Le marché du mardi n°48

Comme ça fait très très longtemps que je n’ai pas fait de marché, certains items risquent d’être un peu datés, tant pis !

9255775520_2101d29187_mRecherche stuff
- L’European research council, la crème de la recherche européenne, est le premier organisme de financement de la recherche européen à participer au financement d’arXiv (il finance déjà une partie de PubMedCentral Europe).
- Lazy Scholar, une extension Chrome qui va vérifier la disponibilité des articles sur Google Scholar
- Academic torrents, comme son nom l’indique, propose de l’espace pour stocker et partager de la donnée scientifique
- Récente découverte pour moi, la série "Keeping up with…" proposée par l’ACRL aborde tous les mois un thème dans l’air du temps, sous une forme synthétique qui ne pourra que plaire aux décideurs : introduction, problématiques et enjeux, conclusion. Les thèmes depuis janvier : Altmetrics, Réalité augmentée, MOOCs. A rapprocher de la série "7 things you should know about" d’Educause ; bon sang mais pourquoi personne ne produit ce genre de synthèses ici ? Ah oui, il y a bien les fiches pratiques de l’Enssib, que peu de gens connaissent, et qui sont, pour près de la moitié, consacrées à la conservation des fonds patrimoniaux…
- Tiens, voilà quelquechose qui pourrait s’approcher d’une fiche de veille : Les mégarevues, par le blog sur le libre accès de l’Inist
- Intéressante initiative chez Opening Science, avec la publication d’un guide "évolutif" sur l’impact d’internet sur la recherche et l’édition scientifique ("Opening Science: The Evolving Guide on How the Internet is Changing Research, Collaboration and Scholarly Publishing") : on peut accéder à la version éditable, acheter la version papier ou bien lire une version stabilisée chez Springer.

Pédago stuff
9252985215_233665e9f4_m- J’en ai déjà parlé, la collection s’étoffe : Open Stax propose désormais une dizaine de manuels en open access, en pdf ou en epub.
- Sans doute des idées à prendre dans le student guide to social media mis au point par les universités de Leeds, Manchester et York.
- Un truc (simple) pour faire un pdf unique à partir de plusieurs pdf, sur Mac.

Biblio stuff
- L’association of research libraries (ARL) a une chaîne sur Youtube ; on peut y retrouver la série de webcasts du projet Libvalue.

[Photos : Saint Rémy de Provence Tourisme]

OA hybride : difficile d’en avoir pour son argent

3205861278_77d3081dab_mLe Wellcome Trust a diffusé ces jours-ci la liste des articles en Open Access qu’il a financés en 2012/2013. Facile ainsi d’aller vérifier si lesdits articles sont bien accessibles librement, de préférence avec la mention de la licence qui va bien : les données ont ainsi pu être récupérées puis améliorées (correction du nom des éditeurs dans la liste, par exemple), pour permettre de produire des graphiques et autres tableaux montrant clairement la répartition des dépenses et les coûts des APC versés ; c’est ce qu’a fait notamment Ernesto Priego, qui explique sa démarche dans Quick insights from the Wellcome Trust paid APC 2012/13 dataset.
Les résultats d’Ernesto et d’autres observateurs sont pour le moins mitigés : si une grande partie des articles est bien accessible sans abonnement aux plateformes, on constate des pratiques de signalement hétérogènes :
- La licence n’est pas mentionnée, et remplacée par un "All rights reserved" chez Elsevier, ou, pire, le lecteur est renvoyé vers le formulaire de demande d’autorisation payante : l’éditeur vient de se fendre d’un communiqué à ce sujet, expliquant que leur service technique est en train de mettre à jour ses multiples bases de données pour rectifier le tir d’ici à l’été 2014. C’est la moindre des chose puisqu’il s’avère que l’éditeur a ainsi revendu une douzaine d’articles en OA à une cinquantaine de clients redirigés vers ce fameux formulaire… Peter Murray-Rust râle, à raison : ça fait déjà 2 ans qu’il a signalé le problème ; de la part d’une multinationale de cette taille, on pourrait effectivement s’attendre a un peu plus de réactivité.
- La mention de licence est erronée chez Wiley : elle dit qu’aucune exploitation commerciale n’est autorisée pour des articles pourtant sous licence CC-BY… On peut s’étonner, là aussi, que de grosses sociétés de ce type, avec quand même des moyens, puissent commettre des erreurs si grossières : ce n’est quand même pas compliqué de copier-coller le descriptif des licences depuis le site de Creative Commons, non ?
Plus inquiétant, il semble que l’article avec l’APC le plus élevé (6000£) ait été publié dans une revue qui n’est plus en ligne…

