Remarqués en janvier

Juste pour signaler ces 2 billets, dans des genres et sur des sujets différents, dont j’ai bien aimé le style, le ton, l’humour…
Hortensius : Non, Yann Moix, la bibliothèque ne peut plus être un temple

La bibliothèque, pour Yann Moix, est un moyen de partage de la culture (au sens noble, limité à la collection des Pléiades : au moins ya pas à se compliquer, encore moins à demander conseil à un bibliothécaire : tous les pléiades sont bons à lire, et il faut lire tous les pléiades — et ces malheureux qui parlent de politique documentaire…)

Notoriousbib : Le management du beau gosse en bibliothèque

Dans les bibliothèques c’est strictement pareil. Pourquoi il n’y a jamais un péquin à la bibliothèque le mardi de 16h à 18h ? Tout bonnement parce que c’est la plage assurée par Marie-Claude et, outre que Marie-Claude a dépassé le quintal, elle a même pas la politesse d’être une grosse joviale : elle tire tout le temps une tête de six pieds de long, comme si elle venait de se faire jeter par le Père Dodu ou qu’elle avait appris que Bigard, pas l’humoriste mais le boucher, venait de décéder. Comment veux-tu que dans ces conditions les ados ou les actifs, qui ont déjà une journée de travail dans les pattes, prennent plaisir à se rendre à la bibliothèque ?

[photo : mmorgan8186]

RWA : une nouvelle menace pour l’Open Access

Les éditeurs scientifiques et l’Open Access, ça n’a jamais été le grand amour. Et ce n’est pas près de s’arranger : le 16 décembre dernier, 2 députés américains ont déposé devant la Chambre des Représentants un projet de loi signifiant rien de moins que la fin des politiques publiques visant à garantir à tous l’accès aux résultats de la recherche financée sur fonds publics.
Le Research Works Act (HR3699), c’est son nom, établit notamment la règle suivante :

Aucune agence fédérale ne peut adopter, instaurer, maintenir, continuer ou s’engager de quelque manière que ce soit dans une politique, un programme ou toute autre activité qui :
(1) cause, permet ou autorise la dissémination sur le réseau de tout travail de recherche issu du secteur privé sans le consentement préalable de l’éditeur de ce travail ;
(2) exige que tout auteur actuel ou potentiel, ou l’employeur d’un tel auteur actuel ou potentiel, donne son assentiment pour la dissémination sur le réseau d’un travail de recherche issu du secteur privé.

Ce qu’on entend par « travail de recherche issu du secteur privé » est défini dans le projet comme :

… un article destiné à être publié dans une publication scientifique ou universitaire, ou quelque version que ce soit de cet article, qui ne soit pas un travail du gouvernement des Etats-Unis (tel que défini dans la section 101 du titre 17 du code des Etats-Unis), et qui décrive ou interprète un travail de recherche financé entièrement ou partiellement par une agence fédérale, et auquel un éditeur commercial ou à but non lucratif s’est engagé à apporter par sa contribution une valeur ajoutée, y compris la validation par les pairs ou la mise en forme. Cette expression ne concerne pas les rapports d’étape ni les données brutes régulièrement soumis directement à l’organisme financeur au cours de la recherche.

On rappellera juste que le travail de validation par les pairs, censé être la valeur ajoutée apportée par les éditeurs aux articles est assumé *gratuitement* par des chercheurs, payés eux aussi sur fonds publics…

C’est clairement la fin des mandats institutionnels qui est visée ici, à commencer par celle des National Institutes of health (NIH), qui conditionnent leur financement à l’obligation de dépôt des articles issus de la recherche sur PubMedCentral dans les 12 mois suivant la publication. Plus largement, ce sont toutes les politiques en faveur du libre accès qui se verraient ainsi remises en cause, si une loi de ce genre était votée.
On peut l’imaginer, l’American Association of Publishers (AAP), qui compte parmi ses membres éminents la plupart des éditeurs scientifiques internationaux, se frotte les mains et appuie bien évidemment l’initiative :

Les éditeurs américains mettent plus d’information de recherche à la disposition de plus de gens, via plus de canaux de diffusion que jamais dans l’histoire. Dans une période où la sauvegarde des emplois, les exportations, l’excellence académique, l’intégrité scientifique et la protection des droits d’auteur numériques sont toutes des priorités, le Research Work Act garantit la viabilité de cette industrie.

