Les effets des big deals

"The big deal and the damage done" : dans ce dernier ouvrage, Walt Crawford a étudié les dépenses budgétaires des BU américaines sur la période 2000-2010. Il montre de façon flagrante comment les "big deals", censés au départ aider les bibliothèques à élargir leur offre documentaire électronique pour un surcoût limité, les contraignent désormais à restreindre le reste de leur offre. Quelle que soit la taille de l’établissement, les budgets dédiés aux documents imprimés connaissent une baisse continue, alors que ceux des revues électroniques ne cessent d’augmenter… Pourtant, l’édition continue à produire de nombreux ouvrages chaque année, et les activités de recherche comme d’enseignement continuent à s’appuyer aussi sur les livres et autres documents imprimés, ou sur les revues des petits éditeurs ; seulement, les bibliothèques sont coincées par les "big deals", qui ne leur laissent plus aucune latitude documentaire. Il conclut :
"Si les choses continuent au rythme qu’elles ont connu entre 2000 et 2010, le dommage risque d’être irréparable, et un nombre croissant de bibliothèques risquent de devenir guère plus que des dispositifs de fourniture d’articles subventionnés."
51754572_9c7dd86fd3_mLe livre est disponible au format ebook ou en POD chez Lulu.com.

Par ailleurs, Andrew Odlyzko s’intéresse aussi à la question dans Open Access, library and publisher competition, and the evolution of general commerce, et son analyse n’est pas non plus très optimiste :
"Les débats sur l’économie de la communication scientifique sont habituellement consacrés à l’Open Access, à l’augmentation du coût des revues, aux profits des éditeurs, aux boycotts. Ceci ne tient pas compte de ce qui semble être un des développements bien plus importants de ce marché. Les éditeurs, grâce aux offres souvent décriées que sont les "big deals", fournissent des accès plus larges et plus égalitaires à la littérature scientifique, ce qui se rapproche d’un véritable Open access. En même temps, ils marginalisent les bibliothèques, et récupèrent une part considérable des ressources dédiées à la communication scientifique. Cela leur permet de continuer à faire des profits, tout en maintenant ce que l’on appelle de puis plusieurs décennies "l’escalade intolérable du prix des revues". Cela freine également l’expansion de l’Open Access, et conduit vraisemblablement à un oligopole d’éditeurs contrôlant la diffusion [de la recherche scientifique] au moyen de contrats de licence à grande échelle.
Il est intéressant d’étudier le phénomène des "Big deals" pour plusieurs raisons. La façon dont les éditeurs parviennent à diminuer le rôle des bibliothèques est un des indicateurs de l’amplitude et de la vitesse à laquelle les universités sont en train de se transformer. De plus, ces "Big deals" semblent montrer la direction vers laquelle s’oriente le futur de toute l’économie, qui se caractérise par un déclin de la vie privée, une augmentation de la discrimination par les prix, une augmentation de l’opacité des modèles tarifaires, une dépendance croissante au travail peu ou pas payé d’autres acteurs pour générer des bénéfices, et des modèles économiques qui dépendent de l’inertie des consommateurs."
[photo : Jeff Werner]