Du coup on peut s’interroger :
- Comment faire respecter les droits des auteurs et des financeurs dans la jungle des revues hybrides ? Il me semble, là comme ça à vue de nez, que les bibliothécaires seraient bien placés pour contrôler l’accessibilité et le respect des licences de diffusion de la production de leurs établissements : ils maîtrisent les outils de repérage des publications type WoS, les plateformes d’accès, et connaissent les licences.
- Est-ce que ces constats, répétés, ne sont pas la preuve que ce modèle n’est bon que pour les éditeurs traditionnels, auxquels il apporte un revenu supplémentaire sans aucun investissement ? Du coup, est-ce que les établissements ne devraient pas refuser de financer les publications dans les revues hybrides, et inciter plutôt au dépôt dans les archives ouvertes ?

Photo : TheoJunior

Gare aux chiffres !

WTF? - Francis Mariani - CC BY-NC-SAJ’ai lu dernièrement ici et :
- "… Elsevier a parfaitement compris une chose : c’est que si l’existence de ses revues importe tant, malgré tout, aux communautés scientifiques, ce n’est pas tant qu’il est pour elles crucial de lire les articles qu’elles contiennent (on en trouve la plupart sans problème en open access sur la Toile)."
- "Actuellement, plus de 1 500 revues d’Elsevier sont au moins partiellement en « libre accès »…"
Et là je me dis : zut, j’ai raté un épisode ou quoi ?
Aux dernières nouvelles, les articles publiés dans les revues hybrides (ces revues sur abonnement dans lesquelles il est possible, moyennant finances, de publier des articles en accès ouvert), notamment chez Elsevier, se comptent sur les doigts de quelques mains : 1014 articles en 2011, selon cette étude de Björk et Solomon sur les revues hybrides.
"2011, ça date, les choses ont changé" me direz-vous ?
OK. Voici les chiffres que nous donne Science Direct pour les 8 titres les plus consultés par les membres de Couperin en 2012 (+ de 100 000 téléchargements) :

  • The Lancet : 451 043 articles, 302 en OA (0.06%)
  • Archives de pédiatrie : 11 756, pas d’article en OA
  • La revue de médecine interne : 18 803, 3 articles en OA (0.015%)
  • Tetrahedron letters : 93 149, 61 articles en OA (0.06%)
  • Annales françaises d’anesthésie et de réanimation : 10 244, 2 articles en OA (0.01%)
  • Tetrahedron : 46975, 26 articles en OA (0.05%)

Imaginons que les choses aient encore changé en 2013, et qu’on arrive à 1% d’articles en OA : nous serions encore bien loin d’un large accès aux contenus d’Elsevier. Il me semble utile de le repréciser.

Chorus et Share

5009661582_7c08e91ebd_mL’annonce faite en février dernier par la Maison Blanche requérant la mise en accès ouvert des résultats de la recherche financée sur fonds publics invitait les agences gouvernementales concernées à mettre en place des outils pour assurer le stockage et la diffusion de ces données. Deux réponses ont émergé pour faire face à cette exigence, l’une émanant des éditeurs commerciaux, Chorus, l’autre étant soutenue par les bibliothèques, Share.

Chorus : on s’occupe de tout
L’argument principal des tenants de Chorus, c’est, believe it or not, de faire faire des économies au gouvernement américain. Les éditeurs s’engagent en effet à monter à leurs frais un portail d’accès aux articles en OA hébergés sur leurs plateformes. Les données sur le financement seraient mises à jour grâce à l’outil FundRef, déclinaison spécifique du système CrossRef pour l’identification et le signalement des publications (c’est CrossRef qui attribue les DOI aux articles). Du coup, plus besoin pour les autorités de maintenir des outils comme PubMedCentral, l’archive ouverte financée par les NIH.
Sauf que…
- Les éditeurs ne savent pas signaler correctement les articles en OA dans leur propres bases (voir mes essais précédents, par exemple).
- Ce n’est d’ailleurs pas dans leur intérêt : c’est même plutôt le contraire. Faire en sorte que ce soit la croix et la bannière pour trouver un article en OA, ou qu’au final la consultation se fasse en mode dégradé (sans possibilité de télécharger ou d’imprimer, par exemple), bref que l’expérience utilisateur soit bien meilleure sur les interfaces payantes, c’est aussi une stratégie de protection du patrimoine des éditeurs.
- Ce sont les agences qui ont les données les plus précises, les plus exhaustives et surtout les plus justes sur les financements, pas les éditeurs : le temps que FundRef soit réellement exploitable risque d’être assez long, ce qui risque de ralentir encore la mise en accès public des contenus.

