Archive for the 'Open Access' Category



Le coût du gold à Edimbourg

cc licensed (BY-NC-SA) flickr photo by Shabby Chic

cc licensed (BY-NC-SA) flickr photo by Shabby Chic

Une intéressante étude sur le coût de la publication dans des revues en open access (les revues « gold ») a été menée par l’université d’Edimbourg, extrait :
« Nous sommes conscients qu’avec un marché non élastique – les chercheurs ne vont pas aller faire leur marché ailleurs – et dans lequel les coûts sont « protégés » – le financement étant centralisé, les chercheurs ne sont pas directement concernés par les coûts – les APC vont rester élevés, parce que les forces habituellement en présence dans les marchés ne vont pas faire baisser les coûts. Nous pensons qu’un moyen d’action très efficace est d’être le plus transparent possible sur les coûts des APC des revues gold. Contrairement à la situation dans laquelle nous nous trouvons actuellement, où les coûts d’abonnement aux revues traditionnelles sont cachés aux yeux des usagers en raison des clauses de confidentialité des licences, toutes les institutions, y compris les universités et le RCUK, devraient s’efforcer de publier une analyse détaillée de leurs dépenses pour les revues en open access gold. »

Et la conclusion :
« En gardant à l’esprit les limites de l’étude, les données que nous présentons ici permettent de suggérer quelques éléments importants :

  • Les revues hybrides semblent être plus populaires pour la publication d’articles en open access
  • Les revues hybrides font généralement payer plus cher [leurs APC] que les revues entièrement en open access, indépendamment du facter d’impact de la revue
  • Il y a une corrélation positive entre les APC et le facteur d’impact, aussi bien pour les revues hybrides que pour les revues en open access complet

Cette étude soulève également d’autres points :

  • Pour être un succès, les politiques d’open access doivent évaluer rigoureusement la conformité [de la diffusion des publications], ces politiques semblent être plus efficaces lorsque des sanctions punitives sont imposées
  • Les établissements les plus actifs au niveau de la recherche vont vraisemblablement subir une « double peine » : non seulement ils publient plus d’articles, mais en plus ils les publient plus fréquemment dans des revues à fort facteur d’impact
  • Les établissements doivent être plus transparents en matière de coûts, et publier leurs données dans des formats permettant leur réutilisation. »

Source : Theo Andrew. « Gold Open Access: Counting the Costs « . November 2012, Ariadne Issue 70.

Pourquoi personne ne publie des articles en open access dans les revues d’Elsevier ?

cc licensed (BY-SA) flickr photo by °Florian

cc licensed (BY-SA) flickr photo by °Florian

C’est la question que s’est posée Mike Taylor sur le blog Sauropod vertebra picture of the week, en constatant que la revue PloS One publiait en un mois plus d’articles en OA qu’Elsevier dans ses 1500 revues hybrides en un an (959 articles OA en 2011, PLoS One tourne à environ 1300 articles mensuels en moyenne sur la même période). Voici les raisons qu’il envisage pour expliquer l’attitude des chercheurs :
– une position idéologique : les chercheurs qui s’intéressent à l’open access sont déjà convaincus, ils préfèrent publier dans des revues en open access, clairement identifiées comme telles et vraiment accessibles à tous. [J’ajouterai qu’à mon avis, ils préfèrent voir le modèle OA s’étendre au niveau des revues, plutôt que contribuer au modèle « hybride »]
– un intérêt juridique : chez PLoS, les articles sont publiés sous licence CC-BY : on peut, du moment que la paternité des auteurs est correctement attribuée, récupérer les contenus et les réutiliser de multiples façons, y compris la fouille de texte. Ce n’est pas le cas de l’open access proposé par la plupart des éditeurs commerciaux : impossible d’obtenir une définition précise des usages autorisés pour les articles en open access sur le site d’Elsevier, notamment. [Je confirme que l’information est difficile à trouver, pas cohérente ni très claire sur Science Direct en tout cas]
– un bénéfice technique : la grande qualité des prestations fournies par PLoS (images en haute définition, compléments vidéos, formats de sortie compatibles avec une réutilisation informatisée, statistiques au niveau de l’article, commentaires) ne se retrouve pas chez les éditeurs qui se contentent de transférer sur internet le circuit en usage pour les revues imprimées. [Je ne suis pas entièrement d’accord avec ça, je trouve que la plateforme Science Direct est loin d’être la pire en terme de fonctionnalités ; il y a eu un travail de développement d’applications que je n’ai pas vu ailleurs. Mais c’est vrai que chez les éditeurs « pure players » de l’électronique , on trouvera plus facilement en standard des fonctionnalités nativement numériques]
– un argument économique : les frais de publication chez PLoS sont moitié moins chers que ceux des revues d’Elsevier.
C’est en train d’évoluer (pas mal de progrès sur les pages consacrées à l’open acess sur le site corporate de la firme), mais jusqu’à présent il était assez difficile d’obtenir des informations claires et fiables sur les options OA proposées par Elsevier ; il sera très intéressant d’observer les effets des politiques publiques en faveur de l’open access sur les articles publiées dans les revues hybrides (chez Elsevier comme ailleurs).
Source : Why isn’t anyone publishing open-access articles in Elsevier journals?

