Archive for the 'Archives Ouvertes' Category

Contourner les embargos

1367763825_d6c71401fb_oJ’avais été intriguée l’an dernier à la lecture de l’article de Josh Bolick, bibliothécaire à l’université du Nebraska, Leveraging Elsevier’s Creative Commons License Requirement to Undermine Embargoes. Dans cet article, l’auteur ne faisait rien moins que démontrer une faille dans la politique de partage des contenus de l’éditeur, permettant de contourner les embargos sur le dépôt des postprints dans des archives ouvertes.

La démonstration étant un peu technique, mais la politique de l’éditeur n’ayant pas été modifiée malgré la publication de l’article, il m’a semblé intéressant de traduire le texte en français, ce que nous avons fait cet été avec Lionel Maurel, et ça donne : Tirer parti des exigences d’Elsevier sur les licences Creative Commons pour contourner les embargos.

Le pitch de l’article est le suivant : dans sa politique de partage, Elsevier fait un distingo entre archive ouverte et site web perso, le dépôt dans une archive ouverte étant soumis à un embargo (pouvant aller jusqu’à 48 mois, quand même : CarnetIST avait dès 2015 pointé les disparités disciplinaires dans leur analyse de la durée des embargos chez Elsevier), alors que la diffusion par les auteurs sur leur site web personnel peut se faire sans embargo, moyennant l’ajout d’une licence CC-BY-NC-ND. Si l’on pousse la logique jusqu’au bout, une fois que l’article est en ligne sur le site web perso avec cette licence, celui-ci devient rediffusable et donc déposable dans une archive ouverte, là aussi sans embargo.

Comme l’auteur le précise, ce dispositif n’est pas fait pour fonctionner à grande échelle, et nécessite un minimum de pédagogie de la part des bibliothécaires ; c’est d’ailleurs surtout un bon prétexte justement pour faire de la pédagogie auprès des chercheurs (sur les licences CC, sur la cession des droits, sur les conditions de diffusion des publications…). Il interroge aussi sur la notion de « site personnel », que l’éditeur oppose au site institutionnel qu’est l’archive ouverte de l’établissement : et si le site perso du chercheur est une page hébergée sur le site du labo ? Ou sa page CV sur HAL ? Il me semble que la frontière étant de plus en plus floue, ce type de clause devrait tôt ou tard disparaître de la politique de partage de l’éditeur.

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Les évolutions du plan S (en 20 points)

2943090657_2fcb658a44_oSPARC Europe a publié sur son site un rapport sur les changements dans le plan S suite à la consultation publique (dont l’ensemble des contributions vient d’être rendue publique sur Zenodo) sur le guide d’implémentation dudit plan. Voici une traduction du résumé du rapport, pour se faire une idée des principales évolutions du Plan S.

