Archive for the 'e-volution' Category

Sauvez les bibliothèques, pas les bibliothécaires

« La révolution numérique a rendu obsolète de nombreux bibliothécaires. Historiquement, les bibliothécaires avaient l’exclusivité pour de nombreux services : ils organisaient l’information, guidaient les gens dans leurs recherches, et donnaient des conseils aux membres de leurs communautés. Maintenant, ils sont concurrencés par internet et Google. Contrairement aux bibliothèques, l’information sur internet n’est pas enfermée dans des murs ; des blogs et livres aux revues et textes de loi, tout est sur internet. Et Google rend cette information facile d’accès à quiconque pourvu d’une connexion à internet. »
[…]
« La révolution numérique devrait entraîner une évolution des bibliothèques. Elles devraient bifurquer. Certaines, comme les bibliothèques de l’enseignement supérieur, devraient employer des bibliothécaires avec une formation classique – ceux avec des diplômes de bibliothécaire – pour préserver les documents à valeur historique, et assister les autres bibliothécaires dans leurs recherches. Il serviraient de recours lorsqu’une recherche plus étendue que ce que peut fournir internet serait nécessaire.
Les autres bibliothèques, au contraire, n’ont besoin que de peu – voire pas – de bibliothécaires classiques. Leurs bibliothécaires pourraient, à la place, être constitués d’étudiants spécialisés en sciences humaines qui aspirent au style de vie littéraire des bibliothécaires. Ces bibliothécaires ne sauvegarderaient pas de textes historiques, ni ne renseigneraient les lecteurs sur comment faire une recherche exhaustive sur des sujets ésotériques du genre « la dynatie Yuan au XIIIème siècle ». Au lieu de cela, ils formeraient les lecteurs aux bases de la recherche à l’ère de l’information. »
[…]
« Les bibliothèques devraient adopter la révolution numérique, même si celle-ci implique la disparition des bibliothécaires. La mission des bibliothèques – la mission des bibliothécaires – est de diffuser la connaissance. L’essor d’internet change la façon dont nous poursuivons cette mission. Nous n’avons plus besoin d’autant de bibliothécaires, ni du même type de bibliothécaires qu’avant. Les bibliothécaires le déplorent, et c’est compréhensible ; personne n’apprécie de voir sa profession se fondre dans l’obscurité. Mais les bibliothèques ne sont pas là pour servir l’ego des bibliothécaires ; elles sont au service du public. Et à l’ère de l’information, servir le public, cela demande d’évoluer et d’innover. »

Saving libraries but not librarians, Dan Terzian, Los Angeles Times du 03/11/2011.
[photo : mharrsch]

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Audace des bibliothèques

Je pense qu’une bibliothéconomie audacieuse est le seul futur que nous ayons. A un moment donné, nous devons bouleverser les modèles existants et ouvrir de nouvelles voies. De nombreuses bibliothèques le font déjà – notre profession est, bien sûr, bien plus réactive au changement que la plupart des gens ne le croient. Mais il semble que ce soit une bibliothéconomie fondée sur la peur, ou, disons, sur une extrême prudence, qui continue de prévaloir. Les décisions sont souvent prises surtout pour ne pas déranger une minorité, plutôt que pour risquer de plaire à une toute nouvelle majorité. Souvent, il y a une bonne raison à cette approche. Mais c’est de la survie de notre profession dont il s’agit, là.

Bravery based librarianship is the (only) future, selon the wikiman.

[Photo : Coco Mault]

Usages des outils en ligne par les bibliothécaires – 2011

Webjunction a reconduit son enquête sur les usages des outils en ligne par les bibliothécaires. Cette année pas de distinction BU/BM (il semble que les répondants travaillent majoritairement en bibliothèque de lecture publique), mais un distingo entre les usages personnels et les usages professionnels.

Curieuse photographie de cette profession tout de même, qui n’utilise jamais dans le cadre professionnel d’applications mobiles, d’outils de messagerie instantanée, d’outils de gestion de bookmarks ni de fils RSS – pour la moitié des répondants ou plus… Et qui continue à consulter quotidiennement les listes de diffusion (50%), loin devant les réseaux sociaux (23%), ces 2 outils étant utilisés quotidiennement à titre personnel pour 24% (listes de diffusion) et 46% (réseaux sociaux) des répondants.

Bibliothéconomie furtive

John Dupuis, sur Confessions of a science librarian, nous propose ce Manifeste pour une bibliothéconomie furtive :

« La bibliothéconomie furtive, c’est un état d’esprit.

Cette édition du manifeste est spécifique aux bibliothèques universitaires. Les principes de la bibliothéconomie furtive peuvent s’appliquer à toutes les branches de la profession, chacune à sa manière. Il pourrait y avoir d’autres manifestes, pour les bibliothèques publiques ou les bibliothèques d’entreprise par exemple.

Cependant les principes de base sont les mêmes : pour survivre et nous développer dans un environnement difficile mais stimulant, nous devons plus ou moins subtilement nous insinuer dans la vie de nos utilisateurs. Nous devons arriver à faire partie de leur monde, de leur environnement.