Trouver des articles en OA sur Science Direct

Les éditeurs commerciaux sautent tous peu à peu dans le train de l’Open Access, en proposant aux auteurs de « libérer » leurs articles : moyennant finance (des frais de publication, « article processing charges » ou « APC »), lesdits articles sont accessibles sans abonnement pour tous. Oui, mais comment repérer ces articles ? En effet, la démarche de libération restant individuelle, les articles en open access sont éclatés dans des revues différentes, du coup, difficile de les retrouver, ou de les compter. J’ai donc décidé d’aller voir de plus près ce que les éditeurs nous proposent en matière de signalement des contenus OA, en commençant par Elsevier.

2880787_817eab9dab_mMéthodologie
Je me suis donc adressée via Twitter à Alicia Wise (@wisealic), responsable des problématiques d’accès chez Elsevier (son véritable titre est « director of universal access »), et lui ai demandé comment trouver le nombre d’articles en OA disponibles sur la plateforme Science Direct ; voici ce qu’elle m’a répondu (en plusieurs tweets) :
– Allez sur la recherche avancée de Science Direct, sélectionnez la recherche experte, puis l’onglet ‘revues’
– Entrez dans le champ de saisie la commande “sponsoredaccesstype(unlimited OR delay)” pour obtenir une liste, qui ne sera pas complète
Alicia m’a également informée de l’existence d’une liste des revues proposant des articles en OA, mais pas de décompte d’articles.
J’ai fait comme elle m’a dit pour afficher une liste d’articles en OA, mais malheureusement il semble y avoir un os dans la syntaxe : j’obtiens le message « The field you have entered is not recognized. Check your syntax against the help file and try again. » Oups. Bon, j’ai signalé le problème, j’attends une solution.
La liste « Journals free access » est bien disponible, elle recense 226 titres, répartis selon les catégories suivantes :
– Permanent free access to all issues available (125 revues)
– All available issues until 24/48 months prior to current date (46 revues)
– All issues from (année) until (x) months prior to current date (55 revues)
Je suis allée voir les titres de la 1ère catégorie, les seuls effectivement en Open Access selon les critères du DOAJ (ie aucune période d’embargo n’est acceptée).

