Archive for the 'Doc élec' Category

De bonnes bases

3199154697_4b7fbde665Après avoir dénoncé publiquement les pratiques commerciales de certains éditeurs  (ACS l’an dernier, Sage ces dernières semaines), la directrice des bibliothèques du campus de Potsdam à New-York, Jenica Rogers, propose, dans l’optique de reprendre les relations avec les éditeurs sur de bonnes bases, une liste de principes élaborée avec ses bibliothécaires :
– Abandon des modèles tarifaires basés sur l’imprimés : l’électronique a sa propre valeur ajoutée, qui ne dépend en rien de choix faits précédemment pour le support papier.
– Fin des contrats pluri-annuels : tous les établissements d’enseignement supérieur étant touchés par des réductions drastiques de budget, il est préférable de garder une certaine souplesse financière pour  coller les achats de documentation numérique aux cursus.
– Refus de l’ajout automatique de contenus dans les bouquets : cela conduit à une augmentation mécanique des coûts, et à la perte de la maîtrise de la politique documentaire – une politique d’opt-in est préférable pour les nouveaux contenus.
– Evolution des big deals vers un modèle plus à la carte : pouvoir construire son propre bouquet, mixer des revues de niveau différent pour répondre aux attentes des publics.
– Plus de transparence dans la tarification, et moins de gaspillage de temps de travail : les négociations locales font perdre du temps aux éditeurs comme aux bibliothécaires.

Source : Attempting positivity by J. Rogers sur son blog.

[Photo : Jon Mc Govern]

1 an sans ACS

Chemistry by FMJ Shooter (CC-BY-NC-SA)L’année dernière, la directrice des bibliothèques de l’université d’état de New-York (SUNY) avait fait sensation en annonçant l’arrêt de l’abonnement institutionnel de son établissement aux revues de l’American Chemical Society. Aujourd’hui elle rend compte, avec la responsable du département de chimie, du bilan de cette année « sans » :
les étudiants n’ont pas vraiment été touchés par la suppression de l’abonnement : les enseignants ont adapté leurs évaluations, et ont compté sur les bibliothécaires pour orienter les étudiants vers d’autres ressources.
une partie des enseignants-chercheurs et des étudiants avancés considèrent qu’il est moins facile de mener leurs recherches : les délais dans l’obtention des documents, forcément plus longs, les problèmes liés à l’impression (noir et blanc vs originaux en couleurs, affichage des schémas) perturbent le rythme du travail – pour mémoire, la bibliothèque avait renforcé son système de prêt entre bibliothèques pour satisfaire les demandes d’articles de revues d’ACS. Certains de ces problèmes ont pu être réglés, et un abonnement à certains titres individuels très fortement demandés est étudiée (avec une participation du département pour compenser le coût de la redevance au titre du droit de copie engendré par les demandes de PEB).
– une des options envisagées l’an dernier était l’incitation par les enseignants-chercheurs à faire adhérer leurs étudiants à l’ACS, afin de bénéficier d’une certain nombre d’articles gratuits : il semble que cette solution n’ait pas été suffisamment exploitée.

Un impact relativement marginal finalement, pour une solution plutôt raisonnable (et adaptée à un établissement de ce type).

Lire le billet de Jenica Rodgers sur son blog : Following up on the Chemistry issue.
[Photo : FMJ Shooter]

Quitter l’American Chemical Society ?

Jenica Rodgers, dans Walking away from the American Chemical Society sur son blog Attempting elegance, nous apprend que certaines bibliothèques de l’université d’état de New-York (State University of New-York, SUNY) ont décidé de ne pas reconduire leur abonnement au bouquet de revues de l’American Chemical Chemistry (ACS) en 2013. Après plusieurs mois de tentatives de négociation avec l’équipe commerciale sur un tarif de base plus juste pour les établissements de petite taille (SUNY rassemble des facultés et des grandes écoles, avec des possibilités d’abonnement différenciées), voyant qu’ils avaient peu de chance d’aboutir à une solution acceptable, les bibliothécaires ont rencontrés leurs chimistes, les ont informé de la situation et tout le monde est tombé d’accord sur le fait que non, le tarif proposé n’était vraiment pas viable. Les chimistes ont fait remonter leur mécontentement à l’ACS en tant que membres de l’association (car c’est une société savante, au départ, et pas une entreprise commerciale). Et les bibliothécaires ont cherché d’autres solutions. Au final, la bibliothèque va proposer une offre en chimie comprenant :
– un abonnement au bouquet Gold de la Royal Society of Chemistry (RSC)
– l’achat des archives d’ACS, apparemment plus abordable que l’accès aux contenus courant
– les titres de chimie du bouquet Science Direct d’Elsevier, auxquelles l’université est de toutes façons abonnée
La collaboration avec les enseignants de chimie a aussi d’autre aspects qui me semblent intéressants :
– la sensibilisation des étudiants aux problèmes de financement des ressources : les enseignants encouragent ainsi les étudiants à adhérer à l’ACS pour bénéficier d’articles gratuits
– la mise en place de formations pour les étudiants sur le thème de « Comment faire de la recherche en chimie sans le soutien des ressources de l’université »

