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L’avenir incertain des revues hybrides

5072374484_f38486434c_mBjörk et Solomon se sont intéressés à l’offre de revues hybrides (des revues sur abonnement qui proposent la possibilité de diffuser en accès ouvert, moyennant le paiement de frais de publication, des articles à l’unité. C’est de l’open access limité, puisque seuls ces articles sont accessibles librement, et pas la totalité de la revue ou du numéro). Ils ont étudié une quinzaine d’éditeurs, et suivi l’évolution des données entre 2009 et 2012. Ils en rendent compte dans « The hybrid model for open access publication of scholarly articles: A failed experiment ? » :
Première info intéressante, une idée de la volumétrie (données 2012) : les revues hybrides, ce sont 4381 titres, dans lesquels ont été publiés plus de 12000 articles. L’article ne dit pas combien de titres ont effectivement été concernés, on imagine que certains titres ont attiré plus d’articles que d’autres. 12000 articles, c’est en gros ce que publie PLoS à lui seul par an…
Les tarifs ensuite : plus élevés chez les éditeurs commerciaux que chez les sociétés savantes, ils tournent autour de 3000$. Un élément est à prendre en compte cependant : les accords négociés par les universités ou leurs bibliothèques pour leurs abonnements peuvent donner droit à des remises sur les frais de publication (Springer, Oxford University Press). Du coup, un glissement dans le choix du lieu de publication peut s’opérer avec ces accords institutionnels : ce n’est plus l’auteur qui décide, mais l’institution qui incite.
En ce qui concerne les disciplines : sans surprise, les disciplines des sciences « dures » (sciences, techniques et médecine, STM), notamment la médecine, sont les plus représentées (dans les titres et dans les articles publiés). Le fait de payer des frais de publication est une pratique plus répandue en STM (PNAS), et les laboratoires ont souvent plus de moyens financiers qu’en SHS. Un bémol cependant pour la physique : les habitudes de dépôt et de consultation des articles dans Arxiv relativsent l’intérêt d’une publication dans une revue hybride.
L’environnement éditorial joue aussi dans le choix du lieu de publication : au sein d’une même discipline, s’il existe d’autres revues entièrement OA, le tarif des APC d’une revue hybride parfois moindre que pour les revues « full OA », peut faire pencher la balance. Enfin les outils et les stratégies de marketing en terme de visibilité mises en place par les éditeurs revêtent une certaine importance : la mise en valeur des articles sur les plateformes est un facteur d’adhésion des auteurs (Royal Society).
La conclusion de l’article est sans appel :
« Le meilleur moyen de faire décoller rapidement ce modèle serait de réduire considérablement les coûts. Mais cela risquerait d’avoir un effet négatif sur les revenus provenant des abonnements. Comme le coût marginal de proposer une offre hybride est très faible, les éditeurs vont vraisemblablement les maintenir dans un futur proche. Mais la tendance qui semble se dessiner, parallèlement, est le lancement de nouvelles revues entièrement en accès ouvert, avec une couverture disciplinaire plutôt large et des APC relativement raisonnables. La conclusion générale de cette étude est que l’expérience du modèle hybride, au moins en ce qui concerne les « gros » éditeurs, et selon le niveau de tarification actuel, est un échec en tant que moyen d’augmenter significativement la volumétrie d’articles en accès ouvert, et que ce modèle restera un phénomène très marginal dans le paysage de l’édition scientifique. »
[photo : CIMMYT]

Cession ou démission

Clothes peg by abac077 (CC BY-NC-SA)

Clothes peg by abac077 (CC BY-NC-SA)

