Archive for the 'Open Access' Category

Peut-on être bibliothécaire sans être promoteur de l’open access ?

6880911245_b11eaaa6b7_mC’est une question que se pose Aaron Tay, bibliothécaire à Singapour dans ce billet. Après avoir raconté son propre cheminement personnel par rapport à l’open access (intéressant à lire aussi), il réagit à l’une des réponses reçues à sa question posée sur Twitter (tu peux être bibliothécaire et pas promoteur de l’open access « seulement si tu t’intéresses plus aux bibliothèques qu’à la recherche »), et donne son analyse :
« Au mieux, [l’open access] va fortement « disrupter » les bibliothèques universitaires, en entraînant de grandes difficultés dûes aux ajustements des missions, avant une stabilisation, au pire il va nettement réduire le besoin en bibliothécaires et conduire au déclin des bibliothèques ; je confesse que cela m’effraie pour moi et pour les BU. »

Il se demande pourtant si ses craintes sont fondées : les bibliothèques ont surmonté d’autres transitions, comme l’informatisation dans les années 60 ou la montée du web à la fin des années 90, et elles semblent s’adapter de mieux en mieux aux changements. Reste qu’il faut voir la réalité en face et se poser les questions qui fâchent :
« Quels postes vont disparaître quand l’open access sera la norme ? Quelles nouvelles fonctions vont émerger à la place ? Et il ne s’agit pas juste de définir des missions, mais également d’estimer les ETP requis pour les remplir. »

Quel futur pour l’open access et les bibliothèques ?
« Dans tous les cas, je pense qu’actuellement l’open access est inévitable, et qu’il ne sert à rien de se demander si on est pour ou contre. Nous devons nous y préparer et nous organiser pour en tirer un maximum de bénéfice pour nos usagers et peut-être même un peu de considération pour nous-mêmes. »
Pour Aaron, « il y a 3 types de bibliothécaires pour ce qui concerne l’open access :
– d’abord les avocats de l’open access les plus fervents, ce sont ceux qui sont à l’origine de toutes les initiatives géniales, ce sont les stars. Ils sont nombreux à avoir des fonctions liées à la diffusion scientifique (« scholarly communication »), mais pas tous.
– le second groupe rassemble les nouveaux bibliothécaires. Pour ce que j’en ai vu, les nouveaux bibliothécaires tendent à être pro open access, et à penser que c’est une nouvelle branche passionnante du métier. Il y a cependant une différence entre dire qu’on est pour l’open access et en savoir suffisamment pour avoir un réel impact : l’open access est quand même un truc bien compliqué, et je me demande parfois si j’en ferai jamais le tour.
– enfin il y a la grosse majorité silencieuse des bibliothécaires qui font juste leur travail et s’en tapent un peu, de l’open access, parce que ça ne les touche pas vraiment pour le moment.
Pourtant les choses peuvent changer rapidement : il y a quelques années, vous pouviez tranquillement vivre votre vie de responsable des ressources électroniques sans connaître grand chose de l’open access. Aujourd’hui, avec le nombre croissant de ressources en open access, vous devez comprendre dans quelle mesure cela peut affecter les usages des ressources que vous achetez, et il n’est pas idiot d’utiliser des outils d’aide à la décision sur les abonnements prenant en compte le volume de contenus en open access. Vous vous occupez de l’outil de découverte ? Il vaudrait mieux que vous sachiez comment fonctionnent les ressources en open access dans votre index central… »

En résumé, Aaron conclut qu’il est temps de se réveiller, et de se mettre à l’open access, en commençant par lire le bouquin de Peter Suber « Qu’est ce que l’accès ouvert ?« , dispo chez OpenEdition. Ce qui me semble être une bonne idée.

