). Ce résultat est néanmoins à pondérer au vu du taux de réponse (12%), qui permet difficilement, à mon sens, de tirer des conclusions très probantes de l’enquête. Il serait intéressant de la reconduire, en en faisant davantage de promotion : cela sera-t-il possible, sachant que le projet n’est financé que jusqu’à fin 2013 ? Et que les financements vont généralement aux nouveaux projets plutôt qu’au suivi de projets existants ?
[Ce n’est pas directement le sujet de ce billet ni de ce congrès, mais il me semble cependant que c’est une vraie question en ce qui concerne le financement de l’open access : on entend beaucoup parler de « durabilité », de viabilité (‘ »sustainability ») comme d’un Graal à atteindre, mais on continue à ne donner que des enveloppes d’impulsion – comment espérer à ce compte là arriver à des stratégies à long terme ? Bref, fin de la parenthèse.]

Data data data
On a beaucoup entendu parler de gestion des données de la recherche (« research data management ») : face au « data deluge » qui se profile, par exemple avec l’obligation de mise en place de plans de gestion des données (« RDM plans ») pour les agences fédérales américaines (cf la directive de l’OSTP), les bibliothèques doivent s’adapter et intégrer la gestion des données de recherche à leurs missions, voire au coeur de leurs missions. Les recommandations pour plus d’ouverture des résultats de la recherche qui se sont multipliées au cours des derniers mois s’étendent aux données de la recherche, qui doivent être ouvertes par défaut. Cette ouverture est garante d’une science plus intègre (moins de fraude), plus économique (réplicabilité de la recherche), accessible au plus grand nombre (« citizen science »)…
La gestion de ces données soulève bien des questions, notamment celle de leur archivage (quelle durée ? quels formats ? quels moyens ?), et, en corollaire, celle des coûts, qui demeure la grande inconnue : si ceux-ci peuvent être financés par les bourses et autres financements des projets de recherche au départ, la conservation des données à long-terme a aussi un coût qui doit être supporté, vraisemblablement par les institutions. Par ailleurs, vue la masse de données produites, il y a nécessité de mutualiser les outils et de partager les infrastructures de stockage et d’accès aux informations ; ce serait particulièrement pertinent pour les projets les plus modestes (les « gros » projets comprennent généralement un volet spécifique aux données et à leur gestion). Dans ce contexte, les bibliothèques pourraient se positionner comme services de publication de données institutionnelles : en apportant de l’assistance aux chercheurs dans la mise en place de « plan de gestion des données », en participant à la structuration des formats de données, en travaillant sur les métriques autour des données…
Quelques initiatives à suivre :
- Journals Research Data policy bank (JoRD) : Un projet du JISC, piloté par la responsable de Sherpa/Romeo, qui examine la faisabilité d’un service centralisé de recensement des politiques des revues concernant les données de recherche. L’étude montre que la moitié des revues affichent des politiques en la matière, mais que les 3/4 de celles-ci sont floues (manque de standardisation, incomplétude…)
Elixir : Un projet européen d’infrastructure pour le stockage et le traitement des données en sciences de la vie, mené par la Royal Society.
– La ligue européenne des universités de recherche (LERU) travaille, avec LIBER, sur ces questions, la rédaction d’une feuille de route sur les données de recherche est en cours.

Une statue perplexe dans le hall de la Bayerische Staats Bibliothek

Problème de casting ?
Ca a été clairement dit par l’un des intervenants (G. Boulton, ppt) : « Libraries do the wrong things, employ the wrong people ». Pour gérer toutes ces données, les bibliothèques doivent s’équiper de « data scientists », de « data managers ». Problème : où les trouver ? Il y a un vrai problème de manque de compétences dans la profession actuellement, qui attire toujours peu de profils scientifiques (en sciences « dures ») – or un data scientist, c’est quelqu’un qui sait gérer les données et les manipuler pour leur donner du sens, avec des compétences en statistiques, en mathématiques, en informatique spécialisée. De l’avis général, il existe peu de formations spécifiques dans les cursus universitaires, et la gestion de données ne fait pas partie des enseignements dans les formations initiales des bibliothécaires (je confirme) ; acquérir ce type de compétences est pourtant un enjeu fort, qui va demander un changement dans les mentalités des bibliothécaires. Des initiatives émergent, notamment au Royaume-Uni :
Immersive Informatics : il s’agit d’un programme pilote de formation à la gestion des données de la recherche, mené conjointement par les universités de Bath et de Melbourne, à destination des professionnels de l’IST. Il comprend, en plus des nombreux ateliers thématiques (sur la conservation, les aspects juridiques, la gestion des plans, etc), 2 modules au sein desquels les participants sont entièrement intégrés dans un laboratoire ou un département de recherche de l’université et travaillent sur des jeux de données réels.
RDMRose : ce projet de formation continue pour les professionnels de l’IST financé par le JISC a permis de produire des cours sur la gestion des données (en accès libre et donc réutilisables)