Résultats
J’ai examiné 26 titres de la liste (soit 20,8% des 125), et, contre toute attente, je constate que le signalement est loin d’être homogène, alors qu’a priori toutes ces revues sont censées être disponibles en libre accès. Voici ce que j’ai pu observer  :
– la page d’accueil est la même, que la revue soit OA ou pas : rien ne permet de distinguer au premier coup d’oeil que l’accès est libre
– les sommaires : j’ai trouvé bizarre la présence dans 73% des revues examinées, d’un bouton « Purchase » dans l’en-tête de la liste des articles (à côté des fonctionnalités d’export et d’envoi par messagerie, c’est la première chose que l’on voit). Quelle utilité pour des articles en open access ? D’autant que, si on tente d’aller au bout de la manip’, le système nous dit rapidement que l’achat n’est pas possible, puisque l’on a déjà accès aux articles en question.
3493131867_2e2ca1c574_mAutre bonne idée, la mention « open access article » sur chaque article dès le sommaire. La mention n’est cependant pas spécialement mise en valeur, elle apparaît juste après le lien vers les ouvrages de référence, et n’a rien de systématique : à vrai dire je ne l’ai rencontrée que sur 2 titres de mon échantillon (les « bons élèves »).
– la page « A propos » de la revue : sur la présentation détaillée, on trouve dans 70% des cas une indication sur l’accessibilité de la revue, le plus souvent sous la forme d’un bouton « Open Access », mais sans aucun détail complémentaire dans le texte de la présentation. Dans certains cas est évoqué le fait que les articles sont disponibles gratuitement, mais rien n’indique que c’est une démarche volontaire de la part du comité éditorial ou des auteurs (« free pdfs »)
– l’accès aux articles proprement dit : si j’ai pu accéder aux versions pdf dans tous les cas, la version HTML m’a été refusée pour un article sur 5. Souvent c’était pour des proceedings, mais pas toujours, ce serait bien de connaître la raison de cette anomalie. – les articles : pour 65% des articles examinés, je n’ai trouvé aucune mention d’aucune sorte sur le fait que l’article soit disponible parce qu’en open access sur la version HTML, et le pourcentage grimpe à 73% pour la version pdf. Quand cela est signalé, un bouton figure dans le volet de droite de l’article, dans la zone « Applications and tools » ; il est parfois accompagné d’un lien vers la politique d’Elsevier concernant le libre accès (« See our Open Access policy »). Pour certains pdf figure de façon assez visible la mention « this is an open-access article distributed under the terms of the Creative Commons », mais c’est rare. Autre étrangeté, depuis le lien « Permissions and reprints » présent sur la version HTML, un renvoi vers l’outil « LinksRights » de gestion des demandes d’autorisation pour les réutilisations…  (mais ça fera peut-être l’objet d’un autre billet)

En résumé : il est difficile de repérer les revues et les articles en libre accès sur Science Direct
En ce qui concerne mon échantillon en tout cas, ceux-ci ne sont pas mis en valeur pour l’utilisateur lambda, qui se satisfera probablement de pouvoir accéder aux contenus, sans savoir d’où vient cette bonne fortune.
Il me semble cependant qu’il ne devrait pas en aller de même pour les auteurs, qui payent pour la « libération » de leurs articles, et pourraient s’attendre, à juste titre, à ce que cette démarche soit au minimum reconnue, sinon valorisée. Et, derrière les auteurs, leurs institutions et leurs organismes financeurs : les sommes demandées par article ne sont pas triviales, et un établissement peut légitimement espérer en retirer une forme de retour sur investissement, sous forme de « placement de marque » (« cet article vous est offert par l’université de … ») par exemple.
Il est également préoccupant pour les bibliothécaires de ne pas avoir de vue claire sur ces contenus, aussi bien pour des questions de médiation (dans leur rôle de promoteurs de l’OA) de que pour des questions de gestion financière : si ces articles ont déjà été payés par les auteurs ou leurs bailleurs de fonds, ils doivent être exclus des contenus sur abonnement (ce serait dommage de les payer 2 fois…)
Enfin, il paraît surprenant qu’un éditeur avec de tels moyens techniques ne puisse pas harmoniser la présentation et le signalement de ces contenus ; comment peut-il espérer, s’il ne fait pas le nécessaire, attirer davantage d’auteurs vers son modèle hybride ?

[Photos : eversion, hartman045]

Pétition pour l’accès libre aux résultats de la recherche fédérale : l’administration Obama dit « Oui » !

Le message traduit ci-dessous, publié ce week-end sur le site de la Maison Blanche, a également été adressé par e-mail aux 65704 signataires de la pétition demandant « un accès libre aux articles de revues scientifiques provenant de recherches financées par les contribuables ».

« Augmenter l’accès public aux résultats de la recherche scientifique

Par le Dr. John Holdren

Merci pour votre participation sur la plateforme « We the people ». L’administration Obama convient du fait que les citoyens méritent un accès facilité aux résultats de la recherche financée par leurs impôts. Comme vous le savez peut-être, le bureau de la politique scientifique et technologique (Office of Science and Technology Policy, OSTP) se préoccupe de cette question depuis un certain temps, et a eu l’occasion à deux reprises de faire appel au public pour connaître ses suggestions sur les moyens d’arriver à la démocratisation des résultats de la recherche financée par le gouvernement fédéral. Votre pétition a été d’une grande aide dans la discussion sur cette question.

