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Leadership numérique

Dans Library leadership for the digital age, la dernière synthèse publiée par l’association de consultants Ithaka S+R, Deanna Marcum adapte au monde des bibliothèques des recommandations pour le leadership numérique, en 10 points ; extraits :
1. Créer une stratégie numérique globale, qui peut être partagée largement et répliquée au sein de l’organisation

C’est sans doute l’un des plus grands défis pour les bibliothèques. Bien que beaucoup de bibliothécaires comprennent que les bibliothèques sont numériques au quotidien, il y en a toujours un certain nombre qui pensent que les activités numériques s’ajoutent au coeur du métier. Nous n’attendons plus que la révolution numérique ait lieu : elle est là. Les collections imprimées continuent à avoir une grande valeur universitaire, mais les étudiants recherchent de l’information numérique – quand ils en ont besoin, sur n’importe quel appareil, provenant de n’importe où.

2. Inclure la littératie numérique dans toute l’organisation4315941245_d0516fec53_m

Une des principales raisons pour lesquelles la plupart des personnels considèrent le numérique comme un joli ajout est qu’ils ne sont pas encore entièrement à l’aise avec le numérique. Pour les conservateurs et les spécialistes documentaires, cela signifie d’en savoir autant sur les ressources numériques que sur les revues et livres imprimés. Cela veut dire connaître les sites web qui contiennent de l’information universitaire riche et de qualité. Cela veut dire savoir comment les chercheurs utilisent les blogs et les sites web pour communiquer leurs résultats de recherche. Cela veut dire connaître les services et les produits que proposent déjà les fournisseurs. Comprendre où trouver les ressources numériques est insuffisant en soi. Les bibliothécaires doivent savoir comment identifier, acquérir et conserver ces ressources numériques. C’est plus compliqué que d’acheter et de stocker des livres dans les collections. Les acquisitions numériques nécessitent souvent la négociation complexe de droits de propriété intellectuelle. L’ajout de ces ressources aux collections de la bibliothèque demande un savoir-faire technique et une infrastructure suffisamment robuste pour assurer l’hébergement et la conservation numériques.

3. Se recentrer sur les fondamentaux

Les usagers veulent accéder à l’information, ils se fichent de savoir ce que la bibliothèque possède. En intégrant complètement les ressources numériques aux ressources patrimoniales, nous construisons le type de bibliothèque dont les usagers d’aujourd’hui ont besoin – et nous donnons en même temps de la crédibilité à notre mission traditionnelle. Le rôle de la bibliothèque change dans le monde numérique, et nous devons être honnêtes avec ces changements. Les étudiants utilisent la bibliothèque autant ou même plus qu’avant, mais ils l’utilisent la plupart du temps à distance. Les budgets des bibliothèques pour les ressources électroniques ont augmenté de façon dramatique ces dernières années, mais peu de bibliothécaires ont réellement analysé de façon sérieuse ce que cet accès distant implique en termes de personnels, d’espaces ou d’organisation.

4. Adopter les nouvelles règles d’interaction avec les usagers

4545772727_d596406d64_mLes bibliothèques doivent être prêtes à écouter les besoins des usagers. Nous ne sommes pas en position de prescription. Dans l’environnement web, plusieurs questions des usagers peuvent avoir des réponses instantanées. Si les bibliothèques veulent avoir une valeur ajoutée pour leurs usagers, elles doivent être prêtes à fonctionner [selon les règles de] cet environnement.

5. Comprendre les différences globales dans la façon des usagers d’accéder à et d’utiliser internet

De plus en plus de BU comprennent leur rôle-clé dans les politiques de recrutement et de suivi des étudiants de leurs établissements, elles doivent être conscientes des questions variées de diversité  et faciliter l’accès à tous.

6.Développer les compétences d’analyse de l’organisation

Au lieu de se baser sur les pratiques du passé, le leader numérique s’appuiera de plus en plus sur les données pour prendre des décisions. Que savons-nous des intérêts et des préférences de nos usagers ? Elaborons-nous nos services à partir de ces informations ?