Dans ce billet, Brian Matthews raconte combien il était fier de coordonner un numéro spécial de la revue Journal of library administration consacré au futur des bibliothèques, et son investissement pour trouver des contributions de qualité – et en effet, le sommaire est alléchant. Malheureusement, ce numéro spécial du JLA ne verra jamais le jour : en effet,  au même moment, le comité éditorial de la revue a décidé à l’unanimité de démissionner de ses fonctions. Le responsable éditorial explique avoir passé de longs mois à essayer de négocier, en vain, des conditions de publication plus claires et plus ouvertes pour les auteurs (avec des licences Creative Commons par exemple), pour arriver à une ultime proposition de l’éditeur de « libérer » les articles moyennant le versement par les auteurs d’un forfait de  2995 $ par article…
[Amusante coïncidence, l’éditeur de la revue, Taylor & Francis, annonçait la semaine dernière les résultats d’une enquête menée auprès de 14000 chercheurs, montrant que les auteurs préfèreraient avoir le choix entre plusieurs licences…]
Les réactions à la nouvelle ont été nombreuses, s’attachant particulièrement à la démission du comité éditorial et à l’aspect pro-OA de la démarche, ou en tout cas à l’importance du droit des auteurs à disposer de leurs publications.
Ce que j’ai trouvé au moins aussi intéressant cependant, ce sont les arguments de Brian pour expliciter sa démarche, suite aux reproches d’une partie des commentateurs, surpris qu’il n’ait pas mené son projet éditorial directement dans une revue en OA. En effet, il souligne :
– que les auteurs doivent avoir le droit de choisir où publier, quelles que soient les raisons de ce choix.
– que lui a essayé une stratégie d’infiltration : pour diffuser ses idées au delà d’un cercle de convertis, il lui a semblé utile d’utiliser le vecteur traditionnel de publication qu’est la revue sur abonnement.
– qu’il est parfois nécessaire d’adapter la présentation de ses idées en fonction du public ciblé, et qu’une diffusion a priori plus restreinte n’est pas forcément un problème dans la mesure où on touche un public différent.
Ce qu’on peut en retenir, c’est que c’est la diversité, des modèles comme  des stratégies, qui semblent faire le plus avancer les choses en matière de diffusion des idées… Au final, les contributions destinées au numéro spécial seront vraisemblablement publiées ailleurs, sans doute sous une forme d’OA.
[photo : abac077]

Le marché du mardi n°47

Le marché de Riga par anniedalbera (CC-BY-NC-SA)

Le marché de Riga par anniedalbera (CC-BY-NC-SA)

Open stuff
– Des bibliothèques commencent à s’impliquer plus dans l’open access en créant des fonds de financement pour les frais de publication : c’est le cas à la Northern Illinois University et à l’University of California.
– Is it an open acces journal ? : un projet pour diffuser les infos sur les licences des revues scientifiques, basé sur le crowdsourcing.
– Old news, mais ça vaut la peine d’être signalé ici : le CCSD lance ce semestre Episciences, une plateforme d’épi-revues (des revues créées à partir des pré-publications déposées dans des archives ouvertes). Je suis un peu dérangée aux entournures par ce que ça sous-entend que les archives ouvertes accepteraient des contenus non validés (l’intro du site précise que les articles sont « non publiés par ailleurs »), ce qui ne me semble pas aller dans le bon sens pour, justement, promouvoir les archives ouvertes.
– L’open access permet d’être lu dans le monde entier : la carte mise au point par les bibliothèques du MIT le montre bien (elle se base sur les consultations des articles disponibles en libre accès grâce au mandat du MIT)
– Openstax propose des manuels de 1er cycle en libre accès  (en physique, biologie, sociologie) – on peut les consulter en ligne (en html, en pdf) ou sur liseuse (une version epub est disponible). Openstax est un projet de ressources pédagogiques ouvertes (Open Educational Resource, OER) de la Rice University.
– Opensource ILS : un portail d’information assez bien fourni sur les SIGB libres (avec un focus sur Evergreen et Koha), qui me semble intéressant pour les aspects relatifs à la préparation et à la migration des données.

wallyg (CC-BY-NC-ND)

wallyg (CC-BY-NC-ND)

