Archive for the 'Open Access' Category

Vous prendrez bien un petit Barcamp avant de passer à la conférence ?

Marlene’s corner poursuit les collaborations en accueillant un nouvel invité : Romain Féret, chargé de mission Open Access et données de la recherche au SCD de l’université de Lille, qui a bien voulu nous raconter son expérience du Barcamp berlinois organisé en marge de l’Open science conference 2019. Merci à lui.

Je suis allé à la conférence Science Ouverte de Berlin mi-mars pour y présenter un poster sur la démarche d’accompagnement de projets ANR et H2020 mise en place au SCD de l’Université de Lille (voir le poster). La conférence était précédée par un barcamp le lundi : petit retour sur ce qui s’y est dit.

Le Barcamp, c’est quoi ?

Pour les non-initiés, un Barcamp c’est un groupe de participants qui se retrouvent pour échanger sur des sujets choisis collectivement, en lien avec une thématique définie au préalable. Ensuite, on secoue et on voit ce qui se passe. Comme le principe de base est la participation, chacun est responsable de l’intérêt de la journée.

Le Barcamp déroulé et ambiance générale

Nous étions un peu plus de 70 participants à se retrouver dans les bureaux de Wikimedia Allemagne. On démarre la journée par une petite présentation brise-glace. Chacun se présente avec 3 hashtags qui lui correspondent et en profite pour donner son nom et son affiliation institutionnelle. Pour terminer la partie introductive, Claudia Göbel, de l’European citizen science association, fait une présentation sur les sciences participatives. Le Barcamp est divisé en 5 temps de 45 minutes, avec 4 sessions en parallèle, soit un total de 20 sessions. Celles et ceux qui le souhaitent proposent des thèmes, qui sont retenus ou non en fonction de l’intérêt des autres participants. La personne qui a proposé le thème anime les échanges. L’ambiance générale est à la fois studieuse et conviviale. Les échanges se font dans un cadre assez sécurisant. La Friendly space policy m’a semblé respectée. Par ailleurs, l’esprit est constructif : personne ne monopolise la parole, bonne écoute, esprit très horizontal même avec des participants qui ont parfois une certaine notoriété. Cela n’empêche pas un peu de controverse, mais c’est de bon aloi et dans l’esprit du jeu.

Petit compte-rendu des ateliers suivis

J’ai suivi 4 sessions au cours de la journée et j’en ai animé une. Voici un résumé de ce que j’ai retenu des sessions suivies. Il y a un compte-rendu pour chacune des sessions mais il est parfois (très) incomplet.

Participatory research challenges (lien pad)

Session animée par Claudia Göbel sur les sciences participatives. L’échange s’engage sur les freins à lever pour que les sciences participatives se développent. Une des difficultés du côté des chercheurs est que la dimension participative doit être pensée dès la conception de la recherche. Comme cela est rarement le cas, cet aspect de la recherche est souvent vu comme du travail supplémentaire en cours de recherche et la dimension participative n’existe, au mieux, qu’au moment de la dissémination des résultats. Certains participants posent aussi la question de l’indépendance des chercheurs vis-à-vis des communautés qu’ils étudient.

Du côté des participants, citoyens ou acteurs de la société civile, la différence de temporalités avec les chercheurs peut freiner leur engagement dans ce type de processus. Pour les chercheurs, la publication des résultats dans des articles de revues est souvent un préalable à d’autres formes de restitution, tandis que les citoyens et acteurs de la société civile ont des besoins de retour plus immédiats. Le manque de réciprocité de certains chercheurs vis-à-vis des participants à leurs recherches est souligné plusieurs fois. Par exemple, les participants ne sont pas toujours informés de la publication des résultats, ou ils n’ont pas accès aux publications.

Brainstorming on open science activities (lien pad)

Session animée par Helen Brinken (@helenebrinken), du projet Foster, pour échanger sur les activités de soutien à la recherche et la manière d’interagir avec les chercheurs. Parmi les idées : faire identifier un problème aux chercheurs puis les aider à le résoudre ; adopter d’abord une posture d’écoute avant de chercher à les convaincre ; engager les chercheurs dans une relation (« engagement process »). Les pratiques à éviter : dire aux chercheurs ce qu’ils doivent faire, faire des listes de listes, culpabiliser les personnes ayant des pratiques que l’on ne juge pas assez ouvertes.

