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Les évolutions du plan S (en 20 points)

2943090657_2fcb658a44_oSPARC Europe a publié sur son site un rapport sur les changements dans le plan S suite à la consultation publique (dont l’ensemble des contributions vient d’être rendue publique sur Zenodo) sur le guide d’implémentation dudit plan. Voici une traduction du résumé du rapport, pour se faire une idée des principales évolutions du Plan S.

Résumé des 20 changements majeurs du Plan S

  1. La date d’entrée en vigueur a été reportée d’un an à 2021. La cOAlition S encourage ses membres financeurs à mettre en œuvre les principes du Plan S pour toutes les subventions octroyées à partir de janvier 2021, en fournissant maintenant des instructions claires sur le moment et la manière dont ces principes doivent être appliqués.
  2. Le Plan S aborde la question de l’accès ouvert (Open Access) à la recherche issue non seulement des subventions publiques mais aussi des subventions privées, élargissant ainsi la portée des contenus potentiels à “libérer” en OA. La nouvelle version de ce principe du plan S s’adresse à un éventail plus large de types de financeurs, y compris les conseils de recherche et les organismes de financement internationaux, nationaux et régionaux.
  3. Le principe fondamental, ainsi que certains autres critères du plan S incluent maintenant les archives ouvertes comme un lieu de dépôt en accès ouvert immédiat et sans embargo, au même titre que les revues et plateformes en accès ouvert. L’ancien critère consacré aux archives ouvertes devient de fait superflu.
  4. La cOAlition S procède actuellement à une analyse des écarts entre les disciplines afin d’accroître la part des revues ou des plates-formes en accès ouvert. La cOAlition S élaborera des mesures incitatives pour la constitution de nouvelles revues et plates-formes dans les domaines où des besoins et des écarts existent.
  5. La cOAlition S examinera plus en détail les risques transitoires portés par l’accès ouvert perçus par les sociétés savantes.
  6. La cOAlition S définit plus clairement la notion de plate-forme en accès ouvert, qui ne regroupe pas ou ne republie pas des documents déjà publiés, par exemple Wellcome Open Research ou Gates Open Research.
  7. Les auteurs ou leurs institutions doivent conserver leurs droits d’auteur sans avoir à payer de frais supplémentaires. La cOAlition S a également l’intention de fournir des mécanismes à l’appui en développant ou en adoptant un modèle de « licence de publication » pour leurs bénéficiaires, afin de s’assurer qu’aucun auteur n’ait besoin de négocier individuellement avec les éditeurs pour diffuser un article en accès ouvert. Les « licences de publication » accordées aux éditeurs doivent désormais garantir qu’un auteur ou une institution peut, dès la publication, mettre à disposition la version de reference (version of record, VoR), le manuscrit accepté de l’auteur (author accepted manuscript, AAM) ou les deux versions sous une licence ouverte via archive ouverte.
  8. La cOAlition S s’engage également à s’assurer que les auteurs ou les institutions conservent le droit d’auteur et le droit de mettre immédiatement à disposition une version de l’article (soit la version de référence (VoR), soit le manuscrit accepté de l’auteur (AAM) soit les deux) sous licence ouverte en le précisant dans leurs contrats ou accords de financement – si possible.

Le dépôt du manuscrit accepté de l’auteur ou de la version de reference dans une archive ouverte constitue désormais le seul moyen d’assurer la conformité des publications dans des revues sur abonnement qui ne font pas l’objet d’accords transformants.

  1. La cOAlition S exige maintenant que la licence CC BY 4.0 soit l’option par défaut pour les articles, les alternatives secondaires étant la licence CC BY-SA 4.0 et la liecence CC0. Il autorise également la licence CC BY- ND sur demande justifiée par le bénéficiaire de la subvention.
  2. La demande de normalisation et de plafonnement des APC a été atténuée par les nouveaux critères. Elle a été remplacée par des demandes de mécanismes de tarification équitable par rapport au service offert et favorisant une plus grande transparence en matière de coûts. Ceux-ci peuvent être normalisés et plafonnés à l’avenir si des niveaux de prix déraisonnables sont observés.

La cOAlition S s’efforcera également d’obtenir la transparence sur la tarification de divers services tels que la sélection, l’examen par les pairs, le travail éditorial et la correction pour établir des prix de publication équitables. Il sera demandé aux éditeurs de fournir une ventilation des prix au niveau de l’éditeur, et si possible au niveau de la revue.

Pour plus de transparence, « La revue ou la plateforme doit fournir, sur son site Web, une description détaillée de ses politiques éditoriales et de ses processus décisionnels. En outre, des statistiques de base doivent être publiées au moins une fois par an, portant notamment sur le nombre de soumissions, le nombre de validations demandées, le nombre de validations reçues, le taux d’approbation et le délai moyen entre la soumission et la publication. »

La cOAlition S cherche également à encourager les gouvernements, les universités, les organismes de recherche, les bibliothèques, les académies et les sociétés savantes à aligner leurs stratégies, politiques et pratiques pour assurer la transparence.

  1. La cOAlition S réitère son soutien aux modèles sans APC et à une vaste gamme de plates-formes innovantes d’accès ouvert ainsi qu’à d’autres mécanismes bien établis de mise en œuvre immédiate de l’accès ouvert, et envisage d’apporter un soutien financier collectif en cas de besoin.
  2. La cOAlition S mène une action concertée pour limiter les coûts de l’accès ouvert pour les chercheurs des pays à revenu intermédiaire et à faible revenue, en élaborant des recommandations pour la réduction et la suppression des frais de publication. En outre, les revues et plateformes doivent prévoir des dérogations et des remises pour ces pays ou pour certains auteurs dont les motivations peuvent être démontrées. Il est important de noter que des statistiques sur les dérogations demandées et accordées doivent également être fournies.

Dans ce contexte, le paiement ou la dispense de frais de publication ne doit en aucun cas influencer la décision éditoriale concernant l’acceptation d’un article.

