Temps de veille

Resourceshelf rapporte les résultats d’une enquête menée par l’Université de Göteborg sur les activités de recherche d’information et de veille de différents groupes professionnels (des infirmières, des enseignants et des bibliothécaires ont été observés) :

« Les bibliothécaires diffèrent des enseignants et des infirmières en cela que la recherche d’information est essentielle à leur profession. Cependant, comme les enseignants, les bibliothécaires interrogés ont répondu n’avoir jamais été formés à la veille. Le temps de travail dédiée aux activités telles que la consultation de la littérature professionnelle est rare dans les 3 groupes étudiés, et ceci bien que les bibliothécaires puissent bénéficier d’un accès à une information considérable sur leur lieu de travail. »

A peu près au même moment est sortie la dernière enquête sur les bibliothécaires universitaires menée par le Primary Research Group ; elle s’est penchée cette fois sur leur usage des blogs, de la littérature professionnelle, des conférences et leur participation associative. Voici les quelques résultats disponibles en ligne gratuitement (merci encore à Resourceshelf – le rapport complet coûte 85$ !) :

- les professionnels consacrent en moyenne 22,26 minutes par jour à la lecture de la presse professionnelle au format papier (31 minutes pour les plus de 60 ans)

- les moins de 30 passent 19 minutes quotidiennes à la consultation des blogs professionnels

- les listes de diffusion continuent à intéresser surtout ceux qui ont entre 10 et 20 ans d’expérience (qui déclarent y consacrer 23,12 minutes par jour en moyenne)

- 72% des sondés font partie d’une association professionnelle

- les professionnels chargés du service public sont ceux qui assistent le moins à des conférences

Disons que ça fait, papier + électronique compris, à peu près 2 heures hebdomadaires de veille : ça vous paraît beaucoup ? Peu ? Vous y passez combien de temps, à cette veille, vous ?

[photo : quinn.anya]

Bibliothèques et sciences : pertinence ?

Il y a eu un mini-débat, lors de la dernière conférence Science Online 2010, sur les rapports entre enseignants-chercheurs et bibliothécaires, les uns s’étonnant de la présence des autres à une conférence scientifique. Pour Dorothea Salo, bibliothécaire, le fait que les acteurs de la recherche soient si déconnectés des professionnels de l’information, que la pertinence des bibliothèque et des bibliothécaires pour la recherche soit ignorée par ces mêmes acteurs – comme s’il n’y avait pas de lien entre documentation et recherche – est extrêment inquiétant pour les BU, notamment scientifiques.

(J’ai envie d’ajouter que c’est un peu une tendance générale dans les universités, qui bien souvent relèguent sur leur site web les BU dans la rubrique « vie universitaire » ou « formation »… Du reste en France, depuis la LRU, les directeurs de SCD ne font plus partie des membres du Conseil Scientifique ni du Conseil d’Administration de l’université, ils ne participent plus qu’au Conseil des Etudes et de la Vie Universitaire. Mais je m’égare.)

Dorothea ajoute : « Je vais vous dire une chose : nous ne combleront pas le gouffre [qui nous sépare des chercheurs, ndlt] en restant derrière nos bureaux dans nos bibliothèques. Nous ne le combleront pas dans des conférences de bibliothécaires ou sur l’édition. Nous pourrons peut-être jeter des ponts par dessus ce gouffre grâce à l’électronique, mais nous n’arriverons à rien en restant dans notre coin sur nos petits sites web. »

A cela Martin Fenner, un chercheur en médecine qui s’intéresse aux questions d’édition scientifique (et qui tient le blog Gobbledygook), répond qu’effectivement, les relations entre chercheurs et bibliothécaires se sont raréfiées avec le développement des ressources en ligne, qui ont fortement diminué l’intérêt d’une visite à la bibliothèque. Et que, bien que les bibliothèques aient pris le virage internet, elles n’ont pas su saisir cette opportunité d’adapter leur offre aussi bien que certains éditeurs, qui en ont profité pour créer de nouveaux produits (il cite notamment Faculty of 1000). Résultat : le chercheur visite bien plus souvent Pubmed ou ses revues favorites que la page d’accueil de la BU. Martin propose plusieurs suggestions pour rendre le site de la BU plus attractif :

  • Fournir des outils de gestion des références bibliographiques, et l’assistance qui va avec
  • Proposer de la formation  et des tutoriels en ligne
  • Maintenir une liste à jour des publications des chercheurs de l’institution
  • Participer au dépôt de la production scientifique dans l’archive ouverte de l’institution
  • Aider les chercheurs à soumettre leurs articles pour publication
  • Permettre aux chercheurs de découvrir les nouveaux outils de travail et de communication à leur disposition

Rien de ce qui est dans cette liste ne me choque, bien au contraire : je pense que c’est vers ce type de service que nous devons nous orienter pour faire de la bibliothèque une véritable valeur ajoutée pour l’université.