La logique derrière un accès public amélioré est évidente. Nous savons que la recherche scientifique soutenue par le gouvernement fédéral stimule des découvertes scientifiques capitales et des avancées économiques, lorsque les résultats de cette recherche sont accessibles pour les innovateurs. Des politiques qui mobilisent ces biens intellectuels pour une réutilisation via un accès élargi peuvent accélérer les avancées scientifiques, accroître les innovations et encourager la croissance économique. C’est pourquoi l’administration Obama s’est engagée à veiller à ce que les résultats de la recherche scientifique financée par le gouvernement fédéral soient mis à la disposition et au service du public, de l’industrie et de la communauté scientifique.

2722210623_6059a1615d_mDe plus, ces recherches ont été financées par l’argent du contribuable. Les américains devraient pouvoir accéder facilement aux résultats de la recherche qu’ils aident à financer.

C’est dans cet objectif que j’ai publié aujourd’hui une note à destination des agences fédérales, qui demande à celles qui dépensent plus de 100 millions de dollars en recherche et développement de concevoir des plans d’actions afin de rendre publics les résultats de la recherche financée par des fonds fédéraux, et ce gratuitement, dans un délai de 12 mois après leur publication initiale. Comme vous l’avez indiqué, la politique d’accès public adoptée par les National Institutes of Health (NIH) a été un grand succès. Et, alors que ce nouvel appel politique ne demande pas aux agences de copier exactement la démarche des NIH, il permet de s’assurer que des politiques similaires vont apparaître dans tout le gouvernement.

Comme je l’ai dit, ces politiques ont été développées soigneusement, à travers une vaste consultation publique. Nous voulions trouver un compromis entre l’extraordinaire bénéfice public amené par l’accroissement de l’accès pour tous aux résultats de la recherche financée sur fonds fédéraux et le besoin de garantir que les contributions de grande valeur apportées par l’industrie de l’édition scientifique ne seraient pas perdues. Cette politique reflète cet équilibre, et se donne aussi la souplesse d’y apporter des changements ultérieurs en fonction des usages et des observations. Par exemple, il a été demandé aux agences de travailler sur la base d’une période d’embargo de 12 mois pour leur permettre de développer leurs politiques, mais également d’envisager un mécanisme permettant aux différents acteurs du secteur de leur demander de modifier cette période. Au fur et à mesure de l’avancée des agences dans le développement et l’implémentation de leurs politiques, il y aura de nombreuses possibilités de participation publique pour s’assurer que les agences font le meilleur travail possible pour satisfaire tous les intérêts en présence.

En plus d’aborder la question de l’accès public aux publications scientifiques, cette note demande aux agences de commencer à s’intéresser à la nécessité d’améliorer la gestion et le partage des données scientifiques produites avec des financements fédéraux. Le renforcement de ces politiques va encourager l’entreprenariat et la création d’emploi, en plus de conduire le progrès scientifique. L’accès à des jeux de données pré-existants peut accélérer la croissance, en permettant à des sociétés de concentrer leurs ressources et leurs efforts sur l’interprétation et l’exploitation pleine des découvertes, au lieu de répéter un travail pré-concurrentiel de base, déjà documenté par ailleurs. Par exemple, les données climatiques ouvertes sous-tendent l’industrie de la prévision et fournissent des bénéfices publics importants ; la publication des séquences du génome humain a engendré de nombreuses innovations dans le domaine biomédical – sans parler des nombreuses sociétés générant des milliards de dollars de revenus et les emplois qui vont avec. Progresser vers une plus large disponibilité des données scientifiques va permettre de créer des marchés économiques innovants pour des services liés à la curation, à la conservation, à l’analyse et à la visualisation des données, entre autres.

Alors merci encore pour votre pétition. J’espère que vous conviendrez que l’administration a fait son travail et vraiment répondu à votre demande.

John Holdren est conseiller du Président pour les questions scientifiques et technologiques et directeur du bureau de la politique scientifique et technologique de la Maison Blanche. »

Merci à @St_B pour la suggestion de traduction.

[Photo : StevenANichols]

 

FRPAA et FASTR

3032252292_c5979d18c1_mVoilà quelques temps que je me dis qu’il faut que je fasse un billet sur FRPAA, et voilà qu’arrive FASTR : je vais tâcher de faire un petit récapitulatif sur ces 2 projets de loi.