L’avenir incertain des revues hybrides

5072374484_f38486434c_mBjörk et Solomon se sont intéressés à l’offre de revues hybrides (des revues sur abonnement qui proposent la possibilité de diffuser en accès ouvert, moyennant le paiement de frais de publication, des articles à l’unité. C’est de l’open access limité, puisque seuls ces articles sont accessibles librement, et pas la totalité de la revue ou du numéro). Ils ont étudié une quinzaine d’éditeurs, et suivi l’évolution des données entre 2009 et 2012. Ils en rendent compte dans "The hybrid model for open access publication of scholarly articles: A failed experiment ?" :
Première info intéressante, une idée de la volumétrie (données 2012) : les revues hybrides, ce sont 4381 titres, dans lesquels ont été publiés plus de 12000 articles. L’article ne dit pas combien de titres ont effectivement été concernés, on imagine que certains titres ont attiré plus d’articles que d’autres. 12000 articles, c’est en gros ce que publie PLoS à lui seul par an…
Les tarifs ensuite : plus élevés chez les éditeurs commerciaux que chez les sociétés savantes, ils tournent autour de 3000$. Un élément est à prendre en compte cependant : les accords négociés par les universités ou leurs bibliothèques pour leurs abonnements peuvent donner droit à des remises sur les frais de publication (Springer, Oxford University Press). Du coup, un glissement dans le choix du lieu de publication peut s’opérer avec ces accords institutionnels : ce n’est plus l’auteur qui décide, mais l’institution qui incite.
En ce qui concerne les disciplines : sans surprise, les disciplines des sciences "dures" (sciences, techniques et médecine, STM), notamment la médecine, sont les plus représentées (dans les titres et dans les articles publiés). Le fait de payer des frais de publication est une pratique plus répandue en STM (PNAS), et les laboratoires ont souvent plus de moyens financiers qu’en SHS. Un bémol cependant pour la physique : les habitudes de dépôt et de consultation des articles dans Arxiv relativsent l’intérêt d’une publication dans une revue hybride.
L’environnement éditorial joue aussi dans le choix du lieu de publication : au sein d’une même discipline, s’il existe d’autres revues entièrement OA, le tarif des APC d’une revue hybride parfois moindre que pour les revues "full OA", peut faire pencher la balance. Enfin les outils et les stratégies de marketing en terme de visibilité mises en place par les éditeurs revêtent une certaine importance : la mise en valeur des articles sur les plateformes est un facteur d’adhésion des auteurs (Royal Society).
La conclusion de l’article est sans appel :
"Le meilleur moyen de faire décoller rapidement ce modèle serait de réduire considérablement les coûts. Mais cela risquerait d’avoir un effet négatif sur les revenus provenant des abonnements. Comme le coût marginal de proposer une offre hybride est très faible, les éditeurs vont vraisemblablement les maintenir dans un futur proche. Mais la tendance qui semble se dessiner, parallèlement, est le lancement de nouvelles revues entièrement en accès ouvert, avec une couverture disciplinaire plutôt large et des APC relativement raisonnables. La conclusion générale de cette étude est que l’expérience du modèle hybride, au moins en ce qui concerne les "gros" éditeurs, et selon le niveau de tarification actuel, est un échec en tant que moyen d’augmenter significativement la volumétrie d’articles en accès ouvert, et que ce modèle restera un phénomène très marginal dans le paysage de l’édition scientifique."
[photo : CIMMYT]

Cession ou démission

Clothes peg by abac077 (CC BY-NC-SA)

Clothes peg by abac077 (CC BY-NC-SA)