[Photo : Lea Aharonovitch]

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Les pre-prints en 10 points

4069417645_570914e701_zUn pre-print est une contribution scientifique non validée par les pairs, qui peut être destinée à la publication (mais ce n’est pas une obligation). Les initiatives autour des pre-prints se multiplient ; Philip Bourne, Jessica Polka, Ronald Vale et Robert Kiley présentent en 10 points l’intérêt des pre-prints aujourd’hui :

Les pre-prints accélèrent la diffusion des connaissances : ils permettent de s’affranchir des délais longs de la publication (comptez en moyenne 9 mois entre la soumission et la publication d’un article dans une revue).

Les pre-prints rendent possible une science ouverte (« open science ») et améliorent la communication scientifique : ils ne sont pas soumis aux contraintes du copyright et leur consultation n’est pas restreinte, ils peuvent être fouillés par des programmes informatiques.

Les pre-prints fournissent du contenu scientifique qui serait perdu sans cela : un sujet qui n’a pas trouvé son public au moment où il a été traité, les travaux d’un étudiant ayant changé d’établissement, des résultats négatifs : ces contenus ne seront pas forcément publiés dans une revue, ils peuvent néanmoins servir à la communauté. « Oui mais ils ne sont pas validés ! » – certes, mais ni plus ni moins que les échanges dans les congrès, ou les blogs scientifiques…

Les pre-prints ne sont pas synonymes de mauvaise qualité : ce sont des contributions diffusées publiquement, qui peuvent être citées, et mettent en jeu la réputation de leurs auteurs, qui ont donc tout intérêt à diffuser des contenus de qualité – c’est en tout cas ce que l’on constate sur arxiv et biorxiv.

Les pre-prints permettent une évaluation rapide des résultats controversés : leur diffusion publique permet la discussion, le repérage des erreurs, la correction des données. Les NIH ont ainsi pu obtenir une vision très complète et très documentée de résultats controversés.

Les pre-prints n’empêchent pas forcément la publication : au vu de cette liste des politiques éditoriales concernant les pre-prints, on constate que peu d’éditeurs refusent des contributions au motif qu’elles ont déjà été déposées sur un serveur de pre-prints. La tendance est même plutôt à l’ouverture aux pre-prints, avec le développement de passerelles entre les serveurs de pre-prints et les outils de soumission aux revues, et d’epi-revues.

Les pre-prints ne mènent pas au plagiat : l’exemple d’arxiv montre que la communauté s’autorégule : des comportements plagiaires ne sont pas tolérés.

Les pre-prints permettent d’enregistrer la priorité : les contenus sont horodatés et publics, garantissant la paternité de leur auteur et leur antériorité dès leur dépôt, ce que ne permettent pas les revues, en raison de la validation par les pairs encore le plus souvent « fermée » et des délais de publication.

Les pre-prints peuvent appuyer les demandes de financement et l’avancement de carrière : les délais de publication sont un handicap, mieux vaut un dossier de financement avec des pre-prints disponibles en texte intégral immédiatement, c’est en tout cas ce qu’indique le fait que les organismes de financement, qui incluent de plus en plus l’intégration des pre-prints dans leurs politiques de subventionnement de la recherche. Concernant l’avancement, on peut imaginer qu’un pre-print assumé par son auteur aurait autant de poids que d’autres publications dans le processus d’évaluation.

Les pre-prints s’adaptent aux usages de leurs communautés : biorxiv par exemple n’accepte pas les papiers comportant des données sur des sujets humains, qui posent des questions d’ordre éthique, juridique et social.

Ten simple rules for considering preprints, disponible sur PEERJ Preprints.

Sci-Hub

Sci-hub est un site web créée en 2011 par Alexandra Elbakyan, une étudiante kazakh ayant alors du mal à accéder aux articles dont elle avait besoin pour sa thèse. Le site, qui se définit clairement comme pirate, donne accès à plus de 47 millions d’articles scientifiques, en toute illégalité.
A l’heure actuelle, on estime qu’un article est partagé 11 fois en moyenne, principalement par email : Sci-Hub n’a rien inventé, mais il a industrialisé le processus.

