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De la difficulté d’inclure l’OA dans les big deals

8118876600_aa8f636a48_zDans The open access big deals : back to the future, Richard Poynder évoque les problèmes posés selon lui par les négociations de ce qu’il appelle les « open access big deals », c’est à dire les accords incluant l’accès aux contenus sous abonnement et la publication en OA avec APC. Il rappelle d’abord les modèles en présence, en soulignant que les objectifs ne sont pas forcément clairs dans toutes les négociations :

  • on a du « Read and publish » : les institutions payent des abonnements pour lire les contenus, et les frais de publications sont inclus dans l’accord ; la tarification est calculée en fonction du nombre d’articles publiés annuellement  par les enseignants-chercheurs des institutions, qui viennent en déduction du coût des abonnements (c’est ce que l’on appelle aussi les accords de compensation, « offsetting agreements »)
  • et aussi du « Publish and read » : les institutions ne payent que les frais de publication correspondant au nombre d’articles que publient annuellement leurs enseignants-chercheurs, ce n’est plus l’accès aux contenus qui est valorisé dans l’accord. C’est le modèle suivi par les allemands avec DEAL.

Les problèmes posés par ces accords sont, pour Poynder, au nombre de 4 :

1. La transparence est une des composantes essentielles de la transition vers l’open access. Transparence sur les clauses des négociations, et transparence sur les coûts, elle est censée garantir une vitalité du marché des APC, la concurrence permettant de faire évoluer les prix à la baisse. Or actuellement, il semblerait que les négociations des big deals incluant les APC ne soient pas plus transparentes que celles des accords traditionnels (il donne les exemples des négociations en cours en Allemagne, en Suisse et en Finlande), sans qu’il soit réellement possible d’en savoir la raison, entre des clauses de confidentialité imposées par les éditeurs, ou une prudence excessive de la part des négociateurs.

2. Il y a ensuite le fait que ces accords mixant abonnements et APC favorisent les « gros » éditeurs traditionnels, et handicapent les pure players de l’open access, qui n’ont pas le composant « abonnements » d’une part et peinent à trouver des modèles économiques de rupture d’autre part.

3. Par ailleurs ces accords avalisent le modèle auteur-payeur comme principal modèle économique pour la diffusion en open access, en cautionnant notamment l’open access hybride, et ne résolvent en rien la question de l’accessibilité financière aux contenus.

4. Enfin ce type d’accord, en maintenant en partie le système d’édition scientifique traditionnel, ne facilite pas la transition vers un modèle de diffusion large de la recherche scientifique appelé de leurs voeux par les organismes de financement publics.

Ce que Poynder n’évoque pas, c’est que, sans accord, les nouveaux flux financiers qui vont aux éditeurs avec les APC restent sous le radar : non mesurés (quelle dépense pour combien d’articles ?), non contrôlés (quelle évolution de la dépense ?), non vérifiés (obtient-on réellement ce pour quoi on a payé ? les articles en question sont-ils bien accessibles ?), ce qui n’est pas, me semble-t-il, une garantie d’un bon usage des fonds publics.

[Photo : Tore Bustad]

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Retour vers la communauté

2961793878_a39179fcb4_mSigne des temps ? Effet de la crise ? Deux outils de référence s’appuyant jusqu’ici sur des bibliothèques universitaires vont changer de modèle économique :
ArXiv tout d’abord : souvenez-vous : après avoir alerté la communauté scientifique internationale sur ses difficultés de financement, la bibliothèque de l’université de Cornell, qui héberge et fait tourner la base, avait mis en place un système de financement assuré par les contributions des 100 établissements les plus utilisateurs, et bénéficié d’une subvention de la fondation Simons pour trouver un modèle économique durable et organiser la gouvernance d’ArXiv. En août dernier, la bibliothèque de l’université a annoncé avoir conclu un accord, toujours avec la fondation Simons, pour l’obtention d’un cofinancement à hauteur de 300 000 dollars annuels pour subvenir au fonctionnement d’Arxiv, pour la période 2013-2017. L’autre partie du financement est fournie par les contributions volontaires des établissements (représentant 285 000 dollars), qui semblent estimer cette participation légitime : la majorité d’entre eux s’est déjà engagée pour 5 ans.
– Le DOAJ ensuite : la direction des bibliothèques de l’université de Lund vient de communiquer un prochain changement d’opérateur pour l’annuaire mondial des revues en libre accès. En effet, elle a passé un accord avec la société d’intérêt communautaire britanique « Infrastructure Services for Open Access » (IS4OA), qui va assurer la gestion et le développement du DOAJ à partir de 2013. Lars Bjørnshauge, ancien directeur des bibliothèques de l’université de Lund, et à l’origine du projet, vient d’être nommé directeur général du DOAJ au sein d’IS4OA. Au programme des évolutions à venir : l’amélioration des critères d’accès au DOAJ, l’extension à d’autres pays du modèle contributif expérimenté depuis 2 ans avec la France, la Turquie et la Grèce pour la pré-selection des revues et la traduction du site, une collaboration avec les éditeurs pour l’amélioration de la qualité de leurs métadonnées.
Dans les 2 cas, c’est le choix de la communauté qui a été fait : on passe d’un fonctionnement centralisé, nécessaire sans doute à l’impulsion d’un projet, à une organisation plus déconcentrée, qui permet d’inscrire la gouvernance du projet dans le long terme.

[photo : MarilynRP]


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