Dans ce billet, Brian Matthews raconte combien il était fier de coordonner un numéro spécial de la revue Journal of library administration consacré au futur des bibliothèques, et son investissement pour trouver des contributions de qualité – et en effet, le sommaire est alléchant. Malheureusement, ce numéro spécial du JLA ne verra jamais le jour : en effet,  au même moment, le comité éditorial de la revue a décidé à l’unanimité de démissionner de ses fonctions. Le responsable éditorial explique avoir passé de longs mois à essayer de négocier, en vain, des conditions de publication plus claires et plus ouvertes pour les auteurs (avec des licences Creative Commons par exemple), pour arriver à une ultime proposition de l’éditeur de "libérer" les articles moyennant le versement par les auteurs d’un forfait de  2995 $ par article…
[Amusante coïncidence, l'éditeur de la revue, Taylor & Francis, annonçait la semaine dernière les résultats d'une enquête menée auprès de 14000 chercheurs, montrant que les auteurs préfèreraient avoir le choix entre plusieurs licences...]
Les réactions à la nouvelle ont été nombreuses, s’attachant particulièrement à la démission du comité éditorial et à l’aspect pro-OA de la démarche, ou en tout cas à l’importance du droit des auteurs à disposer de leurs publications.
Ce que j’ai trouvé au moins aussi intéressant cependant, ce sont les arguments de Brian pour expliciter sa démarche, suite aux reproches d’une partie des commentateurs, surpris qu’il n’ait pas mené son projet éditorial directement dans une revue en OA. En effet, il souligne :
- que les auteurs doivent avoir le droit de choisir où publier, quelles que soient les raisons de ce choix.
- que lui a essayé une stratégie d’infiltration : pour diffuser ses idées au delà d’un cercle de convertis, il lui a semblé utile d’utiliser le vecteur traditionnel de publication qu’est la revue sur abonnement.
- qu’il est parfois nécessaire d’adapter la présentation de ses idées en fonction du public ciblé, et qu’une diffusion a priori plus restreinte n’est pas forcément un problème dans la mesure où on touche un public différent.
Ce qu’on peut en retenir, c’est que c’est la diversité, des modèles comme  des stratégies, qui semblent faire le plus avancer les choses en matière de diffusion des idées… Au final, les contributions destinées au numéro spécial seront vraisemblablement publiées ailleurs, sans doute sous une forme d’OA.
[photo : abac077]

Le marché du mardi n°47

Le marché de Riga par anniedalbera (CC-BY-NC-SA)

Le marché de Riga par anniedalbera (CC-BY-NC-SA)

Open stuff
- Des bibliothèques commencent à s’impliquer plus dans l’open access en créant des fonds de financement pour les frais de publication : c’est le cas à la Northern Illinois University et à l’University of California.
- Is it an open acces journal ? : un projet pour diffuser les infos sur les licences des revues scientifiques, basé sur le crowdsourcing.
- Old news, mais ça vaut la peine d’être signalé ici : le CCSD lance ce semestre Episciences, une plateforme d’épi-revues (des revues créées à partir des pré-publications déposées dans des archives ouvertes). Je suis un peu dérangée aux entournures par ce que ça sous-entend que les archives ouvertes accepteraient des contenus non validés (l’intro du site précise que les articles sont "non publiés par ailleurs"), ce qui ne me semble pas aller dans le bon sens pour, justement, promouvoir les archives ouvertes.
- L’open access permet d’être lu dans le monde entier : la carte mise au point par les bibliothèques du MIT le montre bien (elle se base sur les consultations des articles disponibles en libre accès grâce au mandat du MIT)
- Openstax propose des manuels de 1er cycle en libre accès  (en physique, biologie, sociologie) – on peut les consulter en ligne (en html, en pdf) ou sur liseuse (une version epub est disponible). Openstax est un projet de ressources pédagogiques ouvertes (Open Educational Resource, OER) de la Rice University.
- Opensource ILS : un portail d’information assez bien fourni sur les SIGB libres (avec un focus sur Evergreen et Koha), qui me semble intéressant pour les aspects relatifs à la préparation et à la migration des données.

wallyg (CC-BY-NC-ND)

wallyg (CC-BY-NC-ND)

Other stuff
- Vu sur imedicalapps, cette liste de revues médicales disponibles sur ipad – les applis sont généralement gratuites, mais l’accès aux contenus est bien évidemment soumis à la souscription d’un abonnement, et a priori d’un abonnement personnel, les abonnements institutionnels n’étant pas (encore ?) prévus pour fonctionner sur des appareils personnels (sauf à pré-remplir des tablettes que la bibliothèque prêterait, ce qui n’est pas encore une pratique très répandue en BU).
- Twitter for researchers guide :  les bases de twitter pour un usage professionnel quand on est chercheur, en 8 pages. Par la BU de l’Université de York.
- Text mining and scholarly publishing : tout savoir sur la fouille de textes dans le contexte de l’édition scientifique, grâce à ce rapport du PRC.
- Webjunction, le site communautaire pour la formation des bibliothécaires émanant d’OCLC, propose de nombreuses formations en ligne gratuites : voici la liste pour le mois de mars 2013.