Comment ça marche ?
5241380268_a4229953c2_mDepuis l’interface de Sci-Hub, l’utilisateur rentre l’identifiant d’un article (son DOI, son PMID), son url ou des termes de recherche. Sci-Hub va d’abord chercher si l’article est présent dans LibGen, un autre site pirate de stockage d’articles scientifiques, qui héberge aussi des livres et des BD.
Si ce n’est pas le cas, le système va se connecter à des sites d’universités pour récupérer l’article, en utilisant les identifiants d’étudiants ou d’enseignants-chercheurs de ces établissements. Ces identifiants sont soit donnés de plein accord par les utilisateurs, soit achetés par Sci-Hub : il y a bien un marché des identifiants…
On estime l’activité sur le site à plus de 200 000 téléchargements par jour.

Qui utilise Sci-hub ?
Une enquête menée par la revue Science en avril 2016 s’est intéressée aux usages de Sci-Hub ; elle a donné une forte exposition à ce service jusque là plus ou moins confidentiel.

L’enquête montre que, si ce sont bien les pays en voie de développement qui sont les plus gros utilisateurs du service (Iran, Inde et Chine en tête), un bon quart des usages émane des Etats-Unis et des pays d’Europe de Ouest, censés être correctement desservis en ressources en ligne.
Au delà de la problématiques de l’accès, il semble donc que la facilité d’utilisation du service entre en ligne de compte pour ces usagers : d’une part le système est simple à utiliser, et d’autre part on y trouve tout sur place, ce qui permet un gain de temps appréciable.
De fait, 37 % des répondants affirment avoir eu recours à Sci-Hub bien qu’ils bénéficient par ailleurs d’un accès aux ressources consultées.
L’université d’Utrecht a pu analyser les usages probables de ses chercheurs sur Sci-Hub : 75 % des consultations concernent des ressources disponibles via la BU (60 %) ou en open access (15%).

Légalité et éthique
Le système n’est pas légal : la créatrice du site est poursuivie aux Etats-Unis par l’éditeur Elsevier pour violation de copyright et piratage ; l’éditeur estime les usages de Sci-Hub à 5 % du total des téléchargements légaux, tous éditeurs confondus.
Pour sa défense, A. Elbakyan s’appuie sur l’article 27 de la Déclaration universelle des droits de l’homme, qui pose que «Toute personne a le droit de prendre part librement à la vie culturelle de la communauté, de jouir des arts et de participer au progrès scientifique et aux bienfaits qui en résultent. »
La justice américaine a rendu un verdict en sa défaveur, et demandé à ce que le site soit fermé : A. Elbakyan n’étant pas localisée sur le sol américain, elle échappe pour l’instant aux poursuites ; le site est resté fermé pendant une quinzaine de jours en novembre 2015, et a pu rouvrir à une autre adresse assez rapidement.

Malgré l’illégalité avérée de ce système, il bénéficie cependant de la sympathie d’une partie de la communauté des chercheurs, utilisateurs ou non du site : pour 88 % des répondants à l’enquête de Science, pirater des articles scientifiques n’est pas répréhensible.
Plusieurs arguments viennent étayer ce « capital sympathie » : le système actuel de diffusion des résultats de la recherche ralentit la diffusion de la science, la restreint et empêche son exploitation scientifique (par la fouille de données notamment) ; le cadre légal actuel est inadapté aux besoins et usages permis par le numérique ; le coût de l’accès reste un problème pour de nombreux pays ; la valeur ajoutée des « grands » éditeurs est remise en question…

