Archive pour novembre 2011

Prêt d’ebooks : ça ressemble à un prêt…

Dans un billet tout récent sur Librarian.net, Jessamyn a diffusé ce message d’un de ses correspondants qui a testé le prêt d’ebooks pour le Kindle en bibliothèque :
« Ma première expérience d’emprunt d’un ebook pour Kindle à la bibliothèque m’a laissé comme un mauvais goût dans la bouche. Ca ne donnait pas l’impression d’emprunter un livre à la bibliothèque. J’ai plutôt eu l’impression qu’un commercial m’avait proposé un ebook avec une « offre d’essai gratuite et sans engagement » et me harcelait pour l’acheter à la fin de la période d’essai.
Je trouve la promotion commerciale d’Amazon excessive et inappropriée pour des usagers de bibliothèques publiques. Autoriseriez-vous le représentant d’un fournisseur à rester dans l’entrée, essayant d’attraper les lecteurs sur le chemin de la banque de prêt pour leur dire « Stop ! Pourquoi rendre cet ebook alors que vous pouvez l’acheter immédiatement pour seulement 12,95$ ? »
[…] Amazon a joué sur mon innocence :
D’abord, l’ebook était entièrement « marqué » ! Des soulignements ici et là et presque sur toutes les pages. C’était comme emprunter un livre à la bibliothèque et s’apercevoir que l’emprunteur précédent l’avait parcouru avec un surligneur ! Amazon permet de surligner et d’annoter les ebooks pour les bibliothèques. Mais au lieu de les effacer pour le prochain usager, on les laisse actifs, et on vous encourage à laisser vos propres commentaires à la vue de tous. […]
Ensuite, à la fin de la période de prêt, au lieu d’annoncer poliment que l’ebook doit être rendu – ou de proposer un renouvellement – voire d’envoyer une alerte pour amende à la bibliothèque :), j’ai été confronté à des publicités intrusives, à la fois sur mon Kindle et sur mon compte mail, m’enjoignant d’acheter rapidement l’ebook chez Amazon. Le message insistait sur le fait que « si vous achetez [cet ebook], ou si vous l’empruntez à nouveau depuis votre bibliothèque, toutes vos notes et annotations seront sauvegardées ». C’est donc pour ça qu’ils encouragent les lecteurs à gribouiller les ebooks de la bibliothèque : ils gardent nos notes et annotations en otage.
Puis, quand l’ebook est rendu, il ne s’évapore pas purement et simplement. Le titre, la couverture etc restent visibles sur mon Kindle, exactement comme si l’ebook était toujours disponible, sauf que derrière la couverture il n’y a rien d’autre qu’une notice qui signale que l’ebook a été rendu à la bibliothèque – et un juste bouton, qui ne nous propose pas de renouveler [le prêt]. La seule possibilité est d’acheter l’ebook chez Amazon.[…]
Enfin, il a été très difficile de nettoyer la publicité de mon application Kindle. Pas de bouton « Supprimer ». Il y a bien une option « Archiver », mais tout ce qu’elle fait, c’est déplacer le document dans une liste de « Documents archivés », où il reste comme les ebooks que j’ai vraiment achetés et que je pourrais vouloir re-télécharger. Et si on clique dessus, on a juste la possibilité « d’annuler » ou « d’acheter ». Qui voudrait garder ça ? Ni moi ni le commercial d’Amazon n’avons trouvé de bouton de suppression dans l’application Kindle. Le commercial prétend que le Kindle permet de le faire, mais n’a pas pu m’expliquer pourquoi ce n’était pas possible dans l’application Kindle. J’ai pu supprimer le fichier avec mon navigateur web, en me connectant à mon compte Amazon et en passant par la page « Gérer mon Kindle ».
Voilà. Maintenant je sais. J’ai gaspillé 20 minutes de ma vie pour le savoir.
J’ai reçu une seconde sollicitation par email de la part d’Amazon m’incitant fortement à acheter le livre. Combien vais-je encore en recevoir ?
Amazon se fait une belle pub en étant le seul fournisseur le livres pour le Kindle. Mais leur attitude agressive (« ne le rendez pas, ACHETEZ-LE ! ») dépasse les bornes. »

[photo : Michael Holden]