Share : entrez, c’est ouvert
Ce que proposent les associations de bibliothèques et d’universités à l’initiative de Share (ARL, AAUL, APLU), c’est de s’appuyer sur le réseau des archives ouvertes existantes, qui serait en quelque sorte moissonné pour permettre une recherche fédérée. La plupart des archives ouvertes utilisant des logiciels open source et des protocoles libres, il ne devrait pas y avoir de problèmes d’interopérabilité. L’ARL a obtenu une subvention de 50 000$ de la Sloan Foundation , qui doit permettre de concevoir une feuille de route pour la mise en place du projet.
Fiche d’informations de l’ARL sur SHARE
Le draft du projet SHARE
Pour l’instant on ne sait pas lequel des 2 projets sera choisi : les projets ont bien été présentés dans le délai de 6 mois imposé par l’OSTP, mais on ne sait pas quand les agences se prononceront.

[Photo : Opensourceway]

De bonnes bases

3199154697_4b7fbde665Après avoir dénoncé publiquement les pratiques commerciales de certains éditeurs  (ACS l’an dernier, Sage ces dernières semaines), la directrice des bibliothèques du campus de Potsdam à New-York, Jenica Rogers, propose, dans l’optique de reprendre les relations avec les éditeurs sur de bonnes bases, une liste de principes élaborée avec ses bibliothécaires :
- Abandon des modèles tarifaires basés sur l’imprimés : l’électronique a sa propre valeur ajoutée, qui ne dépend en rien de choix faits précédemment pour le support papier.
- Fin des contrats pluri-annuels : tous les établissements d’enseignement supérieur étant touchés par des réductions drastiques de budget, il est préférable de garder une certaine souplesse financière pour  coller les achats de documentation numérique aux cursus.
- Refus de l’ajout automatique de contenus dans les bouquets : cela conduit à une augmentation mécanique des coûts, et à la perte de la maîtrise de la politique documentaire – une politique d’opt-in est préférable pour les nouveaux contenus.
- Evolution des big deals vers un modèle plus à la carte : pouvoir construire son propre bouquet, mixer des revues de niveau différent pour répondre aux attentes des publics.
- Plus de transparence dans la tarification, et moins de gaspillage de temps de travail : les négociations locales font perdre du temps aux éditeurs comme aux bibliothécaires.

Source : Attempting positivity by J. Rogers sur son blog.

[Photo : Jon Mc Govern]

Mon 1er MOOC

8424296306_5c76740088_nJe participe, depuis plusieurs semaines maintenant, avec Gaël et Thomas, au mooc sur les bibliothèques intitulé "The hyperlinked library mooc", mis en place par la San Jose State University. D’une durée totale de 12 semaines, ce mooc a pour objectif de permettre aux participants d’explorer toutes les facettes de la bibliothèque "connectée" : ouverture sur et interactions avec la communauté, transparence et vie privée, expérience utilisateur, outils et services mobiles… Pourquoi avoir choisi ce mooc ? Parce que les thématiques m’intéressent tout en me sortant un peu de mes sujets de prédilection habituels, et aussi parce que je suis fan du travail de Michaël Stephens, le bibliothécaire organisateur principal du mooc, depuis longtemps. S’ajoute à cela le fait d’avoir à rédiger en anglais : un vrai défi que de repasser de la version au thème, de s’exprimer intelligiblement à côté d’anglophones des 4 coins de la planète. Voici un premier retour au bout de 8 semaines.