L’échange s’est poursuivi avec un tour de salle sur les motivations qui ont poussé les uns et les autres à travailler ou à s’engager sur les questions de libre accès. Deux catégories de motivation se dégagent. D’un côté, pour les chercheurs présents cela a souvent démarré par des discussions avec des collègues et la prise de conscience du fonctionnement de l’écosystème éditorial et des inégalités de modalités d’accès à l’information scientifique. D’un autre côté, les personnes en charge de la documentation qui sont venues aux questions de science ouverte dans le cadre de leur parcours professionnel, avec des motivations souvent plus pratiques.

Open science as a library service (lien pad)

Session animée par Christina Riesenweber (@c_riesen) qui prendra prochainement la direction d’une bibliothèque dans laquelle elle aura pour mission de développer les services en lien avec les services à la recherche. Les échanges ont porté sur les services avec lesquels interagir dans une université, les compétences à acquérir pour les personnels de bibliothèque et sur différents exemples de bibliothèques « modèles » en matière de services à la recherche (Edimbourg, Utrecht, Helsinki).

Including open science in project management activities (lien pad)

La session que j’ai animée portait sur l’aide que les services de soutien à la recherche peuvent apporter aux chercheurs pour intégrer une dimension science ouverte à leur projet dès la phase de montage. Cela permet de s’assurer que ces activités soient prises en compte dans l’ensemble de la gestion du projet. Les échanges ont été intéressants, avec notamment le retour d’expérience d’Ivo Grigorov (@OAforClimate) qui est responsable du service de montage de projet de son institution et qui est engagé dans une démarche assez similaire à la nôtre dans le cadre d' »Open Science Clinique », porté au sein du projet Foster (voir le poster présenté à la conférence).

Le constat de départ est que la phase de soumission d’un projet de recherche est le meilleur moment pour mettre en place une démarche science ouverte. Il est par exemple préférable d’expliciter les modalités de partage des données entre les partenaires d’un projet dès son montage. Quand ce n’est pas le cas, cela peut être un sujet de conflit. Si la dimension science ouverte d’un projet est positivement évaluée par l’agence de financement, cela peut aussi être une incitation à la mettre en oeuvre en cours de projet. Yan Wang et Esther Plomp, toutes deux data stewards à Delft, ont commencé à travailler sur ce type de services depuis que les agences de financement néerlandaises ont inséré un paragraphe dédié à la gestion des données dans les trames des dossiers de demande de financement.

Researchers engagement in Open Science (lien pad)

Session animée par quatre des data stewards de l’Université technologique de Delft : Heather Andrews, Nicolas Dintzner, Esther Plomp (@PhDToothFAIRy) et Yan Wang (@yan_wang). La session a principalement porté sur la démarche d’accompagnement à la gestion des données mise en place à l’Université de Delft et la manière dont le travail des data stewards s’articule avec les autres services de la bibliothèque. 

Les data stewards sont répartis dans chacune des facultés de l’université. La bibliothèque coordonne le dispositif, financé par l’université. Les huit data stewards se réunissent une fois par semaine pour coordonner leur travail. Même si les défis rencontrés selon les disciplines ne sont pas les mêmes, cela leur permet de partager leur expertise sur les questions transversales. Les data stewards ne travaillent que sur les données de recherche, et renvoient vers leurs collègues de la bibliothèque sur les questions relevant des autres aspects de la science ouverte. La prise de conscience des enjeux autour des données de recherche par la communauté scientifique de l’Université de Delft entraîne un accroissement de la charge de travail des data stewards, qui ne sont pas assez nombreux pour accompagner l’ensemble des chercheurs. L’importance de travailler de manière coordonnée avec les autres services de l’université a aussi été soulignée.

De l’intérêt de suivre le Barcamp avant d’assister à la conférence

Au-delà de son intérêt intrinsèque, participer au Barcamp a été une bonne manière de préparer la conférence. C’est un moment privilégié pour identifier des interlocuteurs et échanger avec des personnes que l’on croisera au cours des deux jours suivants. C’est aussi l’opportunité de se mettre en position plus active, en particulier lorsqu’on va à un évènement où on connait très peu de collègues. Le Beercamp qui a suivi était aussi une bonne occasion de poursuivre les échanges.