Bref, encore du pain sur la planche pour les bibliothécaires…

Open access : méfiez-vous des imitations

Un signe du succès d’un produit ou d’un concept est souvent que d’autres acteurs que les producteurs originaux s’en inspirent – de façon plus ou moins convaincante -, en proposant quelque chose de similaire. Et bien c’est le cas pour les revues en open access : certains éditeurs – jusque là inconnus – diffusent désormais des revues « en libre accès », mais ne proposant aucune des garanties de sérieux que l’on est en droit d’attendre quand il s’agit de recherche scientifique. Geoffrey Beall, un bibliothécaire du Colorado, passe au crible sur son blog Scholarly Open Access les offres de ces éditeurs : caution scientifique de sociétés savantes fantômes, re-publications multiples des mêmes articles, système de validation inexistant ou fortement biaisé (les auteurs choisissant leurs reviewers…), références des auteurs invérifiables (chercheurs d’une université qui n’existe pas)… tels sont quelques-uns des principaux « défauts » de ces publications. Plusieurs indices doivent éveiller le soupçon chez le bibliothécaire confronté à des revues publiées par ces maisons : coordonnées factices de l’éditeur, faible nombre d’articles, annonce d’un facteur d’impact pour des revues récentes, emploi d’un anglais approximatif sur le site web, récompenses imaginaires…

L’intérêt pour ces « prédateurs », comme Geoffrey les nomme (« predatory publishers ») ? Il s’agit essentiellement :
– de l’appât du gain : par un détournement pur et simple du modèle « auteur-payeur ». Ces éditeurs rivalisent de créativité pour faire payer des frais de publication aux auteurs (frais de traitement, frais d’enrichissement…).
– d’une  stratégie opportuniste : effet collatéral du « publier ou périr ». On voit ainsi des articles recyclés dans plusieurs revues du même « éditeur », pour booster la liste de publications de chercheurs, souvent issus de pays émergents. En fait d’éditeur, il s’agit de collègues ou de compatriotes basés en Europe ou aux Etats-Unis, qui ouvrent des sociétés fantôme dont l’activité principale consiste à promouvoir leurs revues et leurs auteurs, sous une apparence d’honnêteté (« Vanity presses »).

G. Beall tient à jour une liste, qui s’enrichit régulièrement de nouveaux éditeurs douteux. Il recommande aux chercheurs d’éviter toute collaboration avec ces éditeurs, que ce soit en tant qu’auteurs ou en tant que reviewers, et de considérer avec beaucoup de méfiance les informations contenues dans ces articles. Ca semble en effet plus prudent.

[photo : amulonphotography]

ORCID

ORCID, c’est l’acronyme d’Open Researcher & Contributor ID, un projet ouvert d’identification unique des chercheurs, soutenu par plus de 140 institutions (sociétés savantes, éditeurs, organismes de recherche, universités – tiens, aucune institution française… ; il me semble quand même qu’il en a un travail en cours sur les autorités à l’ABES ? Mais sans doute ai-je tort de faire un lien entre ces 2 projets, cela n’a sûrement rien à voir).
Son objectif est la création d’un registre mondial des chercheurs, qui ferait référence auprès de tous les acteurs de l’édition scientifique dans l’attribution des contributions et des citations. L’idée, c’est de s’appuyer sur les systèmes existants déjà chez les organismes partenaires, et de les rendre interopérables ; la comparaison la plus réaliste, si j’ai bien compris, est celle d’un DOI pour les chercheurs. L’intérêt d’un tel système ? J’en vois au moins 3 :
– Gérer les homonymes – et en partie les affiliations des chercheurs
– Couvrir toutes les étapes de la publication : de la soumission du manuscrit à sa citation par d’autres documents.
– Pouvoir attribuer correctement des contributions autres que celles faites sous forme d’articles : liens vers des sets de données de recherche, vers des billets de blog, vers des travaux collaboratifs…
Mais aussi, vraisemblablement, pouvoir récupérer les données pour alimenter des CV de chercheurs, des listes de publications, des annuaires institutionnels via toutes sortes de mashups…
Le projet doit passer en phase publique au cours du premier semestre 2011. On peut suivre l’avancée du projet grâce au groupe ORCID Researchers.

Pour en savoir plus :
ORCID or how to build a unique identifier for scientists in 10 easy steps, par Martin Fenner, membre du CA du projet
ORCID and ISNI : Author, Swineherd, taxman, Alcohol researcher par OCLC
[photo : _YoYoH_]


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