Au commencement était FRPAA
Le Federal Research Public Access Act (FRPAA), proposé à plusieurs reprises depuis 2006, est un projet de loi qui demande la mise en accès libre des résultats de la recherche financée sur fonds publics par 11 agences fédérales des Etats-Unis. Les agences en question financent chacune pour plus de 100 millions de dollars de recherche, et couvrent la plupart des secteurs d’activité : agriculture, education, défense, santé etc. Elles doivent mettre en oeuvre une politique de libre accès et s’assurer que les articles soient déposés soit sur leurs propres serveurs, soient dans des archives ouvertes, afin de garantir un accès libre et pérenne aux documents. Ceux-ci doivent être rendus accessibles dans un délai de 6 mois maximum après publication dans une revue académique.
Malgré des soutiens de plus en plus nombreux (le dernier en date provenant d’une cinquantaine de prix Nobel, tout de même), le projet n’est jamais passé au vote dans les instances législatives américaines.
Comme on peut s’y attendre, l’Association of American Publishers (AAP) s’oppose fermement à ce projet depuis le début, arguant que cette loi, si elle était votée, placerait les agences fédérales en concurrence avec les éditeurs privés, saperait à la fois le copyright et le système de peer-review (on ne voit/dit pas bien comment, mais la dialectique à base de FUD a comme un air de déjà vu), et, surtout, entraînerait des coûts et du travail supplémentaires pour les agences qui seraient obligées de créer des bases de données pour organiser l’accès aux documents, alors que de tels outils existent déjà (produits par le secteur privé).
Puis vint FASTR
Le projet de loi Fair Access to Science and Technology Research Act (FASTR), qui vient tout juste d’être soumis aux 2 chambres américaines, reprend les mêmes revendications que FRPAA, mais les renforce en demandant en plus :
– à ce que les résultats de recherche puissent être réutilisés et traités informatiquement (analyse et fouille de données)
– à ce que les articles déposés dans les archives ouvertes le soient dans des formats et selon des conditions qui permettent la réutilisation des données
– à ce que les rapports annuels des agences concernées dressent un état des conditions de réutilisation des articles déposés et étudient la possibilité de les diffuser sous une licence permettant une libre diffusion à condition de mentionner la paternité des auteurs.
2086157902_481ecf2e04_mComme pour FRPAA, les agences auront 1 an de transition pour implémenter leur politique de libre accès. Comme pour FRPAA, les questions de copyright ne sont pas directement remises en cause : les agences ne demandent pas le transfert des droits, elles utiliseront des licences non-exclusives pour la diffusion (après, aux auteurs de regarder de près ce qu’ils signent et ce qu’ils cèdent aux éditeurs…). Comme pour FRPAA, les agences seront libres de choisir l’organisation qui leur convient pour la mise en oeuvre de leur politique : le projet n’impose pas de modèle unique.
Dans les 2 cas, c’est la voie verte (« green OA ») qui est mise en avant : les articles doivent être déposés dans des archives ouvertes, dans leur version acceptée pour publication. Rien n’empêche les auteurs de publier aussi dans des revues en libre accès (« gold OA »), mais ce n’est pas l’objet du projet.
Sorti le 13/02, FASTR a d’ores et déjà le soutien de plusieurs associations (bibliothèques US, SPARC, Electronic Frontier Foundation, Creative commons…), qui soulignent que « cette loi fait avancer les progrès réalisés avec la politique d’accès public des NIH, la première agence américaine a exiger un accès public aux résultats de la recherche financée par les contribuables. Depuis la mise en place de cette politique, ce sont en moyenne 90 000 nouveaux articles dans le domaine biomédical qui sont accessibles à tous chaque année. Et la demande pour ce type d’information est extrêmement forte, avec plus de 700 000 visiteurs uniques se connectant [à Pubmed Central] chaque jour. Avec FASTR, les résultats de recherche concernant des thématiques également importantes – du changement climatique aux énergies renouvelables – seront tout aussi facilement accessible au plus grand nombre. »
3031410561_6fdf0f6ba6_mDe nouveau, l’AAP a rapidement manifesté son opposition : pour elle, FASTR est « inutile et un gaspillage d’argent public »… (je vous fais grâce du reste des arguments, ce sont toujours les mêmes).