[…] sans violer les questions de protection de la vie privée, nous devons utiliser l’analyse de données pour comprendre les comportements de nos usagers et créer des services qui répondent à leurs besoins.

7. Se concentrer sur l’expérience utilisateur

Quand nous commençons à personnaliser nos services, nous nous heurtons assez vite au manque d’expertise disciplinaire de nos bibliothécaires généralistes. Nous avons besoin de bibliothécaires qui travaillent en partenariat avec les départements universitaires, pour créer des services de soutien à leurs missions de recherche et d’enseignement.

8. Promouvoir des leaders possédant des compétences qui concilient expertise traditionnelle et expertise numérique

Les nouveaux personnels s’attendront à ce que l’établissement soit numérique. Ils seront mal à l’aise avec les règles traditionnelles. Les leaders numériques aideront les personnels les plus chevronnés à passer dans le monde numérique avec confiance et enthousiasme.7900901406_5be290fc5d_m

9. Faire attention à la compatibilité culturelle lors du recrutement de leaders numériques

Les leaders efficaces n’ont pas peur de secouer la culture établie quand c’est nécessaire.

10. Comprendre les motivations de ses employés les plus talentueux

Les bibliothèques doivent cultiver les talents parmi leurs personnels, et être suffisamment attractives pour les encourager à rester dans l’établissement. Pour ce faire, elles doivent avoir une stratégie numérique claire pour leur développement, mais surtout elles doivent entretenir une culture d’établissement qui valorise l’expérimentation et la créativité…

[Photos : Michael Dales, Limor, Viki Reed]

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Audace des bibliothèques

Je pense qu’une bibliothéconomie audacieuse est le seul futur que nous ayons. A un moment donné, nous devons bouleverser les modèles existants et ouvrir de nouvelles voies. De nombreuses bibliothèques le font déjà – notre profession est, bien sûr, bien plus réactive au changement que la plupart des gens ne le croient. Mais il semble que ce soit une bibliothéconomie fondée sur la peur, ou, disons, sur une extrême prudence, qui continue de prévaloir. Les décisions sont souvent prises surtout pour ne pas déranger une minorité, plutôt que pour risquer de plaire à une toute nouvelle majorité. Souvent, il y a une bonne raison à cette approche. Mais c’est de la survie de notre profession dont il s’agit, là.

Bravery based librarianship is the (only) future, selon the wikiman.

[Photo : Coco Mault]

Usages des outils en ligne par les bibliothécaires – 2011

Webjunction a reconduit son enquête sur les usages des outils en ligne par les bibliothécaires. Cette année pas de distinction BU/BM (il semble que les répondants travaillent majoritairement en bibliothèque de lecture publique), mais un distingo entre les usages personnels et les usages professionnels.

Curieuse photographie de cette profession tout de même, qui n’utilise jamais dans le cadre professionnel d’applications mobiles, d’outils de messagerie instantanée, d’outils de gestion de bookmarks ni de fils RSS – pour la moitié des répondants ou plus… Et qui continue à consulter quotidiennement les listes de diffusion (50%), loin devant les réseaux sociaux (23%), ces 2 outils étant utilisés quotidiennement à titre personnel pour 24% (listes de diffusion) et 46% (réseaux sociaux) des répondants.