  1. Bien que les organismes financeurs de la cOAlition S déclarent qu’ils ne soutiennent pas l’édition hybride, le principe de refuser purement et simplement l’édition hybride a été supprimé. Au lieu de cela, les organismes financeurs sont autorisés à soutenir l’édition hybride dans le cadre d’accords de transformation temporaires, tandis que les chercheurs individuels, les institutions de recherche, les autres financeurs et les gouvernements sont invités à ne pas soutenir financièrement l’édition hybride.
  2. Les accords transformants seront soutenus jusqu’à la fin de 2024. La cOAlition S utilisera 3 stratégies : les accords transformants, les modèles d’accords de transition et les revues transformantes. Par exemple, les modèles d’accords de transition aideront les maisons d’édition des sociétés savantes et les petites et moyennes maisons d’édition à passer à un modèle de diffusion en libre accès. De plus, la cOAlition S « ne soutiendra financièrement les accords après le 1er janvier 2021, que lorsqu’ils sont conformes aux recommandations de l’ESAC.”.
  3. Dans le Guide de mise en œuvre, la cOAlition S clarifie précisément ce qu’elle paiera et ce qu’elle ne paiera pas pour ouvrir l’accès à la recherche.
  4. Un nouveau principe a été ajouté, exprimant l’engagement des organismes de financement de cOAlition S à évaluer les résultats de la recherche lors des décisions de financement en fonction de leur valeur intrinsèque, sans tenir compte des métriques des revues comme le facteur impact, le canal de publication ou l’éditeur. Les membres de cOAlition S intégreront ce type de principes à leurs politiques avant janvier 2021.
  5. La cOAlition S reconnaît également « l’importance pour les chercheurs en début de carrière que les institutions employeuses s’engagent à réviser leurs procédures (d’évaluation de la recherche) et à les faire progresser vers une mise en œuvre dans la période transitoire du Plan S”.
  6. Plusieurs des exigences de conformité pour les plates-formes, les revues et les dépôts en accès ouvert ont été revues à la baisse. Plus précisément, les exigences relatives aux archives ouvertes portent principalement sur l’inclusion de métadonnées de format non exclusif interopérables et de haute qualité pour les articles sous licence CC0, d’identifiants pérennes pour les versions déposées, de licences lisibles par machine, d’informations sur le type d’accès ouvert et sur la licence, ainsi que d’information sur les organismes financeurs. Un temps de disponibilité des archives de 99,7% est également demandé.

Les critères fortement recommandés pour les archives ouvertes comprennent : des systèmes de soumission de manuscrits qui supportent à la fois les téléchargements d’auteurs individuels et les téléchargements en masse, le stockage du texte intégral au format JATS XML par exemple, le support d’identifiants pérennes (PID) comme ORCID, des données de citation ouverte (I4OC), des API ouvertes, une conformité à OpenAIRE des métadonnées et QA pour relier le texte intégral aux métadonnées bibliographiques.

Ceux-ci feront l’objet d’une étude en 2024 et pourraient alors devenir obligatoires.

  1. La cOAlition S travaillera avec certains services pour établir des mécanismes de contrôle de la conformité en accès ouvert qui seront définis dans le Guide de mise en œuvre, par exemple le DOAJ, OpenDOAR, SHERPA/RoMEO, ESAC.

La cOAlition S soutiendra également « le développement d’un outil dont les chercheurs pourront se servir pour savoir si leurs lieux de publication respectent les critères ».

  1. D’ici la fin 2024, la cOAlition S aura terminé une évaluation approfondie des conditions, des effets et de l’impact du Plan S, en accordant une attention particulière aux conséquences des accords transformants et de la diffusion en accès ouvert des articles de revue par le dépôt dans une archive ouverte.

On trouve dans le rapport complet plus de détails sur certains des principes du plan S.

[Disclaimer : je fais partie du board de SPARC Europe]

[Photo : Markus Mayer sur Flick / CC-BY-NC-SA]

Vous prendrez bien un petit Barcamp avant de passer à la conférence ?

Marlene’s corner poursuit les collaborations en accueillant un nouvel invité : Romain Féret, chargé de mission Open Access et données de la recherche au SCD de l’université de Lille, qui a bien voulu nous raconter son expérience du Barcamp berlinois organisé en marge de l’Open science conference 2019. Merci à lui.

Je suis allé à la conférence Science Ouverte de Berlin mi-mars pour y présenter un poster sur la démarche d’accompagnement de projets ANR et H2020 mise en place au SCD de l’Université de Lille (voir le poster). La conférence était précédée par un barcamp le lundi : petit retour sur ce qui s’y est dit.

Le Barcamp, c’est quoi ?

Pour les non-initiés, un Barcamp c’est un groupe de participants qui se retrouvent pour échanger sur des sujets choisis collectivement, en lien avec une thématique définie au préalable. Ensuite, on secoue et on voit ce qui se passe. Comme le principe de base est la participation, chacun est responsable de l’intérêt de la journée.

Le Barcamp déroulé et ambiance générale

Nous étions un peu plus de 70 participants à se retrouver dans les bureaux de Wikimedia Allemagne. On démarre la journée par une petite présentation brise-glace. Chacun se présente avec 3 hashtags qui lui correspondent et en profite pour donner son nom et son affiliation institutionnelle. Pour terminer la partie introductive, Claudia Göbel, de l’European citizen science association, fait une présentation sur les sciences participatives. Le Barcamp est divisé en 5 temps de 45 minutes, avec 4 sessions en parallèle, soit un total de 20 sessions. Celles et ceux qui le souhaitent proposent des thèmes, qui sont retenus ou non en fonction de l’intérêt des autres participants. La personne qui a proposé le thème anime les échanges. L’ambiance générale est à la fois studieuse et conviviale. Les échanges se font dans un cadre assez sécurisant. La Friendly space policy m’a semblé respectée. Par ailleurs, l’esprit est constructif : personne ne monopolise la parole, bonne écoute, esprit très horizontal même avec des participants qui ont parfois une certaine notoriété. Cela n’empêche pas un peu de controverse, mais c’est de bon aloi et dans l’esprit du jeu.