[photo : Nic's events ]

Appel à témoignage

Vous qui avez déjà vécu une réinformatisation (comme chef de projet ou comme simple participant), ça vous dirait de partager vos suggestions, vos astuces, vos erreurs sur la gestion du projet (je pense particulièrement à tout ce qui a trait à la formation des personnels et à la communication vers le public) ?

Si oui, envoyez-moi à l’adresse habituelle (@gmail) les « plus » et les « moins » de vos expériences passées ou en cours, je ferai une synthèse sur la liste ici même, promis !

OPAC is (really) dead

« Jane Burke, VP de Serials Solutions, a décrit comment les ressources électroniques éloignaient de plus en plus les bibliothèques de leurs usagers dans le processus de recherche. Et sa conclusion fut, sans équivoque, que « le modèle traditionnel d’utilisation de la bibliothèque est fini », et que « l’OPAC est vraiment mort ».

Des études de ProQuest, d’Ithaka, d’OCLC et d’autres montrent que l’OPAC n’est plus le premier outil de découverte ou le point de départ des recherches. Les dépenses des bibliothèques portent désormais en priorité sur les ressources électroniques, mais les OPAC couvrent moins de la moitié de ces ressources – ils excluent les articles de revues et les projets de numérisation des collections spécialisées.

La perception des usagers de la valeur et de la qualité de la bibliothèque reste très forte, remarque Burke. Cependant, les étudiants ont des difficultés à naviguer entre des douzaines d’interfaces et de stocks de contenus. Le point d’entrée le plus simple pour une recherche, c’est Google, qui, selon de nombreux enseignants, est la source du déclin de la qualité du travail de recherche fait par les étudiants. La solution ? « Accepter le nouveau modèle de recherche, » suggère J. Burke. « Accepter un risque à court terme pour éviter une désintermédiation à long terme, laisser tomber nos règlements, et simplifier les choses. »

Extrait de E-access changes everything, compte-rendu dans Library Journal de la Charleston Conference de novembre dernier, par Carol Tenopir.

[photo : Brave Heart]

Gaffe aux données

Dans ce post du koha blog, Owen Leonard donne quelques conseils aux bibliothèques qui se lancent dans les SIGB libres en externalisant leur hébergement (il parle de Koha, mais à mon avis cela vaut pour les autre systèmes aussi) :

- Insistez pour avoir accès à votre base de données : vous êtes propriétaires de vos données (des lecteurs aux autorités), vous devez pouvoir y accéder à tout moment (pour faire des sauvegardes complémentaires par exemple, ou les tester sur un autre système).

- Ne vous limitez pas aux données : intéressez-vous à toutes les procédures mises en place par votre prestataire autour de la base de données (tout ce qui tourne autour des imports notamment, et des mises à jour : toutes ces opérations que l’on ne voit pas et qui sont pourtant primordiales pour le bon fonctionnement du système) – infos qu’il me semble indispensable d’avoir quelquepart, même quand on héberge son SIGB localement.

- Exigez que les développements que vous financez soient reversés à la communauté, histoire de ne pas vous retrouver coincé avec un système que seul votre prestataire maîtrise, ce qui rend les choses beaucoup plus compliquées le jour où vous décidez d’en changer. Si les développements vous sont spécifiques – ça peut arriver – là aussi, avoir une documentation complète à portée de clic sur ce qui a été fait est essentiel.

Travailler autrement

« Nous devons apprendre de nouveaux modes de travail si nous voulons maximiser la valeur de Koha dans nos organisations :

- Réfléchissez en fonction de ce que VOUS voulez, et pas de ce qui existe

- Apprenez les compétences de base de l’administration du système, et prenez la responsabilité du paramétrage de Koha pour qu’il soit conforme à ce que VOUS voulez

- Devenez à l’aise sur un outil de réseautage comme irc

- Apprenez à identifier, à décrire et à signaler les bugs, puis à tester les corrections

- Dites-vous « et si… ? » – et proposez des suggestions d’améliorations

- Puis rejoignez la conversation au sein de la communauté, pour vous assurer que les développeurs aient bien compris ce que vous vouliez, et réfléchissez au moyen de l’inclure dans la branche de développement principale

- Trouvez un développeur pour réaliser ce dont vous avez besoin si vous même n’êtes pas programmeur

- Apprenez à demander de l’aide et à en donner aux autres

- Partagez vos analyses et réflexions, vos trucs et astuces et vos supports internes (comme des tutoriels ou des vidéos)

- Devenez un adepte du travail collaboratif sur les wikis

- Financez des développements pour la communauté, sans les garder égoïstement pour vous-mêmes

- Et co-financez des développement conséquents avec d’autres organismes pour en partager les coûts, et que cela bénéficie à tout le monde ».

