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AHAgate

L’American Historical Association recommande fortement aux programmes diplômants et aux bibliothèques universitaires d’adopter une politique autorisant un embargo de 6 ans sur les thèses de doctorat au format électronique. Comme de nombreuses universités ne conservent plus de version imprimée des thèses déposées dans leurs bibliothèques, de plus en plus d’institutions exigent que toutes les thèses soutenues soient mises en ligne, afin de les rendre accessible gratuitement pour qui veut les lire. Simultanément pourtant, un nombre croissant de presses universitaires renâclent à proposer une contrat d’édition aux jeunes docteurs dont les thèses sont disponibles en ligne librement. (déclaration de l’AHA du 19/07/2013)

The gates : tree of orangeL’argument de l’AHA, c’est qu’une fois la thèse soutenue, les jeunes diplômés vont passer plusieurs années à l’améliorer, la modifier, la formater pour la publier : en histoire comme dans d’autres disciplines des SHS, c’est encore beaucoup sur la publication de « vrais livres » que se basent les critères d’évaluation et de promotion. Or si le contenu est accessible gratuitement sur internet, selon l’AHA, aucun éditeur ne voudra le publier – car aucune bibliothèque ne voudra l’acheter ; les étudiants obligés de déposer leurs thèses au format électronique seraient en quelque sorte handicapés par la politique de dépôt en ligne, et devraient pouvoir choisir de restreindre l’accès à leurs travaux – l’AHA souhaiterait revenir au dépôt de versions imprimées.

Parmi les nombreuses réactions à cette annonce, je retiens 2 éléments qui infirment le raisonnement de l’AHA :
– Hasard du calendrier, à peu près au même moment est sorti un article dans C&RL consacré justement à la question de l’impact de la mise à disposition en OA des thèses sur les chances de publication : Do Open Access Electronic Theses and Dissertations Diminish Publishing Opportunities in the Social Science and Humanities ? Le sondage mené par les auteurs en 2011 auprès d’une cinquantaine d’éditeurs de revues et de presses universitaires montre que  moins de 10% d’entre eux refuseraient de publier un ouvrage issu d’une thèse déjà disponible en ligne en libre accès ; ils concluent que « comme la majorité des revues et des presses universitaires prendra en compte un manuscrit en sciences sociales ou en sciences humaines dérivé d’une thèse en open access, [nous conseillons] vivement aux étudiants de ces disciplines de mettre leurs thèses en ligne en accès ouvert. »
– A propos du comportement d’achat des bibliothèques dans cette histoire, Barbara Fister souligne :  » Les bibliothèques achètent moins de livres, qu’ils soient dérivés de thèses ou pas ; elles n’achèteront pas plus de livres si les thèses ne sont plus accessibles en ligne. Les éditeurs universitaires ne gagnent plus assez sur le marché des bibliothèques pour baser leurs décisions de publication sur ce que feront les bibliothèques.  »

Enfin, T. Mills Kelly fait le rapprochement avec des déclarations précédentes de l’AHA pour le moins circonspectes à propos de l’open access – elles reflètent, selon lui, la position cohérente mais ambigüe d’une société savante qui doit concilier un idéal de partage de la connaissance avec des réalités économiques mettant en cause une de ses principales sources de revenus (les abonnements à sa revue phare).

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