Et ce n’est que pure coïncidence si le projet de loi est défendu notamment par Carolyn Maloney, députée démocrate de l’état de New-York – un état qui abrite pourtant de nombreuses universités et structures de recherche publique –, qui a été destinataire pour sa campagne de plus du tiers des dons attribués par Reed-Elsevier (certains ont également relevé la surprenante similitude entre la réponse de la députée aux critiques formulées à son encontre et certaines interventions du responsable des relations publiques d’Elsevier).
La position de l’AAP ne fait cependant pas l’unanimité : certains éditeurs ont exprimé leur désaccord avec l’appui apporté par l’association à cette législation. Parmis ceux-ci,  on trouve des presses universitaires (MIT Press , University of California Press…), mais aussi Ithaka (l’organisme qui est derrière JSTOR et Portico), Nature Publishing ou encore Cambridge University Press.
Des bibliothécaires américains se mobilisent : certains demandent aux éditeurs de se positionner contre le projet de loi, voire de quitter l’AAP, une autre a commencé à lister tous les membres des comités éditoriaux des revues en sciences de l’information éditées par Elsevier, et leur enjoint de démissionner de leur poste dans ces comités. On peut effectivement se demander si, du point de vue du chercheur, oeuvrer pour la diffusion la plus large possible des connaissances est réellement compatible avec une collaboration de quelque nature que ce soit avec des revues dont l’accès n’est pas libre ? (Je parle d’un point de vue purement éthique, hein, je sais que la réalité est autre, qu’il y a la pression du “publish or perish – et plutôt dans des revues à fort facteur d’impact” qui conditionne l’avancement de la carrière du chercheur, que “publier dans des revues en open access, c’est risqué” (quel risque ? à part celui d’être lu, je ne vois pas), etc.)
Bref, il me semble juste qu’il serait bon de ne pas oublier que « Sans la recherche, il n’y aurait rien à publier. » (dixit Paul Courant, dans un billet de 2008 à propos du Fair copyright in research works act, une tentative précédente de limitation de l’accès aux résultats de recherche).

Pour suivre les évolutions de ce projet, quelques liens :
- le billet de John Dupuis sur Confessions of a science librarian : Around the Web: Some posts on The Research Works Act (Now chronological!)
- le blog Open and shut ?
- les infos diffusées par Peter Suber sur son compte Google+
- le billet de Peter Murray-Rust The Scholarly Poor could lose access to scientific research; this is serious
- la catégorie Scholarly communication sur Gavia Libraria
[photos : oneshotonepic]

Le marché du mardi, n°45

DOKELEK STUFF
- Acheter un article en pay-per-view, c’est trop cher pour vous ? No problemo : Cambridge University Press lance Article Rental, une offre de location d’articles : pour 4,49 euros HT, vous avez accès en lecture seule au pdf de l’article qui vous intéresse ; un déploiement sur la version mobile de la plateforme de l’éditeur est prévu. Le coût de article en PPV tourne autour de 40 euros.

OPEN STUFF
- PLoS propose une compilation des articles sur l’Open Access parus dans ses différentes revues sur http://www.ploscollections.org/openaccess
- JISC et Open Humanities Press proposent un peu la même chose sous forme de livres avec la collection Living books about life. Enfin, “livres” je ne sais pas trop : la table des matières renvoie en fait aux articles originaux sélectionnés par les éditeurs. Ce qui est sûr, c’est que c’est un bon travail de sélection.  Le tout est évolutif (car monté sur une structure wiki). 21 livres en sept mois, tout en open access et sous licence CC. Sur le même principe (sans la dimension évolutive)  en français il y a la collection Washing machine sur publie.net, sauf que c’est payant.
- datacatalogs.org recense les catalogues de données ouvertes dans le monde.

BIBLIO STUFF
- La bibliothèque de l’University of Illinois at Urbana-Champaign va numériser les collections rétrospectives (1939-1996) de la revue College & Research Libraries (C&RL) – pour mémoire, les contenus de la revue (1997- ) sont diffusés en Open Access depuis 1 an ou 2.

