Le marché du mardi, n°41

OPEN STUFF

- Elsevier teste la « validation communautaire » avec PeerChoice : pendant 3 mois, les articles soumis pour publication à la revue Chemical physics letters sont proposés à la validation de qui veut, du moment qu’il est enregistré – et qu’il a quelque expertise dans le domaine, cela va de soit. C’est une option offerte en parallèle au système de validation par les pairs traditionnels (où les spécialistes du domaine sont sélectionnés puis invités à valider les articles par le comité éditorial). On n’est pas encore dans la transparence complète (c’est pas de l’open peer-review), mais c’est un pas vers une ouverture à des modes de validation alternatifs, qu’il est intéressant de signaler.

- 20% des articles scientifiques publiés en 2008 étaient accessibles librement en 2009, soit sur le site de l’éditeur (8%), soit dans une archive ouverte (12%), selon cette étude publiée dans PLoS One. Mais puisqu’on vous dit que l’Open Access augmente la visibilité de la recherche…

- Springer lance sa collection de revues en open Access : SpringerOpen, c’est son nom, proposera un portefeuille de revues – dont on ne connaît pas encore la taille – entièrement en libre accès, et dont les contenus seront sous licence Creative Commons. Apparemment cette collection se veut « un complément entre le portefeuille historique des revues Springer et la liste (croissante) de plus de 200 titres en sciences de la vie et sciences biomédicales de BioMed Central ». Par ailleurs 2011 devrait voir les premiers effets du modèle « auteur-payeur » de Springer sur ses titres participant au programme OpenChoice : a priori une trentaine de revue a proposé un nombre significatif de ses articles en libre accès – financé par les auteurs, donc -, ce qui aura pour conséquence une baisse des tarifs des abonnements l’an prochain.

- Le JISC nous offre une synthèse très complète sur l’Open Access, avec définitions, études de cas, chronologie et rappel du travail de recherche mené au sein du JISC sur l’OA. Brilliant.

- Une source bien informée me signale que les définitions sur l’open access (institutional repository, etc.) vont officiellement faire leur entrée dans les normes internationales, notamment la 2789 statistiques de bibliothèques qui est en cours de révision. Stay tuned.

DOC ELEC STUFF

- Avis de grand frais sur les prix – en ces temps caniculaires, qui s’en plaindrait ? – des revues scientifiques : certains éditeurs, conscients de l’impact de la crise économique sur les budgets publics, s’engagent à geler leurs tarifs pour l’année à venir, ils sont priés de se signaler sur ce message de Liblicense, pour que la Medical library Association puisse en dresser la liste, comme elle l’avait fait l’an dernier.

- L’accès à la base de données statistiques de la FAO – FAOSTAT – est désormais libre et gratuit.

[photos : filou30, vincen-t]

A day in the life #5

C’est la dernière semaine de juillet, et donc le retour de l’opération library day in the life, qui consiste pour les bibliothécaires à raconter ce qu’ils font de leurs journées. Ca peut paraître un peu gnan-gnan comme idée, mais en fait c’est une bonne occasion de voir ce qui se fait ailleurs et de découvrir qu’il existe des bibliothécaires dans des domaines un peu moins courants (voir la journée d’un bibliothécaire chargé de R&D, ou celle d’une documentaliste dans le spectacle).

Les participants peuvent relater leur journée dans un billet de blog, mais aussi twitter leur journée : on peut les suivre avec le hashtag #libday5.

Je ne vais pas rentrer dans le détail en ce qui me concerne, ma journée s’étant principalement concentrée sur une seule tâche – ô combien passionnante – : la rédaction des procédures pour l’utilisation du module circulation du nouvel SIGB, ainsi qu’un point avec les personnes qui vont former les agents audit module sur l’organisation des formations, histoire d’être tous au point lors de la mise à feu du système le 01/09/2010. J’en suis déjà à la 2ème version du document, et à mon avis ce n’est pas la dernière… ;-)

Vous trouverez la suite de ma semaine sur twitter (@mdelhaye).

