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Openwashing

Dans son dernier billet When is the library Open ?, Barbara Fister revient sur plusieurs  mouvements récents dans le paysage scientifique :

  • L’accord passé entre l’université de Floride et Elsevier pour automatiser l’alimentation (via l’API de l’éditeur) de leur archive ouverte locale : dit comme ça, ça a l’air d’être une bonne idée, et c’est vrai que c’est plutôt pas mal pour récupérer des métadonnées, mais en fait le texte intégral des articles ne sera accessible que pour les abonnés à la plateforme ScienceDirect  (en dehors des articles nativement en OA)… Pas vraiment de l’OA, donc, et clairement une tentative forte de l’éditeur pour se positionner comme « partenaire/prestataire » de la Recherche, en récupérant des données de consultation et du trafic sur son propre site web au passage…

Il est évident qu’externaliser la gestion d’une archive ouverte institutionnelle à Elsevier n’est pas une bonne idée. Ce qui l’est moins, c’est que les bibliothécaires doivent se bouger rapidement pour financer et/ou bâtir collectivement des alternatives sérieuses à cet « openwashing« . Ce nous prendra du temps et de l’argent. Ca nécessitera de prendre des risques. Ca implique de nous éduquer à des solutions tout en réfléchissant à comment mettre nos valeurs en pratique. Ca implique de faire des compromis sur l’accès immédiat avec quelques râleurs ayant pignon sur rue, pour mettre de l’argent et du temps dans des solutions à long terme, qui pourront mette un certain temps avant de fonctionner. Ca implique de considérer la fourniture équitable d’accès au savoir comme notre fonction première, et pas comme une option sur laquelle travailler quand nous n’avons rien de mieux à faire avec nos « vraies » missions de négociation de licences, de maintenance des résolveurs de liens et de formation des étudiants à l’utilisation d’interfaces qui seront obsolètes quand ils auront terminé leurs études. Ca implique d’agir dès maintenant pour pouvoir faire partie du futur de la communication scientifique.

  • L’achat, toujours par Elsevier, de la plateforme SSRN : après les sociétés savantes, et les outils de gestion bibliographique (Mendeley), les infrastructures de l’OA deviennent un enjeu majeur du développement des éditeurs – et on peut légitiment penser qu’Academia et ResearchGate sont les prochains sur la liste.

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Gare aux chiffres !

WTF? - Francis Mariani - CC BY-NC-SAJ’ai lu dernièrement ici et :
– « … Elsevier a parfaitement compris une chose : c’est que si l’existence de ses revues importe tant, malgré tout, aux communautés scientifiques, ce n’est pas tant qu’il est pour elles crucial de lire les articles qu’elles contiennent (on en trouve la plupart sans problème en open access sur la Toile). »
– « Actuellement, plus de 1 500 revues d’Elsevier sont au moins partiellement en « libre accès »… »
Et là je me dis : zut, j’ai raté un épisode ou quoi ?
Aux dernières nouvelles, les articles publiés dans les revues hybrides (ces revues sur abonnement dans lesquelles il est possible, moyennant finances, de publier des articles en accès ouvert), notamment chez Elsevier, se comptent sur les doigts de quelques mains : 1014 articles en 2011, selon cette étude de Björk et Solomon sur les revues hybrides.
« 2011, ça date, les choses ont changé » me direz-vous ?
OK. Voici les chiffres que nous donne Science Direct pour les 8 titres les plus consultés par les membres de Couperin en 2012 (+ de 100 000 téléchargements) :

  • The Lancet : 451 043 articles, 302 en OA (0.06%)
  • Archives de pédiatrie : 11 756, pas d’article en OA
  • La revue de médecine interne : 18 803, 3 articles en OA (0.015%)
  • Tetrahedron letters : 93 149, 61 articles en OA (0.06%)
  • Annales françaises d’anesthésie et de réanimation : 10 244, 2 articles en OA (0.01%)
  • Tetrahedron : 46975, 26 articles en OA (0.05%)

Imaginons que les choses aient encore changé en 2013, et qu’on arrive à 1% d’articles en OA : nous serions encore bien loin d’un large accès aux contenus d’Elsevier. Il me semble utile de le repréciser.

Pourquoi personne ne publie des articles en open access dans les revues d’Elsevier ?

cc licensed (BY-SA) flickr photo by °Florian

cc licensed (BY-SA) flickr photo by °Florian

C’est la question que s’est posée Mike Taylor sur le blog Sauropod vertebra picture of the week, en constatant que la revue PloS One publiait en un mois plus d’articles en OA qu’Elsevier dans ses 1500 revues hybrides en un an (959 articles OA en 2011, PLoS One tourne à environ 1300 articles mensuels en moyenne sur la même période). Voici les raisons qu’il envisage pour expliquer l’attitude des chercheurs :
– une position idéologique : les chercheurs qui s’intéressent à l’open access sont déjà convaincus, ils préfèrent publier dans des revues en open access, clairement identifiées comme telles et vraiment accessibles à tous. [J’ajouterai qu’à mon avis, ils préfèrent voir le modèle OA s’étendre au niveau des revues, plutôt que contribuer au modèle « hybride »]
– un intérêt juridique : chez PLoS, les articles sont publiés sous licence CC-BY : on peut, du moment que la paternité des auteurs est correctement attribuée, récupérer les contenus et les réutiliser de multiples façons, y compris la fouille de texte. Ce n’est pas le cas de l’open access proposé par la plupart des éditeurs commerciaux : impossible d’obtenir une définition précise des usages autorisés pour les articles en open access sur le site d’Elsevier, notamment. [Je confirme que l’information est difficile à trouver, pas cohérente ni très claire sur Science Direct en tout cas]
– un bénéfice technique : la grande qualité des prestations fournies par PLoS (images en haute définition, compléments vidéos, formats de sortie compatibles avec une réutilisation informatisée, statistiques au niveau de l’article, commentaires) ne se retrouve pas chez les éditeurs qui se contentent de transférer sur internet le circuit en usage pour les revues imprimées. [Je ne suis pas entièrement d’accord avec ça, je trouve que la plateforme Science Direct est loin d’être la pire en terme de fonctionnalités ; il y a eu un travail de développement d’applications que je n’ai pas vu ailleurs. Mais c’est vrai que chez les éditeurs « pure players » de l’électronique , on trouvera plus facilement en standard des fonctionnalités nativement numériques]
– un argument économique : les frais de publication chez PLoS sont moitié moins chers que ceux des revues d’Elsevier.
C’est en train d’évoluer (pas mal de progrès sur les pages consacrées à l’open acess sur le site corporate de la firme), mais jusqu’à présent il était assez difficile d’obtenir des informations claires et fiables sur les options OA proposées par Elsevier ; il sera très intéressant d’observer les effets des politiques publiques en faveur de l’open access sur les articles publiées dans les revues hybrides (chez Elsevier comme ailleurs).
Source : Why isn’t anyone publishing open-access articles in Elsevier journals?


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