L’OA « vert » n’est pas la panacée

« La voie « verte » vers le libre accès est simple : pour chaque article de revue scientifique, il faut qu’au moins un des auteurs fasse le nécessaire pour s’assurer que l’article en question est accessible en ligne librement, où que ce soit. Ils peuvent le déposer dans PubMed Central, ou bien mettre le pdf ou leur propre version de travail sur leur site web. Cependant, la méthode préférée de nombreux défenseurs du libre accès « vert » reste le dépôt dans une archive institutionnelle : chaque bibliothèque universitaire gère sa propre base de données des publications des chercheurs qui y sont affiliés. C’est effectivement une solution au problème de l’impossibilité d’accès aux articles que l’on souhaite lire.

Ca va vous paraître une hérésie, mais le problème de l’accès n’est pas intéressant. Les éditeurs commerciaux butés ont raison quand ils disent que la plupart des gens peuvent lire la plupart des articles qui les intéressent. Oui, cela signifie envoyer des messages aux auteurs, pirater entre amis, et emprunter des mots de passe, et oui, c’est un vrai problème, et non, les éditeurs commerciaux n’ont aucune excuse pour ne rien faire contre ça. Mais ce n’est plus un problème intéressant. Nous laisser lire un article librement, sans avoir à se connecter ou à harceler l’auteur au bout de 12 mois, ce n’est pas une révolution.

Il y a d’autres problèmes tout aussi ennuyeux dans le domaine de la publication scientifique que le libre accès « vert » ne résout pas. Comme par exemple trouver comment les bibliothèques universitaires peuvent échapper aux éditeurs parasites (ceux qui ne jurent que par l’accès sur abonnement), qui sont en train de tuer à petit feu leurs hôtes sans défense. Le libre accès « vert » envoie à ces éditeurs parasites le message qu’ils peuvent continuer à vider les bibliothèques de leurs budgets en leur vendant des bouquets d’abonnements à des revues de faible qualité que peu de gens veulent lire, du moment qu’ils ouvrent l’accès aux articles au bout de 12 mois.

C’est maintenant, alors que les bibliothèques sont confrontées à leurs plus grandes restrictions budgétaires depuis le début de la crise, le moment idéal pour qu’elles aient le cran d’intervenir, de dire « non », et de se débarrasser de ces parasites une bonne fois pour toutes, avant que quelqu’un n’arrive et ne les bâillonne derrière un énorme sparadrap. Les étudiants devraient se révolter en apprenant qu’ils vont devoir se passer de manuels et d’ordinateurs parce que leurs bibliothèques préfèrent dépenser plusieurs dizaines de milliers d’euros pour un bouquet d’obscures revues de seconde zone. Au lieu de cela, nous sommes distraits par le libre accès « vert », parce qu’on nous dit que c’est de cela que la recherche a désespérément besoin. »

Joe Dunkley dans « Green is no goal« , sur Journalology. Il évoque ensuite les « vraies révolutions » pour la recherche : la diffusion ouverte de données dans des formats structurés (il cite l’exemple de ce qui a été fait en génomique), et l’open notebook science (la science « ouverte », dont les partisans diffusent librement leurs travaux, recherches et expérimentations en cours, en toute transparence), susceptible de modifier profondément selon lui la manière de faire de la recherche.

[photo : gfpeck]

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