[photo : @simonhucko]

L’OA « vert » n’est pas la panacée

« La voie « verte » vers le libre accès est simple : pour chaque article de revue scientifique, il faut qu’au moins un des auteurs fasse le nécessaire pour s’assurer que l’article en question est accessible en ligne librement, où que ce soit. Ils peuvent le déposer dans PubMed Central, ou bien mettre le pdf ou leur propre version de travail sur leur site web. Cependant, la méthode préférée de nombreux défenseurs du libre accès « vert » reste le dépôt dans une archive institutionnelle : chaque bibliothèque universitaire gère sa propre base de données des publications des chercheurs qui y sont affiliés. C’est effectivement une solution au problème de l’impossibilité d’accès aux articles que l’on souhaite lire.

Ca va vous paraître une hérésie, mais le problème de l’accès n’est pas intéressant. Les éditeurs commerciaux butés ont raison quand ils disent que la plupart des gens peuvent lire la plupart des articles qui les intéressent. Oui, cela signifie envoyer des messages aux auteurs, pirater entre amis, et emprunter des mots de passe, et oui, c’est un vrai problème, et non, les éditeurs commerciaux n’ont aucune excuse pour ne rien faire contre ça. Mais ce n’est plus un problème intéressant. Nous laisser lire un article librement, sans avoir à se connecter ou à harceler l’auteur au bout de 12 mois, ce n’est pas une révolution.

Il y a d’autres problèmes tout aussi ennuyeux dans le domaine de la publication scientifique que le libre accès « vert » ne résout pas. Comme par exemple trouver comment les bibliothèques universitaires peuvent échapper aux éditeurs parasites (ceux qui ne jurent que par l’accès sur abonnement), qui sont en train de tuer à petit feu leurs hôtes sans défense. Le libre accès « vert » envoie à ces éditeurs parasites le message qu’ils peuvent continuer à vider les bibliothèques de leurs budgets en leur vendant des bouquets d’abonnements à des revues de faible qualité que peu de gens veulent lire, du moment qu’ils ouvrent l’accès aux articles au bout de 12 mois.

C’est maintenant, alors que les bibliothèques sont confrontées à leurs plus grandes restrictions budgétaires depuis le début de la crise, le moment idéal pour qu’elles aient le cran d’intervenir, de dire « non », et de se débarrasser de ces parasites une bonne fois pour toutes, avant que quelqu’un n’arrive et ne les bâillonne derrière un énorme sparadrap. Les étudiants devraient se révolter en apprenant qu’ils vont devoir se passer de manuels et d’ordinateurs parce que leurs bibliothèques préfèrent dépenser plusieurs dizaines de milliers d’euros pour un bouquet d’obscures revues de seconde zone. Au lieu de cela, nous sommes distraits par le libre accès « vert », parce qu’on nous dit que c’est de cela que la recherche a désespérément besoin.« 

Joe Dunkley dans « Green is no goal« , sur Journalology. Il évoque ensuite les « vraies révolutions » pour la recherche : la diffusion ouverte de données dans des formats structurés (il cite l’exemple de ce qui a été fait en génomique), et l’open notebook science (la science « ouverte », dont les partisans diffusent librement leurs travaux, recherches et expérimentations en cours, en toute transparence), susceptible de modifier profondément selon lui la manière de faire de la recherche.

[photo : gfpeck]

Usages des outils en ligne par les bibliothécaires


Ce sont les résultats d’une enquête menée auprès des bibliothécaires membres de Webjonction, la communauté pédagogique d’OCLC, à propos de leur usage des outils en ligne.
Curieux : un bibliothécaire sur 2 n’utilise jamais les fils RSS. Et visiblement les listes de diffusion ont encore de beaux jours devant elles : elles sont utilisées quotidiennement par un bibliothécaire sur 2, voire 3 sur 4 dans les BU.

