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True colors

Dans cet article du JOLIS, « What does ‘green’ open access mean? Tracking twelve years of changes to journal publisher self-archiving policies« , Elisabeth Gadd et Denise Troll Covey ont étudié l’évolution sur 12 ans des politiques des éditeurs en matière d’auto-archivage, référencées sur Sherpa/Romeo. Ce que l’on peut en retenir :5584187526_fe3169c780_o

  • Les couleurs de Sherpa/Romeo ne reflètent plus la diversité des politiques éditoriales en matière d’auto-archivage, qui se sont complexifiées au cours des dernières années.
  • L’attribution de la couleur ne prend pas en compte la totalité des critères entrant dans les politiques des éditeurs, négligeant les embargos, le lieu de dépôt, les conditions annexes.
  • Les restrictions imposées par les éditeurs augmentent : sur le lieu de dépôt (pages perso en hausse notamment), sur la date de dépôt (de plus en plus d’embargos) et sur les conditions à remplir (lien vers le site de l’éditeur, mention de l’éditeur, suppression du pre-print après publication, ajout d’un fee pour sortir de l’embargo ou l’usage du pdf éditeur etc.)
  • Il existe une forte corrélation entre l’introduction d’options OA payantes (gold ou hybride) et l’augmentation des restrictions sur le green OA
  • Les demandes des financeurs, notamment sur les conditions de ré-utilisation, sont en hausse (dépôt sous licences CC spécifiques par exemple)
  • Globalement, on constate une augmentation des revues green (+4%), et une baisse des revues white (défavorables à l’auto-archivage). Mais c’est sans compter sur les restrictions des éditeurs : si l’on se base sur les revues autorisant un OA immédiat, dans une archive institutionnelle ou thématique, sans obligation d’en informer l’éditeur, les revues green baissent de 35%…
  • Paradoxalement, les revues acceptant le dépôt du pdf éditeur sont en augmentation : pour certains éditeurs, le green OA n’est donc pas une menace.5583597507_28c94e9d7f_o

Il y a indéniablement un effet de « greenwashing » : les éditeurs passent pour favorables à l’OA green en affichant l’aval de Sherpa/Romeo (du moment que le dépôt du pre-print et du post-print est autorisé, la revue est classée comme « green », même si des restrictions s’appliquent), alors qu’ils imposent en fait de plus en plus de contraintes au dépôt, ce qui a de quoi décourager les auteurs – et les professionnels de l’IST – qui finissent par ne plus savoir où ils en sont : l’OA gold c’est l’accès immédiat, mais c’est hors de prix, l’OA green c’est pas cher mais c’est compliqué, et il y a des éditeurs white qui autorisent quand même une forme de dépôt…

Les auteurs préconisent donc une révision du système de couleurs de Romeo et la mise en place d’un nouveau système d’évaluation du niveau d’open access des revues, prenant en compte toutes les spécificités de l’accès, sur le modèle de l’OA Spectrum établi par SPARC.

[Photos : NoHoDamon]

Openwashing

Dans son dernier billet When is the library Open ?, Barbara Fister revient sur plusieurs  mouvements récents dans le paysage scientifique :

  • L’accord passé entre l’université de Floride et Elsevier pour automatiser l’alimentation (via l’API de l’éditeur) de leur archive ouverte locale : dit comme ça, ça a l’air d’être une bonne idée, et c’est vrai que c’est plutôt pas mal pour récupérer des métadonnées, mais en fait le texte intégral des articles ne sera accessible que pour les abonnés à la plateforme ScienceDirect  (en dehors des articles nativement en OA)… Pas vraiment de l’OA, donc, et clairement une tentative forte de l’éditeur pour se positionner comme « partenaire/prestataire » de la Recherche, en récupérant des données de consultation et du trafic sur son propre site web au passage…

Il est évident qu’externaliser la gestion d’une archive ouverte institutionnelle à Elsevier n’est pas une bonne idée. Ce qui l’est moins, c’est que les bibliothécaires doivent se bouger rapidement pour financer et/ou bâtir collectivement des alternatives sérieuses à cet « openwashing« . Ce nous prendra du temps et de l’argent. Ca nécessitera de prendre des risques. Ca implique de nous éduquer à des solutions tout en réfléchissant à comment mettre nos valeurs en pratique. Ca implique de faire des compromis sur l’accès immédiat avec quelques râleurs ayant pignon sur rue, pour mettre de l’argent et du temps dans des solutions à long terme, qui pourront mette un certain temps avant de fonctionner. Ca implique de considérer la fourniture équitable d’accès au savoir comme notre fonction première, et pas comme une option sur laquelle travailler quand nous n’avons rien de mieux à faire avec nos « vraies » missions de négociation de licences, de maintenance des résolveurs de liens et de formation des étudiants à l’utilisation d’interfaces qui seront obsolètes quand ils auront terminé leurs études. Ca implique d’agir dès maintenant pour pouvoir faire partie du futur de la communication scientifique.

  • L’achat, toujours par Elsevier, de la plateforme SSRN : après les sociétés savantes, et les outils de gestion bibliographique (Mendeley), les infrastructures de l’OA deviennent un enjeu majeur du développement des éditeurs – et on peut légitiment penser qu’Academia et ResearchGate sont les prochains sur la liste.

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