Le coeur de cible des communautés d’usagers des bibliothèques universitaires sont les enseignants-chercheurs et les étudiants. Ce manifeste concerne les enseignants-chercheurs. Un autre manifeste pourra couvrir l’infiltration des communautés étudiantes par les bibliothécaires furtifs. D’ailleurs, vous pouvez l’écrire vous même, allez-y.

Le travail des enseignants-chercheurs comprend la recherche, l’enseignement et le service. Nous devons nous insinuer subrepticement dans ces domaines. […]

– Arrêtons d’aller à des journées d’études pour bibliothécaires, et assistons plutôt à des conférences où nos utilisateurs sont présents.

– Arrêtons de faire des présentations seulement à nos pairs. Il y a Twitter pour ça. Nous devons nous faire valoir auprès de nos utilisateurs sur leur territoire, et pas sur notre propre terrain.

– Quand c’est possible, collaborons avec des enseignants lors de présentations.

– Arrêtons de lire la littérature professionnelle officielle. Il y a les biblio-blogs pour ça. Nous devons nous familiariser avec les écosystèmes de la communication et de la littérature scientifiques de nos communautés d’usagers.

– Arrêtons d’écrire dans la littérature professionnelle officielle. Il y a les biblio-blogs pour ça. Nous devons défendre notre utilité dans la littérature de nos communautés d’usagers.

– Arrêtons d’adhérer aux associations professionnelles. Il y a Friendfeed et Facebook pour ça. Rejoignons plutôt des associations qui tournent autour de nos communautés d’usagers.

– Ne nous divisons pas en « commissions bibliothèques » dans ces organisations, mais participons y pleinement. Cela vaut pour les conférences et les publications (évoquées plus haut).

– Pour attirer les enseignants-chercheurs lors de conférences et dans la littérature, positionnons-nous sur le plan de la recherche comme sur le plan de l’enseignement.

– Arrêtons de participer à de multiples groupes de travail de bibliothécaires, et prenons le temps de siéger dans les instances à tous les niveaux de gouvernance de nos établissements. Cela peut demander un certain temps et un investissement considérable pour nous intégrer discrètement dans toutes les structures auxquelles nous appartenons.

– Invitons-nous et participons activement aux réunions de départements, conseils de faculté et autres organes pertinents.

– Intégrons-nous autant que nos moyens humains nous le permettent dans les missions d’enseignement et dans l’environnement pédagogique de nos enseignants. Nous avons de nombreuses choses à apprendre à leurs étudiants, et pouvons les aider à remplir leurs objectifs universitaires.

– Engageons-nous auprès de nos enseignants-chercheurs dans les réseaux sociaux qu’ils fréquentent. Tout comme nous le faisons avec les autres bibliothécaires, nous devons également suivre nos utilisateurs et communiquer avec eux sur Twitter, Facebook et autres sites appropriés. »

– A vous d’ajouter la suite…

Quelques précisions pour finir :

Comme tous les manifestes, celui-ci souffre des défauts de l’hyperbole et de la simplification excessive. Voyez-le plutôt comme une série de déclarations provocantes, et pas comme un plan d’action réaliste. Je ne pense pas réellement, par exemple, que nous devrions tous abandonner nos associations professionnelles.

Ce texte se veut optimiste, et pas désespéré.

Il est forcément incomplet et biaisé, n’hésitez pas à l’amender dans les commentaires, ainsi qu’à suggérer des modifications et suppressions. »

[photo : the other allen]