Résumé des 20 changements majeurs du Plan S

  1. La date d’entrée en vigueur a été reportée d’un an à 2021. La cOAlition S encourage ses membres financeurs à mettre en œuvre les principes du Plan S pour toutes les subventions octroyées à partir de janvier 2021, en fournissant maintenant des instructions claires sur le moment et la manière dont ces principes doivent être appliqués.
  2. Le Plan S aborde la question de l’accès ouvert (Open Access) à la recherche issue non seulement des subventions publiques mais aussi des subventions privées, élargissant ainsi la portée des contenus potentiels à “libérer” en OA. La nouvelle version de ce principe du plan S s’adresse à un éventail plus large de types de financeurs, y compris les conseils de recherche et les organismes de financement internationaux, nationaux et régionaux.
  3. Le principe fondamental, ainsi que certains autres critères du plan S incluent maintenant les archives ouvertes comme un lieu de dépôt en accès ouvert immédiat et sans embargo, au même titre que les revues et plateformes en accès ouvert. L’ancien critère consacré aux archives ouvertes devient de fait superflu.
  4. La cOAlition S procède actuellement à une analyse des écarts entre les disciplines afin d’accroître la part des revues ou des plates-formes en accès ouvert. La cOAlition S élaborera des mesures incitatives pour la constitution de nouvelles revues et plates-formes dans les domaines où des besoins et des écarts existent.
  5. La cOAlition S examinera plus en détail les risques transitoires portés par l’accès ouvert perçus par les sociétés savantes.
  6. La cOAlition S définit plus clairement la notion de plate-forme en accès ouvert, qui ne regroupe pas ou ne republie pas des documents déjà publiés, par exemple Wellcome Open Research ou Gates Open Research.
  7. Les auteurs ou leurs institutions doivent conserver leurs droits d’auteur sans avoir à payer de frais supplémentaires. La cOAlition S a également l’intention de fournir des mécanismes à l’appui en développant ou en adoptant un modèle de « licence de publication » pour leurs bénéficiaires, afin de s’assurer qu’aucun auteur n’ait besoin de négocier individuellement avec les éditeurs pour diffuser un article en accès ouvert. Les « licences de publication » accordées aux éditeurs doivent désormais garantir qu’un auteur ou une institution peut, dès la publication, mettre à disposition la version de reference (version of record, VoR), le manuscrit accepté de l’auteur (author accepted manuscript, AAM) ou les deux versions sous une licence ouverte via archive ouverte.
  8. La cOAlition S s’engage également à s’assurer que les auteurs ou les institutions conservent le droit d’auteur et le droit de mettre immédiatement à disposition une version de l’article (soit la version de référence (VoR), soit le manuscrit accepté de l’auteur (AAM) soit les deux) sous licence ouverte en le précisant dans leurs contrats ou accords de financement – si possible.

Le dépôt du manuscrit accepté de l’auteur ou de la version de reference dans une archive ouverte constitue désormais le seul moyen d’assurer la conformité des publications dans des revues sur abonnement qui ne font pas l’objet d’accords transformants.

  1. La cOAlition S exige maintenant que la licence CC BY 4.0 soit l’option par défaut pour les articles, les alternatives secondaires étant la licence CC BY-SA 4.0 et la liecence CC0. Il autorise également la licence CC BY- ND sur demande justifiée par le bénéficiaire de la subvention.
  2. La demande de normalisation et de plafonnement des APC a été atténuée par les nouveaux critères. Elle a été remplacée par des demandes de mécanismes de tarification équitable par rapport au service offert et favorisant une plus grande transparence en matière de coûts. Ceux-ci peuvent être normalisés et plafonnés à l’avenir si des niveaux de prix déraisonnables sont observés.

La cOAlition S s’efforcera également d’obtenir la transparence sur la tarification de divers services tels que la sélection, l’examen par les pairs, le travail éditorial et la correction pour établir des prix de publication équitables. Il sera demandé aux éditeurs de fournir une ventilation des prix au niveau de l’éditeur, et si possible au niveau de la revue.

Pour plus de transparence, « La revue ou la plateforme doit fournir, sur son site Web, une description détaillée de ses politiques éditoriales et de ses processus décisionnels. En outre, des statistiques de base doivent être publiées au moins une fois par an, portant notamment sur le nombre de soumissions, le nombre de validations demandées, le nombre de validations reçues, le taux d’approbation et le délai moyen entre la soumission et la publication. »

La cOAlition S cherche également à encourager les gouvernements, les universités, les organismes de recherche, les bibliothèques, les académies et les sociétés savantes à aligner leurs stratégies, politiques et pratiques pour assurer la transparence.

  1. La cOAlition S réitère son soutien aux modèles sans APC et à une vaste gamme de plates-formes innovantes d’accès ouvert ainsi qu’à d’autres mécanismes bien établis de mise en œuvre immédiate de l’accès ouvert, et envisage d’apporter un soutien financier collectif en cas de besoin.
  2. La cOAlition S mène une action concertée pour limiter les coûts de l’accès ouvert pour les chercheurs des pays à revenu intermédiaire et à faible revenue, en élaborant des recommandations pour la réduction et la suppression des frais de publication. En outre, les revues et plateformes doivent prévoir des dérogations et des remises pour ces pays ou pour certains auteurs dont les motivations peuvent être démontrées. Il est important de noter que des statistiques sur les dérogations demandées et accordées doivent également être fournies.