Comment ça marche ?
Chaque semaine, les organisateurs postent  le cours principal (une vidéo d’une trentaine de minutes), une intervention extérieure (également en vidéo), ainsi que des liens vers les lectures et vidéos recommandées sur la thématique de la semaine. Ce n’est pas une formation diplômante, mais il est possible d’obtenir un certificat de participation sous certaines conditions : rendre au moins 3 des 6 devoirs proposés, participer activement à la formation (chaque participant peut ouvrir son propre blog), contribuer au symposium final.
Un des griefs contre les moocs est que ce serait la fin des enseignants : après en avoir suivi un, je penche pour le contraire. L’organisation, le montage des cours, l’animation de la communauté des participants, tout ça me semble demander pas mal de travail, et cela ne saurait reposer sur une poignée d’enseignants. C’est plutôt d’une évolution de l’enseignement, qui demande une certaine remise en question du métier, qu’il s’agit, amha.
Les 2 organisateurs sont des bibliothécaires, enseignants dans l’école de sciences de l’information et des bibliothèques de l’université, ils assurent les cours et le suivi des participants. Ils s’appuient sur une douzaine d’étudiants (qui suivent un master SIB en présentiel) pour animer les groupes de participants au mooc : une trentaine de participants par animateur, parce que oui, nous sommes un peu moins de 400 !
Techniquement, le système repose sur une plateforme WordPress à laquelle ont été ajoutés des modules pour le partage des activités, la gestion du suivi, les badges. La plupart des vidéos sont diffusées via Panopto, un système qui permet d’afficher simultanément la vidéo, les slides et une transcription.

8573233746_08c7cfc967_nLes points positifs
- La qualité des interventions : Des professionnels de tous horizons, lecture publique comme BU, ayant mené des projets innovants, développé une réflexion sur leurs pratiques, ayant une vision prospective sur leur métier. Ils sont là pour apporter leur expérience, leur pratique, et se montrent très ouverts aux échanges avec les participants.
- L’enthousiasme des organisateurs : On a vraiment l’impression de faire le plus beau métier du monde quand on entend tous les intervenants parler de ce qu’ils font, de comment ils voient les choses ; c’est un réel contraste avec la vision que de nombreux bibliothécaires ont de leur métier ici.
- Les échanges entre participants : Pas évident de suivre tous les blogs des 365 participants, heureusement, les organisateurs mettent en avant des billets intéressants dans les résumés hebdomadaires, libre à chacun ensuite d’aller les commenter ou de rebondir dans un nouveau billet.
- Les badges : Ils sont là pour valider certaines étapes du parcours, mais aussi pour inciter à être actif sur la plateforme – et, par extension, dans sa formation. Et ça marche !

Quelques difficultés rencontrées
- L’investissement en temps : suivre les cours, rédiger des billets, commenter les billets des autres, faire les devoirs, ça demande un minimum d’organisation. Les organisateurs prévoient entre 8 et 10h de travail personnel par semaine, c’est quasiment mission impossible selon les semaines, surtout quand on travaille à temps plein par ailleurs. Le système est cependant suffisamment souple pour permettre de raccrocher les wagons d’une semaine sur l’autre, et les deadlines sont flexibles : l’objectif est vraiment de participer, quel que soit son rythme.
- Le décalage avec la vraie vie : voir ce qui se fait (sans peine) ailleurs, pouvoir discuter d’égal à égal avec des porteurs de projets, lancer des collaborations avec des collègues du bout du monde, c’est, au bas mot, très stimulant. Revenir à son quotidien en BU en France ensuite, c’est quelque peu frustrant.

En conclusion
Je ne me hasarderai pas à généraliser sur l’intérêt – ou pas – des moocs. Je suis très satisfaite de ce mooc là, c’est sûr. Et, forte de cette première expérience positive, je pense que je retenterai l’expérience dans quelques mois, avec un mooc francophone cette fois, et donc sans doute sur un sujet non bibliothéco-centré (parce que ça ne court pas les rues pour le moment, les mooc bibliothéconomiques en français – hello, les urfist, les crfcb ? #jdcjdr). J’essayerai aussi, si possible de trouver un mooc coïncidant avec une période moins chargée au niveau professionnel.
[Photos : sarah_g, audreywaters]

Liber 2013

Mairie de Münich (neues Rathaus)J’ai eu l’opportunité, dans le cadre de mon stage chez Openedition, d’assister fin juin au congrès annuel de Liber à Münich, dont le thème était cette année : "Research information infrastructures and the future role of libraries". Le programme et les supports des interventions sont en ligne sur le site du congrès, inutile donc de tenter un compte-rendu exhaustif de ces 3 jours, d’autant qu’il n’était pas possible d’assister à tous les ateliers ; voici juste quelques aperçus.