- Pour Noël, pourquoi pas un calendrier Men of the stacks ? Histoire d’écorner un peu le mythe de la bibliothécaire C-C-C-C (Châle-Chat-Chignon-Chut!), et de rappeler qu’en bibliothèque, on emploie aussi des hommes… :-)

DIVERS STUFF
- Les interventions de la conférence Books in Browsers sont en ligne sur la chaîne YouTube d’O'Reilly ; une compilation des diaporamas est également dispo sur InfoDocket (thanks Gary !)
- Un auteur peut désormais visualiser ses publications sous forme d’assemblage de mots-clé sur la plateforme SciVerse d’Elsevier : il y a une connexion avec Wordle. Parmi les nombreuses nouveautés dans la galerie d’applis, j’ai noté : l’envoi direct vers le Kindle, ou vers une Dropbox
[photos : eric.parker, ela2007]

Prêt d’ebooks : ça ressemble à un prêt…

Dans un billet tout récent sur Librarian.net, Jessamyn a diffusé ce message d’un de ses correspondants qui a testé le prêt d’ebooks pour le Kindle en bibliothèque :
“Ma première expérience d’emprunt d’un ebook pour Kindle à la bibliothèque m’a laissé comme un mauvais goût dans la bouche. Ca ne donnait pas l’impression d’emprunter un livre à la bibliothèque. J’ai plutôt eu l’impression qu’un commercial m’avait proposé un ebook avec une “offre d’essai gratuite et sans engagement” et me harcelait pour l’acheter à la fin de la période d’essai.
Je trouve la promotion commerciale d’Amazon excessive et inappropriée pour des usagers de bibliothèques publiques. Autoriseriez-vous le représentant d’un fournisseur à rester dans l’entrée, essayant d’attraper les lecteurs sur le chemin de la banque de prêt pour leur dire “Stop ! Pourquoi rendre cet ebook alors que vous pouvez l’acheter immédiatement pour seulement 12,95$ ?”
[...] Amazon a joué sur mon innocence :
D’abord, l’ebook était entièrement “marqué” ! Des soulignements ici et là et presque sur toutes les pages. C’était comme emprunter un livre à la bibliothèque et s’apercevoir que l’emprunteur précédent l’avait parcouru avec un surligneur ! Amazon permet de surligner et d’annoter les ebooks pour les bibliothèques. Mais au lieu de les effacer pour le prochain usager, on les laisse actifs, et on vous encourage à laisser vos propres commentaires à la vue de tous. [...]
Ensuite, à la fin de la période de prêt, au lieu d’annoncer poliment que l’ebook doit être rendu – ou de proposer un renouvellement – voire d’envoyer une alerte pour amende à la bibliothèque :) , j’ai été confronté à des publicités intrusives, à la fois sur mon Kindle et sur mon compte mail, m’enjoignant d’acheter rapidement l’ebook chez Amazon. Le message insistait sur le fait que “si vous achetez [cet ebook], ou si vous l’empruntez à nouveau depuis votre bibliothèque, toutes vos notes et annotations seront sauvegardées”. C’est donc pour ça qu’ils encouragent les lecteurs à gribouiller les ebooks de la bibliothèque : ils gardent nos notes et annotations en otage.
Puis, quand l’ebook est rendu, il ne s’évapore pas purement et simplement. Le titre, la couverture etc restent visibles sur mon Kindle, exactement comme si l’ebook était toujours disponible, sauf que derrière la couverture il n’y a rien d’autre qu’une notice qui signale que l’ebook a été rendu à la bibliothèque – et un juste bouton, qui ne nous propose pas de renouveler [le prêt]. La seule possibilité est d’acheter l’ebook chez Amazon.[...]
Enfin, il a été très difficile de nettoyer la publicité de mon application Kindle. Pas de bouton “Supprimer”. Il y a bien une option “Archiver”, mais tout ce qu’elle fait, c’est déplacer le document dans une liste de “Documents archivés”, où il reste comme les ebooks que j’ai vraiment achetés et que je pourrais vouloir re-télécharger. Et si on clique dessus, on a juste la possibilité “d’annuler” ou “d’acheter”. Qui voudrait garder ça ? Ni moi ni le commercial d’Amazon n’avons trouvé de bouton de suppression dans l’application Kindle. Le commercial prétend que le Kindle permet de le faire, mais n’a pas pu m’expliquer pourquoi ce n’était pas possible dans l’application Kindle. J’ai pu supprimer le fichier avec mon navigateur web, en me connectant à mon compte Amazon et en passant par la page “Gérer mon Kindle”.
Voilà. Maintenant je sais. J’ai gaspillé 20 minutes de ma vie pour le savoir.
J’ai reçu une seconde sollicitation par email de la part d’Amazon m’incitant fortement à acheter le livre. Combien vais-je encore en recevoir ?
Amazon se fait une belle pub en étant le seul fournisseur le livres pour le Kindle. Mais leur attitude agressive (“ne le rendez pas, ACHETEZ-LE !”) dépasse les bornes.”