Petit compte-rendu des ateliers suivis

J’ai suivi 4 sessions au cours de la journée et j’en ai animé une. Voici un résumé de ce que j’ai retenu des sessions suivies. Il y a un compte-rendu pour chacune des sessions mais il est parfois (très) incomplet.

Participatory research challenges (lien pad)

Session animée par Claudia Göbel sur les sciences participatives. L’échange s’engage sur les freins à lever pour que les sciences participatives se développent. Une des difficultés du côté des chercheurs est que la dimension participative doit être pensée dès la conception de la recherche. Comme cela est rarement le cas, cet aspect de la recherche est souvent vu comme du travail supplémentaire en cours de recherche et la dimension participative n’existe, au mieux, qu’au moment de la dissémination des résultats. Certains participants posent aussi la question de l’indépendance des chercheurs vis-à-vis des communautés qu’ils étudient.

Du côté des participants, citoyens ou acteurs de la société civile, la différence de temporalités avec les chercheurs peut freiner leur engagement dans ce type de processus. Pour les chercheurs, la publication des résultats dans des articles de revues est souvent un préalable à d’autres formes de restitution, tandis que les citoyens et acteurs de la société civile ont des besoins de retour plus immédiats. Le manque de réciprocité de certains chercheurs vis-à-vis des participants à leurs recherches est souligné plusieurs fois. Par exemple, les participants ne sont pas toujours informés de la publication des résultats, ou ils n’ont pas accès aux publications.

Brainstorming on open science activities (lien pad)

Session animée par Helen Brinken (@helenebrinken), du projet Foster, pour échanger sur les activités de soutien à la recherche et la manière d’interagir avec les chercheurs. Parmi les idées : faire identifier un problème aux chercheurs puis les aider à le résoudre ; adopter d’abord une posture d’écoute avant de chercher à les convaincre ; engager les chercheurs dans une relation (« engagement process »). Les pratiques à éviter : dire aux chercheurs ce qu’ils doivent faire, faire des listes de listes, culpabiliser les personnes ayant des pratiques que l’on ne juge pas assez ouvertes.

L’échange s’est poursuivi avec un tour de salle sur les motivations qui ont poussé les uns et les autres à travailler ou à s’engager sur les questions de libre accès. Deux catégories de motivation se dégagent. D’un côté, pour les chercheurs présents cela a souvent démarré par des discussions avec des collègues et la prise de conscience du fonctionnement de l’écosystème éditorial et des inégalités de modalités d’accès à l’information scientifique. D’un autre côté, les personnes en charge de la documentation qui sont venues aux questions de science ouverte dans le cadre de leur parcours professionnel, avec des motivations souvent plus pratiques.

Open science as a library service (lien pad)

Session animée par Christina Riesenweber (@c_riesen) qui prendra prochainement la direction d’une bibliothèque dans laquelle elle aura pour mission de développer les services en lien avec les services à la recherche. Les échanges ont porté sur les services avec lesquels interagir dans une université, les compétences à acquérir pour les personnels de bibliothèque et sur différents exemples de bibliothèques « modèles » en matière de services à la recherche (Edimbourg, Utrecht, Helsinki).

Including open science in project management activities (lien pad)

La session que j’ai animée portait sur l’aide que les services de soutien à la recherche peuvent apporter aux chercheurs pour intégrer une dimension science ouverte à leur projet dès la phase de montage. Cela permet de s’assurer que ces activités soient prises en compte dans l’ensemble de la gestion du projet. Les échanges ont été intéressants, avec notamment le retour d’expérience d’Ivo Grigorov (@OAforClimate) qui est responsable du service de montage de projet de son institution et qui est engagé dans une démarche assez similaire à la nôtre dans le cadre d' »Open Science Clinique », porté au sein du projet Foster (voir le poster présenté à la conférence).

Le constat de départ est que la phase de soumission d’un projet de recherche est le meilleur moment pour mettre en place une démarche science ouverte. Il est par exemple préférable d’expliciter les modalités de partage des données entre les partenaires d’un projet dès son montage. Quand ce n’est pas le cas, cela peut être un sujet de conflit. Si la dimension science ouverte d’un projet est positivement évaluée par l’agence de financement, cela peut aussi être une incitation à la mettre en oeuvre en cours de projet. Yan Wang et Esther Plomp, toutes deux data stewards à Delft, ont commencé à travailler sur ce type de services depuis que les agences de financement néerlandaises ont inséré un paragraphe dédié à la gestion des données dans les trames des dossiers de demande de financement.

Researchers engagement in Open Science (lien pad)

Session animée par quatre des data stewards de l’Université technologique de Delft : Heather Andrews, Nicolas Dintzner, Esther Plomp (@PhDToothFAIRy) et Yan Wang (@yan_wang). La session a principalement porté sur la démarche d’accompagnement à la gestion des données mise en place à l’Université de Delft et la manière dont le travail des data stewards s’articule avec les autres services de la bibliothèque. 

Les data stewards sont répartis dans chacune des facultés de l’université. La bibliothèque coordonne le dispositif, financé par l’université. Les huit data stewards se réunissent une fois par semaine pour coordonner leur travail. Même si les défis rencontrés selon les disciplines ne sont pas les mêmes, cela leur permet de partager leur expertise sur les questions transversales. Les data stewards ne travaillent que sur les données de recherche, et renvoient vers leurs collègues de la bibliothèque sur les questions relevant des autres aspects de la science ouverte. La prise de conscience des enjeux autour des données de recherche par la communauté scientifique de l’Université de Delft entraîne un accroissement de la charge de travail des data stewards, qui ne sont pas assez nombreux pour accompagner l’ensemble des chercheurs. L’importance de travailler de manière coordonnée avec les autres services de l’université a aussi été soulignée.