Elsevier en plein déni

Extrait de l’interview de Claudio Aspesi, analyste financier à propos des évolutions possibles pour Elsevier, par Richard Poynder sur son blog Open and shut ? – je vous conseille de le lire en entier, si vous vous intéressez aux questions de doc électronique – :

« RP: Dans un rapport publié en mars, vous disiez « Reed Elsevier semble nier l’ampleur du problème pouvant affecter l’édition scientifique, et une approche plus en profondeur sur cette question serait la bienvenue. » Pouvez-vous nous en dire plus sur ce à quoi vous faites allusion ?
CA:
Si – et je tiens à souligner le « si » – les contraintes budgétaires sur les bibliothèques universitaires résultent en plusieurs années de faible augmentation, voire d’absence d’augmentation des revenus, les éditeurs devront, au minimum, réduire fortement leurs coûts de production.
Si les contraintes budgétaires conduisent à des suppressions massives de contrats de type « big deal », et à une offre de nouveaux contrats à 20-30% de dépenses en moins, les éditeurs auront l’obligation de s’adapter. Aussi longtemps que les gestionnaires sembleront croire (si l’on en juge leurs déclarations publiques) qu’il n’y a aucune probabilité pour que leurs revenus restent inchangés pour les nombreuses années à venir, il faudra se demander s’il existe un plan B, qui en est responsable, et quel type d’événement pourront le déclencher.
Il y a également le fait que les arguments qu’Elsevier a mis en avant par le passé à propos de l’OA ne sont pas convaincants : par exemple, quand Reed Elsevier affirme que l’OA est voué à l’échec à cause du besoin de validation par les pairs, la société ignore le fait que la plupart des partisans de l’OA  soutiennent la dissemination de cette validation.

RP: Je pense que ce que vous dites, au fond, c’est que le groupe est en déni face à l’Open Access (OA), et à son impact probable sur sa rentabilité future. En quoi l’OA est-il une menace pour l’avenir d’Elsevier ?
CA:
L’OA n’a pas besoin d’être une menace. En fait, je pense qu’un passage vers l’OA « en or » (Gold OA) pourrait être bénéfique à Elsevier : si les revues proposaient des coûts de publication correspondant globalement aux revenus que la compagnie perçoit actuellement, elle maintiendrait son niveau de revenu, pour un coût vraisemblablement moindre.
La véritable menace vient de l’auto-archivage des revues validées par les pairs [Green OA]. C’est cela qui rend SCOAP, le modèle développé par la communauté des physiciens, tellement  perturbant : il réduit le rôle de l’éditeur à la gestion du processus de validation, avec éventuellement un peu de mise en page. Cela nécessite des coûts plus faibles, et nie la valeur du facteur d’impact.

RP: Alors quel est le fond du problème auquel fait face Elsevier  ?

CA: La société a élaboré un modèle économique sur un principe d’augmentations de revenu annuelles, justifiées et donc financées par le lancement continu de nouveaux titres. Cela a bien marché (en tout cas pour Elsevier) tant que les bibliothécaires ont pu trouver l’argent nécessaire (quel qu’ait pu être leur mécontentement croissant de l’augmentation des dépenses). Cela ne peut pas durer si l’on continue à restreindre les budgets des bibliothèques. »

[photo : deni]