Other stuff
– Vu sur imedicalapps, cette liste de revues médicales disponibles sur ipad – les applis sont généralement gratuites, mais l’accès aux contenus est bien évidemment soumis à la souscription d’un abonnement, et a priori d’un abonnement personnel, les abonnements institutionnels n’étant pas (encore ?) prévus pour fonctionner sur des appareils personnels (sauf à pré-remplir des tablettes que la bibliothèque prêterait, ce qui n’est pas encore une pratique très répandue en BU).
– Twitter for researchers guide :  les bases de twitter pour un usage professionnel quand on est chercheur, en 8 pages. Par la BU de l’Université de York.
– Text mining and scholarly publishing : tout savoir sur la fouille de textes dans le contexte de l’édition scientifique, grâce à ce rapport du PRC.
– Webjunction, le site communautaire pour la formation des bibliothécaires émanant d’OCLC, propose de nombreuses formations en ligne gratuites : voici la liste pour le mois de mars 2013.

Le coût du gold à Edimbourg

cc licensed (BY-NC-SA) flickr photo by Shabby Chic

cc licensed (BY-NC-SA) flickr photo by Shabby Chic

Une intéressante étude sur le coût de la publication dans des revues en open access (les revues « gold ») a été menée par l’université d’Edimbourg, extrait :
« Nous sommes conscients qu’avec un marché non élastique – les chercheurs ne vont pas aller faire leur marché ailleurs – et dans lequel les coûts sont « protégés » – le financement étant centralisé, les chercheurs ne sont pas directement concernés par les coûts – les APC vont rester élevés, parce que les forces habituellement en présence dans les marchés ne vont pas faire baisser les coûts. Nous pensons qu’un moyen d’action très efficace est d’être le plus transparent possible sur les coûts des APC des revues gold. Contrairement à la situation dans laquelle nous nous trouvons actuellement, où les coûts d’abonnement aux revues traditionnelles sont cachés aux yeux des usagers en raison des clauses de confidentialité des licences, toutes les institutions, y compris les universités et le RCUK, devraient s’efforcer de publier une analyse détaillée de leurs dépenses pour les revues en open access gold. »

Et la conclusion :
« En gardant à l’esprit les limites de l’étude, les données que nous présentons ici permettent de suggérer quelques éléments importants :

  • Les revues hybrides semblent être plus populaires pour la publication d’articles en open access
  • Les revues hybrides font généralement payer plus cher [leurs APC] que les revues entièrement en open access, indépendamment du facter d’impact de la revue
  • Il y a une corrélation positive entre les APC et le facteur d’impact, aussi bien pour les revues hybrides que pour les revues en open access complet

Cette étude soulève également d’autres points :

  • Pour être un succès, les politiques d’open access doivent évaluer rigoureusement la conformité [de la diffusion des publications], ces politiques semblent être plus efficaces lorsque des sanctions punitives sont imposées
  • Les établissements les plus actifs au niveau de la recherche vont vraisemblablement subir une « double peine » : non seulement ils publient plus d’articles, mais en plus ils les publient plus fréquemment dans des revues à fort facteur d’impact
  • Les établissements doivent être plus transparents en matière de coûts, et publier leurs données dans des formats permettant leur réutilisation. »

Source : Theo Andrew. « Gold Open Access: Counting the Costs « . November 2012, Ariadne Issue 70.

Pourquoi personne ne publie des articles en open access dans les revues d’Elsevier ?