De l’intérêt de suivre le Barcamp avant d’assister à la conférence

Au-delà de son intérêt intrinsèque, participer au Barcamp a été une bonne manière de préparer la conférence. C’est un moment privilégié pour identifier des interlocuteurs et échanger avec des personnes que l’on croisera au cours des deux jours suivants. C’est aussi l’opportunité de se mettre en position plus active, en particulier lorsqu’on va à un évènement où on connait très peu de collègues. Le Beercamp qui a suivi était aussi une bonne occasion de poursuivre les échanges.

Les plus du Barcamp

La prise de note collaborative, avec un référencement des pads des différentes sessions qui sont accessibles à partir du métapad. Les échanges ont été plus ou moins bien retranscrits mais c’est un bon outil pour garder une trace d’une session tout en s’impliquant pleinement dans les échanges. Par ailleurs, les collègues de Delft ont mis en ligne un article de blog qui rend compte de la quasi totalité des sessions proposées.

L’Open Science radio (@OpenSciRadio) : Konrad Förstner (@konradfoerstner) et Bernd Rupp ont interviewé l’ensemble des animateurs de session au fur et à mesure de l’avancement de la journée. Les podcasts ont été mis en ligne presque immédiatement et sont disponibles sur leur site web. Ils ont récidivé pendant la conférence les deux jours suivants, avec l’aide de Matthias Fromm (@matthiasfromm) et Christina Riesenweber au montage. Un format intéressant pour communiquer sur l’évènement et pour donner envie d’aller creuser le contenu des sessions à partir d’un média plus attrayant que les prises de note rédigées.

Bilan du pilote de SCOSS

La première campagne de financement participatif institutionnel organisée par SCOSS (présentée dans ce billet) s’est achevée sur un résultat plutôt encourageant : 135 établissements se sont engagés à financer les services sélectionnés, à hauteur de plus d’un million d’euros.

Group of people giving a thumbs up gestureLes points positifs sont nombreux. Tout d’abord cette initiative a commencé à répandre l’idée au sein des bibliothèques académiques et plus largement, des gouvernances des établissements, que les infrastructures de soutien à la science ouverte doivent être financées d’une part, et par la communauté d’autre part, si l’on veut éviter de reproduire les dysfonctionnements du modèle éditorial actuel. La variété et le montant des engagement reçus témoignent d’une prise de conscience réelle par les acteurs de la nécessité de soutenir ces services pour en garantir la pérennité.

Ensuite la campagne pilote a permis d’éprouver la robustesse des choix de gouvernance et des processus de candidature et d’évaluation de SCOSS, qui sont jugés satisfaisants par les services sélectionnés.

La communication enfin, sur le contenu des projets comme sur leur mode de financement, est un élément essentiel du processus, qui doit être fortement investi par les services sélectionnés. Le travail de promotion effectué par SPARC Europe auprès de ses membres et de ses partenaires, a été considérable et salué par les bénéficiaires de la campagne.

Des axes d’amélioration ont également été définis :
– Communication : une clarification de la communication sur le modèle économique est nécessaire, ainsi que des canaux de communication spécifiques, indépendants et complémentaires de ceux de SPARC Europe (twitter, site web)
– Fonctionnement : un forfait fixe sera prélevé sur les contributions reçues pour financer 1 ETP chargé de la coordination du projet ; une convention sera établie entre SCOSS et les services financés, définissant les rôles de chacun.9280354819_d46d7cefe2_o
– Critères de sélection : priorité à la portée globale, internationale des projets candidats, définition par SCOSS d’une liste de domaines pertinents révisée annuellement
– Critères d’évaluation : introduction d’une pondération des critères en fonctions des priorités définies pour l’année
– Montant et gestion de l’engagement : les services sélectionnés seront invités à proposer une tarification adaptée aux différents types d’organismes financeurs d’une part, et à en prévoir les conditions de gestion (comptabilité et facturation) pérenne, éventuellement en passant par une agence d’abonnements.

Des pistes d’élargissement du périmètre de SCOSS se dessinent également : aux établissements qui ne renouvellent pas leurs big deals par exemple, ainsi qu’aux pays moins représentés dans les organismes de soutien à la science ouverte.

Le rapport en VO : Progress report – An evaluation of the SCOSS pilot project

[Photos : Catherine Mosiniak-PaillierMike Cohen]

[Disclaimer : je fais partie du Board de SPARC Europe]

FAIR data et Open data

14204638437_6fc612f4e3_oSPARC Europe a publié fin décembre 2018 une note d’information sur les données à destination des décideurs, FAIR and Open Data. Je ne suis pas certaine que seuls les décideurs aient besoin de précisions sur ce que sont les données FAIR et les données ouvertes, ou confondent les 2.
D’où ce petit récapitulatif :
* Les données ouvertes (open data) couvrent des contenus librement accessibles qui peuvent être utilisés, modifiés et partagés par n’importe qui pour n’importe quel but. Ces contenus doivent être mis à disposition dans le cadre d’une licence ouverte, et ne doivent pas imposer de restrictions aux réutilisateurs au-delà de l’attribution (CC-BY) et du maintien de conditions de partage à l’identique (CC-BY-SA).
* Les données FAIR en revanche sont des données qui suivent un certain nombre de principes pour être lisibles et utilisables par des humains comme par des machines. L’acronyme FAIR a été traduit par Facile à trouver (Findable), Accessible, Interopérable, Reutilisable.
A chaque concept correspondent 3-4 principes, dont on peut trouver la traduction sur le site de l’INRA.
La note détaille 3 confusions souvent faites à propos des notions d’Open et de FAIR :
* Tout ce qui est FAIR n’est pas censé être Open : des considérations éthiques ou économiques peuvent justifier une restriction de l’accès à des données qui respectent par ailleurs les principes techniques FAIR. Et inversement, on peut diffuser des données ouvertes techniquement inutilisables.
* FAIR c’est mieux qu’Open : je crois que vous l’avez compris, en fait on ne parle pas exactement de la même chose. Bien qu’il y ait des notions communes, autour de l’interopérabilité et de l’accessibilité notamment, ce sont 2 objectifs différents qui sont poursuivis. L’idéal étant de proposer des données à la fois FAIR et Open, évidemment.
* Les données FAIR ne s’appliquent qu’aux sciences de la vie : certes, c’est au sein de la communauté des sciences de la vie que les principes FAIR ont émergé, mais ils ont une portée plus universelle, qui peut intéresser aussi bien les sciences sociales que d’autres sciences « dures ».
Vous trouverez dans la note plusieurs schémas assez parlants, notamment sur l’implémentation de ces concepts dans la gestion des données.
C’est plus clair maintenant ? 🙂