Les plus du Barcamp

La prise de note collaborative, avec un référencement des pads des différentes sessions qui sont accessibles à partir du métapad. Les échanges ont été plus ou moins bien retranscrits mais c’est un bon outil pour garder une trace d’une session tout en s’impliquant pleinement dans les échanges. Par ailleurs, les collègues de Delft ont mis en ligne un article de blog qui rend compte de la quasi totalité des sessions proposées.

L’Open Science radio (@OpenSciRadio) : Konrad Förstner (@konradfoerstner) et Bernd Rupp ont interviewé l’ensemble des animateurs de session au fur et à mesure de l’avancement de la journée. Les podcasts ont été mis en ligne presque immédiatement et sont disponibles sur leur site web. Ils ont récidivé pendant la conférence les deux jours suivants, avec l’aide de Matthias Fromm (@matthiasfromm) et Christina Riesenweber au montage. Un format intéressant pour communiquer sur l’évènement et pour donner envie d’aller creuser le contenu des sessions à partir d’un média plus attrayant que les prises de note rédigées.

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Quelle place pour les revues en SHS dans le plan S ?

benjamin-davies-599280-unsplashJan Erik Frantsvåg et Tormod Strømme, des bibliothécaires norvégiens, ont fait une brève étude de la compatibilité du plan S avec les revues du DOAJ. Ils ont analysé 10 des 14 critères du plan concernant les revues pour le corpus des revues du DOAJ. Ces critères sont pour moitié d’ordre politique (licences CC, maintien du copyright aux auteurs, processus de peer review, politique de d’exemption de frais), pour moitié d’ordre technique (usage d’identifiants, archivage, XML, statut OA lisible par les machines).

Leurs conclusions ne semblent pas surprenantes, et incitent à la vigilance en ce qui concerne les modalités d’application du plan S :

  • Les « gros » éditeurs (= ceux qui publient le plus de revues) publient plus de revues en STEM que les petits éditeurs, qui sont majoritaires pour les SHS
  • Le modèle économique du financement par APC est utilisé majoritairement par les revues dans les domaines des STEM, les revues en SHS utilisent d’autres modèles
  • Les revues en SHS remplissent bien les critères politiques, et les revues STEM remplissent bien les critères techniques. On peut imaginer que celles-ci, en étant généralement aux mains de « gros » éditeurs, ont, de fait, plus de possibilités de bénéficier d’une infrastructure plus compatible avec les exigences techniques du plan S
  • Environ 9% des revues du DOAJ répondent à tous les critères du plan S ; la différence entre les revues sans APC (3%) et les revues avec APC (26%) semble indiquer que ces dernières sont favorisées par ce plan. Une raison possible peut être que les APC permettent de financer les développements techniques nécessaires.

Les auteurs terminent par 3 recommandations :

  • Nécessité d’investir dans des plateformes de revues compatibles techniquement avec le plan (ils citent l’exemple d’OJS), pour permettre à davantage de revues d’être présentes
  • Différencier le calendrier de mise en application du plan, pour tenir compte des spécificités des revues sans APC
  • Mettre en place des services de certification des revues, notamment en ce qui concerne les questions de TDM et d’archivage

Frantsvåg, J.E.; Strømme, T.E. Few Open Access Journals are Plan S Compliant. Preprints 2019, 2019010165 (doi: 10.20944/preprints201901.0165.v3).

[Photo by Benjamin Davies on Unsplash]

Trouver des contenus en OA chez Taylor & Francis

ChosenLogo_V02Taylor & Francis est un éditeur pluridisciplinaire anglais, racheté par le groupe Informa il y a quelques années. Son portefeuille comporte plus de 160 revues en open access gold ; l’éditeur propose également un option hybride, Open Select, disponible pour 2500 revues. Pas de liste des APC par revue, mais un « Article Publishing Charges finder » qui indique le coût des APC pour chaque revue. La partie du site consacrée à l’open access est plutôt claire et détaillée.

En recherche standard comme en recherche avancée, aucune fonctionnalité ne permet de restreindre la recherche aux seuls contenus en open access. Il est possible d’affiner les résultats de recherche avec une option  » Only show content I have full access to« , qui ne limite pas aux contenus en OA, et inclut donc les articles en accès libre proposés à la discrétion de l’éditeur (le fameux « bronze OA« ) ; cette option n’apparaît qu’une fois qu’on a lancé une recherche, elle n’est pas proposée par défaut.