Position des éditeurs
8466937657_c9c834feef_mLes éditeurs condamnent bien entendu globalement les pratiques de Sci-Hub. Sans surprise, ce sont des articles des « big 5 » qui sont le plus téléchargés : Elsevier, Springer-Nature, ACS, Wiley, Taylor&Francis. Les enjeux ne sont cependant pas les mêmes pour ces éditeurs commerciaux et pour les sociétés savantes, qui éditent bien moins de titres et dont les abonnements constituent la principale ressource de revenu.
Plusieurs représentants d’éditeurs critiquent « l’approbation silencieuse » constatée chez certains bibliothécaires et/ou défenseurs de l’open access, et préfèreraient une franche condamnation des « bibliothèques pirates ».
Pour l’instant le soufflé semble retombé, mais il est possible que les éditeurs réagissent avec une réponse technique dans un futur plus ou moins proche : renforcement des mesures d’authentification dans les établissements, quotas de téléchargements imposés, voire suppression de la mise à disposition des documents au format pdf – probablement au final une complexification des systèmes d’accès documentaire des BU…

Positions des bibliothèques
Les bibliothécaires sont dans une position délicate : d’un côté Sci-Hub semble répondre en partie au problème de l’accès à l’information scientifique, mais d’un autre cela se fait au mépris de toutes les règles du droit d’auteur, ce qui n’est pas défendable dans le contexte actuel.
Par ailleurs, Sci-Hub s’appuie sur les bibliothèques à leur insu, tout en sapant leur intérêt (l’utilisateur n’a pas conscience que ce sont les établissements qui fournissent, certes malgré eux, les accès : la bibliothèque n’apparaît nulle part dans le dispositif), et leur crédit (pour les éditeurs, Sci-Hub prospère parce que les bibliothèques ne parviennent pas à mettre en place des systèmes d’authentification performants).
6263541898_724d37bbb7_mCoincées entre des coûts toujours croissants et des budgets stables dans le meilleurs des cas, la tentation est grande pour les bibliothèques de considérer Sci-Hub comme une alternative pour couvrir des besoins documentaires à moindre frais, voire pour remplacer certaines ressources qu’elles ne peuvent plus financer. Mais, si on pousse le raisonnement jusqu’au bout, et que les bibliothèques finissent par supprimer leurs abonnements, d’une part Sci-Hub n’aura plus accès à grand-chose, et d’autre part les éditeurs finiront par faire faillite : on explose le système, mais pour le remplacer par quoi ? Pas sûr qu’on ait une réponse pour l’instant…

Menace pour l’open access ?
Bien que Sci-Hub affiche sur son site son soutien à l’open access, on ne peut pas dire que son activité bénéficie particulièrement au libre accès : l’illégalité du procédé incite plus les éditeurs à attaquer en justice qu’à faire évoluer leurs modèles économiques. En terme d’image, alors que le mouvement de l’open access a encore du mal a se sortir de l’amalgame avec les éditeurs prédateurs, ou avec le modèle de l’auteur-payeur, le fait d’être associé avec un site pirate ne facilite pas la tâche des promoteurs de l’OA auprès des chercheurs…
Sur le fond, Sci-Hub ne résoud pas les problèmes : les éditeurs ne changent pas leurs modèles, le système d’évaluation de la recherche ne change pas (maintien du facteur d’impact), le droit d’auteur n’évolue pas (les auteurs continuent à céder leurs droits sur leurs publications). Or c’est sur tous ces points que le mouvement de l’open access entend agir, pour arriver à un changement culturel profond dans les communautés scientifiques, à une science ouverte.

Plus qu’une menace, Sci-Hub est peut être plutôt à voir comme une opportunité pour les bibliothécaires de se re-positionner dans le paysage de l’open access, en renforçant leur rôle de médiateurs et de promoteurs d’un véritable open access, respectueux des droits de toutes les parties, pérenne et citable.