FAIR and Open Data, a briefing for policymakers and senior managers, SPARC Europe, décembre 2018

[Photo : Janneke Staaks]
[Disclaimer : je fais partie du Board de Sparc Europe]

Quelle place pour les revues en SHS dans le plan S ?

benjamin-davies-599280-unsplashJan Erik Frantsvåg et Tormod Strømme, des bibliothécaires norvégiens, ont fait une brève étude de la compatibilité du plan S avec les revues du DOAJ. Ils ont analysé 10 des 14 critères du plan concernant les revues pour le corpus des revues du DOAJ. Ces critères sont pour moitié d’ordre politique (licences CC, maintien du copyright aux auteurs, processus de peer review, politique de d’exemption de frais), pour moitié d’ordre technique (usage d’identifiants, archivage, XML, statut OA lisible par les machines).

Leurs conclusions ne semblent pas surprenantes, et incitent à la vigilance en ce qui concerne les modalités d’application du plan S :

  • Les « gros » éditeurs (= ceux qui publient le plus de revues) publient plus de revues en STEM que les petits éditeurs, qui sont majoritaires pour les SHS
  • Le modèle économique du financement par APC est utilisé majoritairement par les revues dans les domaines des STEM, les revues en SHS utilisent d’autres modèles
  • Les revues en SHS remplissent bien les critères politiques, et les revues STEM remplissent bien les critères techniques. On peut imaginer que celles-ci, en étant généralement aux mains de « gros » éditeurs, ont, de fait, plus de possibilités de bénéficier d’une infrastructure plus compatible avec les exigences techniques du plan S
  • Environ 9% des revues du DOAJ répondent à tous les critères du plan S ; la différence entre les revues sans APC (3%) et les revues avec APC (26%) semble indiquer que ces dernières sont favorisées par ce plan. Une raison possible peut être que les APC permettent de financer les développements techniques nécessaires.

Les auteurs terminent par 3 recommandations :

  • Nécessité d’investir dans des plateformes de revues compatibles techniquement avec le plan (ils citent l’exemple d’OJS), pour permettre à davantage de revues d’être présentes
  • Différencier le calendrier de mise en application du plan, pour tenir compte des spécificités des revues sans APC
  • Mettre en place des services de certification des revues, notamment en ce qui concerne les questions de TDM et d’archivage

Frantsvåg, J.E.; Strømme, T.E. Few Open Access Journals are Plan S Compliant. Preprints 2019, 2019010165 (doi: 10.20944/preprints201901.0165.v3).

[Photo by Benjamin Davies on Unsplash]

Prêt d’objets audiovisuels en BU

En début de semaine avait lieu la « Journée du SCD », grand-messe annuelle ou l’on fait le bilan de l’année précédente et la revue des projets en cours ou à venir le matin, et ou l’on peut participer à des ateliers animés par des collègues l’après-midi. Cette année, j’ai suivi un atelier proposé par les collègues du département Sciences (E. Allemand, JP Bouvet-Maréchal et C. Péron), intitulé « Prêt d’objets en BU et réalisation de vidéos » ; c’était inhabituel et intéressant. Et pour une fois que je parle de ce qui se passe dans mon SCD…
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Nous avons commencé par un jeu : « Le juste prix/Le juste prêt ! » 😉 ; il s’agissait pour les participants de deviner le prix de chaque appareil, et le nombre de prêts enregistrés pour l’année 2018. Une façon ludique de présenter l’offre de matériels audio-visuels dans les BU de sciences, ainsi que les enjeux matériels et financiers de ce type de dispositif.
Cette offre s’est construite suite à la mise en place du prêt d’ordinateurs portables lancée à la fin des années 2000, projet piloté par le service TICE de l’époque, et dont le SCD a été partie prenante dès le démarrage, parce que, si il y a bien une chose que nous savons (bien) faire en BU, c’est prêter des choses !
Avec l’évolution du taux d’équipement des étudiants, la baisse des coûts et l’essor des nouveaux modes et outils de consultation, le prêt d’ordinateur a cédé la place au prêt d’autres types de matériels : des camescopes numériques, des tablettes, des vidéoprojecteurs, des liseuses, des souris/claviers sans fil, des calculatrices, des casques, des caméra go-pro, des casques anti-bruit… (voir la liste). L’offre s’adapte aux besoins des étudiants (qui n’ont droit qu’à un certain type de calculatrices aux examens par exemple), et des enseignants, qui demandent de plus en plus à leurs étudiants des rendus sous forme vidéo. Pas besoins de budgets extravagants pour se lancer cependant, on peut tout à fait commencer par proposer une offre de base, avec du matériel pas trop onéreux, puis aller vers une offre « premium », plus sophistiquée.
audiovisuel
L’organisation d’une offre de matériels audiovisuels est une activité collaborative : les achats sont faits avec le service audiovisuel de l’université, qui apporte son expertise technique sur la qualité des matériels, ce qui permet de proposer du matériel solide pour un usage intensif. Les appareils les + prêtés sont les casques audio (1578 prêts en 2018), les calculatrices (791), les casques anti-bruit (434). Les liseuses sont peu prêtées (contrairement aux tablettes), ce qui est sans doute lié à l’offre de contenus (uniquement des oeuvres du domaine public), et surtout à des bibliothécaires…
Côté sécurité, les bibliothécaires comptent sur la prudence de leurs usagers : aucune caution n’est demandée, par contre une signalétique à l’intérieur de chaque sac de matériel prêté en rappelle les conditions d’usage et la valeur de remplacement. Ils constatent peu de casse, mais plutôt parfois des retards dans le retour des prêts (7 jdavours pour tous les matériels ou sur place pour les casques anti-bruit). A noter : il faut prévoir dans l’achat la partie consommables pour une utilisation optimale (des cartes SD notamment).
Nous avons également abordé un usage de ces matériels en lien avec la valorisation des collections : depuis quelques temps, le compte Twitter @biblio_amu met en avant des ouvrages des BU sous forme de capsules vidéo, en complément du travail de valorisation des fonds et des services fait sur les pages Facebook et les comptes Twitter des 5 départements documentaires du SCD. Chaque bibliothécaire a toute latitude sur la réalisation de sa vidéo, qui peut être artisanale ou plus élaborée. Les collègues aimeraient organiser, à terme, un espace dédié, avec du matériel pré-réglé pour une captation de qualité. Nous n’avons pas eu suffisamment de temps pour passer à la pratique, mais les bibliothécaires nous ont donné quelques conseils et outils pour ceux qui souhaitent s’y mettre :
– Un logiciel de prompteur : http://www.freeteleprompter.org/
– Un outil pour insérer des titres, entre autres : https://clipchamp.com/fr/
Nous n’en sommes pas au même niveau que certaines bibliothèques américaines, qui prêtent d’autres types de choses, comme des moules à gâteaux, des outils ou des tensiomètres, ou s’équipent de cinémas ou de véritables studios d’enregistrement ; n’empêche, une offre qui s’adapte aux besoins de ses usagers, même en dehors des champs d’intervention ‘traditionnels’ des BU, c’est plutôt encourageant.
[Merci à Emmanuelle, Caroline et Jean-Philippe de m’avoir permis de partager cette expérience]