cc licensed (BY-SA) flickr photo by °Florian

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C’est la question que s’est posée Mike Taylor sur le blog Sauropod vertebra picture of the week, en constatant que la revue PloS One publiait en un mois plus d’articles en OA qu’Elsevier dans ses 1500 revues hybrides en un an (959 articles OA en 2011, PLoS One tourne à environ 1300 articles mensuels en moyenne sur la même période). Voici les raisons qu’il envisage pour expliquer l’attitude des chercheurs :
– une position idéologique : les chercheurs qui s’intéressent à l’open access sont déjà convaincus, ils préfèrent publier dans des revues en open access, clairement identifiées comme telles et vraiment accessibles à tous. [J’ajouterai qu’à mon avis, ils préfèrent voir le modèle OA s’étendre au niveau des revues, plutôt que contribuer au modèle « hybride »]
– un intérêt juridique : chez PLoS, les articles sont publiés sous licence CC-BY : on peut, du moment que la paternité des auteurs est correctement attribuée, récupérer les contenus et les réutiliser de multiples façons, y compris la fouille de texte. Ce n’est pas le cas de l’open access proposé par la plupart des éditeurs commerciaux : impossible d’obtenir une définition précise des usages autorisés pour les articles en open access sur le site d’Elsevier, notamment. [Je confirme que l’information est difficile à trouver, pas cohérente ni très claire sur Science Direct en tout cas]
– un bénéfice technique : la grande qualité des prestations fournies par PLoS (images en haute définition, compléments vidéos, formats de sortie compatibles avec une réutilisation informatisée, statistiques au niveau de l’article, commentaires) ne se retrouve pas chez les éditeurs qui se contentent de transférer sur internet le circuit en usage pour les revues imprimées. [Je ne suis pas entièrement d’accord avec ça, je trouve que la plateforme Science Direct est loin d’être la pire en terme de fonctionnalités ; il y a eu un travail de développement d’applications que je n’ai pas vu ailleurs. Mais c’est vrai que chez les éditeurs « pure players » de l’électronique , on trouvera plus facilement en standard des fonctionnalités nativement numériques]
– un argument économique : les frais de publication chez PLoS sont moitié moins chers que ceux des revues d’Elsevier.
C’est en train d’évoluer (pas mal de progrès sur les pages consacrées à l’open acess sur le site corporate de la firme), mais jusqu’à présent il était assez difficile d’obtenir des informations claires et fiables sur les options OA proposées par Elsevier ; il sera très intéressant d’observer les effets des politiques publiques en faveur de l’open access sur les articles publiées dans les revues hybrides (chez Elsevier comme ailleurs).
Source : Why isn’t anyone publishing open-access articles in Elsevier journals?

Trouver des articles en OA sur Science Direct

Les éditeurs commerciaux sautent tous peu à peu dans le train de l’Open Access, en proposant aux auteurs de « libérer » leurs articles : moyennant finance (des frais de publication, « article processing charges » ou « APC »), lesdits articles sont accessibles sans abonnement pour tous. Oui, mais comment repérer ces articles ? En effet, la démarche de libération restant individuelle, les articles en open access sont éclatés dans des revues différentes, du coup, difficile de les retrouver, ou de les compter. J’ai donc décidé d’aller voir de plus près ce que les éditeurs nous proposent en matière de signalement des contenus OA, en commençant par Elsevier.

2880787_817eab9dab_mMéthodologie
Je me suis donc adressée via Twitter à Alicia Wise (@wisealic), responsable des problématiques d’accès chez Elsevier (son véritable titre est « director of universal access »), et lui ai demandé comment trouver le nombre d’articles en OA disponibles sur la plateforme Science Direct ; voici ce qu’elle m’a répondu (en plusieurs tweets) :
– Allez sur la recherche avancée de Science Direct, sélectionnez la recherche experte, puis l’onglet ‘revues’
– Entrez dans le champ de saisie la commande “sponsoredaccesstype(unlimited OR delay)” pour obtenir une liste, qui ne sera pas complète
Alicia m’a également informée de l’existence d’une liste des revues proposant des articles en OA, mais pas de décompte d’articles.
J’ai fait comme elle m’a dit pour afficher une liste d’articles en OA, mais malheureusement il semble y avoir un os dans la syntaxe : j’obtiens le message « The field you have entered is not recognized. Check your syntax against the help file and try again. » Oups. Bon, j’ai signalé le problème, j’attends une solution.
La liste « Journals free access » est bien disponible, elle recense 226 titres, répartis selon les catégories suivantes :
– Permanent free access to all issues available (125 revues)
– All available issues until 24/48 months prior to current date (46 revues)
– All issues from (année) until (x) months prior to current date (55 revues)
Je suis allée voir les titres de la 1ère catégorie, les seuls effectivement en Open Access selon les critères du DOAJ (ie aucune période d’embargo n’est acceptée).