[photo : Michael Holden]

Fossé

“Il m’est parfois difficile d’expliquer ma réaction vis à vis des gens qui disent que le papier est mort. Je ne veux pas être considérée comme luddite, ou comme anti-ebooks ; j’aime mon ordinateur, et j’aime le fait d’avoir tout l’internet dans ma poche.
L’existence des ebooks c’est, pour ceux qui ne peuvent pas stocker de livres imprimés, la possibilité de lire plus. Cela veut dire que les textes difficiles à trouver, ou ceux qui ne sont plus édités, sont de nouveau accessibles. Cela signifie, pour les gens atteints d’arthrite, d’affections des poignets, ou d’autres handicaps physiques qui rendent la lecture de livres imprimés difficile, la possibilité de lire à nouveau, sans que cela leur cause de douleur. J’aime que les ebooks existent.
Il n’empêche qu’à chaque discussion sur les ebooks, lorsqu’on en arrive inévitablement à “le papier est mort, l’édition traditionnelle est morte, tous les auteurs un tant soit peu intelligents devraient sauter le pas et franchir la frontière du numérique”, ce que j’entends, bien malgré moi, c’est “Les pauvres ne méritent pas de lire”. Je ne pense pas que ce soit malveillant, et je ne pense pas que ce soit délibéré. Je pense juste qu’il est difficile pour nous, de ce côté de la fracture numérique, de nous souvenir qu’il y a des gens de l’autre côté de ce qui peut sembler être un gouffre infranchissable, qui se demandent s’ils vont être abandonnés. Actuellement, plus de 20% des américains n’ont pas accès à internet. Si cela vous paraît peu, dites-vous que ça fait une personne sur 5. Une personne sur 5 n’a pas accès à internet. Parmi ceux qui ont accès, nombreux sont ceux qui y accèdent depuis des ordinateurs partagés, ou depuis des lieux publics comme les bibliothèques, qui autorisent un usage public de leurs machines. Toutes ces personnes ne vivent pas sous le seuil de pauvreté ; certaines ont volontairement choisi de se simplifier la vie, et n’éprouvent pas le besoin d’y ajouter internet. Mais ce n’est vraiment pas la majorité.
Maintenant, d’après vous, combien de ces personnes ont-elles accès à une liseuse
[d'ebooks] ?”
Across the digital divide, Seanan McGuire, auteur, 16/09/2011.
[photo : igomazic]

Une subvention pour la gouvernance d’ArXiv

La bibliothèque de l’Université Cornell vient de bénéficier d’une subvention de la Simons Foundation pour assurer la viabilité d’ArXiv, l’archive ouverte de référence en sciences. En janvier 2010, la bibliothèque avait attiré l’attention de la communauté scientifique internationale sur la nécessité de trouver un financement pour assurer le fonctionnement et l’évolution de l’archive. Plus de 300 000$ avaient été trouvés dans l’année, auprès des universités et établissements de recherche les plus utilisateurs de l’archive.
Cette subvention, d’un montant de 60 000$, financera le travail sur le modèle économique de l’archive, et sur sa viabilité à long terme ; elle vise en effet à :
“- développer un ensemble de principes de fonctionnement pour arXiv et solliciter l’avis d’acteurs-clé
- affiner le modèle économique institutionnel et le prévisionnel budgétaire
- déterminer un modèle de gouvernance et des règles définissant clairement les rôles et les responsabilités de la bibliothèque et de ses partenaires
- mettre en place un premier conseil de gouvernance, reflétant les niveaux de contribution financière des principaux acteurs et la communauté scientifique”
Elle vient s’ajouter aux contributions annuelles des établissements.
Le site arXiv support fournit des informations très détaillées sur le montant des contributions, sur les statistiques d’usage et sur les coûts de fonctionnement.
[photo : Jsome1]