Trouver des contenus en OA chez Taylor & Francis

ChosenLogo_V02Taylor & Francis est un éditeur pluridisciplinaire anglais, racheté par le groupe Informa il y a quelques années. Son portefeuille comporte plus de 160 revues en open access gold ; l’éditeur propose également un option hybride, Open Select, disponible pour 2500 revues. Pas de liste des APC par revue, mais un « Article Publishing Charges finder » qui indique le coût des APC pour chaque revue. La partie du site consacrée à l’open access est plutôt claire et détaillée.

En recherche standard comme en recherche avancée, aucune fonctionnalité ne permet de restreindre la recherche aux seuls contenus en open access. Il est possible d’affiner les résultats de recherche avec une option  » Only show content I have full access to« , qui ne limite pas aux contenus en OA, et inclut donc les articles en accès libre proposés à la discrétion de l’éditeur (le fameux « bronze OA« ) ; cette option n’apparaît qu’une fois qu’on a lancé une recherche, elle n’est pas proposée par défaut.

Les résultats indiquent, pour chaque item, leur statut OA ou Free au moyen d’un logo qui figure sur la liste des résultats et sur la notice de l’article. Dans l’onglet @licensing on trouve la mention de copyright ou la licence CC appliquée.

Quand on est sur la page d’une revue, il est possible d’afficher, dans la partie « Explore », sous la table des matières du numéro en cours, une sélection d’articles en OA dans un onglet spécifique, à côté des articles les plus cités et des plus lus.

A noter, T&F dispose d’une filiale dédiée à la publication de mégarevues, Cogent OA, qui propose une variante du modèle APC, le modèle Freedom APC : les auteurs sans financement peuvent définir le montant de l’APC qu’ils sont prêts à verser, moyennant un minimum tout de même. Les autres sont invités à payer l’APC standard de 1350$. Le site dispose de son propre moteur de recherche, indépendant de celui de T&F.

En résumé, une plateforme qui facilite plutôt l’accès aux publications en open access.

 

De l’importance des workflows pour les accords OA

6014917153_7ba8d142c7_o_dLes bibliothécaires de l’Université de Vienne, en Autriche, ont publié une analyse fort intéressante des différents contrats qu’ils ont négociés avec les éditeurs contenant une dimension « open access » ; plus précisément, ils se sont attachés à décrire les différents workflows à l’oeuvre pour couvrir le cycle complet de la diffusion en OA, de la soumission de l’auteur aux modalités de paiement et/ou de suivi de la dépense d’APC. Voici ce que l’on peut en retenir :
L’université de Vienne est une grosse université (90 000 étudiants), qui a passé des accords comportant un volet OA pour 14 ressources. On distingue 4 types d’accords :

  • Les « Read and publish » : ils fonctionnent sur le même principe que les big deals pour les ressources sur abonnement, avec un forfait négocié pour couvrir les APC des articles publiés par les auteurs de l’établissement.
  • Les accords de compensation (« offsetting agreements ») : soit la dépense d’APC est déduite de la dépense d’abonnement, soit la dépense d’abonnement ouvre droit à une importante remise sur les coûts des APC.
  • Les accords avec des éditeurs OA Gold payant : l’adhésion institutionnelle donne droit à une remise sur les APC, ou permet de mettre en place un système de pré-paiement.
  • Les autres accords : l’institution soutient financièrement une initiative, sur le modèle de SCOAP3 ou OLH.