Sources

[Photos : Mederic,Artchemist2007, Mederic]

Retour vers la communauté

2961793878_a39179fcb4_mSigne des temps ? Effet de la crise ? Deux outils de référence s’appuyant jusqu’ici sur des bibliothèques universitaires vont changer de modèle économique :
ArXiv tout d’abord : souvenez-vous : après avoir alerté la communauté scientifique internationale sur ses difficultés de financement, la bibliothèque de l’université de Cornell, qui héberge et fait tourner la base, avait mis en place un système de financement assuré par les contributions des 100 établissements les plus utilisateurs, et bénéficié d’une subvention de la fondation Simons pour trouver un modèle économique durable et organiser la gouvernance d’ArXiv. En août dernier, la bibliothèque de l’université a annoncé avoir conclu un accord, toujours avec la fondation Simons, pour l’obtention d’un cofinancement à hauteur de 300 000 dollars annuels pour subvenir au fonctionnement d’Arxiv, pour la période 2013-2017. L’autre partie du financement est fournie par les contributions volontaires des établissements (représentant 285 000 dollars), qui semblent estimer cette participation légitime : la majorité d’entre eux s’est déjà engagée pour 5 ans.
– Le DOAJ ensuite : la direction des bibliothèques de l’université de Lund vient de communiquer un prochain changement d’opérateur pour l’annuaire mondial des revues en libre accès. En effet, elle a passé un accord avec la société d’intérêt communautaire britanique « Infrastructure Services for Open Access » (IS4OA), qui va assurer la gestion et le développement du DOAJ à partir de 2013. Lars Bjørnshauge, ancien directeur des bibliothèques de l’université de Lund, et à l’origine du projet, vient d’être nommé directeur général du DOAJ au sein d’IS4OA. Au programme des évolutions à venir : l’amélioration des critères d’accès au DOAJ, l’extension à d’autres pays du modèle contributif expérimenté depuis 2 ans avec la France, la Turquie et la Grèce pour la pré-selection des revues et la traduction du site, une collaboration avec les éditeurs pour l’amélioration de la qualité de leurs métadonnées.
Dans les 2 cas, c’est le choix de la communauté qui a été fait : on passe d’un fonctionnement centralisé, nécessaire sans doute à l’impulsion d’un projet, à une organisation plus déconcentrée, qui permet d’inscrire la gouvernance du projet dans le long terme.

[photo : MarilynRP]

Effet positif des mandats pour le green OA

4336201148_e66ac0db54_mContrairement à ce qui est avancé dans le rapport Finch, il semble bien que l’existence d’une obligation de dépôt dans une archive ouverte soit fortement corrélée avec le nombre de dépôts effectifs. C’est en tout cas la conclusion à laquelle arrivent des chercheurs canadiens et britanniques dans Testing the Finch Hypothesis on Green OA Mandate Effectiveness :
« … les obligations de dépôt en Open Access ont un impact majeur, et plus l’obligation est forte, plus cet impact est important (le mandat de l’université de Liège, qui lie le dépôt à l’évaluation des performances de recherche étant le modèle le plus « contraignant »). Le conseil de la recherche du Royaume-Uni (Research Council of the UK, RCUK), ainsi que toutes les universités, les institutions de recherche et de financement de la recherche au niveau international seraient bien inspirées de mettre en place de fortes obligations de dépôt dans les archives ouvertes et d’instaurer des mandats institutionnels et liés au financement de la recherche. »
Selon les auteurs, les obligations de dépôt permettent d’augmenter significativement le taux de publications en libre accès : pour le royaume-uni il serait proche de 40%, alors que le taux moyen tourne plutôt autour de 25%.
[photo : lissalou66]

Le Rapport Finch

Depuis quelques semaines les réactions sont nombreuses sur les blogs et autres listes de diffusion professionnelles anglophones à propos du rapport « Accessibilité, durabilité, excellence : comment accroître l’accès aux publications de la recherche » réalisé par le groupe de travail sur l’extension de l’accès aux résultats de la recherche publique, mandaté par le gouvernement britannique en octobre 2011.