Dans ce contexte, le paiement ou la dispense de frais de publication ne doit en aucun cas influencer la décision éditoriale concernant l’acceptation d’un article.

  1. Bien que les organismes financeurs de la cOAlition S déclarent qu’ils ne soutiennent pas l’édition hybride, le principe de refuser purement et simplement l’édition hybride a été supprimé. Au lieu de cela, les organismes financeurs sont autorisés à soutenir l’édition hybride dans le cadre d’accords de transformation temporaires, tandis que les chercheurs individuels, les institutions de recherche, les autres financeurs et les gouvernements sont invités à ne pas soutenir financièrement l’édition hybride.
  2. Les accords transformants seront soutenus jusqu’à la fin de 2024. La cOAlition S utilisera 3 stratégies : les accords transformants, les modèles d’accords de transition et les revues transformantes. Par exemple, les modèles d’accords de transition aideront les maisons d’édition des sociétés savantes et les petites et moyennes maisons d’édition à passer à un modèle de diffusion en libre accès. De plus, la cOAlition S « ne soutiendra financièrement les accords après le 1er janvier 2021, que lorsqu’ils sont conformes aux recommandations de l’ESAC.”.
  3. Dans le Guide de mise en œuvre, la cOAlition S clarifie précisément ce qu’elle paiera et ce qu’elle ne paiera pas pour ouvrir l’accès à la recherche.
  4. Un nouveau principe a été ajouté, exprimant l’engagement des organismes de financement de cOAlition S à évaluer les résultats de la recherche lors des décisions de financement en fonction de leur valeur intrinsèque, sans tenir compte des métriques des revues comme le facteur impact, le canal de publication ou l’éditeur. Les membres de cOAlition S intégreront ce type de principes à leurs politiques avant janvier 2021.
  5. La cOAlition S reconnaît également « l’importance pour les chercheurs en début de carrière que les institutions employeuses s’engagent à réviser leurs procédures (d’évaluation de la recherche) et à les faire progresser vers une mise en œuvre dans la période transitoire du Plan S”.
  6. Plusieurs des exigences de conformité pour les plates-formes, les revues et les dépôts en accès ouvert ont été revues à la baisse. Plus précisément, les exigences relatives aux archives ouvertes portent principalement sur l’inclusion de métadonnées de format non exclusif interopérables et de haute qualité pour les articles sous licence CC0, d’identifiants pérennes pour les versions déposées, de licences lisibles par machine, d’informations sur le type d’accès ouvert et sur la licence, ainsi que d’information sur les organismes financeurs. Un temps de disponibilité des archives de 99,7% est également demandé.

Les critères fortement recommandés pour les archives ouvertes comprennent : des systèmes de soumission de manuscrits qui supportent à la fois les téléchargements d’auteurs individuels et les téléchargements en masse, le stockage du texte intégral au format JATS XML par exemple, le support d’identifiants pérennes (PID) comme ORCID, des données de citation ouverte (I4OC), des API ouvertes, une conformité à OpenAIRE des métadonnées et QA pour relier le texte intégral aux métadonnées bibliographiques.

Ceux-ci feront l’objet d’une étude en 2024 et pourraient alors devenir obligatoires.

  1. La cOAlition S travaillera avec certains services pour établir des mécanismes de contrôle de la conformité en accès ouvert qui seront définis dans le Guide de mise en œuvre, par exemple le DOAJ, OpenDOAR, SHERPA/RoMEO, ESAC.

La cOAlition S soutiendra également « le développement d’un outil dont les chercheurs pourront se servir pour savoir si leurs lieux de publication respectent les critères ».

  1. D’ici la fin 2024, la cOAlition S aura terminé une évaluation approfondie des conditions, des effets et de l’impact du Plan S, en accordant une attention particulière aux conséquences des accords transformants et de la diffusion en accès ouvert des articles de revue par le dépôt dans une archive ouverte.

On trouve dans le rapport complet plus de détails sur certains des principes du plan S.