Ce qui saute immédiatement aux yeux, c’est la diversités des modes de fonctionnement de chaque accord : certains éditeurs ont une interface claire et des consignes compréhensibles pour les auteurs, d’autres perdent ces derniers avec des désignations inhabituelles de leur institution de rattachement. La mention du fait que les APC sont pris en charge par l’institution est plus ou moins visible selon les plateformes. Certains éditeurs envoient une seule facture, d’autres de multiples factures, et acceptent ou pas de les envoyer à l’institution et pas directement au chercheur. Des accords portent sur tous les types de documents ou de revues, d’autres ne concernent que les articles de recherche ou les revues hybrides.

Même pour un bibliothécaire c’est compliqué !

Dans ces conditions, la principale difficulté est de communiquer toutes ces subtilités aux enseignants-chercheurs : malgré les différentes activités de sensibilisation et de promotion, informer tous les chercheurs de l’établissement sur les différentes possibilités qui s’offrent à eux relève de la mission impossible ; et pourtant le site web d’information sur l’open access monté par la BU est plutôt bien fait.

L’identification correcte des enseignants-chercheurs, permettant de vérifier leur éligibilité aux bénéfices de l’accord est également une étape cruciale : les bibliothécaires constatent que lorsque les éditeurs mettent des moyens humains pour faciliter cette identification, le système est bien plus efficace, et le taux d’articles diffusés en OA grimpe, alors qu’il stagne, voire décline, quand ce n’est pas le cas. Malheureusement un seul des éditeurs avec lesquels traitent les collègues viennois a mis suffisamment de moyens…

A celà s’ajoutent la mauvaise qualité des métadonnées et les modes de facturation variés, qui complexifient le travail de suivi et la traçabilité des dépenses, malgré les mandats des financeurs de la recherche.

Pour les bibliothécaires, la question des workflows doit être intégrée très tôt dans la négociation avec les éditeurs :

Nous avons appris à nos dépens que, pour qu’un accord aboutisse, les workflows doivent occuper une place centrale et que des discussions doivent être engagées dès les premières étapes des négociations. Il s’est avéré essentiel d’établir une communication directe non seulement avec l’équipe commerciale de l’éditeur, mais aussi avec le personnel responsable des workflows d’OA. Idéalement, une démonstration en direct devrait être organisée, au cours de laquelle le personnel compétent de l’université, comme les chercheurs et le personnel du service en charge de l’open access, peut tester sur le terrain chacune des étapes que les auteurs correspondants devront franchir au fur et à mesure du processus de publication. A défaut, l’éditeur pourrait fournir des captures d’écran détaillées du processus. Quoi qu’il en soit, ce serait l’occasion d’attirer l’attention sur les problèmes potentiels et d’envisager des solutions pour y remédier.

Ils concluent qu’il y a une vraie refonte des modes de fonctionnement à imaginer, et que ce sont essentiellement les pratiques des éditeurs qui doivent évoluer :

Les accords de publication en open access ont le pouvoir de faire augmenter considérablement la proportion de publications en OA produites par les institutions,  et de contribuer ainsi à la transition vers l’OA. Toutefois, le succès de ce type de projet dépend en grande partie de la conception et de la mise en œuvre judicieuses des workflows. Bien que tous les acteurs concernés aient un rôle important à jouer dans ce contexte, la responsabilité principale incombe aux éditeurs, qui doivent repenser les flux de travail existants et intégrer la publication en open access dans leurs systèmes. Essayer de construire un workflow de la publication en OA juste en adaptant les méthodes actuelles de gestion des abonnements ne donnera pas de résultats satisfaisants.

Source : Pinhasi, R., Blechl, G., Kromp, B., & Schubert, B. (2018). The weakest link – workflows in open access agreements: the experience of the Vienna University Library and recommendations for future negotiations. Insights, 31, 27. DOI: http://doi.org/10.1629/uksg.419
[Photo : atoach]

Le (bon) plan S

38028099792_44acda4c73_oScience Europe vient d’annoncer le lancement de la « Coalition S« , un accord signé par 11 organismes financeurs de la recherche en Europe, dont l’ANR. Et c’est l’occasion d’en apprendre un peu plus sur le fameux Plan S élaboré par le chargé de mission pour l’open access de la Commission Européenne, Robert-Jan Smits (RJS). En effet, cette coalition s’engage sur l’objectif principal du Plan S, à savoir l’obligation de diffusion en accès ouvert, à compter du 01/01/2020, de toute la littérature de recherche financée par des fonds publics ; la diffusion pouvant se faire soit dans des revues en open access, soit sur des archives ouvertes.

Le Plan S se décline en 10 points (je résume) :

  • Les auteurs conservent leurs droits et diffusent leurs travaux sous une licence ouverte
  • Les financeurs vont définir des critères et un haut niveau de service pour qualifier les revues OA et les plateformes d’archives ouvertes labellisés
  • Les financeurs soutiendront la création de revues et de plateformes si besoin ; ils soutiendront également les infrastructures de l’open access
  • Les APC seront payés par les financeurs ou par les institutions (et pas par les individus)
  • Les APC seront standardisés et plafonnés au niveau européen
  • Les universités, organismes de recherche et BU devront aligner leurs politiques et leurs stratégies en la matière
  • Tous les produits de la recherche sont concernés par cette politique, même les ouvrages, bien que pour ceux-ci une tolérance soit accordée  au niveau du délai de mise en place
  • Le rôle des archives ouvertes pour la conservation à long terme des productions de recherche et pour l’innovation éditoriale est réaffirmé
  • Exit les hybrides : le modèle hybride n’est pas compatible avec les objectifs du plan S
  • Les financeurs feront une suivi du respect de ces règles et sanctionneront les manquements

Evidemment, les éditeurs ne voient pas ce plan d’un bon oeil : le refus des hybrides signerait la fin de la liberté académique du chercheur et freinerait la transition vers l’open access, le plan « saperait le travail de validation effectué par les revues de qualité » et ne serait « pas soutenable pour les revues du groupe Science », selon un porte-parole de l’éditeur.