Des avancées
Le rapport Finch (du nom de la responsable du groupe de travail, Janet Finch), dont le résumé a été opportunément traduit par les équipes de l’INIST (merci à elles), pose les points suivants :
– Le principe d’un accès libre aux résultats de recherche financée sur fonds public est renforcé
– La « voie dorée » (ie la publication dans des revues en OA) doit être privilégiée
– Il y aura une période de transition, qui engendrera des coûts supplémentaires
– La question des licences nationales doit être étudiée et évaluée
– Les archives ouvertes ont un rôle de conservation et de point d’accès à la littérature grise et aux données de recherche

Des critiques

Présenté ainsi, ce rapport a tout d’une belle avancée pour l’Open Access, cependant… il prête le flanc à un certain nombre de critiques :
– Le modèle des revues en OA (« Gold OA ») est strictement assimilé au modèle auteur-payeur : or, d’une part nombre de revues publiées par des laboratoires et centres de recherche ne font pas payer de frais de publication (« Article Processing Charges », APC) aux auteurs (c’est le cas pour 80% des revues signalées dans le DOAJ) – certes elles sont financées par l’institution en amont, aussi sur fonds publics, mais elles fournissent un accès libre direct à l’intégralité de leurs contenus -, et d’autre part le modèle auteur-payeur ne libère, au final, qu’un seul article à la fois. Alors que les revues en OA constituent une réelle alternative aux revues sur abonnement, le système de l’auteur-payeur me paraît très limité : comment suivre les évolutions d’une thématique de recherche quand on n’a accès qu’à des fragments de cette recherche ? Je trouve que une solution comme le mandat de dépôt mis en place par la Commission Européenne dans le cadre du 7ème PCRD (et l’accès via OpenAIRE) plus efficace : pour tout un projet, toutes les publications doivent être déposées (avec une période d’embargo certes, mais c’est un moindre mal). Par ailleurs, le rapport recule sur la question des embargos en préconisant une durée minimale de 12 mois (au lieu de 6 généralement).

– Les recommandations du rapport sont également les plus coûteuses : elles ne dispensent pas du maintien des abonnements traditionnels, et ajoutent une dépense non négligeable pour les frais de publication, dont le coût, estimé à 50-60 millions de £, ne sera pas compensé par une rallonge budgétaire en ces temps de crise. Et il n’est demandé aucune contrepartie aux éditeurs (parce que quand même c’est par là que ça devrait commencer) : une baisse du coût des abonnements serait pourtant la moindre des choses. C’est vraiment l’industrie de l’édition qui est défendue ici (« the group […] had been concerned not to recommend measures that would “damage high standards of peer review or undermine the very successful publishing industry”…), bien plus que l’amélioration des circuits de diffusion de l’information scientifique… Pour ce qui est des licences nationales, le rapport reste au stade des recommandations, aucune estimation n’est donnée. A mon avis, quitte à mettre 50 millions de £ sur la table, autant les investir dans des licences nationales pour tous que dans des frais de publication pour une diffusion partielle. Je dis ça je dis rien…

– On passe d’un système où il faut payer pour lire les articles à un système où il faut payer pour publier, ce qui creuse les inégalités entre les pays (quid des chercheurs des pays en développement ?), entre les établissements (les « riches » paieront en plus pour publier, les « pauvres » continueront à payer pour voir pendant la loooongue période de transition) et entre les disciplines (en SHS ce sont encore les ouvrages qui font référence, or que restera-t-il pour financer la publication d’ouvrages en OA ?). Au sein d’un même établissement, on risque également de voir s’accentuer la compétition :

  • entre les disciplines de pointe et les disciplines de niche : les établissements devront établir des priorités de financement, qui risquent d’être défavorables aux disciplines émergentes ou hyperspécialisées.
  • entre les anciens et les modernes : il est vraisemblable que les établissement miseront plus volontiers sur des chercheurs confirmés que sur de jeunes chercheurs, ce qui n’encourage pas forcément l’innovation.

– L’impact du dépôt dans des archives ouvertes (la « voie verte » vers l’OA) est minoré, au prétexte que le rythme des dépôts n’est pas celui escompté. Certes il est recommandé de poursuivre le développement des archives ouvertes, mais en les cantonnant à une complémentarité avec l’édition traditionnelle : ciblage sur la littérature grise et aux données de recherche, rôle de conservation. Il semblerait plus judicieux de renforcer les mandats institutionnels pour augmenter le nombre de dépôts, non ? En plus ça ne coûte pas grand chose, enfin, pas rien, mais pas 50 millions non plus.

Sources

Reaction to the Finch report par Peter Murray-Rust

Push for gold will cost millions, open-access report says dans le Times Higher Education

The Finch Report on open access: it’s complicated sur Reciprocal space

The Finch Report: Optimism, Hope and Frustration for Repository Staff in Equal Measures par l’UKCoRR (United Kingdom Council of Research Repositories)

Some Thoughts on the Finch Report sur The past speaks

The Finch report and its implications for the developping world sur Open and Shut?