Le coût du gold à Edimbourg

cc licensed (BY-NC-SA) flickr photo by Shabby Chic

cc licensed (BY-NC-SA) flickr photo by Shabby Chic

Une intéressante étude sur le coût de la publication dans des revues en open access (les revues "gold") a été menée par l’université d’Edimbourg, extrait :
"Nous sommes conscients qu’avec un marché non élastique – les chercheurs ne vont pas aller faire leur marché ailleurs – et dans lequel les coûts sont "protégés" – le financement étant centralisé, les chercheurs ne sont pas directement concernés par les coûts – les APC vont rester élevés, parce que les forces habituellement en présence dans les marchés ne vont pas faire baisser les coûts. Nous pensons qu’un moyen d’action très efficace est d’être le plus transparent possible sur les coûts des APC des revues gold. Contrairement à la situation dans laquelle nous nous trouvons actuellement, où les coûts d’abonnement aux revues traditionnelles sont cachés aux yeux des usagers en raison des clauses de confidentialité des licences, toutes les institutions, y compris les universités et le RCUK, devraient s’efforcer de publier une analyse détaillée de leurs dépenses pour les revues en open access gold."

Et la conclusion :
"En gardant à l’esprit les limites de l’étude, les données que nous présentons ici permettent de suggérer quelques éléments importants :

  • Les revues hybrides semblent être plus populaires pour la publication d’articles en open access
  • Les revues hybrides font généralement payer plus cher [leurs APC] que les revues entièrement en open access, indépendamment du facter d’impact de la revue
  • Il y a une corrélation positive entre les APC et le facteur d’impact, aussi bien pour les revues hybrides que pour les revues en open access complet

Cette étude soulève également d’autres points :

  • Pour être un succès, les politiques d’open access doivent évaluer rigoureusement la conformité [de la diffusion des publications], ces politiques semblent être plus efficaces lorsque des sanctions punitives sont imposées
  • Les établissements les plus actifs au niveau de la recherche vont vraisemblablement subir une "double peine" : non seulement ils publient plus d’articles, mais en plus ils les publient plus fréquemment dans des revues à fort facteur d’impact
  • Les établissements doivent être plus transparents en matière de coûts, et publier leurs données dans des formats permettant leur réutilisation."

Source : Theo Andrew. "Gold Open Access: Counting the Costs ". November 2012, Ariadne Issue 70.

Pourquoi personne ne publie des articles en open access dans les revues d’Elsevier ?

cc licensed (BY-SA) flickr photo by °Florian

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C’est la question que s’est posée Mike Taylor sur le blog Sauropod vertebra picture of the week, en constatant que la revue PloS One publiait en un mois plus d’articles en OA qu’Elsevier dans ses 1500 revues hybrides en un an (959 articles OA en 2011, PLoS One tourne à environ 1300 articles mensuels en moyenne sur la même période). Voici les raisons qu’il envisage pour expliquer l’attitude des chercheurs :
- une position idéologique : les chercheurs qui s’intéressent à l’open access sont déjà convaincus, ils préfèrent publier dans des revues en open access, clairement identifiées comme telles et vraiment accessibles à tous. [J'ajouterai qu'à mon avis, ils préfèrent voir le modèle OA s'étendre au niveau des revues, plutôt que contribuer au modèle "hybride"]
- un intérêt juridique : chez PLoS, les articles sont publiés sous licence CC-BY : on peut, du moment que la paternité des auteurs est correctement attribuée, récupérer les contenus et les réutiliser de multiples façons, y compris la fouille de texte. Ce n’est pas le cas de l’open access proposé par la plupart des éditeurs commerciaux : impossible d’obtenir une définition précise des usages autorisés pour les articles en open access sur le site d’Elsevier, notamment. [Je confirme que l'information est difficile à trouver, pas cohérente ni très claire sur Science Direct en tout cas]
- un bénéfice technique : la grande qualité des prestations fournies par PLoS (images en haute définition, compléments vidéos, formats de sortie compatibles avec une réutilisation informatisée, statistiques au niveau de l’article, commentaires) ne se retrouve pas chez les éditeurs qui se contentent de transférer sur internet le circuit en usage pour les revues imprimées. [Je ne suis pas entièrement d'accord avec ça, je trouve que la plateforme Science Direct est loin d'être la pire en terme de fonctionnalités ; il y a eu un travail de développement d'applications que je n'ai pas vu ailleurs. Mais c'est vrai que chez les éditeurs "pure players" de l'électronique , on trouvera plus facilement en standard des fonctionnalités nativement numériques]
- un argument économique : les frais de publication chez PLoS sont moitié moins chers que ceux des revues d’Elsevier.
C’est en train d’évoluer (pas mal de progrès sur les pages consacrées à l’open acess sur le site corporate de la firme), mais jusqu’à présent il était assez difficile d’obtenir des informations claires et fiables sur les options OA proposées par Elsevier ; il sera très intéressant d’observer les effets des politiques publiques en faveur de l’open access sur les articles publiées dans les revues hybrides (chez Elsevier comme ailleurs).
Source : Why isn’t anyone publishing open-access articles in Elsevier journals?