[Disclaimer : je fais partie du board de SPARC Europe]

[Photo : Markus Mayer sur Flick / CC-BY-NC-SA]

Beprexit

344334742_a78125e145_mBePress est une société de services fondée par des enseignants de l’université de Berkeley, commercialisant principalement la plateforme de publication Digital Commons : celle-ci permet d’héberger des documents de tous types, mais aussi des revues, et des profils de chercheurs… C’est une solution de diffusion « clé en mains », adoptée comme plateforme d’archive ouverte par plus de 500 petites et moyennes universités nord-américaines.
Coup de tonnerre à l’été 2017 : Elsevier annonce l’achat de BePress, poursuivant ainsi sa stratégie d’élargissement de son portefeuille de produits au delà de la fourniture de contenus, pour se positionner en incontournable sur toutes les étapes du workflow de recherche. La société se présente désormais non plus comme une maison d’édition, mais comme une société globale d’analyse d’information » (« global information analytics business »), et consolide sa position sur le marché académique et de recherche par une politique d’acquisitions d’acteurs stratégiques dans tous les domaines liés à la recherche scientifique (Plum Analytics, Mendeley, SSRN…).

Je note au passage, comme d’autres observateurs, que SSRN, comme BePress, couvrent essentiellement les sciences sociales, et particulièrement le droit pour BePress (74% du top 100 des facultés de droit US utiliseraient BePress pour diffuser leurs contenus, selon cette enquête de 2016), et que l’autre fleuron du groupe RELX, dont Elsevier fait partie, c’est Lexis-Nexis, l’une des bases de données incontournables en droit. J’ai du mal à croire que ce soit une coïncidence.

L’initiative de l’Université de Pennsylvanie en réaction à ce rachat est intéressante : après avoir annoncé dès octobre son choix de quitter Digital Commons, elle a mis en place, via ses bibliothèques universitaires, une ‘taskforce’ pour instruire tout le processus de migration. La taskforce a 9 mois pour faire un état des besoins des utilisateurs, puis étudier les solutions alternatives et leur faisabilité dans le contexte local. L’un des défis de cette migration est que Digital Commons est un produit tout-en-un : il va vraisemblablement falloir s’équiper de plusieurs outils pour pouvoir proposer des fonctionnalités équivalentes, et réussir à intégrer ces outils de façon fluide dans le workflow des chercheurs de l’université.
Les avancées de « l’opération Beprexit » (@beprexit) sont documentées sur un blog dédié.

Sources :
Reflections on « Elseviers acquires BePress » – R. Schonfeld
Just business – Barbara Fister
Elsevier continues to build its monopoly solution for all aspects of scholarly communication – Glynn Moody
[Photo : Huskyboy]

Faire twitter son AO avec IFTTT

5210463195_2a620dfa4e_zDepuis décembre 2015, HAL AMU twitte les dépôts en texte intégral faits par les chercheurs de mon université sur le portail : l’idée, c’est de promouvoir par un canal supplémentaire les documents en libre accès, en les poussant sur Twitter, qui est de plus en plus fréquenté par les différents acteurs de la recherche.
Je pensais que c’était une pratique courante, mais à la lecture de ce billet du blog du laboratoire Cresson, j’ai réalisé que non, du coup, voici comment j’ai procédé :
– D’abord créer un compte Twitter pour diffuser : prévoir un pseudo pas trop long pour faciliter les re-tweets.
– Ensuite connecter le fil rss des dépôts en texte intégral à twitter avec l’outil magique IFTTT – la recette est simple (une fois qu’on a ouvert un compte sur le service) :

  • On sélectionne le service qui va déclencher l’action : en l’occurrence RSS : à chaque nouvel item ajouté au fil RSS
  • On choisit le service de diffusion : Twitter
  • On définit l’action : Poster un nouveau twitt
  • On précise enfin les éléments qui doivent figurer dans le twitt (« add ingredients »)
    • Le titre de l’item – {{EntryTitle}} – et son URL – {{EntryUrl}}. On peut ajouter du texte, un hashtag par exemple, mais je ne le recommande pas : ça prend des caractères, et même si le système réduit l’url, il faut que le titre du document déposé reste lisible.

Et zou, c’est parti pour de beaux twitts automatiques !