BBQ season : Nature sur le grill

Dans une lettre ouverte adressée il y a quelques jours à leurs enseignants et à leurs chercheurs, la California Digital Library (qui gère – entre autres – les négociations avec les éditeurs pour les ressources électroniques), les bibliothèques universitaires et la Commission Universitaire pour la Communication Scientifique de l’Université de Californie (UC) les informent d’un possible boycott des revues de l’éditeur Nature Publishing Group (NPG). Pourquoi ? Oh, simplement parce que « NPG veut augmenter le tarif de [notre] licence pour la revue Nature et ses revues affilées de 400% en 2011, ce qui porterait le coût de leurs 67 revues à plus d’1 million de dollars par an ».
Ils encouragent en plus lesdits enseignants et chercheurs :
- à refuser de valider des articles pour les revues de NPG
- à cesser de soumettre des articles aux revues éditées par NPG
- à arrêter de promouvoir leurs postes vacants dans les revues du groupe
- à diffuser largement leur avis sur les pratiques commerciales de NPG auprès de leurs collègues, y compris (et surtout) en dehors de leur propre université.
Pour les signataires, c’est également une occasion de sensibiliser les enseignants et les chercheurs au fait que le modèle économique traditionnel de l’édition scientifique est corrompu, et qu’il ne tient qu’à eux de le changer : ils les incitent, par exemple, à publier dans des revues en open access, à déposer dans l’archive institutionnelle de l’université, ou à veiller à ce que les licences passées avec les éditeurs leur permette de garder leur droit d’auteur.
Nature a répondu à ce courrier, en précisant qu’en fait l’UC bénéficiait jusque là d’un tarif avantageux qui lui était spécifique : rendez-vous compte, une remise de 50% par rapport au tarif public ! Sauf que, n’importe quel responsable de la documentation électronique vous le dira : PERSONNE ne paye le tarif public, et tout est affaire de négociations. Pour l’éditeur cette augmentation n’est donc qu’une remise à plat par rapport aux autres clients, mais, dans les réactions apparues dans la blogosphère à la suite de ces annonces, aucun bibliothécaire ne s’est félicité de ce rattrapage qui mettrait tous les clients de Nature au même niveau. Non, bizarrement, les bibliothécaires soutiennent plutôt la position de l’UC, et attendent de voir si la menace de boycott va avoir un effet sur la suite des négociations… Plusieurs observateurs remarquent que cette initiative est une occasion d’étendre le débat à la remise en question des modèles de diffusion et d’évaluation de la recherche scientifique (ici ou ), certains pensant qu’il faudrait aller plus loin, en instaurant un moratoire sur l’utilisation de l’impact factor par les commissions de recrutement dans les universités (Adventures in ethics and science) par exemple. D’autres soulignant l’aberration d’un système dans lequel une université qui contribue de manière non négligeable à la production des contenus des revues (plus de 5300 articles publiés dans les revues du groupe au cours des 6 dernières années émanent de chercheurs de l’UC, dont près de 700 pour la seule revue Nature) n’a finalement pas les moyens d’accéder à ces contenus…
L’université a répondu à cette réponse, en s’appuyant sur le fait que les autres négociations qu’elle mène avec d’autres éditeurs, plus compréhensifs sur les réductions budgétaires dont souffrent les bibliothèques dans cette période de  crise économique (voir la déclaration de l’ICOLC sur les impacts de la crise sur les licences consortiales), lui ont permis de limiter les désabonnements : accepter le deal proposé par NPG annulerait les économies réalisées, et décrédibiliserait le travail accompli avec les autres éditeurs.
Par ailleurs, l’université revient dans cette réponse sur un élément fondamental dans tout acte d’achat, à savoir la valeur du produit :
« Comment on détermine la valeur est une question complexe. Les bibliothèques de l’UC ont vraiment passé beaucoup de temps à étudier la question. Nous sommes certes d’accord sur le fait que NPG publie des articles de très grande qualité, mais c’est le cas de beaucoup d’autres éditeurs, et ce à des coûts plus raisonnables. La fiche synthétique jointe à notre courrier aux enseignants-chercheurs montre que le coût moyen actuel des revues NPG est bien dans la norme de ce qui est dépensé pour d’autres ressources par l’UC, alors que la nouvelle proposition tarifaire les placerait dans une position anormalement élevée. Alors que nous ne mettons pas en question le fait que le coût d’usage des revues NPG à l’UC est bas, les caractéristiques de ces revues doivent aussi être prises en compte, histoire de comparer ce qui est comparable. Comme de nombreux observateurs ont pu le constater (y compris sur la plateforme de Nature, comme Andrew Odlyzko), le coût marginal pour un éditeur de l’augmentation des usages en ligne est très bas, comparé au coût du premier exemplaire. Il existe de nombreux facteurs externes qui entraînent les usages dans l’environnement numérique actuel, dont peu ont un lien avec la structure des coûts internes de l’éditeur. Nous sommes impatients de travailler avec NPG pour arriver à une évaluation juste de la valeur dans la suite de nos discussions. »
Enfin, l’UC interpelle NPG à propos des heures passées gratuitement par ses personnels à évaluer la qualité scientifique des contenus proposés dans les revues (peer-review) ou a participer à des comités éditoriaux : dans quelle mesure pourraient-elles être prises en compte dans le calcul tarifaire, en compensation ?
Pour Dorothea Salo, la suite promet d’être éclairante sur bien des points : l’UC est-elle prête à aller au clash même si elle arrive à négocier un taux d’augmentation plus bas ? D’autres universités pourront-elles / vont-elles suivre ? L’importance des revues en terme d’outils d’évaluation ne va-t-elle pas en prendre un coup ? Est-ce que tout ça va vraiment bénéficier à l’Open Access et aux archives ouvertes ?
A suivre, donc…
[photos : kilgub, essgee]