Trouver des articles en OA sur Science Direct

Les éditeurs commerciaux sautent tous peu à peu dans le train de l’Open Access, en proposant aux auteurs de "libérer" leurs articles : moyennant finance (des frais de publication, "article processing charges" ou "APC"), lesdits articles sont accessibles sans abonnement pour tous. Oui, mais comment repérer ces articles ? En effet, la démarche de libération restant individuelle, les articles en open access sont éclatés dans des revues différentes, du coup, difficile de les retrouver, ou de les compter. J’ai donc décidé d’aller voir de plus près ce que les éditeurs nous proposent en matière de signalement des contenus OA, en commençant par Elsevier.

2880787_817eab9dab_mMéthodologie
Je me suis donc adressée via Twitter à Alicia Wise (@wisealic), responsable des problématiques d’accès chez Elsevier (son véritable titre est "director of universal access"), et lui ai demandé comment trouver le nombre d’articles en OA disponibles sur la plateforme Science Direct ; voici ce qu’elle m’a répondu (en plusieurs tweets) :
- Allez sur la recherche avancée de Science Direct, sélectionnez la recherche experte, puis l’onglet ‘revues’
- Entrez dans le champ de saisie la commande “sponsoredaccesstype(unlimited OR delay)” pour obtenir une liste, qui ne sera pas complète
Alicia m’a également informée de l’existence d’une liste des revues proposant des articles en OA, mais pas de décompte d’articles.
J’ai fait comme elle m’a dit pour afficher une liste d’articles en OA, mais malheureusement il semble y avoir un os dans la syntaxe : j’obtiens le message "The field you have entered is not recognized. Check your syntax against the help file and try again." Oups. Bon, j’ai signalé le problème, j’attends une solution.
La liste "Journals free access" est bien disponible, elle recense 226 titres, répartis selon les catégories suivantes :
- Permanent free access to all issues available (125 revues)
- All available issues until 24/48 months prior to current date (46 revues)
- All issues from (année) until (x) months prior to current date (55 revues)
Je suis allée voir les titres de la 1ère catégorie, les seuls effectivement en Open Access selon les critères du DOAJ (ie aucune période d’embargo n’est acceptée).