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Fossé

« Il m’est parfois difficile d’expliquer ma réaction vis à vis des gens qui disent que le papier est mort. Je ne veux pas être considérée comme luddite, ou comme anti-ebooks ; j’aime mon ordinateur, et j’aime le fait d’avoir tout l’internet dans ma poche.
L’existence des ebooks c’est, pour ceux qui ne peuvent pas stocker de livres imprimés, la possibilité de lire plus. Cela veut dire que les textes difficiles à trouver, ou ceux qui ne sont plus édités, sont de nouveau accessibles. Cela signifie, pour les gens atteints d’arthrite, d’affections des poignets, ou d’autres handicaps physiques qui rendent la lecture de livres imprimés difficile, la possibilité de lire à nouveau, sans que cela leur cause de douleur. J’aime que les ebooks existent.
Il n’empêche qu’à chaque discussion sur les ebooks, lorsqu’on en arrive inévitablement à « le papier est mort, l’édition traditionnelle est morte, tous les auteurs un tant soit peu intelligents devraient sauter le pas et franchir la frontière du numérique », ce que j’entends, bien malgré moi, c’est « Les pauvres ne méritent pas de lire ». Je ne pense pas que ce soit malveillant, et je ne pense pas que ce soit délibéré. Je pense juste qu’il est difficile pour nous, de ce côté de la fracture numérique, de nous souvenir qu’il y a des gens de l’autre côté de ce qui peut sembler être un gouffre infranchissable, qui se demandent s’ils vont être abandonnés. Actuellement, plus de 20% des américains n’ont pas accès à internet. Si cela vous paraît peu, dites-vous que ça fait une personne sur 5. Une personne sur 5 n’a pas accès à internet. Parmi ceux qui ont accès, nombreux sont ceux qui y accèdent depuis des ordinateurs partagés, ou depuis des lieux publics comme les bibliothèques, qui autorisent un usage public de leurs machines. Toutes ces personnes ne vivent pas sous le seuil de pauvreté ; certaines ont volontairement choisi de se simplifier la vie, et n’éprouvent pas le besoin d’y ajouter internet. Mais ce n’est vraiment pas la majorité.
Maintenant, d’après vous, combien de ces personnes ont-elles accès à une liseuse
[d’ebooks] ? »
Across the digital divide, Seanan McGuire, auteur, 16/09/2011.
[photo : igomazic]

Une subvention pour la gouvernance d’ArXiv

La bibliothèque de l’Université Cornell vient de bénéficier d’une subvention de la Simons Foundation pour assurer la viabilité d’ArXiv, l’archive ouverte de référence en sciences. En janvier 2010, la bibliothèque avait attiré l’attention de la communauté scientifique internationale sur la nécessité de trouver un financement pour assurer le fonctionnement et l’évolution de l’archive. Plus de 300 000$ avaient été trouvés dans l’année, auprès des universités et établissements de recherche les plus utilisateurs de l’archive.
Cette subvention, d’un montant de 60 000$, financera le travail sur le modèle économique de l’archive, et sur sa viabilité à long terme ; elle vise en effet à :
« – développer un ensemble de principes de fonctionnement pour arXiv et solliciter l’avis d’acteurs-clé
– affiner le modèle économique institutionnel et le prévisionnel budgétaire
– déterminer un modèle de gouvernance et des règles définissant clairement les rôles et les responsabilités de la bibliothèque et de ses partenaires
– mettre en place un premier conseil de gouvernance, reflétant les niveaux de contribution financière des principaux acteurs et la communauté scientifique »
Elle vient s’ajouter aux contributions annuelles des établissements.
Le site arXiv support fournit des informations très détaillées sur le montant des contributions, sur les statistiques d’usage et sur les coûts de fonctionnement.
[photo : Jsome1]

Sauvez les bibliothèques, pas les bibliothécaires

« La révolution numérique a rendu obsolète de nombreux bibliothécaires. Historiquement, les bibliothécaires avaient l’exclusivité pour de nombreux services : ils organisaient l’information, guidaient les gens dans leurs recherches, et donnaient des conseils aux membres de leurs communautés. Maintenant, ils sont concurrencés par internet et Google. Contrairement aux bibliothèques, l’information sur internet n’est pas enfermée dans des murs ; des blogs et livres aux revues et textes de loi, tout est sur internet. Et Google rend cette information facile d’accès à quiconque pourvu d’une connexion à internet. »
[…]
« La révolution numérique devrait entraîner une évolution des bibliothèques. Elles devraient bifurquer. Certaines, comme les bibliothèques de l’enseignement supérieur, devraient employer des bibliothécaires avec une formation classique – ceux avec des diplômes de bibliothécaire – pour préserver les documents à valeur historique, et assister les autres bibliothécaires dans leurs recherches. Il serviraient de recours lorsqu’une recherche plus étendue que ce que peut fournir internet serait nécessaire.
Les autres bibliothèques, au contraire, n’ont besoin que de peu – voire pas – de bibliothécaires classiques. Leurs bibliothécaires pourraient, à la place, être constitués d’étudiants spécialisés en sciences humaines qui aspirent au style de vie littéraire des bibliothécaires. Ces bibliothécaires ne sauvegarderaient pas de textes historiques, ni ne renseigneraient les lecteurs sur comment faire une recherche exhaustive sur des sujets ésotériques du genre « la dynatie Yuan au XIIIème siècle ». Au lieu de cela, ils formeraient les lecteurs aux bases de la recherche à l’ère de l’information. »
[…]
« Les bibliothèques devraient adopter la révolution numérique, même si celle-ci implique la disparition des bibliothécaires. La mission des bibliothèques – la mission des bibliothécaires – est de diffuser la connaissance. L’essor d’internet change la façon dont nous poursuivons cette mission. Nous n’avons plus besoin d’autant de bibliothécaires, ni du même type de bibliothécaires qu’avant. Les bibliothécaires le déplorent, et c’est compréhensible ; personne n’apprécie de voir sa profession se fondre dans l’obscurité. Mais les bibliothèques ne sont pas là pour servir l’ego des bibliothécaires ; elles sont au service du public. Et à l’ère de l’information, servir le public, cela demande d’évoluer et d’innover. »

Saving libraries but not librarians, Dan Terzian, Los Angeles Times du 03/11/2011.
[photo : mharrsch]


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