Q/R : trouver sa niche

« La conclusion à laquelle je veux arriver est celle-ci : il existe désormais un marché pour répondre aux besoins d’informations. Les bibliothèques sont un des acteurs de ce marché, mais seulement un parmi d’autres, et pas forcément le plus connu ni le meilleur. Le seuil pour entrer dans ce marché est bas, il faut donc s’attendre à ce qu’il y ait d’autres entrants. Quand un opérateur jusque là unique se retrouve soudainement face à la concurrence, ledit opérateur doit changer son modèle économique ou couler. Ma conclusion ? Les bibliothèques doivent abandonner l’idée que les services de questions / réponses font partie du coeur de leurs services. Ce n’est pas le cas. C’est quelque chose que nous faisons pour apporter de la valeur ajoutée au reste des prestations de nos bibliothèques. Il ne faut peut-être pas laisser complètement tomber, mais plutôt se spécialiser dans des domaines que les bibliothèques sont les seules à pouvoir couvrir. Nous devons définir quels peuvent être ces domaines qui nous sont uniques, honnêtement. En d’autres termes, quelle est notre niche sur le marché ? Et, comme les bibliothèques ne sont pas vraiment en concurrence avec les autres acteurs de ce marché (puisque personne ne gagne de l’argent avec les services de questions / réponses), nous devons accepter d’externaliser certaines questions à ces acteurs là.« 

Jeffrey Pomerantz sur son blog, à propos de l’annonce faite par Facebook d’un prochain service de questions / réponses « social ».

J’ai envie d’ajouter que *pour l’instant* ce type de service ne fait pas gagner d’argent, mais cette annonce ajoutée au rachat d’Aardvark par Google il y a quelques mois laisse présager que ça risque de ne pas durer…

[photo : shaggy359]

Former jusqu’où ?

« - Si nous intégrons nos services et nos ressources documentaires dans une plateforme pédagogique, n’avons nous pas à répondre, dans une certaine mesure, aux questions sur cette plateforme ?

- Si nous formons les étudiants à « comment citer des références », n’est-il pas injuste de nous défiler quand il y a des questions sur le fonctionnement d’un traitement de textes pour créer une liste de références ?

- Si nous intervenons dans des cours d’informatique, ne devrions-nous pas être capables de régler le problème lorsqu’un ordinateur est en panne et qu’il empêche les étudiants de suivre lesdits cours ?« 

Bref, Can we teach information literacy and not be tech support ?

Définitivement, non, à mon avis (vous vous en doutez).

Cela ne va pourtant pas de soi : cela veut dire accepter que notre périmètre de compétences s’est élargi – mais notre (auto)formation a-t-elle suivi ? – , et s’intéresser aux outils développés en dehors de la bibliothèque, voire en dehors de l’université – mais sommes-nous dans les bons circuits de communication ?

Je me demande parfois si les bibliothécaires ont la curiosité nécessaire pour maîtriser leur environnement technologique (et celui de leurs usagers) et – au moins – exister dans leur environnement institutionnel. Mais en général ça me passe assez vite ;-)

[photo : quinn.anya]

Libguides, pourquoi s’en passer ?

Marlene’s corner accueille aujourd’hui un contributeur de choix en la personne de Julien Sicot (@jsicot), IGE au SCD de Rennes 2. Il nous présente Libguides, une solution hébergée de création de guides thématiques, qui nous montre que non, la bibliothèque numérique ne se résume pas à fournir à l’usager d’insipides listes de signets, et que oui, nous disposons désormais de véritables outils d’aide à la médiation numérique, en somme.