Les résultats indiquent, pour chaque item, leur statut OA ou Free au moyen d’un logo qui figure sur la liste des résultats et sur la notice de l’article. Dans l’onglet @licensing on trouve la mention de copyright ou la licence CC appliquée.

Quand on est sur la page d’une revue, il est possible d’afficher, dans la partie « Explore », sous la table des matières du numéro en cours, une sélection d’articles en OA dans un onglet spécifique, à côté des articles les plus cités et des plus lus.

A noter, T&F dispose d’une filiale dédiée à la publication de mégarevues, Cogent OA, qui propose une variante du modèle APC, le modèle Freedom APC : les auteurs sans financement peuvent définir le montant de l’APC qu’ils sont prêts à verser, moyennant un minimum tout de même. Les autres sont invités à payer l’APC standard de 1350$. Le site dispose de son propre moteur de recherche, indépendant de celui de T&F.

En résumé, une plateforme qui facilite plutôt l’accès aux publications en open access.

 

De l’importance des workflows pour les accords OA

6014917153_7ba8d142c7_o_dLes bibliothécaires de l’Université de Vienne, en Autriche, ont publié une analyse fort intéressante des différents contrats qu’ils ont négociés avec les éditeurs contenant une dimension « open access » ; plus précisément, ils se sont attachés à décrire les différents workflows à l’oeuvre pour couvrir le cycle complet de la diffusion en OA, de la soumission de l’auteur aux modalités de paiement et/ou de suivi de la dépense d’APC. Voici ce que l’on peut en retenir :
L’université de Vienne est une grosse université (90 000 étudiants), qui a passé des accords comportant un volet OA pour 14 ressources. On distingue 4 types d’accords :

  • Les « Read and publish » : ils fonctionnent sur le même principe que les big deals pour les ressources sur abonnement, avec un forfait négocié pour couvrir les APC des articles publiés par les auteurs de l’établissement.
  • Les accords de compensation (« offsetting agreements ») : soit la dépense d’APC est déduite de la dépense d’abonnement, soit la dépense d’abonnement ouvre droit à une importante remise sur les coûts des APC.
  • Les accords avec des éditeurs OA Gold payant : l’adhésion institutionnelle donne droit à une remise sur les APC, ou permet de mettre en place un système de pré-paiement.
  • Les autres accords : l’institution soutient financièrement une initiative, sur le modèle de SCOAP3 ou OLH.

Ce qui saute immédiatement aux yeux, c’est la diversités des modes de fonctionnement de chaque accord : certains éditeurs ont une interface claire et des consignes compréhensibles pour les auteurs, d’autres perdent ces derniers avec des désignations inhabituelles de leur institution de rattachement. La mention du fait que les APC sont pris en charge par l’institution est plus ou moins visible selon les plateformes. Certains éditeurs envoient une seule facture, d’autres de multiples factures, et acceptent ou pas de les envoyer à l’institution et pas directement au chercheur. Des accords portent sur tous les types de documents ou de revues, d’autres ne concernent que les articles de recherche ou les revues hybrides.

Même pour un bibliothécaire c’est compliqué !

Dans ces conditions, la principale difficulté est de communiquer toutes ces subtilités aux enseignants-chercheurs : malgré les différentes activités de sensibilisation et de promotion, informer tous les chercheurs de l’établissement sur les différentes possibilités qui s’offrent à eux relève de la mission impossible ; et pourtant le site web d’information sur l’open access monté par la BU est plutôt bien fait.

L’identification correcte des enseignants-chercheurs, permettant de vérifier leur éligibilité aux bénéfices de l’accord est également une étape cruciale : les bibliothécaires constatent que lorsque les éditeurs mettent des moyens humains pour faciliter cette identification, le système est bien plus efficace, et le taux d’articles diffusés en OA grimpe, alors qu’il stagne, voire décline, quand ce n’est pas le cas. Malheureusement un seul des éditeurs avec lesquels traitent les collègues viennois a mis suffisamment de moyens…

A celà s’ajoutent la mauvaise qualité des métadonnées et les modes de facturation variés, qui complexifient le travail de suivi et la traçabilité des dépenses, malgré les mandats des financeurs de la recherche.

