Thor

7189078481_ba4fc3814b_zThor (pour Technical and Human infrastructure for Open Research) est un projet financé par la commission européenne dans le cadre de H2020. Son objectif est de faciliter le repérage et les citations, et de pérenniser les liens entre les chercheurs, les publications, les jeux de données, les institutions en créant un réseau d’identifiants pérennes pour la production de recherche. Il s’appuie sur plusieurs initiatives existantes : ORCID (identifiants de chercheurs, ce que j’en disais en 2010), Datacite (citation de données), Dryad (hébergement de données), ainsi que sur des acteurs de l’information scientifique tels que PLoS, le CERN, la British library, le lab d’Elsevier. L’idée, c’est de rendre toutes ces données interopérables (ce qui suppose, j’imagine, la création de protocoles ?) pour pouvoir créer des relations entre elles – et là il doit y avoir un rapport à un moment avec le « linked data », le web de données, les URI, tout ça, mais ça devient trop compliqué pour mon neurone.

Ca me rappelle d’ailleurs la journée d’étude sur les référentiels organisée par le GTAO de Couperin début juillet, où l’on a bien vu qu’avant d’établir des liens entre les données, c’est entre les différents acteurs de la donnée qu’il faudrait établir des relations… pourquoi pas autour d’un projet fédérateur comme semble l’être Thor ?

Rien à voir avec le projet Tor, qui est un réseau de routeurs permettant des échanges de données anonymisés (si j’ai bien compris).

[Photo : JD Hancock]

Zen, soyons zen

Qu’on le veuille ou non, c’est Elsevier qui dicte désormais les tendances dans l’édition scientifique : l’éditeur a ainsi récemment changé sa politique « de partage » des articles scientifiques (exit le dépôt des post-print sur les archives ouvertes, ajout d’embargos là où il n’y en avait pas), et les autres suivent. Ces jours-ci c’est Emerald qui ajoute 24 mois d’embargo pour le green – alors que personne ne lui a rien demandé-, dès lors qu’une politique institutionnelle de dépôt dans une AO est en vigueur dans un établissement (c’était la politique qui prévalait jusqu’à récemment chez Elsevier d’ailleurs). Ca peut paraître anodin en France, où peu d’établissements ont encore mis un mandat en place, cela l’est beaucoup moins au Royaume-Uni où le financement de la recherche est soumis à la diffusion en OA des articles produits par les chercheurs. Donc soit ils déposent dans l’archive ouverte de leur établissement, mais leurs articles ne seront accessibles que dans 2 ans, soient ils payent des APC. Et, comme par hasard, il se trouve qu’Emerald vient d’augmenter le coût des APC de 70% pour ses revues en sciences de l’ingénieur… Interrogée par Richard Poynder à ce sujet, dans le long billet qui est la source de celui-ci, la porte-parole de l’éditeur indique que “cette decision, basée sur l’analyse du marché et de la concurrence, mettra la tarification des APC d’Emerald au niveau des prix du marché, dans une position médiane vis à vis de ses concurrents. » C’est dit, c’est clair : ce n’est pas le coût de production de l’article qui détermine son APC, mais bien sa valeur marchande.

Pour maintenir leur activité (et valoriser leur entreprise en cas de rachat, on ne sait jamais, une consolidation du marché est si vite arrivée), il semblerait que les « petits » éditeurs s’alignent sur les « gros », ce qui a pour effet une augmentation globale des coûts. Les arguments sur la qualité des contenus sont ignorés : pourtant, le fait de lever les embargos et d’autoriser le dépôt représente plutôt un avantage pour attirer les auteurs, et se démarquer des éditeurs traditionnels, mais visiblement l’attrait du profit l’emporte sur l’offre de contenus… Quoique : Emerald a annoncé une opération « zéro embargo » sur sa vingtaine de titres en sciences de l’information et des bibliothèques – par souci réel d’améliorer son offre de service, ou opération « d’open washing » orchestrée par le service marketing pour redorer son blason auprès des bibliothécaires qui sont encore, pour l’instant, les principaux acheteurs de documentation ?