À la frontière entre Content Management System (ex : WordPress) et Learning Management System (ex : Moodle), Libguides est une application full web développée par la société SpringShare, spécifiquement pour les bibliothèques académiques, afin de concevoir et diffuser en ligne des guides thématiques en direction de leur public. Ce produit dispose d’une large communauté d’utilisateurs : près de 1200 bibliothèques (parmi lesquelles Cornell University Libraries, et MIT Libraries), réparties dans 25 pays, pour un total de 18 000 contributeurs et 82 000 guides publiés. Basée sur un système d’abonnement annuel, cette solution « clés en mains » et peu onéreuse, propose de nombreuses options de personnalisation, permettant de l’intégrer au système d’information de l’établissement.

Libguides s’appuie sur un système d’édition décentralisé souple et flexible, qui facilite la mise à jour, le partage et la réutilisation des contenus. Il permet de fédérer un véritable réseau de rédacteurs, ce qui en fait une solution de choix pour des projets multi-établissements. L’outil dispose, en effet, d’une bonne gestion multi utilisateurs (plusieurs rôles peuvent être définis : administrateur, auteur, contributeur, etc.) et d’un workflow simple de publication (guide non publié, publié, privé, etc.). Le système d’édition est le véritable point fort : il s’avère convivial et intuitif et s’adapte parfaitement à des utilisateurs “occasionnels”. Il est basé sur un éditeur WYSIWYG associé à un système d’onglets et de boîtes à la Netvibes. L’actualisation des contenus est facilitée par deux modules : un vérificateur de liens morts et un bookmarklet (similaire à delicious) qui permet de poster, depuis son navigateur et à n’importe quel moment, du contenu dans un de ses guides.

Autre qualité, Libguides est construit comme une immense base de connaissances : chaque contenu, texte ou lien créé dans un guide est potentiellement réutilisable dans un autre ; il est ainsi possible de cloner tout ou partie d’un guide pour en créer ou en alimenter un nouveau. Ce dispositif peut s’étendre à l’ensemble des bibliothèques abonnées… Imaginez un peu le potentiel d’un tel outil si plusieurs établissements francophones souscrivaient à Libguides !

Libguides offre en outre une forte expérience utilisateur : les guides sont imbriqués et reliés les uns aux autres, permettant à l’usager une multitude de points d’accès aux ressources. Ainsi, il peut, dès la page d’accueil, accéder aux guides par liste alphabétique, par sujets, par nuage de tags, par questions/réponses, par rédacteur, par guides récents ou populaires, ou bien plus simplement taper sa requête dans le moteur de recherche dédié. De plus, à partir de chaque guide, il est possible de rebondir sur des guides connexes, des questions liées, un thème, un auteur, un tag. De nombreux services et diverses interactions sont également possibles au niveau des guides : s’abonner aux flux des dernières modifications, créer des alertes par courriel, laisser un commentaire, noter des ressources, soumettre des liens, répondre à un sondage…

Libguides tire également pleinement profit des potentialités offertes par le web 2.0 : RSS, tags, intégration de Delicious (partage de signets), dissémination des contenus grâce à l’intégration de Twitter (micro-blogging), ou à l’aide de widgets, imbrication de contenu multimédia (tutoriels animés de type screencast, vidéos Youtube ou présentations Slideshare), widgets de recherche (Google, Google Scholar, etc.). Il est également possible de renseigner les paramètres d’un reverse proxy afin de garantir un accès authentifié aux ressources électroniques.

D’autre part, LibGuides permet de créer des profils pour les rédacteurs/formateurs (photo, domaines de spécialisation, coordonnées, widget de chat, liens vers les guides créés) ce qui apporte une dimension plus  « humaine » au contenu, l’utilisateur pouvant facilement identifier des personnes ressources et les contacter par chat en cas de problème. Libguides peut également être couplé à un service de références en ligne de type questions/réponses appelé LibAnswers, ce dernier offrant des fonctionnalités similaires à QuestionPoint d’OCLC.

Pour finir, Libguides est la solution qui a été adoptée – à la suite de la réalisation d’un comparatif des solutions existantes (Library à la Carte, SubjectsPlus et Libguides, donc) – dans le cadre du projet Form@doct, que je présenterai lors des journées Formist les 3 et 4 juin prochains à l’Enssib.