Il faut des développeurs en bibliothèque

Dans Why Not Grow Coders from the inside of Libraries?, Bohyun Kim (Library Hat) s’interroge sur le manque de compétences techniques en interne dans les bibliothèques :
« Ca ne serait pas génial si chaque petite bibliothèque disposait d’un développeur en interne ? On utiliserait tous des logiciels open source, avec des fonctionnalités sur-mesure, correspondant exactement à nos projets et aux besoins de nos communautés d’utilisateurs. Les bibliothèques deviendraient alors des consommatrices de technologie réellement avisées, et plus de simples clientes à la merci de systèmes bancals. Et même, cela les re-positionnerait en tant que contributrices des technologies permettant au public d’accéder à l’information et aux ressources scientifiques. Je suis sûre qu’aucun bibliothécaire n’aurait d’objection à cette proposition. Mais en ces temps de restrictions budgétaires continues, conserver du personnel de bibliothèque est un défi en soi, alors engager un développeur…
Mais pourquoi devrions nous en passer par là ? Les bibliothécaires sont sans doute les professionnels les plus compétents techniquement après les informaticiens, les scientifiques, les ingénieurs et les personnels du marketing. Alors pourquoi n’y a-t-il pas plus de bibliothécaires qui codent ? Pourquoi n’assistons nous pas à un déferlement de bibliothécaires-développeurs ? Après tout, nous vivons à une période où le web est la plateforme sur laquelle se déroulent pratiquement toutes les activités humaines, et où les bibliothèques changent leurs noms pour des appellations comme « learning centers ». Développer ne me semble pas trop compliqué ni trop difficile à apprendre pour n’importe quel bibliothécaire, quel que soit son parcours. Les bibliothèques proposent aujourd’hui un large éventail de ressources et de services en ligne, et déploient et utilisent de nombreux outils, du SIGB au système de gestion électronique de documents, qu’elles pourraient certainement utiliser avec un grand profit des personnels capables de développer. »
[…]
Pour elle, le problème vient en partie du fait que les compétences informatiques ne sont pas suffisamment valorisées au sein des établissements, qui ont tendance à recruter uniquement en dehors des bibliothèques. Alors que, ce type de compétences s’acquérant souvent en auto-formation, sur le temps personnel des agents, ce sont généralement des personnes motivées, qui pourraient apporter un vrai plus. A cela s’ajoute le fait que, quand elles existent, ces compétences sont utilisées de façon fragmentaire : rares sont les bibliothécaires qui développent à plein temps. En filigrane, il y a aussi la question de la formation : les vagues notions de html survolées dans la plupart des cursus initiaux ne font pas des codeurs aguerris…
Le sujet devient plus brûlant pour les bibliothèques qui utilisent des logiciels libres – il a été abordé lors d’une session la dernière conférence Code4lib consacrée à l’open source en bibliothèque  :
« Les participants [à la conférence] habitués à travailler avec des logiciels libres étaient unanimes sur le fait que l’adoption du libre n’est pas bon marché. On croit souvent à tort qu’en adoptant des logiciels libres, les bibliothèques vont faire des économies. Mais, si c’était le cas, cela ne serait pas à court terme. Le libre nécessite d’avoir en interne du personnel technique formé, capable de bien comprendre le fonctionnement des logiciels pour tirer avantage de leur flexibilité au profit de leur établissement. Ce n’est pas du gratuit prêt à l’emploi qui démarre au quart de tour. Adopter les logiciels en open source donne certes aux bibliothèques une certaine liberté pour expérimenter et améliorer leurs services, et de fait les rend plus autonomes, mais les bénéfices ne viennent pas sans investissement. On peut alors se demander pourquoi les bibliothèques n’utiliseraient-elles pas, simplement, les services de sociétés tierces assurant le support de systèmes ou de logiciels libres. Mais sans la capacité à comprendre le code source, et les méthodes pour le modifier selon ses propres besoins, comment les bibliothèques pourraient-elles exploiter le potentiel du libre ? Et parvenir à des relations plus cordiales entre bibliothécaires et vendeurs ? »
[photos : rezponze]

S’adapter ou disparaître

« Pour les bibliothèques, 2010 sera considérée comme la dernière année au cours de laquelle acheter des documents de référence en version imprimée a eu du sens. L’année a signé la fin de la  conception de « la bibliothèque comme entrepôt », la bibliothèque survivant comme l’espace où l’on vient *faire* quelquechose plutôt que celui où l’on vient  *chercher* quelquechose. C’est l’année au cours de laquelle j’ai vraiment réalisé que les bibliothèques et les bibliothécaires qui ne changeront pas sérieusement disparaitront – l’économie l’emportant sur la tradition et le sentimentalisme. Et c’est la première fois que je trouve que c’est une bonne chose. Nous deviendrons une profession plus réduite, plus flexible mais plus vitale si nous adoptons la réalité du « cloud » et si nous fusionnons avec les spécialistes des métiers de l’intégration des technologies. Pour ceux qui sont prêts et capables de changer, en tout cas. »
2010: the year of the cloud, Doug Johnson.

Licences : êtes vous prêts ?

« Alors que l’édition investit rapidement les e-books, et qu’une grande partie de nos usagers s’y met aussi (je reconnais que cette tendance n’est pas encore complètement avérée, et qu’elle ne signifie pas forcément la fin de l’imprimé), les bibliothèques doivent également s’en préoccuper. De plus en plus, nous n’aurons plus à acheter quoi que ce soit. Il est fort probable que nous ayons plutôt à négocier des accès à de grandes masses de contenus numériques.
Ce qui signifie que le temps de la sélection titre à titre sera bel et bien terminé. En fait, l’augmentation des plans d’acquisition et autres outils de développement des collections a rendu ce type de sélection largement dépassé pour de nombreuses bibliothèques, mais le mouvement vers le numérique le rend à la fois inévitable et indéniable.
Cela signifie aussi qu’on va demander de plus en plus aux bibliothécaires responsables de politique documentaire, ou à ceux qui travaillent pour eux, de devenir des gestionnaires de licences. De nouvelles compétences, comme la capacité d’analyse du contenu juridique ampoulé des conditions d’utilisation, seront nécessaires. La connaissance des formats d’e-books, des plateformes de diffusion, des types de mesures techniques de protection, et de toutes sortes d’autres notions qui nous sont encore ésotériques va devenir / est en train de devenir incontournable pour les bibliothécaires chargés de politique documentaire.
Y sommes nous prêts ? Les écoles de bibliothécaires forment-elles à ces compétences ? Existe-t-il dans le cadre de la formation continue des possibilités pour l’acquisition de nouvelles compétences comme la négociation de contrats ? J’ai l’intuition que non, et cela m’inquiète. »

Library collection development = Licensing, selon Roy Tennant.
[photo : Stacy Young]


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