Pour les bibliothécaires, la question des workflows doit être intégrée très tôt dans la négociation avec les éditeurs :

Nous avons appris à nos dépens que, pour qu’un accord aboutisse, les workflows doivent occuper une place centrale et que des discussions doivent être engagées dès les premières étapes des négociations. Il s’est avéré essentiel d’établir une communication directe non seulement avec l’équipe commerciale de l’éditeur, mais aussi avec le personnel responsable des workflows d’OA. Idéalement, une démonstration en direct devrait être organisée, au cours de laquelle le personnel compétent de l’université, comme les chercheurs et le personnel du service en charge de l’open access, peut tester sur le terrain chacune des étapes que les auteurs correspondants devront franchir au fur et à mesure du processus de publication. A défaut, l’éditeur pourrait fournir des captures d’écran détaillées du processus. Quoi qu’il en soit, ce serait l’occasion d’attirer l’attention sur les problèmes potentiels et d’envisager des solutions pour y remédier.

Ils concluent qu’il y a une vraie refonte des modes de fonctionnement à imaginer, et que ce sont essentiellement les pratiques des éditeurs qui doivent évoluer :

Les accords de publication en open access ont le pouvoir de faire augmenter considérablement la proportion de publications en OA produites par les institutions,  et de contribuer ainsi à la transition vers l’OA. Toutefois, le succès de ce type de projet dépend en grande partie de la conception et de la mise en œuvre judicieuses des workflows. Bien que tous les acteurs concernés aient un rôle important à jouer dans ce contexte, la responsabilité principale incombe aux éditeurs, qui doivent repenser les flux de travail existants et intégrer la publication en open access dans leurs systèmes. Essayer de construire un workflow de la publication en OA juste en adaptant les méthodes actuelles de gestion des abonnements ne donnera pas de résultats satisfaisants.

Source : Pinhasi, R., Blechl, G., Kromp, B., & Schubert, B. (2018). The weakest link – workflows in open access agreements: the experience of the Vienna University Library and recommendations for future negotiations. Insights, 31, 27. DOI: http://doi.org/10.1629/uksg.419
[Photo : atoach]

Le (bon) plan S

38028099792_44acda4c73_oScience Europe vient d’annoncer le lancement de la « Coalition S« , un accord signé par 11 organismes financeurs de la recherche en Europe, dont l’ANR. Et c’est l’occasion d’en apprendre un peu plus sur le fameux Plan S élaboré par le chargé de mission pour l’open access de la Commission Européenne, Robert-Jan Smits (RJS). En effet, cette coalition s’engage sur l’objectif principal du Plan S, à savoir l’obligation de diffusion en accès ouvert, à compter du 01/01/2020, de toute la littérature de recherche financée par des fonds publics ; la diffusion pouvant se faire soit dans des revues en open access, soit sur des archives ouvertes.

Le Plan S se décline en 10 points (je résume) :

  • Les auteurs conservent leurs droits et diffusent leurs travaux sous une licence ouverte
  • Les financeurs vont définir des critères et un haut niveau de service pour qualifier les revues OA et les plateformes d’archives ouvertes labellisés
  • Les financeurs soutiendront la création de revues et de plateformes si besoin ; ils soutiendront également les infrastructures de l’open access
  • Les APC seront payés par les financeurs ou par les institutions (et pas par les individus)
  • Les APC seront standardisés et plafonnés au niveau européen
  • Les universités, organismes de recherche et BU devront aligner leurs politiques et leurs stratégies en la matière
  • Tous les produits de la recherche sont concernés par cette politique, même les ouvrages, bien que pour ceux-ci une tolérance soit accordée  au niveau du délai de mise en place
  • Le rôle des archives ouvertes pour la conservation à long terme des productions de recherche et pour l’innovation éditoriale est réaffirmé
  • Exit les hybrides : le modèle hybride n’est pas compatible avec les objectifs du plan S
  • Les financeurs feront une suivi du respect de ces règles et sanctionneront les manquements

Evidemment, les éditeurs ne voient pas ce plan d’un bon oeil : le refus des hybrides signerait la fin de la liberté académique du chercheur et freinerait la transition vers l’open access, le plan « saperait le travail de validation effectué par les revues de qualité » et ne serait « pas soutenable pour les revues du groupe Science », selon un porte-parole de l’éditeur.

PS : Pour quoi un plan « S » ? C’est « S » pour « Science, Speed, Solution, Shock », selon RJS.