Open access
Même si la route est encore longue, la marche vers l’Open Access continue ; le rapport Finch et les prises de position multiples qui s’en sont suivies amènent le secteur éditorial à évoluer. Plusieurs initiatives ont été présentées, concernant essentiellement les SHS :
- Openedition, qu’on ne présente plus, en France en tout cas : Ses presque 400 revues, ses 600 carnets de recherche, ses 20000 annonces d’événements, ses bientôt 1000 livres… et ses 3 millions de visites par mois en provenance de tous les pays, preuve s’il en était que les SHS suscitent l’intérêt au delà du monde académique francophone.
- Social Sciences directory : L’idée qui sous-tend ce projet récent de publication, c’est de garder les bons côtés de l’édition scientifique traditionnelle (le contrôle de la qualité, l’indépendance éditoriale, la structuration des articles…) et de leur ajouter les bénéfices de l’édition numérique (pagination illimitée, réduction des délais de publication, liens vers des données additionnelles…). Côté modèle économique c’est du Gold auteur-payeur, l’institution paye des frais de publication (Article Processing Charges, APCs) annuels pour ses chercheurs, ou bien ceux-ci payent des APCs à l’article. La différence avec les autres offres éditoriales de ce type, c’est la volonté affichée d’arriver à un modèle durable sur le long terme, donc avec des coûts a priori plus bas que ceux généralement constatés : on est à 150$ par article, au lieu de 3000$. Jusqu’ici 3 numéros sont parus, soit 9 articles, et une version pour les humanités est déjà prévue.
- Directory of OA Books : Calqué sur le modèle du DOAJ, le DOAB vise à améliorer la visibilité des livres en open access, en mettant l’accent sur la qualité des contenus publiés, qui doivent obéir à des critères académiques de validation (peer review). Il est maintenu par l’OAPEN Foundation, un projet de développement de l’édition de livres en open access financé par l’Union Européenne, qui rassemble des presses universitaires d’Europe (surtout) du nord.
- Knowledge Unlatched : Un projet plutôt intéressant, qui propose de faire financer la publication d’ouvrages en libre accès par les bibliothèques : elles partagent les coûts fixes de publication (sélection, peer review, relecture…) – sachant qu’il faut compter dans les 10 000 à 15 000 $ en moyenne pour un ouvrage universitaire – et les contenus sont ensuite accessibles librement par tous. Les éditeurs restent libres de vendre des versions imprimées ou dans d’autres formats électroniques. Une commission est chargée de choisir les titres sélectionnés par les bibliothèques membres du consortium en cours de constitution parmi les titres proposés par les éditeurs partenaires du projet ; il s’agit pour l’instant uniquement  de livres à paraître, mais il n’est pas exclut que le projet s’intéresse ultérieurement à des ouvrages déjà parus (et donc déjà amortis). Le succès de l’opération réside dans la participation d’un grand nombre de bibliothèques, pour faire diminuer la contribution de chacun. C’est là le vrai challenge : les bibliothèques sont-elles prêtes à faire ce type d’investissement ? (et en ont-elles les moyens ?)
- MedOAnet : Dans le cadre de ce projet européen de suivi des stratégies et politiques en faveur de l’Open Access dans les pays de l’Europe méditerranéenne a été menée une étude auprès des éditeurs (publics et privés), afin d’avoir une vue de leur politique vis à vis de l’open access. On leur a posé des questions assez précises sur leurs politiques en matière de transfert de copyright, d’auto-archivage, sur la version de dépôt autorisée, sur la présence d’embargos.  Il en ressort que  les éditeurs ayant répondu seraient plutôt favorables à la diffusion en open access (forts taux d’acceptation du dépôt dans des archives ouvertes, peu d’exigences de transfert exclusif des droits de diffusion). Ce résultat est néanmoins à pondérer au vu du taux de réponse (12%), qui permet difficilement, à mon sens, de tirer des conclusions très probantes de l’enquête. Il serait intéressant de la reconduire, en en faisant davantage de promotion : cela sera-t-il possible, sachant que le projet n’est financé que jusqu’à fin 2013 ? Et que les financements vont généralement aux nouveaux projets plutôt qu’au suivi de projets existants ?
[Ce n'est pas directement le sujet de ce billet ni de ce congrès, mais il me semble cependant que c'est une vraie question en ce qui concerne le financement de l'open access : on entend beaucoup parler de "durabilité", de viabilité ('"sustainability") comme d'un Graal à atteindre, mais on continue à ne donner que des enveloppes d'impulsion - comment espérer à ce compte là arriver à des stratégies à long terme ? Bref, fin de la parenthèse.]