Sauvez les bibliothèques, pas les bibliothécaires

“La révolution numérique a rendu obsolète de nombreux bibliothécaires. Historiquement, les bibliothécaires avaient l’exclusivité pour de nombreux services : ils organisaient l’information, guidaient les gens dans leurs recherches, et donnaient des conseils aux membres de leurs communautés. Maintenant, ils sont concurrencés par internet et Google. Contrairement aux bibliothèques, l’information sur internet n’est pas enfermée dans des murs ; des blogs et livres aux revues et textes de loi, tout est sur internet. Et Google rend cette information facile d’accès à quiconque pourvu d’une connexion à internet.”
[...]
“La révolution numérique devrait entraîner une évolution des bibliothèques. Elles devraient bifurquer. Certaines, comme les bibliothèques de l’enseignement supérieur, devraient employer des bibliothécaires avec une formation classique – ceux avec des diplômes de bibliothécaire – pour préserver les documents à valeur historique, et assister les autres bibliothécaires dans leurs recherches. Il serviraient de recours lorsqu’une recherche plus étendue que ce que peut fournir internet serait nécessaire.
Les autres bibliothèques, au contraire, n’ont besoin que de peu – voire pas – de bibliothécaires classiques. Leurs bibliothécaires pourraient, à la place, être constitués d’étudiants spécialisés en sciences humaines qui aspirent au style de vie littéraire des bibliothécaires. Ces bibliothécaires ne sauvegarderaient pas de textes historiques, ni ne renseigneraient les lecteurs sur comment faire une recherche exhaustive sur des sujets ésotériques du genre “la dynatie Yuan au XIIIème siècle”. Au lieu de cela, ils formeraient les lecteurs aux bases de la recherche à l’ère de l’information.”
[...]
“Les bibliothèques devraient adopter la révolution numérique, même si celle-ci implique la disparition des bibliothécaires. La mission des bibliothèques – la mission des bibliothécaires – est de diffuser la connaissance. L’essor d’internet change la façon dont nous poursuivons cette mission. Nous n’avons plus besoin d’autant de bibliothécaires, ni du même type de bibliothécaires qu’avant. Les bibliothécaires le déplorent, et c’est compréhensible ; personne n’apprécie de voir sa profession se fondre dans l’obscurité. Mais les bibliothèques ne sont pas là pour servir l’ego des bibliothécaires ; elles sont au service du public. Et à l’ère de l’information, servir le public, cela demande d’évoluer et d’innover.”

Saving libraries but not librarians, Dan Terzian, Los Angeles Times du 03/11/2011.
[photo : mharrsch]

Administrateurs-système en bib, vous êtes cuits

“Disons que vous avez besoin d’un site web complet. Si certains modules logiciels, comme WordPress, ou Drupal, ou une autre application vous conviennent, alors vous n’êtes qu’à quelques clics d’avoir un système en parfait état de marche, dans les nuages. Vous devez comprendre ça, et c’est pourquoi les postes d’administrateurs-système sont menacés – au moins dans les bibliothèques.
Si vous ajoutez à cela les offres hébergées comme celles de mon employeur
[OCLC], ou de nos concurrents Ex Libris ou Innovative Interfaces, vous comprenez que le futur n’est pas dans l’hébergement de vos propres systèmes, ni dans l’emploi de votre propre administrateur système – c’est plutôt dans la gestion de votre propre solution déportée dans le nuage.
C’est la raison pour laquelle je suis si pessimiste sur l’avenir des administrateurs système dans les bibliothèques. Si vous ne travaillez pas dans une grosse bibliothèque universitaire, qui continuera vraisemblablement à avoir besoin de vos compétences, ou dans une autre organisation avec des besoins spécifiques peu ou mal couverts par les solutions de cloud computing, alors je pense que vous pouvez commencer à chercher du boulot ailleurs. Vraiment. Vous me remercierez plus tard.”

If you are a library sysadmin, you’re toast – Roy Tennant, Library Journal, 17/10/2011
[photo : Sheep purple]