PS : Pour quoi un plan « S » ? C’est « S » pour « Science, Speed, Solution, Shock », selon RJS.

Sources :
European science funders ban grantees from publishing in paywalled journals
Radical open access plan could spell end to journal subscriptions

Conclusions du 3ème workshop ESAC

461240381_4a57e4f032_oESAC (Efficiency and Standards for Article Charges) est une initiative qui a pour objectif de suivre les évolutions des frais de publication des articles dans les revues scientifiques, de recenser les bonnes pratiques et faire des recommandations sur la gestion des APC et les workflows associés.
Fin juin s’est tenu le 3ème Workshop du projet, le rapport qui en est issu est en ligne, je vous en résume/traduis les grandes lignes :
A propos de l’évaluation de la valeur et les facteurs déterminant le coût :

  • Il faut différentier dans les analyses les différents modèles d’APC, le fait qu’on parle de gold ou d’hybride ou d’accords de compensation (« offsetting agreements ») change la perspective.
  • Le coût des APC hybrides est nettement plus élevé que celui des APC des revues gold, c’est un fait désormais établi.
  • Le coût des APC dans le cadre d’un accord de compensation est du niveau de celui des APC hybrides, mais il est à envisager dans le contexte global de l’accord, ie en prenant en compte les économies éventuelles réalisées sur le double dipping.
  • Les indicateurs tels que le SNIP ou le facteur d’impact ne sont pas les seuls critères pour définir le coût des APC : la discipline, l’éditeur ou le modèle économique jouent également un rôle.
  • Les APC des revues gold reflètent de manière plus cohérente les coûts de production et de services dans leurs prix, alors que les APC hybrides traduisent plutôt le niveau de revenu actuel et les marges bénéficiaires de l’activité d’abonnement des éditeurs. Il ne s’agit donc plus d’un argument valable en faveur d’une hausse des prix des APC.
  • Les niveaux de prix médians sont les principaux moteurs de l’évolution globale des coûts. Sont donc à surveiller les prix des revues très fréquentées et les portefeuilles de revues qui englobent la plus grande partie de la production scientifique.

A propos du suivi des coûts :
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  • Nécessité de l’indépendance de la collecte et de l’analyse des données sur les APC. La transparence obtenue grâce à des initiatives telles que OpenAPC permet à la communauté de discuter des coûts des APC sur la base de données probantes.
  • Nécessité pour les différents acteurs institutionnels ou individuels actifs sur le sujet de se coordonner pour maximiser l’impact de leurs efforts.
  • Les institutions et les consortiums de bibliothèques doivent maintenant mettre en place des actions concrètes, utilisant ces nouvelles données comme un atout, pour faire passer les négociations avec les éditeurs à un autre niveau, et arriver à un système de publication équitable, durable et en accès complètement ouvert.

A propos du risque d’augmentation des coûts globaux de l’édition scientifique à cause de l’OA hybride :

  • La stratégie d’intégration de l’open access et des coûts relatifs dans le contrat de licence d’abonnement des institutions permet d’exercer un suivi des coûts pour contenir les dépenses en double et de travailler à convertir officiellement les dépenses d’abonnement en soutien à la publication en accès ouvert. Les accords de compensation doivent être négociés comme des mesures transitoires, avec l’objectif clair d’arriver rapidement à la conversion vers l’accès ouvert complet.

A propos du risque de voir les éditeurs traditionnels dominer le marché de l’édition scientifique et imposer leurs coûts d’APC sur la base de leurs marques éditoriales :

  • Le modèle économique basé sur les APC pour la publication en accès ouvert est une nette amélioration par rapport au marché actuel des abonnements, en ce sens que les coûts des APC sont transparents et, par conséquent, soumis à un niveau de contrôle qui fait totalement défaut sur le marché opaque des abonnements. Néanmoins, afin de soutenir l’évolution d’un marché plus efficace et plus diversifié, les institutions devraient éviter deux écueils du modèle des abonnements :4418249517_a83f1e5f4d_o.jpg
    • L’augmentation des prix obligatoire : quand on compare les coûts par article du système actuel d’abonnements (entre 3800 et 5000 euros)[1] avec les coûts moyens d’APC (autour de 2000 euros), on voit bien qu’il y a déjà assez d’argent dans le système pour soutenir une transition vers un accès ouvert ; les augmentations ne sont pas justifiées.
    • L’usage des indicateurs : évaluer le coût des APC en fonction d’indicateurs comme le SNIP et JIF n’est pas pertinent, car ceux-ci sont limités en termes de transparence et d’applicabilité au niveau de l’article, et ne servent qu’à renforcer le pouvoir des revues et des marques d’éditeur. Et puis ce sont les APC médians qui ont la plus grande influence sur l’évolution globale des coûts du marché, dont pas vraiment ceux des revues à fort facteur d’impact.
  • Par ailleurs, n’oublions pas la bibliodiversité : les modèles de publication coopératifs et sans APC ont besoin d’être soutenus. Un transfert des budgets et des économies réalisées vers de nouveaux modèles permet de stimuler la concurrence et l’innovation sur le marché de l’édition scientifique.

Pour finir, à propos du risque d’augmentation des coûts pour les établissements de recherche intensive :

  • Chaque institution est susceptible d’être confrontée à ce problème pour certains éditeurs dont les coûts de publication dépasseront les anciens coûts d’abonnement. Toutefois, comme on l’a vu plus haut, il y a suffisamment d’argent dans le système : il faut trouver un moyen de réaffecter les coûts. Des solutions sont à travailler au niveau des  consortiums, par exemple en introduisant des mécanismes de compensation internes et des fonds de solidarité, le cas échéant.

[1] Disrupting the subscription journals’ business model for the necessary large-scale transformation to open access : le rapport de la Max-Planck-Gesellschaft sur les coûts de la transition vers l’open access.

[Photos : Daniel hoherd, Laura Thorne, Kirstie Warner]


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