La bonne nouvelle dans tout ça, c’est que les résultats de l’étude commandée par le Ministère de l’Enseignement Supérieur en 2013 sur les embargos pour les revues en SHS viennent d’être publiés, et ses conclusions sont très claires :
« Nos résultats objectivent donc la mise en place d’une durée de barrière mobile relativement courte (moins d’un an) en comparaison aux durées évoquées dans le débat public pour les SHS (2 à 3 ans). » 

Sources :
Emerald Group Publishing tests ZEN, increases prices: what does it mean ? par Richard Poynder sur son blog Open and shut?.
– ZEN = zero embargo now selon Glynn Moody
– Le rapport de l’IPP : Les revues de sciences humaines et sociales en France: libre accès et audience – La note : Quel délai pour le libre accès des revues de sciences humaines et sociales en France ?

[Photo : instigator21]

Localiser des documents en OA

(C’est un billet de 2006, que j’ai mis à jour le 22/07/2015, le système a changé la date de publication inopinément)

Petit cours de rattrapage pour les bibliothécaires en manque d’information sur les archives ouvertes et l’open access :
– le ROAR est le répertoire des archives institutionnelles ouvertes hébergé par l’Université de Southampton. Il en dénombre 635 à ce jour.
– l’OpenDOAR répertorie aussi les archives ouvertes, à l’initiative de l’Universités de Nottingham (UK) et du JISC.
– le ROARMAP est le registre des politiques institutionnelles d’auto-archivage, qui liste les politiques des établissements ayant pris position en faveur de l’archivage (et mis en place une archive)
Sherpa/Romeo est le projet du JISC qui recense les politiques des éditeurs par rapport à l’auto-archivage (ne cherchez pas d’éditeurs français, il n’y en a que 2 : un vert – qui autorise l’archivage des pré & post-prints – (EDP Sciences), et un gris, qui n’autorise rien du tout). ; on y trouve 41 éditeurs français, dont 31 autorisent le dépôt sous une forme ou une autre.
– le DOAJ de l’Université de Lund répertorie les revues en OA (on en est à 2061 10 437 titres, dont plus de 500 6 200 indexés en texte intégral)

Dans la foulée, Peter Suber nous signale qu’Affaires universitaires du mois de mars 2006 fait un point sur l’OA au Canada, extraits :
« […] le potentiel du mouvement en faveur du libre accès ne se réalisera pas par l’imposition de conditions visant à nuire au fonctionnement de petits groupes d’éditeurs de revues. Un effort général est plutôt nécessaire pour faire de l’autoarchivage une habitude et un aspect incontesté du travail de rédaction, tout comme l’est l’ajout de bibliographies et de références à la fin d’un article. »[…]
« Quel est le point de vue des universitaires sur l’autoarchivage? « Les auteurs n’ont pas pris cette habitude, affirme M. Willinsky, de la UBC, en grande partie parce qu’ils cherchent avant tout à publier leurs articles plutôt qu’à les diffuser. » »

Transition vers l’OA : les Pays-Bas s’organisent

6307249018_06277f720c_mEn novembre dernier, les universités des Pays-Bas annonçaient le blocage de leur négociation nationale avec Elsevier parce qu’elles n’arrivaient pas à trouver un accord permettant une transition vers l’open access. L’idée est somme toute assez simple : d’un côté on a les établissements qui payent des sommes considérables pour leurs abonnements, plus des APC, plus le coût de gestion des APC (compter 3 à 4h par transaction, tout de même), et de l’autre les éditeurs qui se targuent de ne pas faire payer 2 fois les institutions (le fameux « double dipping »).

Pour que ce soit vraiment le cas, il faut mettre en place un système de compensation (« offsetting ») pour que les dépenses des universités restent « acceptables » (avec 25 mille guillemets) : c’est ce que négocient le JISC au Royaume-Uni et le VSNU aux Pays-Bas ; cela peut consister à prendre en compte les dépenses en APC pour réduire la facture d’abonnement, ou bien à « offrir » un nombre d’APC correspondant au montant de l’abonnement (c’est ce que fait la RSC). Le VSNU a ainsi conclu des accords avec Springer, avec Sage, et c’est en cours avec Wiley. C’est donc que c’est possible, non ?

