Quels changements pour les BU quand l’OA primera ?

13921535969_dccf724a92_kJe trouve le billet d’Aaron Tay « How academic libraries may change when open access becomes the norm » particulièrement pertinent par rapport aux questionnements que nous avons en BU ces temps-ci ; voici les changements qu’il anticipe (ce qui est en italique est traduit par mes soins) , en partant du principe « qu’au cours des 10-25 prochaines années, 50 à 80% (ou plus) des publications annuelles seront disponibles sous une forme ou une autre d’open access« .

1. « Les rôles des BU dans la découverte et même dans la fourniture d’information aux usagers vont diminuer » :
Les étudiants, et de plus en plus de chercheurs, n’utilisent pas le site de la BU pour commencer leurs recherches, ils utilisent sans le savoir les ressources de la BU croisées avec les outils de signalement commerciaux comme Google Scholar : exit la mission d’aide à la découverte.
Par ailleurs, une fois la majorité des ressources accessibles librement en OA, finie la mission de fourniture d’information : divers outils permettent déjà (l’extension pour Chrome Lazy Scholar par exemple) de récupérer automatiquement une version en libre accès quand elle est disponible.
Du coup, cela aura une incidence au niveau des RH : on n’aura en principe plus besoin de grosses équipes pour la gestion des abonnements imprimés (tant qu’il en restera) ni pour la gestion des ressources en ligne (qui se concentrera du coup sur l’administration du résolveur de liens, de la base de connaissance…)

2. « Les BU pourraient plus se concentrer sur leurs fonds spécifiques et passer à l’édition/l’hébergement de revues » :
« Au delà du simple rôle d’archive, quelques bibliothèques s’essayent à produire des épirevues, comme le fait l’University College London. Cela demande essentiellement que les BU se lancent dans l’édition en convertissant les archives institutionnelles en plateformes de publication. Les presses universitaires de l’UCL, par exemple, sont désormais un département au sein de la bibliothèque de l’institution. En combinant la plateforme open source Open Journal System (OJS) et l’archive institutionnelle comme système de stockage, la bibliothèque édite désormais des revues en open access. De nombreuses revues sont aussi publiées avec la solution Digital Commons.
La grosse question est de savoir si les BU ont les compétences, les savoirs et les motivations pour jouer ce rôle et reprendre le système de communication scientifique. »
En ce qui concerne les fonds spécifiques, il s’agirait de penser non plus en termes quantitatifs, mais qualitatifs : mettre l’accent sur les unica, les documents rares ou précieux, ou spécifiques à l’institution (littérature grise, thèses, etc). Pour ce faire, « numérisation, OCRisation, transcription de textes, création de métadonnées pour une meilleure « découvrabilité » desdites collections. Une autre façon de revenir de la gestion de l’abondance à celle de la rareté qui a sous-tendu l’activité des bibliothèques pendant des siècles, si je ne m’abuse ?

3. « Les bibliothèques s’axeront plus sur des services d’expertise à haute valeur ajoutée, comme l’information literacy, les services de gestion des données, les services de géolocalisation etc pour remplacer leur mission réduite d’acquisition » :

La BU est ici confrontée à son problème d’image, de perception qu’en ont les utilisateurs : dans un monde où tout ou presque est accessible facilement, sans barrière financière, institutionnelle ou juridique, la mission d’acquisition de documentation n’a plus de raison d’être. Or cette mission est celle qui est la plus reconnue aux bibliothèques (p.67) par les chercheurs : comment justifier la valeur ajoutée de la BU pour la recherche dans ce contexte ? D’où l’intérêt pour les bibliothécaires de se saisir le plut tôt possible d’autres missions de support à la recherche : aide à la publication en OA, bibliométrie, gestion des données, formation aux « compétences informationnelles »…

4. « Les budgets des bibliothèques pourraient diminuer » :
En toute logique, la disponibilité des contenus en OA implique une baisse des coûts.
Cela ne veut pas dire que la dépense sera nulle pour autant : il faudra bien payer les APCs (mais ce rôle ne sera pas forcément donné aux bibliothèques), et, j’ajoute que l’édition électronique et les archives institutionnelles, ça a un coût aussi : développer des fonctionnalités pour son archive ouverte, former le personnel à de nouvelles compétences d’édition par exemple, ou embaucher des personnels qualifiés pour mettre en oeuvre une chaîne de publication, rien de tout cela n’est gratuit.
La question fondamentale à mon avis, c’est : est-ce que ces missions se feront dans les bibliothèques ou en dehors ?

10231527134_535e3171e5_k5. « Moderniser les pratiques de citation » :
Selon l’article « Academic citation practices need to be modernized – References should lead to full texts wherever possible« , les versions en open access des articles publiés devraient devenir la source de référence, et les articles accessibles uniquement sur abonnement ne devraient être cités qu’en dernier recours ; il propose l’ordre de priorité suivant :

  1. Revue en open access
  2. Revue hybrides
  3. Archive ouverte institutionnelle
  4. Toutes les autres sites en open access, aussi bien les réseaux sociaux de recherche type Academia.edu ou Researchgate que les archives thématiques comme SSRN

(L’auteur de l’article prône également la citation des DOI, l’usage d’URLs compactes et l’abandon de la pagination)

Aaron s’interroge, en conclusion, sur les indicateurs qui permettront aux BU de réaliser qu’il est temps pour elles de diminuer les activités traditionnelles : « la baisse des téléchargement d’articles par utilisateur pour les revues sur abonnement ? La baisse des consultations du site web de la bibliothèque ?
A partir de quel pourcentage de la production éditoriale annuelle en open access les BU commenceront-elles à réduire la voilure ? »
[Photos : Santi, Lena CH]

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3 Responses to “Quels changements pour les BU quand l’OA primera ?”