@HAL_AMU ne twitte que les documents déposés en texte intégral, qui sont ceux que nous voulons valoriser ; on pourrait choisir de tout signaler, ou de ne signaler qu’un type de document, ou qu’une ou plusieurs thématiques, il suffit juste de modifier le fil rss d’origine.
Résultat : 99 abonnés au bout de 18 mois d’activité… On va dire qu’il y a une forte marge de progression 🙂 Mais l’évolution du nombre d’abonnés est régulière, et le nombre d’interactions augmente aussi.

J’ai voulu voir si ces tweets avaient un impact sur les scores altmetrics : comme je ne voyais rien de flagrant, j’ai contacté Altmetric pour en savoir plus. Il s’avère que le système fonctionne avec une « liste blanche » de sources validées ; HAL n’y figurant pas, il a été ajouté (et prend désormais en compte toutes les urls en *.archives-ouvertes.fr). J’ai également demandé si les raccourcisseurs d’url avaient un effet : la réponse est non, toutes les urls raccourcies sont « étendues » pour afficher et prendre en compte l’url originale.

Reste maintenant à regarder de plus près les altmetrics des documents ayant été twittés, par exemple en 2016 puisque j’ai une année complète. Pour ce faire, il faut :

  • Vérifier que tous les articles de 2016 déposés en texte intégral ont bien un DOI : grâce à l’équipe très réactive d’OCDHAL, il est désormais possible de repérer avec cet outil les DOI manquants, pour les compléter dans HAL.
  • Réduire le corpus à examiner : ce qui me manque, c’est une requête API pour repérer les documents dans HAL ayant des altmetrics. Pas de bol, HAL ne permet pas de récupérer cette info.
  • Les rentrer dans l’Explorer d’Altmetric, par lots de 50, pour voir leur activité. Cette limite de 50 est basse, j’imagine qu’elle est modifiable quand on prend un abonnement institutionnel.
  • Et après, voir ce que ça donne… Je mets tous ça sur la to-do list de la fin 2017, à suivre !

Entre temps j’ai échangé avec les responsables de Strathprints, l’AO de l’université de Strathclyde, au Royaume-Uni : après 18 mois d’automatisation , ils sont revenus aux twitts manuels, ce qui leur permet d’ajouter des hashtags pertinents, d’être plus retwittés, d’avoir plus de « likes ». Ce travail est partagé entre les membres de l’équipe, les twitts sont faits en bloc et leur diffusion est planifiée sur la semaine. Intéressant : ne sont twittés que les documents complètement accessibles immédiatement, pas ceux sous embargo. Leur démarche est un peu différente de la nôtre (et le volume de dépôts sans doute aussi) : nous nous contentons de « pousser » les dépôts sur ce canal, sans filtre, aux spécialistes ensuite de les lire et de les rediffuser.

Tout cela donne des idées : utiliser les altmetrics pour sélectionner des articles à valoriser localement, faire des comparaisons avec les taux de citation du WoS, trouver un moyen d’intégrer des mot-clés dans les twitts automatiques…

Et vous, quelles sont vos stratégies de promotion de vos AO sur les réseaux sociaux ?

Demandes de retrait de l’APA : ça ne passe pas

Choc dans la communauté des psychologues cette semaine :
14414514303_7f2ed6880f_ml’American Psychological Association, l’APA, qui a lancé il y a quelques mois un projet pilote visant « à repérer et à supprimer les articles des revues de l’APA illégalement diffusés en ligne », a envoyé à ses auteurs des demandes de retrait des articles qu’ils avaient eux-mêmes mis en ligne, sur leurs sites web personnels ou sur des sites institutionnels.

Légalement, l’APA a tout à fait le droit de faire ce type de demande aux auteurs, puisqu’elle détient tous les droits sur les articles. En terme de relations publiques et d’image vis à vis des auteurs cependant, cette opération s’est avérée plutôt néfaste : de nombreux auteurs ont exprimé leur mécontentement sur les réseaux sociaux, obligeant l’APA a rectifier le tir dans un communiqué de presse indiquant qu’elle allait concentrer ses efforts sur les sites de partage pirates, et que le dépôt dans les archives ouvertes ou sur les sites non-commerciaux cadrait bien avec sa politique en faveur du partage de la science – car à la base, l’APA est bien référencé dans Sherpa/Romeo comme un éditeur « green ».