Sources :
European science funders ban grantees from publishing in paywalled journals
Radical open access plan could spell end to journal subscriptions

Conclusions du 3ème workshop ESAC

461240381_4a57e4f032_oESAC (Efficiency and Standards for Article Charges) est une initiative qui a pour objectif de suivre les évolutions des frais de publication des articles dans les revues scientifiques, de recenser les bonnes pratiques et faire des recommandations sur la gestion des APC et les workflows associés.
Fin juin s’est tenu le 3ème Workshop du projet, le rapport qui en est issu est en ligne, je vous en résume/traduis les grandes lignes :
A propos de l’évaluation de la valeur et les facteurs déterminant le coût :

  • Il faut différentier dans les analyses les différents modèles d’APC, le fait qu’on parle de gold ou d’hybride ou d’accords de compensation (« offsetting agreements ») change la perspective.
  • Le coût des APC hybrides est nettement plus élevé que celui des APC des revues gold, c’est un fait désormais établi.
  • Le coût des APC dans le cadre d’un accord de compensation est du niveau de celui des APC hybrides, mais il est à envisager dans le contexte global de l’accord, ie en prenant en compte les économies éventuelles réalisées sur le double dipping.
  • Les indicateurs tels que le SNIP ou le facteur d’impact ne sont pas les seuls critères pour définir le coût des APC : la discipline, l’éditeur ou le modèle économique jouent également un rôle.
  • Les APC des revues gold reflètent de manière plus cohérente les coûts de production et de services dans leurs prix, alors que les APC hybrides traduisent plutôt le niveau de revenu actuel et les marges bénéficiaires de l’activité d’abonnement des éditeurs. Il ne s’agit donc plus d’un argument valable en faveur d’une hausse des prix des APC.
  • Les niveaux de prix médians sont les principaux moteurs de l’évolution globale des coûts. Sont donc à surveiller les prix des revues très fréquentées et les portefeuilles de revues qui englobent la plus grande partie de la production scientifique.

A propos du suivi des coûts :
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  • Nécessité de l’indépendance de la collecte et de l’analyse des données sur les APC. La transparence obtenue grâce à des initiatives telles que OpenAPC permet à la communauté de discuter des coûts des APC sur la base de données probantes.
  • Nécessité pour les différents acteurs institutionnels ou individuels actifs sur le sujet de se coordonner pour maximiser l’impact de leurs efforts.
  • Les institutions et les consortiums de bibliothèques doivent maintenant mettre en place des actions concrètes, utilisant ces nouvelles données comme un atout, pour faire passer les négociations avec les éditeurs à un autre niveau, et arriver à un système de publication équitable, durable et en accès complètement ouvert.

A propos du risque d’augmentation des coûts globaux de l’édition scientifique à cause de l’OA hybride :

  • La stratégie d’intégration de l’open access et des coûts relatifs dans le contrat de licence d’abonnement des institutions permet d’exercer un suivi des coûts pour contenir les dépenses en double et de travailler à convertir officiellement les dépenses d’abonnement en soutien à la publication en accès ouvert. Les accords de compensation doivent être négociés comme des mesures transitoires, avec l’objectif clair d’arriver rapidement à la conversion vers l’accès ouvert complet.

A propos du risque de voir les éditeurs traditionnels dominer le marché de l’édition scientifique et imposer leurs coûts d’APC sur la base de leurs marques éditoriales :

  • Le modèle économique basé sur les APC pour la publication en accès ouvert est une nette amélioration par rapport au marché actuel des abonnements, en ce sens que les coûts des APC sont transparents et, par conséquent, soumis à un niveau de contrôle qui fait totalement défaut sur le marché opaque des abonnements. Néanmoins, afin de soutenir l’évolution d’un marché plus efficace et plus diversifié, les institutions devraient éviter deux écueils du modèle des abonnements :4418249517_a83f1e5f4d_o.jpg
    • L’augmentation des prix obligatoire : quand on compare les coûts par article du système actuel d’abonnements (entre 3800 et 5000 euros)[1] avec les coûts moyens d’APC (autour de 2000 euros), on voit bien qu’il y a déjà assez d’argent dans le système pour soutenir une transition vers un accès ouvert ; les augmentations ne sont pas justifiées.
    • L’usage des indicateurs : évaluer le coût des APC en fonction d’indicateurs comme le SNIP et JIF n’est pas pertinent, car ceux-ci sont limités en termes de transparence et d’applicabilité au niveau de l’article, et ne servent qu’à renforcer le pouvoir des revues et des marques d’éditeur. Et puis ce sont les APC médians qui ont la plus grande influence sur l’évolution globale des coûts du marché, dont pas vraiment ceux des revues à fort facteur d’impact.
  • Par ailleurs, n’oublions pas la bibliodiversité : les modèles de publication coopératifs et sans APC ont besoin d’être soutenus. Un transfert des budgets et des économies réalisées vers de nouveaux modèles permet de stimuler la concurrence et l’innovation sur le marché de l’édition scientifique.