« La référence, c’est mort »

« On a besoin de gros serveurs et d’informaticiens pour les faire tourner, » selon Neiburger. « Qu’allons-nous supprimer pour pouvoir recruter un informaticien ? Nous allons « tailler » dans le personnel du service de références. La référence, c’est mort. »
Bien qu’un bibliothécaire bien formé apporte une plus-value certaine à un entretien de référence, il se trouve que l’usager d’aujourd’hui, habitué à faire ses recherches sur Google, n’en a cure, et les bibliothécaires n’arrivent pas à s’y résoudre, d’après Neiburger.
« Les agences de voyages se sont démodées parce que les gens ont eu l’impression d’avoir un meilleur accès à l’information que ce que les agences leur proposaient. Nous sommes dans une situation similaire », ajoute-t-il. Dans son rapport « Perceptions of Libraries » de 2010, OCLC soulignait que 84% des consommateurs d’informations démarraient leurs recherches avec un moteur de recherche. Aucun des répondants à l’enquête ne commençait par un site de bibliothèque.
« Les bibliothécaires doivent accepter ce fait, et y voir une opportunité, » pour Neiburger.
« Les bibliothécaires professionnels doivent être dans les coulisses, et leur temps utilisé avec discernement. Et on peut faire beaucoup d’économies en employant du personnel de qualification différente au bureau de références. » Le fait de repenser le service de référence permettra de libérer des ressources pour construire des infrastructures de stockage et employer du personnel qualifié pour les gérer.
« Cela signifie d’avoir des informaticiens qui travaillent pour vous, et pas pour vos fournisseurs, dit-il. »

Pour Eli Neiburger, directeur adjoint de la bibliothèque d’Ann Arbor et responsable des aspects informatiques, l’enjeu c’est d’avoir le contrôle des données : l’exemple donné est celui de l’accord conclu entre la sa bibliothèque et le fournisseur Magnatune, pour la diffusion de musique en ligne – téléchargeable – à ses publics. Les fichiers sont hébergés localement et diffusés sans restrictions de type DRM. Et sa solution pour obtenir les ressources humaines nécessaires pour faire tourner tout ça, c’est de mettre des « paraprofessionnels » – en France, je pense qu’on dirait des bénévoles – aux bureaux de renseignements.
Effectivement, si la permanence au bureau de renseignements se résume les 3/4 du temps à fournir une agrafeuse/un crayon/du scotch ou indiquer les toilettes/la banque de prêt/les horaires d’ouverture, on peut peut-être se poser la question.
Geeks Are the Future: A Program in Ann Arbor, MI, Argues for a Resource Shift Toward IT
[photo : warhead]

Anticipation : 2020

« […]De quelles compétences les bibliothécaires vont-ils avoir besoin pour la bibliothèque de 2020 ?
– conception et développement web
– communication (savoir écrire pour le web, par exemple)
– maintenance informatique, pour eux-mêmes et pour leurs usagers
– intelligence politique
– marketing
– gestion de l’expérience utilisateur – en ligne et dans les espaces physiques
– relations avec d’autres professions
– pensée critique
– compétences sociales
– méthodologie de recherche
– compréhension des métadonnées – conception, normalisation, réutilisation
– sens aigü des affaires
– gestion de projet
– aisance sociale
– capacité d’auto-promotion, quel que soit l’interlocuteur
– plus d’hommes jeunes dans la profession
– ?!? 😉
– changement d’image
– compréhension des méthodes d’enseignement

Que devrons-nous laisser tomber d’ici à 2020 ?
– la duplication du catalogage – si nous devons garder le même nombre de catalogueurs, autant les faire travailler ensemble
– le prêt en masse
– des collections statiques
– les livres
– les formulaires et autres paperasses
– le perfectionnisme
– la peur de l’échec
– les groupes de travail
– le fait de réinventer la roue
– la prédominance du texte.
 »
Les réponses sont celles de bibliothécaires participant à un atelier « bibliothèque du futur » animé par Kathryn Greenhill lors d’une formation sur les bibliothèques 2.0 à Melbourne en mars dernier.