[Photos : françois.sorrentino, Laurent Henschen, Christian Gonzales]

True colors

Dans cet article du JOLIS, « What does ‘green’ open access mean? Tracking twelve years of changes to journal publisher self-archiving policies« , Elisabeth Gadd et Denise Troll Covey ont étudié l’évolution sur 12 ans des politiques des éditeurs en matière d’auto-archivage, référencées sur Sherpa/Romeo. Ce que l’on peut en retenir :5584187526_fe3169c780_o

  • Les couleurs de Sherpa/Romeo ne reflètent plus la diversité des politiques éditoriales en matière d’auto-archivage, qui se sont complexifiées au cours des dernières années.
  • L’attribution de la couleur ne prend pas en compte la totalité des critères entrant dans les politiques des éditeurs, négligeant les embargos, le lieu de dépôt, les conditions annexes.
  • Les restrictions imposées par les éditeurs augmentent : sur le lieu de dépôt (pages perso en hausse notamment), sur la date de dépôt (de plus en plus d’embargos) et sur les conditions à remplir (lien vers le site de l’éditeur, mention de l’éditeur, suppression du pre-print après publication, ajout d’un fee pour sortir de l’embargo ou l’usage du pdf éditeur etc.)
  • Il existe une forte corrélation entre l’introduction d’options OA payantes (gold ou hybride) et l’augmentation des restrictions sur le green OA
  • Les demandes des financeurs, notamment sur les conditions de ré-utilisation, sont en hausse (dépôt sous licences CC spécifiques par exemple)
  • Globalement, on constate une augmentation des revues green (+4%), et une baisse des revues white (défavorables à l’auto-archivage). Mais c’est sans compter sur les restrictions des éditeurs : si l’on se base sur les revues autorisant un OA immédiat, dans une archive institutionnelle ou thématique, sans obligation d’en informer l’éditeur, les revues green baissent de 35%…
  • Paradoxalement, les revues acceptant le dépôt du pdf éditeur sont en augmentation : pour certains éditeurs, le green OA n’est donc pas une menace.5583597507_28c94e9d7f_o

Il y a indéniablement un effet de « greenwashing » : les éditeurs passent pour favorables à l’OA green en affichant l’aval de Sherpa/Romeo (du moment que le dépôt du pre-print et du post-print est autorisé, la revue est classée comme « green », même si des restrictions s’appliquent), alors qu’ils imposent en fait de plus en plus de contraintes au dépôt, ce qui a de quoi décourager les auteurs – et les professionnels de l’IST – qui finissent par ne plus savoir où ils en sont : l’OA gold c’est l’accès immédiat, mais c’est hors de prix, l’OA green c’est pas cher mais c’est compliqué, et il y a des éditeurs white qui autorisent quand même une forme de dépôt…

Les auteurs préconisent donc une révision du système de couleurs de Romeo et la mise en place d’un nouveau système d’évaluation du niveau d’open access des revues, prenant en compte toutes les spécificités de l’accès, sur le modèle de l’OA Spectrum établi par SPARC.

[Photos : NoHoDamon]

La feuille de route de l’EUA pour l’OA

L’European Universities Association, EUA, qui rassemble 850 établissements dans 47 pays, vient de sortir une feuille de route pour l’accès ouvert aux publications de recherche, qui constitue une première étape dans un plan plus large de développement de l’Open Science.
Il s’agit de mettre en place un système de publication juste et transparent, respectueux d’un équilibre entre les coûts et les bénéfices, qui permette de faire émerger de nouveaux modes de production et de diffusion des savoirs.
Les objectifs sont larges : promotion des politiques en faveur de l’OA, réflexion sur les modes d’évaluation de la recherche, évolution du cadre juridique de la publication, évolution des modèles économiques, promotion du partage de données et de la fouille de textes (TDM), normalisation des politiques institutionnelles en matière d’OA pour la recherche et pour la pédagogie.
Pour y arriver, l’EUA propose une série d’actions :
– établir une cartographie des politiques institutionnelles d’OA, avec un suivi des accords avec les éditeurs
– partager les bonnes pratiques en matière de négociation de type « big deal », et en extraire des recommandations pour les négociations
– définir des recommandations sur les politiques institutionnelles d’OA, et favoriser l’émergence d’infrastructures et d’initiatives européennes en faveur de l’OA
– favoriser le dialogue entre les chercheurs et leurs institutions (autour des modalités d’évaluation et de reconnaissance académique), entre les différents acteurs institutionnels et associatifs, et avec les éditeurs (autour de modèles économiques viables)
– mobiliser les politiques autour d’un modèle de publication équitable

Tout ceci, rappelons-le, se passe dans un contexte plutôt favorable, avec la présidence hollandaise de l’UE, qui affiche des ambitions très fortes en matière d’open access.