Cette mauvaise opération de relations publiques a paradoxalement un effet positif : la polémique a ainsi (re)mis sous les yeux des chercheurs, qui ont tendance à les ignorer, les questions liées à la cession de leur droits aux éditeurs, et leur a rappelé qu’ils gardaient leurs droits sur leurs versions auteur, et pouvaient les déposer sur des archives ouvertes ou des seveurs de pre-prints, comme PsyArXiv par exemple.

Parmi les commentaires sur cette affaire, il est fait à plusieurs reprises référence à initiative PsyOA qui promeut, comme ses consoeurs de la Fair Open Access Alliance, les principes FAIR : transparence de la gouvernance des revues, maintien des droits aux auteurs, publication en OA avec une licence explicite, pas de publication conditionnée au paiement de frais, et si frais de diffusion il y a, ceux-ci doivent être bas, transparents et proportionnels à l’activité réelle de publication.

Sources :
Authors peeved by APA’s article takedown pilot par Aggie Mika in The Scientist
APA starts monitoring unauthorized internet posting of published articles sur Scinoptica
Is the APA tying to take your science down ? chez Alex Holcombe
[Photo : APA 2014 par George Reyes]

Des métriques pour l’open access

De  la même manière que les usages des revues en open access sont relativement peu étudiés dans les bilans statistiques, l’open access est actuellement assez peu pris en compte dans les différentes mesures de l’activité de publication, qui restent souvent basées sur le volume de citations.

Il serait cependant intéressant, pour faire évoluer les pratiques, de reconnaître l’ouverture des résultats de la recherche comme un avantage, un critère positif à côté d’autres mesures de la qualité du travail de recherche. C’est dans cette optique que David Nichols et Michael Twidale ont réfléchi à différents indicateurs, qu’ils présentent dans l’article Metrics for openness, dont je vous conseille la lecture. Voici quelques-unes de leurs propositions :

  • Practical openness index : le nombre d’articles et de communications en accès ouvert d’un auteur divisé par le nombre d’articles et de communications publiés par cet auteur, l’idée étant de s’approcher le plus de 1 (toute la production de l’auteur en accès ouvert).
  • Effective openness index : celui-ci prend en compte les questions de copyright, qui font qu’un article ne peut pas être « libéré » en OA ; on déduit du nombre total de publications celles dont on est sûr que les conditions de copyright empêchent toute ouverture potentielle.
  • Acce$$ index : ici on mesure le coût d’accès à la production d’un auteur pour un lecteur lambda ; la difficulté est de déterminer le coût d’un article, sachant que celui-ci varie selon le tarif payé par l’établissement auquel le lecteur appartient, et s’il n’appartient pas à une université, quel tarif choisir : le tarif public ? le coût du pay-per-view ? Et comment déterminer le coût d’un chapitre ?
  • Openness cost index : la mesure des coûts pour la mise en accès ouvert des documents prend en compte les APC, mais aussi, et c’est plus difficile à calculer, le temps et les efforts nécessaires pour y arriver : le temps de saisie (celui du chercheur ou celui d’une tierce personne), le temps de recherche de la bonne version à déposer, etc.
  • Illegality index : combien d’articles sont accessibles librement au mépris des règles de copyright ?

Les auteurs rapportent un effet vertueux de ce type de métrique individuelle : l’envie de faire augmenter son score est motivante. La jauge proposée sur dissem.in est un bon exemple de visualisation de ce type de données.

Une des difficultés rapportées par les auteurs pour établir ces métriques réside dans le choix de l’outil de mesure : faut-il considérer l’accès potentiel aux documents (en tant qu’auteur, je sais ce que j’ai produit en OA), ou bien le niveau de « découvertabilité » (discoverability) des documents (quels documents sortent le plus dans les recherches sur Google Scholar, par exemple) ; un document en accès ouvert qui est difficile à trouver est-il vraiment ouvert ?