The Finch Report: UCL’s David Price Responds sur Open and Shut?

The Finch Report in a global Open Access landscape par Paul Ayris sur Open and Shut?

[photo : steve nordby]

Mandat européen de dépôt en OA : pas d’impact avant 2022 ?

Le projet pilote de la Commission européenne pour l’Open Access, qui exige la mise à disposition en libre accès d’une partie (20%) des résultats de recherche qu’elle finance,  vient d’être étendu à 100% des publications d’ici 2020. D’ici cette date, les chercheurs sont encouragés à rendre accessibles dans un délai de 6 mois  (pour les sciences « dures ») ou de 12 mois (pour les SHS) les articles publiés dans le cadre d’un projet financé par l’UE, soit en les soumettant dans des revues en open access (« Gold road »), soit en les déposant dans une archive ouverte (« Green road ») ; l’ensemble des publications déposées pouvant être interrogé via l’infrastructure OpenAIRE.

Suite à cette annonce, repérée chez Peter Suber, le groupe d’investissement Exane BNP Paribas a sorti cette analyse à propos du groupe Reed-Elsevier (extraits) :
« Il est peu probable que cette politique ait un quelconque impact sur les revenus des éditeurs en sciences et technique d’ici 10 ans. L’UE est un acteur mineur du financement global de la recherche – on estime qu’elle finance 8% des dépenses de recherche de l’Europe des 27, soit moins de 3% de la littérature scientifique mondiale. Nous estimons que ce financement aboutit à la publication annuelle de 70 000 articles sur les 1,5 millions d’articles produits chaque année dans le monde. Nous notons de plus que le projet pilote, couvrant 20% des budgets de recherche européens, n’ a eu aucun impact au cours des 5 dernières années. […] Le taux de dépôt actuel de mandats plus anciens (comme celui des NIH ou du Wellcome Trust) est en dessous de 60%, les chercheurs ne réalisant pas qu’il est de leur rôle d’auto-archiver leurs articles. Enfin, bien que les frais de publication des revues en open access payés par les auteurs  (Gold OA) soient éligibles au remboursement par l’UE, nous pensons que, comme au Royaume-Uni, l’absence d’un financement dédié à l’Open Access est un facteur de ralentissement dans l’essor de ce modèle. »
Les auteurs de l’analyse ajoutent que malgré une progression, on est encore loin d’atteindre une masse critique d’articles en OA, et que « même dans un monde où l’Open Access dominerait, les éditeurs continueraient à générer du profit grâce à la valeur ajoutée qu’il amènent à la communication scientifique (en gérant la validation par les pairs et la mise en page des articles). […] Dans un scénario-catastrophe fort improbable, où la pression de l’Open Access sur les prix ne serait pas compensée par le volume des publications – Elsevier ne monétise qu’un tiers des articles reçus, les 2 tiers restants étant rejetés – nous estimons que la valeur par action des revues détenues est de 50p inférieure à ce qu’elle devrait être. »
De fait, Peter Suber note également qu’au lendemain de l’annonce de la Commission, le taux de l’action Reed-Elsevier a baissé de 2%.

[photo : ZeRo SKiLL]

Le marché du mardi, n°46

Vite fait, parce que c’est la saison des grands ménages mais aussi les vacances :-), un sélection d’outils open :
Annotum est une extension de Worpress qui permet d’en faire un outil de publication scientifique.
Showme : une plateforme ouverte de vidéos pédagogiques, sur toutes sortes de thèmes (art, musique, langues, sciences…)
CASH Music : une plateforme open source de publication en direction des artistes
– Il n’y a pas que Zotero dans la vie : il y a aussi Mendeley, et voici une série de tutoriels vidéo en français.
F1000Research : open peer-review, publication rapide, datasets, révisions, multi-format, le tout sous licence CC ; bref, un nouveau projet éditorial à suivre.


janvier 2026
L M M J V S D
 1234
567891011
12131415161718
19202122232425
262728293031  

Archives

Licence

Licence Creative Commons
Ce(tte) œuvre est mise à disposition selon les termes de la Licence Creative Commons Attribution 3.0 France.