Pour finir, à propos du risque d’augmentation des coûts pour les établissements de recherche intensive :

  • Chaque institution est susceptible d’être confrontée à ce problème pour certains éditeurs dont les coûts de publication dépasseront les anciens coûts d’abonnement. Toutefois, comme on l’a vu plus haut, il y a suffisamment d’argent dans le système : il faut trouver un moyen de réaffecter les coûts. Des solutions sont à travailler au niveau des  consortiums, par exemple en introduisant des mécanismes de compensation internes et des fonds de solidarité, le cas échéant.

[1] Disrupting the subscription journals’ business model for the necessary large-scale transformation to open access : le rapport de la Max-Planck-Gesellschaft sur les coûts de la transition vers l’open access.

[Photos : Daniel hoherd, Laura Thorne, Kirstie Warner]

Une initiative pour le financement de l’open science : SCOSS

8661000014_715a3135e5_oSPARC Europe a lancé la « Coalition mondiale pour la durabilité des services scientifiques ouverts » (Global Sustainability Coalition for Open Science Services, SCOSS), pour coordonner un système de mutualisation du financement des projets et services permettant à la science ouverte de se faire, pour assurer leur maintien sur le long terme.

Du financement participatif pour pérenniser la science ouverte

Le principe de ce dispositif est de proposer chaque année à des services non commerciaux participant à l’open access et/ou à l’open science de soumissionner pour un financement mutualisé d’une durée de 3 ans ; les candidatures sont examinées en fonction d’une série de critères tels que la valeur ajoutée pour les différents acteurs de la recherche, la gouvernance, le coût et la durabilité du financement, les projets de développement. Deux initiatives sont sélectionnées par campagne et pourront être subventionnées selon un système de financement participatif, réparti sur les institutions et les organisations de recherche du monde entier.

Les 2 premiers services sélectionnés sont le DOAJ et Sherpa/Romeo, deux outils que nombre de bibliothèques utilisent au quotidien :

– Le DOAJ pour repérer les revues en OA de qualité à signaler aux enseignants-chercheurs. Il est possible que la formule d’adhésion actuelle au DOAJ disparaisse au profit de celle de SCOSS d’ici 2021. (Objectif de financement : 970 000 €)

Sherpa/Romeo pour connaître les politiques des éditeurs en matière d’auto-archivage. C’est un service que nous continuerons d’utiliser malgré la loi numérique, au moins tant qu’il ne sera pas dit officiellement qu’elle est rétroactive. Il est prévu d’ouvrir la curation des données de Sherpa/Romeo à la communauté, pour accélérer le traitement des demandes. (Objectif de financement : 1 529 935 €)

Pourquoi c’est intéressant ?

SCOSS établit une tarification pour les services sélectionnés en fonction des besoins et des objectifs de développement ; la grille tarifaire est échelonnée pour permettre la participation des établissements de grande et de petite taille.

Les établissements participant au financement s’engagent pour 3 ans. A l’issue de cette période, les candidats doivent avoir trouvé un mode de financement durable.

C’est un moyen très concret de soutenir le développement de la science ouverte, en renforçant des structures devenues de référence sans pour autant avoir un financement pérenne. De passer des déclarations d’intention aux actes, dans le droit fil des préconisations de l’appel de Jussieu.

Et ça marche ?

La campagne a plutôt bien commencé : lancée fin 2017 par Sparc Europe, LIBER, EIFL et CAUL, avec le support de l’AOASG, de COAR, de l’ERC, de l’EUA , de l’IFLA et de Science Europe, elle a déjà permis de collecter plus de 340 000 d’euros d’engagements, répartis sur une trentaine d’établissements académiques.

Pour en savoir plus, on peut s’abonner à la newsletter de SCOSS (qui devrait bientôt être disponible en français) ici.


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