Les auteurs indiquent qu’il est possible d’appliquer ces ratios au niveau d’une institution : cela me semble encore difficile, on manque de données propres, fiables et exploitables pour pouvoir faire ce type d’analyse à grande échelle, mais l’idée est bonne.

A AMU nous calculons annuellement un indicateur OA (iOA)* pour l’établissement, basé sur le nombre de publiants potentiels et sur le nombre de documents déposés en texte intégral dans HAL AMU, ça donne la formule suivante :

iOA = NBA (nombre de dépôts en texte intégral dans l’archive dans l’année) / NBEC (nombre d’enseignants-chercheurs, d’ATER, de doctorants et de postdocs de l’année)

Bien sûr il pourrait être affiné ou pondéré, complété pour prendre en compte l’OA Gold, etc. – en attendant il nous donne une grande tendance, et c’est déjà pas si mal…

Nichols, D. M., & Twidale, M. B. (2017). Metrics for openness. Journal of the Association for Information Science and Technology, 68(4), 1048–1060. https://doi.org/10.1002/asi.23741

* mis au point par Marin Dacos.

 

N’enterrez pas les archives ouvertes !

22644657642_80f8c7ae73_zDans ce billet de juillet dernier, « Let IR RIP » (en gros, « Ci-gisent les archives ouvertes institutionnelles »), Eric Van de Velde explique pourquoi, pour lui, les AO sont finies (il se concentre sur les AO d’établissements) :

  • Manque d’enthousiasme des enseignants-chercheurs : ils déposent par obligation, par par choix – on ne peut pas parler d’adhésion à l’OA
  • La gestion au niveau local des AO est déconnectée du fonctionnement plus global des communautés scientifiques
  • Les droits de réutilisation des contenus sont trop restrictifs pour pouvoir permettre une recherche fédérée efficace
  • Les AO ne sont pas suffisamment utilisées comme des outils de recherche (ie comme source de contenus) pour qu’une communauté d’utilisateurs permette d’en améliorer la qualité et les fonctionnalités
  • Le coût de la gestion des AO est disproportionné par rapport aux fonctionnalités limitées qu’elles proposent
  • La logique institutionnelle des AO n’épouse pas la logique de carrière des enseignants-chercheurs
  • Il manque aux AO une couche d’interactivité sociale pour stimuler les échanges entre enseignants-chercheurs
  • Les services autour des AO (type réseaux académiques) sont développés en dehors des institutions, et doivent trouver des modèles de financement alternatifs parfois contestés

Pour l’auteur, les AO ne sont pas la seule manifestation du green OA : les archives personnelles (« personal repositories »), les archives disciplinaires ou centralisées (il cite Arxiv et Pubmed) et les réseaux sociaux académiques sont d’autres véhicules de la voie verte.
22390839653_18d7c28799_zJe ne suis pas d’accord avec la totalité de l’argumentaire, dont certains éléments ne sont pas spécifiquement liés aux AO locales (la faible adhésion, les droits, les usages), ni avec sa conclusion : je vois mal comment un chercheur qui n’est pas motivé pour déposer un article dans une AO aurait subitement les capacités, l’envie et le temps de mettre en place son archive perso – et quelle belle opportunité de service à développer pour les acteurs privés ! -, et j’ai l’impression que la visibilité se travaille plus au niveau du laboratoire que du chercheur, en tout cas c’est ce que je perçois dans les échanges au sein de mon institution. On a aussi déjà dit ailleurs que les réseaux sociaux, ce ne sont pas des AO (et inversement), et le récent passage d’Academia a un modèle premium le confirme. Sur les 2 derniers griefs : il me semble que l’intérêt des AO locales est bien de pouvoir développer des services personnalisés pour sa communauté (après ils gagneraient peut-être à être mutualisés et rendus plus visibles, mais c’est une autre histoire), et un des moyens pour avoir des fonctionnalités sociales ne serait-il pas plutôt de développer des connecteurs avec les réseaux existants, au lieu de réinventer la roue ?

[Photos : Martine, Frédéric Bisson]


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