Reste un petit problème « collatéral » : comme c’est l’ACS qui accrédite les programmes des diplômes en chimie (ils doivent être validés par l’ACS pour avoir plus de valeur sur le marché du travail), il n’est pas impossible que les formations de SUNY perdent leur accréditation, puisque n’offrant pas les ressources les plus cotées de la discipline…

Rappelons enfin, pour mémoire, qu’ACS fait partie des éditeurs « blancs », selon la terminologie en vigueur sur Romeo/Sherpa : ce sont les éditeurs qui n’autorisent aucun dépôt dans des archives ouvertes pour les articles qu’ils publient.

[photo : stratoz]

Global Open Knowledge Base

Global Open Knowledge Base est le fruit du partenariat entre le projet de SGB mutualisé américain Kuali OLE  et l’agence britannique JISC Collections. Il s’agit de monter l’architecture d’une base de connaissances mutualisée intégrable dans différents systèmes de gestion de données. JISC Collections travaille sur les modèles et les circuits de données, il peut également s’appuyer sur ses contacts existants avec les éditeurs (l’agence est l’un des principaux opérateurs pour la négociation des ressources électroniques au Royaume-Uni) ainsi que sur le réseau existant de ses établissements membres pour l’alimentation. La partie mutualisée de la base de connaissances gère les éléments au niveau global (titre, éditeur, identifiant, bouquet, plateforme), les informations locales (contrats, licences, commandes, stats…) sont gérées dans le SGB. Les atouts de GOkb sont l’utilisation de standards, la mise en place d’un système d’identification des ressources, l’application de modèles de données et de workflows, la gestion communautaire. Le projet bénéficie d’un financement de 499000$ de la fondation Mellon, passage en production de la version 1.0 prévu pour 2013.

[photo : squarepants2004/auntiehuia]

Arrêter Science Direct ?

Dans Leaving Elsevier’s big deal, Franco Toni raconte comment la bibliothèque de l’Istituto Superiore di Sanità (ISS) italien, l’équivalent de notre INSERM national, a dû, en raison d’une baisse significative de son budget (-30%), mettre fin en 2010 à son contrat avec Elsevier pour l’accès à Science Direct. Elle a ramené sa liste de revues à 185 titres (contre 343 dans la liste de départ en 2002) au format électronique, et réduit sa dépense chez cet éditeur de 50% (sous la menace d’une suppression totale de tous les abonnements néanmoins). Ce changement a eu des conséquences :
– relativement limitées pour les chercheurs : perte de l’accès aux 2200 titres (mais accès aux archives des années souscrites), mais l’important travail de sélection fait en amont a permis de conserver les titres les plus pertinents pour le plus grand nombre ; ce sont surtout les domaines de recherche spécialisés qui sont pénalisés (les revues avec moins de 100 téléchargements annuels ont été supprimées)
– positives pour l’institution : une baisse des téléchargements de 22% seulement, pas d’augmentation significative des demandes de fourniture de documents. Au passage, l’auteur souligne la gestion approximative de l’éditeur pour la sécurisation de ses propres contenus : les accès ont été supprimés pour la bibliothèque mais sont restés ouverts via le résolveur de liens pendant 6 mois…
– négatives pour le consortium dont la bibliothèque était membre : le manque à gagner à été répercuté sur les autres membres du consortium
Cet exemple illustre une fois encore combien le big deal, censé protéger les bibliothèques des augmentations imprévisibles des éditeurs, s’est retourné contre elles : le poids du chiffre d’affaires historique, tel le boulet des frères Dalton, empêchant tout ajustement des dépenses au contexte budgétaire. Par ailleurs, l’absence d’une liste publique des tarifs, les changements continuels dans la liste des titres disponibles et dans l’organisation des collections font que finalement les bibliothécaires sont incapable d’évaluer le coût réel de ce qu’ils achètent.
L’auteur conclut que ce modèle tarifaire ne doit plus servir de référence dans les négociations, qu’il faut trouver de nouveaux modèles, plus adaptables à l’activité des institutions ; pour lui un de ces modèles devrait porter sur une sélection de titres par discipline, et prendre en compte des indicateurs comme les statistiques d’usage et le coût à l’article. Je suis plutôt dubitative sur ce type d’indicateurs : voir à ce propos les réflexions toujours d’actualité de Dominique Rouger…