Résultats
J’ai examiné 26 titres de la liste (soit 20,8% des 125), et, contre toute attente, je constate que le signalement est loin d’être homogène, alors qu’a priori toutes ces revues sont censées être disponibles en libre accès. Voici ce que j’ai pu observer  :
– la page d’accueil est la même, que la revue soit OA ou pas : rien ne permet de distinguer au premier coup d’oeil que l’accès est libre
– les sommaires : j’ai trouvé bizarre la présence dans 73% des revues examinées, d’un bouton « Purchase » dans l’en-tête de la liste des articles (à côté des fonctionnalités d’export et d’envoi par messagerie, c’est la première chose que l’on voit). Quelle utilité pour des articles en open access ? D’autant que, si on tente d’aller au bout de la manip’, le système nous dit rapidement que l’achat n’est pas possible, puisque l’on a déjà accès aux articles en question.
3493131867_2e2ca1c574_mAutre bonne idée, la mention « open access article » sur chaque article dès le sommaire. La mention n’est cependant pas spécialement mise en valeur, elle apparaît juste après le lien vers les ouvrages de référence, et n’a rien de systématique : à vrai dire je ne l’ai rencontrée que sur 2 titres de mon échantillon (les « bons élèves »).
– la page « A propos » de la revue : sur la présentation détaillée, on trouve dans 70% des cas une indication sur l’accessibilité de la revue, le plus souvent sous la forme d’un bouton « Open Access », mais sans aucun détail complémentaire dans le texte de la présentation. Dans certains cas est évoqué le fait que les articles sont disponibles gratuitement, mais rien n’indique que c’est une démarche volontaire de la part du comité éditorial ou des auteurs (« free pdfs »)
– l’accès aux articles proprement dit : si j’ai pu accéder aux versions pdf dans tous les cas, la version HTML m’a été refusée pour un article sur 5. Souvent c’était pour des proceedings, mais pas toujours, ce serait bien de connaître la raison de cette anomalie. – les articles : pour 65% des articles examinés, je n’ai trouvé aucune mention d’aucune sorte sur le fait que l’article soit disponible parce qu’en open access sur la version HTML, et le pourcentage grimpe à 73% pour la version pdf. Quand cela est signalé, un bouton figure dans le volet de droite de l’article, dans la zone « Applications and tools » ; il est parfois accompagné d’un lien vers la politique d’Elsevier concernant le libre accès (« See our Open Access policy »). Pour certains pdf figure de façon assez visible la mention « this is an open-access article distributed under the terms of the Creative Commons », mais c’est rare. Autre étrangeté, depuis le lien « Permissions and reprints » présent sur la version HTML, un renvoi vers l’outil « LinksRights » de gestion des demandes d’autorisation pour les réutilisations…  (mais ça fera peut-être l’objet d’un autre billet)

En résumé : il est difficile de repérer les revues et les articles en libre accès sur Science Direct
En ce qui concerne mon échantillon en tout cas, ceux-ci ne sont pas mis en valeur pour l’utilisateur lambda, qui se satisfera probablement de pouvoir accéder aux contenus, sans savoir d’où vient cette bonne fortune.
Il me semble cependant qu’il ne devrait pas en aller de même pour les auteurs, qui payent pour la « libération » de leurs articles, et pourraient s’attendre, à juste titre, à ce que cette démarche soit au minimum reconnue, sinon valorisée. Et, derrière les auteurs, leurs institutions et leurs organismes financeurs : les sommes demandées par article ne sont pas triviales, et un établissement peut légitimement espérer en retirer une forme de retour sur investissement, sous forme de « placement de marque » (« cet article vous est offert par l’université de … ») par exemple.
Il est également préoccupant pour les bibliothécaires de ne pas avoir de vue claire sur ces contenus, aussi bien pour des questions de médiation (dans leur rôle de promoteurs de l’OA) de que pour des questions de gestion financière : si ces articles ont déjà été payés par les auteurs ou leurs bailleurs de fonds, ils doivent être exclus des contenus sur abonnement (ce serait dommage de les payer 2 fois…)
Enfin, il paraît surprenant qu’un éditeur avec de tels moyens techniques ne puisse pas harmoniser la présentation et le signalement de ces contenus ; comment peut-il espérer, s’il ne fait pas le nécessaire, attirer davantage d’auteurs vers son modèle hybride ?