Et bien apparemment toujours pas avec Elsevier, puisque, la négociation étant toujours dans une impasse, le VSNU vient d’annoncer la première phase de boycott de l’éditeur en demandant aux chercheurs ayant des responsabilités éditoriales chez Elsevier de démissionner de leur charge. Dans un deuxième temps, ce sont les reviewers qui seront sollicités, puis c’est à la totalité des chercheurs qu’il sera demandé de ne plus publier chez cet éditeur.

Utopique ? Naïf ? Pas si sûr : le ministre de l’éducation a placé la barre assez haut en ciblant 60% des publications des chercheurs hollandais en OA en 2019, et 100% en 2024… Et ce n’est même pas qu’une question d’argent : comme au Royaume-Uni, c’est la voie Gold qui est privilégiée ; les hollandais sont prêts à financer la diffusion en OA, mais à des conditions équitables, et sans perdre l’objectif d’une transition durable d’un modèle à l’autre, pour le bénéfice du plus grand nombre. Autre marque, s’il en fallait, de cette volonté politique forte : ce ne sont pas des bibliothécaires qui mènent les négociations (qu’on se rassure, ils sont bien là en appui), mais des présidents d’université, avec du coup une autorité non négligeable sur les comportements des chercheurs.

[Photo : gigi ibrahim]

Et pendant ce temps là au Wellcome Trust

3178582384_cebb9f124c_mSur le blog du Wellcome trust, on trouve une analyse des coûts, des licences et du signalement des articles financés par cet organisme diffusés en open access pour 2013-2014. Je passe sur les coûts, qui confirment que l’OA hybride est la forme d’OA la plus chère et malgré tout la plus plébiscitée par les auteurs (c’est sans doute là qu’une régulation s’impose), pour m’arrêter sur les questions de signalement et de licences.

Le deal est simple : le Wellcome Trust demande à ce que les articles qu’il finance soient diffusées sous licence CC-BY et versés dans l’archive PubMedCentral. Après vérification, il s’avère que seuls 61% des articles remplissent ces 2 conditions.  En ce qui concerne l’accessibilité sur PMC, il semble que certains éditeurs aient des difficultés à gérer le dépôt automatisé dans la base d’une part, et que leur workflow ne soit pas adapté à ce mode de fonctionnement : en effet, certains éditeurs diffusent les articles en OA avant leur parution « officielle » dans une revue, or PMC n’accepte que la version finale des articles, il faut donc que l’éditeur s’y reprenne à 2 fois, ce qu’il ne fait pas forcément…

Pour les licences, le problème vient le plus souvent d’une mauvaise compréhension des auteurs de ce qui est attendu par le financeur : les articles doivent être diffusés sous licence CC-BY (4.0) et c’est tout, mais l’éditeur propose plusieurs types de licences et au final personne n’y comprend plus rien ; il y a visiblement un travail de pédagogie à faire auprès des auteurs sur ce que sont les licences CC, et des accords à passer avec les éditeurs pour que la licence attendue soit automatiquement appliquée en fonction du financeur.

En résumé, malgré les sommes toujours plus vertigineuses que verse le Wellcome Trust pour la diffusion en accès ouvert de sa production de recherche, le niveau de service fourni n’est toujours pas à la hauteur des attentes, puisque 39% des articles ne remplissent pas les conditions définies par le financeur.

Source : The Reckoning: An Analysis of Wellcome Trust Open Access Spend 2013-14, par Robert Kiley

[Phtoto : Anne Marie Cunningham]

Le désespoir comme booster

14970280808_40599a82ac_m« La question n’est pas de savoir si nous devons continuer à payer aux responsables de notre malheur tout ce qu’ils demandent pour répondre à nos besoins. Nous ne pouvons pas. Aucun budget de bibliothèque ne peut suivre la cadence des augmentations tarifaires pour les ressources essentielles.

La question est : est-ce que nous devons dépenser toutes nos ressources financières pour payer une fraction toujours plus réduite de ce que le système actuel demande ? En juste six ans, malgré des hausses de budget, le pouvoir d’achat de ma bibliothèque a baissé de 22%. Devons-nous dépenser la totalité de notre budget d’acquisition pour seulement 78% de ce que nous pouvions nous payer il y a 6 ans ? Devrons-nous utiliser ce budget entier pour acquérir ce qui ne sera plus que 73% des ressources l’an prochain, et 68% l’année d’après ? Devons nous manger la grenouille tous les ans pour toujours moins en retour ?