Le marché du mardi, n°40

DOC ELEC STUFF

- Nouveau modèle de diffusion annoncé par IEEE Computer Society pour 2 de ses revues papier, qui seront proposées à partir de 2011 soit en accès électronique, soit sous forme numérique off-line (le communiqué parle « d’interactive disk », je suppose que c’est un DVD ?), soit sous forme d’un recueil de résumés. Ca s’appelle OnlinePLUS+, c’est censé être moins cher et plus éco-responsable. Mouais.

- Une étude récente de l’évolution des revues scientifiques (en accès libre chez Springer) souligne le fait que, dans certains secteurs parmi les plus dynamiques (informatique, sciences de l’ingénieur), la diffusion des résultats de la recherche passe de plus en plus par les actes de conférences ou les archives ouvertes. Or ces sources sont peu indexées par le Science Citation Index, qui est l’outil de référence pour la mise en valeur des domaines de recherche d’une part, et pour le recensement des publications des chercheurs d’autre part. Pour les auteurs, la réduction de la couverture de certaines zones de la recherche par le SCI (et ses variantes en SHS, que l’on sait déjà biaisées) pose question sur la poursuite de l’utilisation de cet outil pour l’établissement d’indicateurs de portée nationale.

La même étude estime à 24 000 le nombre total de revues scientifiques actuellement.

OPEN STUFF

- Une bonne typologie des différentes mouvances du « libre » : open access, open source, open data, open education, open science chez The book of Trogool

- Curieuse initiative que celle de SPIE vient de lancer avec Optipedia, une encyclopédie sur l’optique et la photonique : constituée à partir de chapitres d’ouvrages publiés par l’éditeur, elle propose sur chaque article un lien vers l’ouvrage dont il est issu, que l’on peut acheter en ligne si on veut le lire dans son intégralité. Le site de l’éditeur propose aussi une rubrique « Free content » avec des sélections d’articles, des communications…

- Internet Archive direct dans mon Firefox ? C’est possible, avec ce plug-in qui va ajouter l’IA aux moteurs de recherche fournis en standard avec votre navigateur préféré (vu sur le blog What’s new at the Internet Archive).

- Le repérage de cette présentation sur le statut juridique de la donnée libre par @calimaq m’a fait découvrir Veni, vidi, libri, un site consacré aux licences libres, que je n’ai pas encore fini d’explorer.

MOBILE STUFF

- Mobile, mobile oui mais pour quoi et pour qui ? C’est la question que se pose J. Rochkind dans mobile trendiness, à propos des applications et des interfaces pour mobile qui fleurissent sur les sites de bibliothèques. Sans remettre en cause l’intérêt de la chose, il aimerait avoir des retours sur l’usage réel de ces outils, histoire de vérifier qu’il y a bien un public pour ce type de service, et que ce qui leur est proposé jusqu’à présent correspond réellement à ce que les usagers attendent ; J. Rochkind suggère par ailleurs qu’avant de se lancer dans les services pour mobile, les bibliothèques devraient valider quels sont les services réellement appréciés parmi ceux qu’elle propose en ligne, voire améliorer ceux qui ont besoin de l’être, et ensuite seulement s’atteler à une version nomade…

OTHER STUFF

- L’Ecosse en images, c’est sur Scottish screen archive, une initiative de la bibliothèque nationale écossaise qui rassemble plus de 32 000 documents vidéo sur l’histoire et l’actualité du pays, dont 1000 sont visionnables en ligne gratuitement.
- Hispana est le portail d’accès aux ressources numériques culturelles de nos voisins espagnols, si j’ai bien compris, ce qui n’est pas sûr vu que mon espagnol date un peu…
- Leicestershire Statistics and Research Online (LSRO) me semble être un bon exemple de ce qui peut se faire en matière de mise à disposition des données publiques, dans un cadre collaboratif qui plus est.
- Tout savoir sur l’OCDE ? C’est ce que propose l’OECDFactblog : le blog fourmille de cartes, de stats, de liens vers des rapports et autres études… une mine, quoi.

[photos : graphic spirit, attraction-photos]

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