  1. 1 Laurent Lhuillier (@bibliogum) 27/08/2014 à 16:05

    Je suis assez content que l’on passe rapidement à l’étape suivante concernant la recherche d’article, sautant le DT, la dernière chance de prendre la main sur la diffusion des contenus, pour une utilisation massive des GS, PubMed, ISIDORE…

    Commentaire enthousiaste donc, même si il faudra se passer d’une simple impulsion de la gouvernance pour aller vers l’AO. Il faudra en effet non seulement évangéliser coté chercheurs mais même devenir ami, compagnon, ou plus pour avoir la moindre chance ! Surtout commencer par l’éducation des jeunes chercheurs qui sont encore en capacité de subir pacifiquement des obligations qui deviendront des habitudes si les retombées sont bien visibles : évaluation, accessibilité, réputation.

    Quand à l’avenir des BU, franchement c’est vraiment pas le cœur du sujet. Si les (futurs) agents en BU effectuent cette mutation, ils seront bien capables de travailler ailleurs.

    @amarois les consultations des sites BU sont partout très bonnes et ça se sait globalement partout. Après les utiliser comme massue comme nos millions de documentation électronique dépensés tous les ans, je laisse ça aux agents A+ A++ qui vont aux réunions de gouvernance.

  2. 2 amarois 27/08/2014 à 10:09

    Toujours aussi agréable de lire tes lectures, merci.
    La conclusion est primordiale. Mais je doute que des indicateurs soient la clés. C’est un truc de technocrate, fondamentalement. Après tout, les signes sont là depuis belle lurette (on est loin de la prospective), faisant à peu près l’unanimité, mais rien – ou si peu – ne change dans les RH et l’organisation.
    « réaliser qu’il est temps pour elles de diminuer les activités traditionnelles »
    sérieusement ?
    mais…
    il est temps, non ?
    (depuis longtemps; bref,j’ai déjà exposé mon point de vu : chute drastique des budgets serait ce qui pourrait arriver de mieux aux bibliothèques)

    Aaron pointe pourtant en amont la piste qui selon moi est la plus importante à travailler: « la BU est ici confrontée à son problème d’image, de perception ».
    Vrai et dommageable quand il s’agît d’étudiants; ingérable et bloquant si chercheurs et dir. labo, et bien entendu autres services de l’univ, membres CS ou CA dans la grand convergence métier qui s’annonce.
    L’advocacy à anglo-saxonne, donc, que je prônais dans une « vielle » mindmapp sur l’usage de facebook en bib, c’était ça; l’idée est partout derrière les « montrons notre veille », un « montons un blog pro b… de m… », le « gérons l’idnum de la bib sur les réseaux sociaux sc », le « mais pourquoi ne pas ouvrir un carnet sur Hypothèse puisque l’on prétend se mettre au niveau des chercheurs » (sinon à quoi bon prétendre les « in-former », sauf à se donner l’illusion rassurante via des séances pousse-bouton). Notre frilosité est fondamentalement ce qui nous tuera; monter des indicateurs et attendre que l’on passe les « seuils » est illusoire pour aller voir les VP d’un côté et monter des barcamp internes mêlant cat. C et A de formations croisées du jour au lendemain, je n’y crois pas une seule seconde. Comment imaginer en effet que l’on discute gentillement, entre nous, des « indicateurs pertinents », des chiffres clés à scruter, avec en ligne de mire « le grand chamboulement-des-#BUfr-ouhlàlà-attention-ça-va-envoyer-grave » , ceci de façon ***pertinente***, sans mettre la main à la patte, être dans l’action un minimum, changer nos façons de faire, au jour le jour ? Comment espérer être pris au sérieux hors BU en arrivant avec nos indicateurs sans avoir monté ces derniers ***avec*** nos usagers (les chercheurs notamment) ?
    Où l’on en vient à se dire qu’en mettant la main à la pâte, en allant ds les labos, en s’insérant dans la pédagogie de façon volontaire, en demandant à intégrer les learninglab, en changeant un peu de métier en gros, petits pas par petits pas, *** tout en montrant *** que l’on change, finalement…tout aura changé…sans réellement avoir recours à des indicateurs-déclancheurs. Ok, c’est un peu faire œuvre de fois j’en conviens (attention : qu’on ne vienne pas me parler – dans le public – de prise de risque).
    Et puis plutôt que de nouveaux indicateurs, mieux vaudrait déjà avoir une vue solide sur les choses évidentes, de façon un minimum professionnelle (consultation(s) du site de la bib, par exemple). Et communiquer sur ces derniers (j’ai pas dis divulguer, mais je le pense très fort).


  1. 1 Bibliothèques. Evolution ? Révolution ? | Citizen K. Rétrolien sur 25/01/2015 à 17:32

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