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Transition vers l’OA : les Pays-Bas s’organisent

6307249018_06277f720c_mEn novembre dernier, les universités des Pays-Bas annonçaient le blocage de leur négociation nationale avec Elsevier parce qu’elles n’arrivaient pas à trouver un accord permettant une transition vers l’open access. L’idée est somme toute assez simple : d’un côté on a les établissements qui payent des sommes considérables pour leurs abonnements, plus des APC, plus le coût de gestion des APC (compter 3 à 4h par transaction, tout de même), et de l’autre les éditeurs qui se targuent de ne pas faire payer 2 fois les institutions (le fameux « double dipping »).

Pour que ce soit vraiment le cas, il faut mettre en place un système de compensation (« offsetting ») pour que les dépenses des universités restent « acceptables » (avec 25 mille guillemets) : c’est ce que négocient le JISC au Royaume-Uni et le VSNU aux Pays-Bas ; cela peut consister à prendre en compte les dépenses en APC pour réduire la facture d’abonnement, ou bien à « offrir » un nombre d’APC correspondant au montant de l’abonnement (c’est ce que fait la RSC). Le VSNU a ainsi conclu des accords avec Springer, avec Sage, et c’est en cours avec Wiley. C’est donc que c’est possible, non ?

Et bien apparemment toujours pas avec Elsevier, puisque, la négociation étant toujours dans une impasse, le VSNU vient d’annoncer la première phase de boycott de l’éditeur en demandant aux chercheurs ayant des responsabilités éditoriales chez Elsevier de démissionner de leur charge. Dans un deuxième temps, ce sont les reviewers qui seront sollicités, puis c’est à la totalité des chercheurs qu’il sera demandé de ne plus publier chez cet éditeur.

Utopique ? Naïf ? Pas si sûr : le ministre de l’éducation a placé la barre assez haut en ciblant 60% des publications des chercheurs hollandais en OA en 2019, et 100% en 2024… Et ce n’est même pas qu’une question d’argent : comme au Royaume-Uni, c’est la voie Gold qui est privilégiée ; les hollandais sont prêts à financer la diffusion en OA, mais à des conditions équitables, et sans perdre l’objectif d’une transition durable d’un modèle à l’autre, pour le bénéfice du plus grand nombre. Autre marque, s’il en fallait, de cette volonté politique forte : ce ne sont pas des bibliothécaires qui mènent les négociations (qu’on se rassure, ils sont bien là en appui), mais des présidents d’université, avec du coup une autorité non négligeable sur les comportements des chercheurs.

[Photo : gigi ibrahim]

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Double peine

7615370532_791d9a917c_z« Les commissions de recherche du Royaume-Uni, et d’autres organismes financeurs de la recherche, exigent la publication en accès ouvert des résultats de recherche qu’ils financent. Cela a abouti, pour l’University College of London (UCL), partisan de l’accès ouvert de la première heure, ainsi que pour d’autres universités à forte activité de recherche, à un double paiement auprès des éditeurs : une première fois sous la forme de frais de traitement (« article processing charges », APCs), pour pourvoir publier les articles en accès ouvert, et une seconde fois sous la forme d’abonnements, pour pouvoir lire ces mêmes articles.
Pour répondre à la pression de la communauté universitaire, portée par l’UCL, plusieurs éditeurs ont fini par reconnaître l’impact négatif de ces mesures sur le coût global de possession (ce que l’on désigne parfois sous le terme de « double-dipping »). Dans le cadre d’un accord conclus avec le JISC, les éditeurs Wiley-Blackwell et Taylor&Francis se sont engagés auprès de la communauté à répondre à ces inquiétudes avec des modèles innovants pour s’attaquer à la question du coût global de possession et faire baisser les dépenses totales payées actuellement par les BU. »

Je n’arrive pas à me réjouir de cette nouvelle, surtout après avoir commencé à recevoir mes devis pour 2015. Effectivement, il y a bien une colonne avec une réduction pour les publications en OA. Mais son montant est si faible, au vu des coûts des APCs pratiqués par les éditeurs (pas forcément les 2 évoqués ci-dessus, d’ailleurs)…

On apprend par ailleurs que les négociations entre l’association des universités des Pays-Bas et Elsevier sont dans l’impasse, justement parce que l’éditeur n’a apparemment pas été en mesure jusqu’ici de proposer une option crédible de transition vers la diffusion en accès ouvert. Si aucune solution n’est trouvée d’ici la fin de l’année, les accès seront interrompus : l’objectif affiché du ministère de la recherche hollandais est d’atteindre 100% de la production de recherche en OA d’ici 10 ans, il met en cohérence sa politique et ses actes, ce qui n’est pas si fréquent.

[Photo : danaharisson]


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