Archive pour 17 septembre 2009

Du rififi dans le libre

3814521533_c35468cd77_m.jpgCela fait plusieurs semaines que des rumeurs circulent dans la communauté, et l’info officielle est finalement sortie : Liblime, l’une des sociétés contributrices historiques du SIGB libre Koha, ouvre sa propre branche de développement du logiciel (on appelle ça un fork) pour une version hébergée « Liblime Enterprise Koha ». Concrètement, cela signifie que les développements faits sur cette branche ne seront pas reversés (en tout cas pas au même rythme) dans le Koha « général », et que donc la communauté ne pourra pas en bénéficier. Cela peut ne pas être un problème (il y a eu d’autres cas de ce type, notamment dans les distributions Linux), tant que l’on reste dans la philosophie du libre : liberté de diffusion et de modification du code. Là ce que Liblime propose, c’est une version de Koha réservée à ses clients, qui les lie, de fait, à cette seule société : les développements resteront publics, mais ils seront livrés au rythme choisi par Liblime en accord avec leurs clients.

Rien d’illégal là-dedans cependant : une société a tout à fait le droit de vendre du service autour de logiciels libres, simplement le fait de sortir des améliorations du logiciel souvent et en les annonçant à l’avance permet d’une part au reste de la communauté de s’organiser (et de ne pas doublonner les développements par exemple), et d’autre part garantit une meilleure compatibilité entre les systèmes (intégrer du code tous les 6 mois sur un produit qui évolue tous les jours, ça ne sert pas à grandchose).

De nombreux billets ont commenté sur le sujet, allez voir pour vous faire une idée (sans manquer les commentaires, souvent très riches) :
Liblime to the Koha community : fork you ! par Roy Tennant
Liblime forks Koha chez Library matters
Where goes Koha ? chez Librarian 1.5
Koha manoeuvres chez parser librarian
A open letter to the Koha community par Marshal Breeding
Les explications du responsable de Liblime, et toute la discussion (thread) qui s’ensuit.

On attend de voir la position des clients de Liblime dans cette affaire : pour l’instant peu d’entre elles ont réagi à cette annonce. Néanmoins on peut s’interroger sur la nature de la relation des bibliothèques au logiciel libre : alors qu’extérieurement cela devrait évoluer en une relation de partenariat (les bibliothèques apportant leur contribution au moins financière au projet), on a l’impression que cela reste une relation client-fournisseur traditionnelle (peu de bibliothécaires s’investissent par exemple dans les débats actuels sur la création d’une fondation pour gérer Koha). Ce manque d’engagement des bibliothécaires dans la communauté fait que, du coup, tout cela reste « un truc de développeurs ». Il y a certainement une question de compétences techniques (rares sont encore les bibliothécaires-développeurs), de formation (je ne suis pas certaine que la majorité des bibliothécaires soit au clair avec la notion d’open source), mais aussi sans doute un problème de volonté politique : pourquoi le développement mutualisé d’outils-métier libres pour les bibliothèques ne suscite pas autant d’engouement auprès des services TICE ou des DSI des universités que les ENT ou les plateformes pédagogiques ?

[photo : scribbletaylor]


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