[Photo : Môsieur J]

JSTOR teste un nouveau modèle économique

JSTOR est un projet d’archivage et de mise à disposition de revues scientifiques, majoritairement dans les domaines des science humaines et des sciences sociales (mais pas que). JSTOR vient d’annoncer le lancement d’une nouvelle offre à destination du public : « Register & read », c’est son nom, permet à n’importe quel individu d’accéder, en échange de quelques informations, aux articles de 70 des 2400 revues hébergées sur la plateforme. Le choix des revues s’est fait notamment en fonction des statistiques de refus d’accès constatées par JSTOR au cours des années précédentes : annuellement, plus de 150 millions de tentatives d’accès infructueuses seraient enregistrées par l’éditeur.

Au niveau de l’accès, pas la peine de trop s’emballer : il s’agit en fait d’un droit de consultation (pas de téléchargement), en mode image (exit les publics non-voyants, les images ne pouvant pas être lues par un logiciel spécialisé, corrigez-moi si je me trompe), de 3 articles maximum, et ce pour une durée de 14 jours*. C’est presque pire que les règles de prêt en bibliothèque… 🙂
Pour ce qui est des « quelques informations » ensuite, faut voir : outre votre nom et vos adresses postales et électroniques, on vous demande également vos informations bancaires. Plus toutes les informations techniques liées à votre connexion pour la consultation : le type de navigateur et de système d’exploitation, le nom de votre fournisseur d’accès. Dans quel but ? Bien sûr, pour améliorer votre expérience utilisateur, vous transmettre des informations ciblées… Mais il semble aussi que les règles d’utilisation du service autorisent JSTOR a partager ces données avec leurs « partenaires » (non définis), ce qui revient, grosso modo, a un modèle tarifaire financé par la publicité (ce billet de Gavia Librarian expose tout ça en détail) : pour une organisation a but non lucratif, ça fait un peu tache.

Cela dit, l’usager donne déjà nombre d’informations à la plupart des éditeurs commerciaux lorsqu’il consulte les ressources électroniques, s’il veut bénéficier des fonctionnalités personnalisées, alors un peu plus ou un peu moins…

* en fait c’est un peu plus compliqué : vous pouvez laisser un article sur votre étagère virtuelle aussi longtemps que vous le souhaitez, mais au moins 14 jours avant de pouvoir le remplacer par un autre…

[photo : dogwelder]

Ipad et ressources documentaires

Je me suis intéressée dernièrement à l’offre documentaire pour les supports mobiles : smartphones et tablettes. Enfin, surtout tablettes (enfin,  surtout ipad !).  Ca a été l’occasion d’alimenter la page consacrée aux applications documentaires pour terminaux mobiles de Bibliopédia. Voici mes observations sur l’offre de contenus actuelle, envisagée dans un contexte de bibliothèque universitaire. Sachant que je me suis concentrée sur les ressources auxquelles mon établissement est abonné, donc surtout dans les disciplines juridiques, économiques et scientifiques, mais, ledit établissement s’étant étendu depuis le début de mon étude, je commence à avoir un bon panel de ressources pluridisciplinaires. Non que tous les éditeurs soient présents sur ce créneau, cependant : à la louche, je dirai qu’un peu moins de 30% du portefeuille de ressources payantes est disponible sur le web mobile (je vérifierai à l’occasion).

Appli et sites dédiés

Au niveau technique, on a affaire à 2 types de dispositifs :
– d’une part  des applications dédiées pour certains systèmes d’exploitation mobiles : Androïd et  iOS (pour les produits Apple). Les applications fonctionnent en « circuit fermé », puisque leur utilisation est subordonnée à un type d’appareil défini. On les trouve assez facilement en tapant le nom de la ressource sur l’Apple store ou le Marketplace (ou nom de la ressource + ‘application’ dans Google).
– d’autre part des sites web spécifiques, optimisés pour une consultation mobile. Leur intérêt principal est d’être consultable depuis n’importe quel appareil.