Data data data
On a beaucoup entendu parler de gestion des données de la recherche ("research data management") : face au "data deluge" qui se profile, par exemple avec l’obligation de mise en place de plans de gestion des données ("RDM plans") pour les agences fédérales américaines (cf la directive de l’OSTP), les bibliothèques doivent s’adapter et intégrer la gestion des données de recherche à leurs missions, voire au coeur de leurs missions. Les recommandations pour plus d’ouverture des résultats de la recherche qui se sont multipliées au cours des derniers mois s’étendent aux données de la recherche, qui doivent être ouvertes par défaut. Cette ouverture est garante d’une science plus intègre (moins de fraude), plus économique (réplicabilité de la recherche), accessible au plus grand nombre ("citizen science")…
La gestion de ces données soulève bien des questions, notamment celle de leur archivage (quelle durée ? quels formats ? quels moyens ?), et, en corollaire, celle des coûts, qui demeure la grande inconnue : si ceux-ci peuvent être financés par les bourses et autres financements des projets de recherche au départ, la conservation des données à long-terme a aussi un coût qui doit être supporté, vraisemblablement par les institutions. Par ailleurs, vue la masse de données produites, il y a nécessité de mutualiser les outils et de partager les infrastructures de stockage et d’accès aux informations ; ce serait particulièrement pertinent pour les projets les plus modestes (les "gros" projets comprennent généralement un volet spécifique aux données et à leur gestion). Dans ce contexte, les bibliothèques pourraient se positionner comme services de publication de données institutionnelles : en apportant de l’assistance aux chercheurs dans la mise en place de "plan de gestion des données", en participant à la structuration des formats de données, en travaillant sur les métriques autour des données…
Quelques initiatives à suivre :
- Journals Research Data policy bank (JoRD) : Un projet du JISC, piloté par la responsable de Sherpa/Romeo, qui examine la faisabilité d’un service centralisé de recensement des politiques des revues concernant les données de recherche. L’étude montre que la moitié des revues affichent des politiques en la matière, mais que les 3/4 de celles-ci sont floues (manque de standardisation, incomplétude…)
- Elixir : Un projet européen d’infrastructure pour le stockage et le traitement des données en sciences de la vie, mené par la Royal Society.
- La ligue européenne des universités de recherche (LERU) travaille, avec LIBER, sur ces questions, la rédaction d’une feuille de route sur les données de recherche est en cours.

Une statue perplexe dans le hall de la Bayerische Staats Bibliothek

Problème de casting ?
Ca a été clairement dit par l’un des intervenants (G. Boulton, ppt) : "Libraries do the wrong things, employ the wrong people". Pour gérer toutes ces données, les bibliothèques doivent s’équiper de "data scientists", de "data managers". Problème : où les trouver ? Il y a un vrai problème de manque de compétences dans la profession actuellement, qui attire toujours peu de profils scientifiques (en sciences "dures") – or un data scientist, c’est quelqu’un qui sait gérer les données et les manipuler pour leur donner du sens, avec des compétences en statistiques, en mathématiques, en informatique spécialisée. De l’avis général, il existe peu de formations spécifiques dans les cursus universitaires, et la gestion de données ne fait pas partie des enseignements dans les formations initiales des bibliothécaires (je confirme) ; acquérir ce type de compétences est pourtant un enjeu fort, qui va demander un changement dans les mentalités des bibliothécaires. Des initiatives émergent, notamment au Royaume-Uni :
- Immersive Informatics : il s’agit d’un programme pilote de formation à la gestion des données de la recherche, mené conjointement par les universités de Bath et de Melbourne, à destination des professionnels de l’IST. Il comprend, en plus des nombreux ateliers thématiques (sur la conservation, les aspects juridiques, la gestion des plans, etc), 2 modules au sein desquels les participants sont entièrement intégrés dans un laboratoire ou un département de recherche de l’université et travaillent sur des jeux de données réels.
- RDMRose : ce projet de formation continue pour les professionnels de l’IST financé par le JISC a permis de produire des cours sur la gestion des données (en accès libre et donc réutilisables)

Bref, encore du pain sur la planche pour les bibliothécaires…


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