Ce sont les suggestions que Joann Ransom propose aux bibliothécaires qui se lancent dans l’aventure du libre avec Koha dans Users vs developpers : not in my universe ! Elle souligne la nécessité de sortir de la relation traditionnelle client-vendeur – pourtant si confortable – pour que les bibliothécaires arrivent à reprendre le contrôle de leur outil de travail. Il me semble qu’en France, on est loin de certains points de cette liste (passer à IRC après des décennies de messagerie, c’est pas gagné…), mais on se rapproche d’autres (le SUDOC a amené une certaine forme de travail collaboratif, au moins parmi les catalogueurs). Ce qui me paraît crucial ici, c’est le fait de savoir ce que nous voulons : finalement, avons-nous jamais réfléchi à ce que devrait être notre SIGB idéal ? Ne nous contentons-nous pas bien souvent de reproduire à l’identique les spécifications du système précédent dans nos cahiers des charges de réinformatisation ?

[photo : LuChOeDu]

Extension du domaine de la veille

Ce post du Vancouver Law Librarian attire notre attention sur la nécessité, pour les bibliothécaires et autres professionnels de l’information, d’étendre le périmètre de leur veille : en plus des bases de données, revues et sites web, il faut également regarder ce qui se fait du côté des applications pour mobiles, tant pour leurs aspects fonctionnels que pour les contenus proposés. En France nous avons un peu de marge – aucun éditeur juridique, par exemple, ne propose ce type d’appli, à ma connaissance – mais aux Etats-Unis on voit déjà arriver de la jurisprudence (Fastcase, Lexis-Nexis), et les éditeurs en sciences dures s’y sont mis aussi (ces jours-ci c’est Nature qui sort son appli). Alors il va falloir suivre, tester, essayer. (<digression>Mais comment on fait pour tester quand on n’a pas de smartphone ? On peut utiliser un émulateur : ça sert plutôt pour les programmeurs, mais pourquoi ne pas l’adapter à d’autres usages ?</digression>)

D’autant plus qu’il n’y a pas que les applis mobiles à avoir dans le radar, il y a aussi les extensions pour les logiciels plus traditionnels : ainsi, Lexis vient d’annoncer une extension pour les produits MS Office (Word et Outlook), qui permet de lancer des recherches dans la base, mais aussi sur l’intranet de l’entreprise, depuis les applications bureautiques, sans passer par la case navigateur… Et je ne vous parle même pas de tout ce qui gravite autour du livre électronique (livrels et autres liseuses, e-paper etc). Damned, mais comment allons-nous pouvoir suivre tout ça ? Qui va faire cette veille dans la bibliothèque ? « On n’a pas le temps de faire de la veille », vous savez bien… Et bien, m’est avis qu’il va falloir commencer à le prendre, le temps…

[photo : colodio]

85 raisons de remercier les bibliothécaires

« 13. A library is one of the few places people can have free internet access.

15. Somebody has to help lazy people find what they want. ;-)

31. A library is much MUCH more well cataloged and organized than the internet.

33. Who else is going to learn the Dewey Decimal System? You? :-) « 

Quelques-unes des 85 reasons to be thankful for librarians chez ZenCollegeLife.

Le marché du mardi, n°38

DOC ELEC

- Des nouveautés sur la plateforme pédagogique de l’UNJF en droit public : un cours sur l’expropriation et un autre sur le droit de l’urbanisme, et 2 guides méthodologiques (un sur les connaissances de base et un sur les épreuves écrites) pour préparer les concours de la fonction publique (à conseiller aussi pour les concours des bibliothèques, à mon avis).

- Springer « innove » avec Exemplar, un moteur de recherche d’articles dans ses fonds, y compris ceux de BiomedCentral (racheté par Springer il y a 18 mois), qui présente une vus « statistique » des résultats et les mots-clé en contexte. A cette occasion, j’ai re-découvert Authormapper, un mashup qui permet de localiser sur une carte les auteurs d’articles scientifiques (ça peut être intéressant pour analyser les zones de production par thème, par exemple)

- Un portail comme on aimerait en voir plus souvent :  Scholars Portal est le point d’entrée à la documentation en ligne des universités de l’Ontario ; je ne sais pas ce que ça donne en utilisation réelle (l’accès aux services nécessite un login), mais je trouve les pages de présentation plutôt claires et bien fichues.

