E-books : retour vers le présent

« Fermez les yeux et imaginez la situation suivante…
Nous sommes en 1988, et les bibliothèques sont concentrées sur les livres et les revues imprimés, les bibliothécaires sont toujours le passage obligé vers l’information, et la capacité à dire « Chut ! » au lecteur est une compétence reconnue.
Un utilisateur entre dans votre bibliothèque en quête de livres à emprunter pour ses recherches. Au lieu de voir une grande pièce remplie de livres rangés par sujet, il tombe sur une suite de petites salles. Chaque salle contient les livres d’un éditeur, et toutes les portes sont fermées. L’utilisateur salue le bibliothécaire, qui lui donne un gros trousseau de clés ainsi qu’une feuille avec des codes d’entrée. C’est nécessaire, parce que chaque salle doit être ouverte selon une méthode différente. Cela peut même se compliquer, car certaines salles limitent le nombre de visiteurs à 2 à la fois, ou bien éjectent les visiteurs après une demi-heure de consultation.
Fort heureusement, notre utilisateur sait de quels livres il a besoin, et vous le guidez vers la bonne salle. Après plusieurs tentatives, vous parvenez, soulagé, à lui ouvrir la porte. Il doit maintenant faire face à un nouveau défi : chaque salle possède des règles différentes pour la consultation et le prêt de livres. Dans certaines on peut consulter les livres sans limitation, et dans d’autres une voix mécanique rouspète au bout de 5 pages : « Arrêtez la consultation ! Si vous voulez en lire plus, empruntez-moi d’abord ! »
Notre utilisateur trouve les livres qu’il lui faut et lit les instructions sur la couverture. Pour un des livres en particulier, il faut également emprunter des lunettes spéciales, sans lesquelles la lecture n’est pas possible. Par chance, une paire de lunettes est disponible, et l’utilisateur vient vous voir pour emprunter les livres. Vous lui donnez les lunettes et estampillez chaque livre (merci de noter que chaque éditeur nécessite un tampon différent, et applique des règles différentes sur la durée de prêt d’un livre).
L’utilisateur commence à parcourir le livre et réalise qu’il faudrait qu’il en photocopie quelques pages, pour pouvoir prendre des notes. Malheureusement, il n’est techniquement pas possible de photocopier le premier livre, et on ne peut copier que 5 pages du second (mais pas dans le même chapitre).
Devant la photocopieuse, notre utilisateur rencontre un collègue. Celui-ci est intéressé par l’un de ses livres, et lui demande s’il peut le lui emprunter pendant quelques heures. Hélas, notre utilisateur est attaché au livre en question par une paire de menottes. Les 2 collègues doivent maintenant se présenter à l’accueil de la bibliothèque pour faire ouvrir les menottes avant de pouvoir se passer le livre.

Est-ce que cela vous semble irrationnel ? Inimaginable ? Pourtant, s’il on revient en 2011, c’est exactement la situation dans laquelle on se trouve en bibliothèque avec les livres électroniques … »

Merci à Dennie Heye (Dank u zeer  !) de m’avoir permis de traduire son billet The one with the e-books chaos.
[Photos : EJP Photo, Pot Noodle]

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13 Responses to “E-books : retour vers le présent”


  1. 1 B. Majour 06/10/2011 à 11:39

    La technologie ? Un retour en arrière ?
    Je ne sais pas.
    On peut accuser la technologie, bien sûr. Mais c’est faire abstraction de certaines choses. Ou éviter de regarder

  2. 2 laurent 04/10/2011 à 11:57

    J’étais étudiant en 1988… Il y avait des files d’attentes d’1/2 heure pour avoir le livre que l’on avait demandé…. Ne vous inquiétez pas pour la jeune génération pour contourner tout cela et avoir accès à tous les ouvrages dont ils ont besoin.
    D’accord avec vous pour condamner le modèle économique actuel, mais votre vision apeuré de l’avenir ne semble pas tenir la route au regard de la révolution qui a eut cours ces dernières années pour les autres média (film et musique) : le support électronique a favorisé la diffusion des oeuvres….

    • 3 marlened 04/10/2011 à 13:27

      @laurent pour info ce n’est pas « ma » vision mais celle de l’auteur, je rappelle qu’il s’agit d’une traduction.

  3. 4 Etienne Cavalié (Lully) 04/10/2011 à 11:41

    Texte remarquablement « parlant ». Merci de l’avoir fait connaître !

  4. 5 luciolelarouge 04/10/2011 à 11:30

    Ce n’est pas la technologie qui représente un bond en arrière mais la manière dont les gens de tous bords l’utilisent, la méprisent ou l’ignorent. A nous bibliothécaires de changer la donne et d’amorcer enfin le virage…

  5. 6 Gromitflash 03/10/2011 à 21:20

    C’est une expérience étrange mais… C’est vraiment horrible en fait. La technologie représente donc parfois un retour en arrière.

    • 7 Dominique Lahary 31/10/2011 à 20:56

      Marlène n’est pas apeurée mais lucide. Elle n’accuse pas la technologie mais les choix d’agents économiques.
      Rapporter ce qui se passe avec le numérique au monde physique permet de jeter une lumière crue sur ce qui, autrement, passerait comme une lettre à la poste.


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