JOA 2015 : le chaud et le froid

12375616634_a680cc00b6_zRassurez-vous tout de suite, ceci n’est pas un CR exhaustif des 6èmes Journées Open Access organisées par Couperin il y a quelques semaines : 30 interventions réparties sur 4 demi-journées, c’est bien trop dense pour un billet de blog !

Impression générale de chaud et froid : des interventions positives (souvent celles témoignant de projets ou de réalisations dans les établissements, d’ailleurs) alternant avec des interventions nettement plus nuancées, qui suggèrent qu’il nous reste encore quelques étapes avant d’arriver à un consensus sur ce que devrait être une politique de l’open access en France, contrairement à ce qui se fait chez nos voisins européens (UK, NL), qui ont opté pour une approche globale (qu’elle soit en faveur du gold ou du green).

Ce que je retiens de cette édition :

  • L’open access est bien un enjeu économique fort  : l’intervention déprimante (sur le fond, pas sur la forme) mais salutaire de Sami Kassab, l’analyste d’Exane BnP Paribas, montre clairement que chaque initiative marquante en faveur de l’open access (lancement de PLoS, obligation de dépôt des NIH, rapport Finch…) se répercute sur la performance du cours de bourse d’Elsevier ; de menace pour le secteur de l’édition académique, l’OA est devenu depuis 2012 une opportunité de croissance pour les éditeurs, avec l’avènement du modèle gold-avec-APC.jao2015
  • On s’en doutait, maintenant c’est prouvé, chiffré par les anglais : l’OA hybride coûte 3 fois plus cher que l’OA gold ! Et les APC représentent désormais 12% de la dépense globale pour les articles (1% pour les frais de gestion, et les 87% restants pour les abonnements), selon une étude menée par un groupe d’universités britanniques.
  • L’UE peut jouer un rôle moteur pour l’OA en Europe : l’obligation de dépôt du programme H2020 est un puissant outil de sensibilisation des chercheurs aux questions de diffusion des résultats de recherche et de conservation des données. L’approche volontairement flexible adoptée pour la diffusion des données (« aussi ouvert que possible, aussi fermé que nécessaire ») semble fonctionner
  • Tout le monde n’est pas dans le brouillard : il y a des établissements qui ont une vision claire de ce qu’est l’OA, et de comment y arriver (INRIA, INRA, Strasbourg), ça rassure.
  • L’évaluation pose toujours question : du côté des revues, avec les éditeurs prédateurs – mais des initiatives comme Quality Open Access Market, QOAM se mettent en place pour clarifier le paysage – , en ce qui concerne les chercheurs par contre, il semble qu’il faille encore un peu de temps avant que les modes d’évaluation intègrent la publication en OA au crédit du chercheur.

Les vidéos des interventions des JAO 2015 sont disponibles en streaming et en téléchargement sur le site de CanalU.

[Photos : Lydia Brooks, @mdelhaye]