Les éditeurs juridiques : oui… mais non

Les éditeurs juridiques (français) qui sont présents se distinguent par le peu de contenus accessibles : Dalloz, Francis Lefebvre et Lamy ne proposent qu’un accès à leurs actualités, aucun lien n’existe vers du texte intégral. Legalnews semble s’être le plus investi sur les interfaces mobiles : l’éditeur propose ainsi une appli pour Androïd, une appli pour iOS et une appli pour Blackberry. Bien qu’il existe de nombreuses applis pour les produits Lexis-Nexis outre-Atlantique, le Juris-Classeur, édité par ce même groupe, n’est pas disponible. Du côté des éditeurs étrangers, Westlaw propose un site mobile pour sa déclinaison Westlaw Next (qui n’est pas celle à laquelle nous avons accès en France), ainsi qu’HeinOnline, toujours très dynamique sur tous les outils web, une appli iOS est également disponible.

Les limites du point de vue des BU
Le principal problème lié à l’accès mobile aux ressources documentaires, c’est la gestion d’accès personnalisés par des services habitués à gérer des accès collectifs : généralement en BU, pour ouvrir les accès, on déclare des listes d’adresses IP, un serveur proxy pour les accès distants, et basta. La gestion de l’authentification des usagers est déportée sur les DSI, qui administrent l’annuaire LDAP, le serveur CAS, etc. Pour accéder à une ressource à distance, on s’authentifie sur un serveur proxy spécifique à son université. Avec une appli, l’accès se fait en direct : du coup, comment faire savoir à l’éditeur que oui, on est bien un utilisateur autorisé de l’université de X… ?
Parmi les applications que j’ai testées, on retrouve 3 grands types de solutions  adoptées par les fournisseurs :
– accès uniquement depuis une IP déclarée de l’établissement. Nécessite quand même l’activation du mode « mobile » depuis un poste fixe du réseau. Donc pas d’accès réellement nomade. Ex : Factiva.
– accès distant activé depuis depuis une adresse IP déclarée – assez pratique : pas de gestion d’identifiants par la BU, tout peut se faire à distance par l’utilisateur en se connectant au site de la BU par le proxy. Inconvénient : l’utilisateur doit réactiver son accès depuis un poste du réseau au bout d’un certain temps. Ex : EbscoHost (9 mois), HeinOnline (30 jours).
– accès aux contenus libres (les actualités), mais demande des identifiants d’administration du compte pour l’accès au texte intégral (Dalloz), donc au final pas d’accès.
Pour les sites mobiles, c’est un peu différent : il est possible de les proxifier, ie de les inclure dans la configuration d’un serveur proxy. Reste à faire en sorte que les usagers se connectent via ce serveur.
Autres problématiques : communication, évaluation, formation
Du coup se pose la question de la communication pour ce type de service : simple ajout d’une entrée « nomade » dans la liste des ressources électroniques, à côté des accès traditionnels, ou bien mise en place d’une page dédiée pour les accès nomades ? Et comment faire apparaître tout ça dans les outils de découverte ?
Autre interrogation : comment mesurer ces usages ? Une solution pourrait passer par une généralisation de l’usage de Shibboleth : inclure ce type d’authentification sur une appli ou un site mobile pourrait permettre de faire le lien entre les usagers et les institutions qui fournissent les accès. Je pense (j’espère !) également que les éditeurs ont les moyens techniques de nous fournir des stats de consultation de leurs ressources depuis des appareils mobiles au sein de nos propres réseaux, ce sera aussi un indicateur important à prendre en compte dans l’évaluation des usages.
Enfin, mais cela va sans dire, le suivi des sites et des applications doit entrer dans le travail de veille du bibliothécaire, qui, idéalement, doit être formé à ces outils ; encore faut-il que celui-ci soit équipé ou ait accès aux outils en question – je n’ai cependant pas l’impression que les tablettes « de service » soient légion dans la plupart des BU pour l’instant. Elles restent, pour ce que j’ai pu constater, vues comme un gadget plus qu’autre chose. Il faudrait que ça change.
[photo : zandwatch]


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