Ou bien devons nous saisir cette situation désespérée comme un moyen de nous en libérer en essayant de nouvelles choses ? Ce désespoir pourrait nous fournir l’excuse dont nous avons besoin pour financer des entreprises – si risquées soient-elles – qui risquent moins d’échouer que le système qui nous dérange actuellement. C’est peut-être précisément parce que les ressources financières diminuent que nous devons utiliser celles-ci pour de nouvelles initiatives ; notre désespoir peut être le moteur dont nous avons besoin pour faire des choix impossibles. »

Bryn Geffert, dans A librarian’s defense of despair : http://chronicle.com/blogs/conversation/2015/03/06/in-defense-of-librarians-despair/

[Photo : Jean-Jacques Bougeot]

Coupon RSC : just use it !

10866048103_89ca6e3fdd_mEn 2014, pour la première fois, le fait de souscrire un abonnement à une ressource en ligne a eu un lien direct avec l’open access : en effet, le montant de notre abonnement annuel chez l’éditeur de revues de chimie RSC a été converti en un certain nombre de « coupons »* pour la mise en open access d’articles acceptés pour publication (c’est le programme Gold for gold). Ces coupons peuvent être utilisés dans des revues OA et pour de l’OA hybride (des articles en OA dans des revues sur abonnement).

Comme cette offre n’était valable que jusqu’à fin 2014, et comme j’ai vu, en faisant un petit sondage informel auprès de quelques collègues, que nous sommes peu à avoir utilisé cette possibilité, il m’a semblé utile de partager la démarche suivie dans mon établissement.

J’ai commencé par chercher sur la plateforme de l’éditeur les articles publiés par des chercheurs de mon établissement en 2014 (en recherche plein texte, car il n’y a pas de possibilité de recherche par affiliation – j’en ai profité au passage pour signaler à l’éditeur que ce serait sans doute intéressant de développer cette possibilité à l’avenir). Il y en avait plus que ce que je n’avais de coupons, ce qui m’a facilité la tâche. Sur cette liste, j’ai repéré des articles qui étaient déjà en open access, je les ai mis de côté. J’ai ensuite cherché si le « corresponding author » était affilié à mon établissement, je l’ai mentionné pour chaque article. A ce niveau là, le choix n’était plus de mon ressort : j’ai contacté le responsable de la fédération de chimie, qui a sélectionné dans la liste les articles à passer en open access, en tenant compte de différents critères propres à la discipline. Une fois la liste arrêtée, après un échange riche sur les critères avec le responsable, je l’ai transmise à l’éditeur, accompagnée des numéros des coupons à utiliser. J’ai demandé à l’éditeur à ce que les auteurs ne reçoivent pas le message standard les informant du fait que leur article était désormais disponible en open access pour pouvoir leur en envoyer un spécifique, rédigé avec le responsable de la fédération de chimie et expliquant la démarche et les critères de choix.

Je pensais que c’était une affaire réglée, sauf que… il m’a fallu faire signer une licence autorisant la publication en open access par le VP Recherche (et il faudra recommencer chaque année), licence qui n’était mentionnée à aucune étape du processus naturellement… Enfin, ça y est, la fournée des articles 2014 est en open access, on va pouvoir s’attaquer à 2015.

Ce n’est sans doute pas l’idéal, il serait peut-être plus « sain » d’établir une politique de diffusion ou des critères d’attribution en amont et d’en informer les chercheurs au préalable, mais c’est le moyen le plus simple à mettre en œuvre que j’ai trouvé, dans le contexte local (ie avec un responsable de la discipline) et compte tenu des délais. Je ne sais pas si nous procéderons de la même façon cette année, on verra si l’initiative fait parler d’elle au sein de la communauté des chimistes. Si vous avez mis quelque chose en place dans vos établissements, ça serait intéressant de le partager dans les commentaires.

* Si vous avez une meilleure traduction pour « vouchers », mettez-la en commentaire, je corrigerai le billet avec.


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