Trouver des articles en OA chez Wiley

Suite de mes expériences de repérage des revues et articles en libre accès chez les éditeurs traditionnels (commencées avec Elsevier), avec Wiley. L’éditeur propose du « gold OA », avec une collection de revues libellées « Wiley Open Access », et un programme hybride d’articles en libre accès  financés par l’auteur ou son institution, « Online Open ».
Les revues Wiley Open Access (revues « gold »)
Elles disposent d’un site qui leur est propre, qui explique dès la page d’accueil la nature de la collection, met en avant une sélection de titres, et donne accès à des pages d’explications complémentaires spécifiques pour les auteurs, pour les institutions et les financeurs, pour les sociétés savantes et pour les institutions (avec la liste des établissements disposant d’un « compte OA », leur permettant de gérer le financement des articles de leurs chercheurs). On peut facilement accéder à la liste des 28 titres concernés, qui donne pour chaque titre des liens vers une présentation de la revue, vers les instructions aux auteurs, vers la soumission d’un manuscrit, et vers une zone « pricing information » qui peut déconcerter de prime abord : on n’y retrouve pas de tarifs d’abonnements, mais bien le détail des coûts de publication (les fameux Article Publication Charges, APC). Les articles sont intégrés à la plateforme de publication générale de l’éditeur. La rubrique pour les institutions et les financeurs fournit également du matériel de promotion du service (flyers de présentation des fonctionnalités OA, traduits dans 4 langues, bannières et logos, courriel-type), ainsi qu’une liste des bases dans lesquelles les revues en OA sont indexées et la liste des mandats avec lesquels les revues de l’éditeur sont compatibles. La collection « Wiley Open Access » est présente sur les réseaux sociaux (tag open access sur le blog de l’éditeur, compte Twitter, page Facebook dédiée).

Les articles Online Open
Il s’agit du programme d’accès hybride de l’éditeur : pour un certain nombre de titres accessibles sur abonnement (ce nombre varie, selon les pages que j’ai consultées, de 700 à 1200), il est possible aux auteurs de publier leurs articles en OA, en payant des APC, fixés à 3000$ par article, sauf pour les 62 titres ayant des tarifs particuliers. La FAQ en donne la liste, sans faire de lien direct vers la page d’accueil de chaque revue, où l’on est censé trouver l’information : en fait rien n’indique les tarifs, ni sur la page d’accueil, ni dans les pages de la rubrique « For contributors » – il faut aller sur le formulaire de soumission d’article (« Online Open order form« ) et sélectionner la revue pour en connaître le tarif – franchement on a vu plus convivial.

La recherche
Je n’ai trouvé aucun moyen à ce jour d’isoler les articles en OA dans le moteur de recherche de Wiley Online Library. Dans la liste des résultats les articles sont cependant bien labellisés OA (avec un petit cadenas violet), qu’ils proviennent de revues gold ou que ce soit des articles en OA hybride. Même si on a un lien vers des « demandes d’autorisation » (« Permission requests »), un message très clair annonce que le document est sous licence CC-BY-NC et que seuls les usages commerciaux nécessitent une autorisation. On trouve également des articles « Free », avec un logo de couleur différente : ce billet de 2011 du blog de l’éditeur explique ce que l’on trouve derrière cette mention, qui peut accéder aux articles en question et s’il est possible de réutiliser les données.

En résumé : un accès optimal pour le gold, hasardeux pour l’hybride

S’il est plutôt simple de retrouver des contenus en OA publiés dans les revues gold de Wiley (site dédié, moteur de recherche spécifique, grosse présence de la branche OA de l’éditeur sur les réseaux sociaux), ça se complique pour les articles hybrides : on ne peut que tomber dessus au détour d’une recherche, et pas cibler sa recherche sur ce critère.

Et là je m’étonne : comment se fait-il que l’OA hybride soit si mal signalé ? Alors que, comme le montre l’infographie ci-contre, il y aurait eu (en 2014) plus d’articles en OA publiés dans les revues hybrides que dans les revues gold ? Comment peut-on payer aussi cher pour un service aussi minable insuffisant ?

Serait-ce à dire que le chercheur se borne à publier en OA pour satisfaire aux exigences des financeurs, en se préoccupant uniquement du prestige de la revue et en se désintéressant de l’accessibilité réelle de son travail ? Non, je ne pense pas, mais cela montre bien la nécessité d’une sensibilisation des chercheurs à ces problématiques d’accès (au) public, et l’intérêt d’un travail conjoint chercheur-bibliothécaire sur les questions d’open access.


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