E-books : retour vers le présent

“Fermez les yeux et imaginez la situation suivante…
Nous sommes en 1988, et les bibliothèques sont concentrées sur les livres et les revues imprimés, les bibliothécaires sont toujours le passage obligé vers l’information, et la capacité à dire “Chut !” au lecteur est une compétence reconnue.
Un utilisateur entre dans votre bibliothèque en quête de livres à emprunter pour ses recherches. Au lieu de voir une grande pièce remplie de livres rangés par sujet, il tombe sur une suite de petites salles. Chaque salle contient les livres d’un éditeur, et toutes les portes sont fermées. L’utilisateur salue le bibliothécaire, qui lui donne un gros trousseau de clés ainsi qu’une feuille avec des codes d’entrée. C’est nécessaire, parce que chaque salle doit être ouverte selon une méthode différente. Cela peut même se compliquer, car certaines salles limitent le nombre de visiteurs à 2 à la fois, ou bien éjectent les visiteurs après une demi-heure de consultation.
Fort heureusement, notre utilisateur sait de quels livres il a besoin, et vous le guidez vers la bonne salle. Après plusieurs tentatives, vous parvenez, soulagé, à lui ouvrir la porte. Il doit maintenant faire face à un nouveau défi : chaque salle possède des règles différentes pour la consultation et le prêt de livres. Dans certaines on peut consulter les livres sans limitation, et dans d’autres une voix mécanique rouspète au bout de 5 pages : “Arrêtez la consultation ! Si vous voulez en lire plus, empruntez-moi d’abord !”
Notre utilisateur trouve les livres qu’il lui faut et lit les instructions sur la couverture. Pour un des livres en particulier, il faut également emprunter des lunettes spéciales, sans lesquelles la lecture n’est pas possible. Par chance, une paire de lunettes est disponible, et l’utilisateur vient vous voir pour emprunter les livres. Vous lui donnez les lunettes et estampillez chaque livre (merci de noter que chaque éditeur nécessite un tampon différent, et applique des règles différentes sur la durée de prêt d’un livre).
L’utilisateur commence à parcourir le livre et réalise qu’il faudrait qu’il en photocopie quelques pages, pour pouvoir prendre des notes. Malheureusement, il n’est techniquement pas possible de photocopier le premier livre, et on ne peut copier que 5 pages du second (mais pas dans le même chapitre).
Devant la photocopieuse, notre utilisateur rencontre un collègue. Celui-ci est intéressé par l’un de ses livres, et lui demande s’il peut le lui emprunter pendant quelques heures. Hélas, notre utilisateur est attaché au livre en question par une paire de menottes. Les 2 collègues doivent maintenant se présenter à l’accueil de la bibliothèque pour faire ouvrir les menottes avant de pouvoir se passer le livre.

Est-ce que cela vous semble irrationnel ? Inimaginable ? Pourtant, s’il on revient en 2011, c’est exactement la situation dans laquelle on se trouve en bibliothèque avec les livres électroniques …”

Merci à Dennie Heye (Dank u zeer  !) de m’avoir permis de traduire son billet The one with the e-books chaos.
[Photos : EJP Photo, Pot Noodle]

Shibboleth tu m’embêtes*

Quand on achète de la documentation électronique, on fait en sorte qu’elle soit accessible aussi bien en local (=sur les campus) qu’à distance. On utilise pour ce faire un serveur spécifique, un (reverse) proxy. Toutes les URLs des ressources sont enregistrées sur le serveur, afin que l’utilisateur final puisse, de façon transparente, y accéder comme s’il était connecté depuis le réseau local. En gros, le serveur proxy est la porte d’entrée obligatoire pour tous les accès distants. Sauf que, depuis plusieurs années maintenant, se développent d’autres systèmes d’authentification : OpenID entre autres dans le web commercial, Shibboleth dans le monde de la recherche et de l’enseignement. L’idée (en très très simplifié), c’est que l’authentification de la personne qui se connecte est en quelque sorte “déportée” : l’utilisateur peut se connecter directement à la ressource, il lui suffit d’entrer ses identifiants (la correspondance se fait au moyen d’”attributs” échangés entre la fédération d’identité Education-Recherche, qui rassemble, en France, les universités et grandes écoles, et les fournisseurs de services, ie les éditeurs, pour ce qui nous intéresse). Plus besoin de passer par le proxy. L’intérêt, c’est que le bibliothécaire s’affranchit de la maintenance des URLs de chaque ressource, à modifier à chaque changement de plateforme des éditeurs (au mois un par an ces dernières années) dans le paramétrage du serveur proxy. Le problème, c’est que toutes les ressources ne sont pas compatibles Shibboleth : il faut donc quand même garder un serveur proxy.
La question que je me pose – et que je vous pose – c’est : comment signaler ces ressources ? On a souvent le cas de pages de connexion via Shibboleth en anglais, dans lesquelles il est difficile de trouver, si on n’est pas averti, la “french federation”, puis son établissement dans la liste qui s’affiche… Je ne dis pas que c’est compliqué, je dis que ce n’est pas naturel, et que ça nécessite un minimum d’explications.
Et j’aimerai savoir comment c’est géré dans les autres universités, où si d’autres se posent aussi ce genre de questions.
[Photo : D.H. Parks]
*mais non, je rigole

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