[photos : ryk_neethling]

Temps de veille

Resourceshelf rapporte les résultats d’une enquête menée par l’Université de Göteborg sur les activités de recherche d’information et de veille de différents groupes professionnels (des infirmières, des enseignants et des bibliothécaires ont été observés) :

« Les bibliothécaires diffèrent des enseignants et des infirmières en cela que la recherche d’information est essentielle à leur profession. Cependant, comme les enseignants, les bibliothécaires interrogés ont répondu n’avoir jamais été formés à la veille. Le temps de travail dédiée aux activités telles que la consultation de la littérature professionnelle est rare dans les 3 groupes étudiés, et ceci bien que les bibliothécaires puissent bénéficier d’un accès à une information considérable sur leur lieu de travail. »

A peu près au même moment est sortie la dernière enquête sur les bibliothécaires universitaires menée par le Primary Research Group ; elle s’est penchée cette fois sur leur usage des blogs, de la littérature professionnelle, des conférences et leur participation associative. Voici les quelques résultats disponibles en ligne gratuitement (merci encore à Resourceshelf – le rapport complet coûte 85$ !) :

– les professionnels consacrent en moyenne 22,26 minutes par jour à la lecture de la presse professionnelle au format papier (31 minutes pour les plus de 60 ans)

– les moins de 30 passent 19 minutes quotidiennes à la consultation des blogs professionnels

– les listes de diffusion continuent à intéresser surtout ceux qui ont entre 10 et 20 ans d’expérience (qui déclarent y consacrer 23,12 minutes par jour en moyenne)

– 72% des sondés font partie d’une association professionnelle

– les professionnels chargés du service public sont ceux qui assistent le moins à des conférences

Disons que ça fait, papier + électronique compris, à peu près 2 heures hebdomadaires de veille : ça vous paraît beaucoup ? Peu ? Vous y passez combien de temps, à cette veille, vous ?

[photo : quinn.anya]

Travailler autrement

« Nous devons apprendre de nouveaux modes de travail si nous voulons maximiser la valeur de Koha dans nos organisations :

– Réfléchissez en fonction de ce que VOUS voulez, et pas de ce qui existe

– Apprenez les compétences de base de l’administration du système, et prenez la responsabilité du paramétrage de Koha pour qu’il soit conforme à ce que VOUS voulez

– Devenez à l’aise sur un outil de réseautage comme irc

– Apprenez à identifier, à décrire et à signaler les bugs, puis à tester les corrections

– Dites-vous « et si… ? » – et proposez des suggestions d’améliorations

– Puis rejoignez la conversation au sein de la communauté, pour vous assurer que les développeurs aient bien compris ce que vous vouliez, et réfléchissez au moyen de l’inclure dans la branche de développement principale

– Trouvez un développeur pour réaliser ce dont vous avez besoin si vous même n’êtes pas programmeur

– Apprenez à demander de l’aide et à en donner aux autres

– Partagez vos analyses et réflexions, vos trucs et astuces et vos supports internes (comme des tutoriels ou des vidéos)

– Devenez un adepte du travail collaboratif sur les wikis

– Financez des développements pour la communauté, sans les garder égoïstement pour vous-mêmes

– Et co-financez des développement conséquents avec d’autres organismes pour en partager les coûts, et que cela bénéficie à tout le monde ».

Ce sont les suggestions que Joann Ransom propose aux bibliothécaires qui se lancent dans l’aventure du libre avec Koha dans Users vs developpers : not in my universe ! Elle souligne la nécessité de sortir de la relation traditionnelle client-vendeur – pourtant si confortable – pour que les bibliothécaires arrivent à reprendre le contrôle de leur outil de travail. Il me semble qu’en France, on est loin de certains points de cette liste (passer à IRC après des décennies de messagerie, c’est pas gagné…), mais on se rapproche d’autres (le SUDOC a amené une certaine forme de travail collaboratif, au moins parmi les catalogueurs). Ce qui me paraît crucial ici, c’est le fait de savoir ce que nous voulons : finalement, avons-nous jamais réfléchi à ce que devrait être notre SIGB idéal ? Ne nous contentons-nous pas bien souvent de reproduire à l’identique les spécifications du système précédent dans nos cahiers des charges de réinformatisation ?

[photo : LuChOeDu]


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