Résultats
J’ai examiné 26 titres de la liste (soit 20,8% des 125), et, contre toute attente, je constate que le signalement est loin d’être homogène, alors qu’a priori toutes ces revues sont censées être disponibles en libre accès. Voici ce que j’ai pu observer  :
- la page d’accueil est la même, que la revue soit OA ou pas : rien ne permet de distinguer au premier coup d’oeil que l’accès est libre
- les sommaires : j’ai trouvé bizarre la présence dans 73% des revues examinées, d’un bouton "Purchase" dans l’en-tête de la liste des articles (à côté des fonctionnalités d’export et d’envoi par messagerie, c’est la première chose que l’on voit). Quelle utilité pour des articles en open access ? D’autant que, si on tente d’aller au bout de la manip’, le système nous dit rapidement que l’achat n’est pas possible, puisque l’on a déjà accès aux articles en question.
3493131867_2e2ca1c574_mAutre bonne idée, la mention "open access article" sur chaque article dès le sommaire. La mention n’est cependant pas spécialement mise en valeur, elle apparaît juste après le lien vers les ouvrages de référence, et n’a rien de systématique : à vrai dire je ne l’ai rencontrée que sur 2 titres de mon échantillon (les "bons élèves").
- la page "A propos" de la revue : sur la présentation détaillée, on trouve dans 70% des cas une indication sur l’accessibilité de la revue, le plus souvent sous la forme d’un bouton "Open Access", mais sans aucun détail complémentaire dans le texte de la présentation. Dans certains cas est évoqué le fait que les articles sont disponibles gratuitement, mais rien n’indique que c’est une démarche volontaire de la part du comité éditorial ou des auteurs ("free pdfs")
- l’accès aux articles proprement dit : si j’ai pu accéder aux versions pdf dans tous les cas, la version HTML m’a été refusée pour un article sur 5. Souvent c’était pour des proceedings, mais pas toujours, ce serait bien de connaître la raison de cette anomalie. - les articles : pour 65% des articles examinés, je n’ai trouvé aucune mention d’aucune sorte sur le fait que l’article soit disponible parce qu’en open access sur la version HTML, et le pourcentage grimpe à 73% pour la version pdf. Quand cela est signalé, un bouton figure dans le volet de droite de l’article, dans la zone "Applications and tools" ; il est parfois accompagné d’un lien vers la politique d’Elsevier concernant le libre accès ("See our Open Access policy"). Pour certains pdf figure de façon assez visible la mention "this is an open-access article distributed under the terms of the Creative Commons", mais c’est rare. Autre étrangeté, depuis le lien "Permissions and reprints" présent sur la version HTML, un renvoi vers l’outil "LinksRights" de gestion des demandes d’autorisation pour les réutilisations…  (mais ça fera peut-être l’objet d’un autre billet)

En résumé : il est difficile de repérer les revues et les articles en libre accès sur Science Direct
En ce qui concerne mon échantillon en tout cas, ceux-ci ne sont pas mis en valeur pour l’utilisateur lambda, qui se satisfera probablement de pouvoir accéder aux contenus, sans savoir d’où vient cette bonne fortune.
Il me semble cependant qu’il ne devrait pas en aller de même pour les auteurs, qui payent pour la "libération" de leurs articles, et pourraient s’attendre, à juste titre, à ce que cette démarche soit au minimum reconnue, sinon valorisée. Et, derrière les auteurs, leurs institutions et leurs organismes financeurs : les sommes demandées par article ne sont pas triviales, et un établissement peut légitimement espérer en retirer une forme de retour sur investissement, sous forme de "placement de marque" ("cet article vous est offert par l’université de …") par exemple.
Il est également préoccupant pour les bibliothécaires de ne pas avoir de vue claire sur ces contenus, aussi bien pour des questions de médiation (dans leur rôle de promoteurs de l’OA) de que pour des questions de gestion financière : si ces articles ont déjà été payés par les auteurs ou leurs bailleurs de fonds, ils doivent être exclus des contenus sur abonnement (ce serait dommage de les payer 2 fois…)
Enfin, il paraît surprenant qu’un éditeur avec de tels moyens techniques ne puisse pas harmoniser la présentation et le signalement de ces contenus ; comment peut-il espérer, s’il ne fait pas le nécessaire, attirer davantage d’auteurs vers son modèle hybride ?

[Photos : eversion, hartman045]


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