- Pour ceux qui n’ont pas encore eu l’occasion de voir Summon, « l’outil de découverte » de Serial Solutions en action : allez donc voir l’interface de recherche fédérée des BU de l’Arizona, Library One Search. Couplé avec SFX, ça le fait.

- Mobile Medline Plus est un site conçu pour la consultation de Medline depuis un téléphone mobile – et alors ? Alors c’est un site spécifique, qui va bien pour tous les mobiles, pas une app qui ne tourne que sur les iphones… Et ça c’est une chose à laquelle il faudra penser, à être « oecuméniques », le jour où les poules auront des dents les bibliothèques investiront ces modes de consultation.

VIDEO STUFF

- L’Exploratorium, un musée des sciences à San Francisco, propose Explo.TV, une chaîne de webcasts scientifiques.

- Télé toujours : Elsevier lance Scopus TV, avec à la fois des tutoriels et des interviews sur les différentes métriques disponibles grâce à cet outil. Dont une sur SJR et SNIP, les derniers indicateurs intégrés à la base suite au partenariat annoncé il y a peu entre Elsevier, le Centre for Science and Technology Studies (CWTS) et le SCImago Research Group. J’en profite pour signaler la parution du dernier numéro de Documentaliste/SI consacré aux « Indicateurs de la recherche et politique documentaire », accessible sur Cairn dans toutes les BU (entre parenthèses, si quelqu’un de chez Cairn passe par ici, merci de penser à faire des fils rss un peu moins pourris plus lisibles un jour)
- Le département droit de la bibliothèque du Congrès propose sur sa chaîne YouTube des conférences et autres débats sur l’actualité juridique nationale et internationale.

- EUscreen va, si j’ai bien compris, alimenter pendant 3 ans Europeana en contenus télévisuels issus de 19 pays partenaires. On peut suivre tout ça via un fil rss, Facebook et Twitter, si si.

BIBLIO STUFF

- La semaine dernière a eu lieu la 4ème édition de Library day in the life : le but du projet est de raconter le quotidien de sa vie de bibliothécaire (on avait fait un truc du même genre il y a 2 ans avec Daniel, plus orienté geek & 2.0). L’opération a encore remporté un franc succès, près de 180 bibliothécaires s’étant pris au jeu (majoritairement états-uniens, mais 2 ou 3 finlandaises aussi). On peut suivre les twitts, posts et photos grâce au wiki et au netvibes créés pour l’occasion (et pour une fois je trouve que c’est une utilisation pertinente de netvibes – c’est rare).

OPEN STUFF

- Plus d’un million de morceaux de musique libre sur Dewey music, la nouvelle interface de l’Internet Archive pour la musique

- Les archives numérisées de Paris sont accessibles en ligne, on y trouve l’état-civil complet pour la période 1860-1902, partiel depuis le 16ème siècle, ainsi que des plans de la ville et des communes avoisinantes des mêmes époques. Attention tout de même, « Ces images ne peuvent être réutilisées sans l’autorisation des Archives de Paris ».

- Un état de l’art sur les données publiques en France est proposé – en anglais – sur le blog de l’Open Knowledge Foundation par l’association Regards citoyens, qui est derrière le site NosDéputés.fr

[photos : marcdonn, didierB77]

L’open source c’est nous aussi

Dans la série « le dire, c’est bien, le faire, c’est mieux« , et parce que j’ai pris l’habitude, depuis Biblioacid, de faire les choses par moi-même quand elles n’existent pas, j’ai décidé d’apporter une modeste contribution aux outils open source que j’utilise :

- J’ai commencé à traduire en français certaines pages de la documentation en ligne de Zotero : pour démarrer, je me suis attelée à « Comment rendre son site Zotero-compatible« , « Comment demander un nouveau style » et « Les standards et logiciels compatibles« . Si vous voulez vous y mettre, il faut vous créer un compte pour l’accès au wiki, qui est différent du compte que vous pouvez avoir par ailleurs sur le site de Zotero.

- J’ai également créé sur Zotero un groupe Koha, ouvert à tous, qui permet d’alimenter collaborativement une bibliographie sur ce logiciel.

Utiliser des logiciels libres, c’est déjà bien, mais il me semble qu’il n’est pas si difficile que ça d’aller un peu plus loin, de donner un petit coup de main discrètement, de temps en temps… Et vous, vous faites quoi pour l’open source ?

[photo : esc.ape]

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