[Photos : eversion, hartman045]

Pétition pour l’accès libre aux résultats de la recherche fédérale : l’administration Obama dit « Oui » !

Le message traduit ci-dessous, publié ce week-end sur le site de la Maison Blanche, a également été adressé par e-mail aux 65704 signataires de la pétition demandant « un accès libre aux articles de revues scientifiques provenant de recherches financées par les contribuables ».

« Augmenter l’accès public aux résultats de la recherche scientifique

Par le Dr. John Holdren

Merci pour votre participation sur la plateforme « We the people ». L’administration Obama convient du fait que les citoyens méritent un accès facilité aux résultats de la recherche financée par leurs impôts. Comme vous le savez peut-être, le bureau de la politique scientifique et technologique (Office of Science and Technology Policy, OSTP) se préoccupe de cette question depuis un certain temps, et a eu l’occasion à deux reprises de faire appel au public pour connaître ses suggestions sur les moyens d’arriver à la démocratisation des résultats de la recherche financée par le gouvernement fédéral. Votre pétition a été d’une grande aide dans la discussion sur cette question.

La logique derrière un accès public amélioré est évidente. Nous savons que la recherche scientifique soutenue par le gouvernement fédéral stimule des découvertes scientifiques capitales et des avancées économiques, lorsque les résultats de cette recherche sont accessibles pour les innovateurs. Des politiques qui mobilisent ces biens intellectuels pour une réutilisation via un accès élargi peuvent accélérer les avancées scientifiques, accroître les innovations et encourager la croissance économique. C’est pourquoi l’administration Obama s’est engagée à veiller à ce que les résultats de la recherche scientifique financée par le gouvernement fédéral soient mis à la disposition et au service du public, de l’industrie et de la communauté scientifique.

2722210623_6059a1615d_mDe plus, ces recherches ont été financées par l’argent du contribuable. Les américains devraient pouvoir accéder facilement aux résultats de la recherche qu’ils aident à financer.

C’est dans cet objectif que j’ai publié aujourd’hui une note à destination des agences fédérales, qui demande à celles qui dépensent plus de 100 millions de dollars en recherche et développement de concevoir des plans d’actions afin de rendre publics les résultats de la recherche financée par des fonds fédéraux, et ce gratuitement, dans un délai de 12 mois après leur publication initiale. Comme vous l’avez indiqué, la politique d’accès public adoptée par les National Institutes of Health (NIH) a été un grand succès. Et, alors que ce nouvel appel politique ne demande pas aux agences de copier exactement la démarche des NIH, il permet de s’assurer que des politiques similaires vont apparaître dans tout le gouvernement.

Comme je l’ai dit, ces politiques ont été développées soigneusement, à travers une vaste consultation publique. Nous voulions trouver un compromis entre l’extraordinaire bénéfice public amené par l’accroissement de l’accès pour tous aux résultats de la recherche financée sur fonds fédéraux et le besoin de garantir que les contributions de grande valeur apportées par l’industrie de l’édition scientifique ne seraient pas perdues. Cette politique reflète cet équilibre, et se donne aussi la souplesse d’y apporter des changements ultérieurs en fonction des usages et des observations. Par exemple, il a été demandé aux agences de travailler sur la base d’une période d’embargo de 12 mois pour leur permettre de développer leurs politiques, mais également d’envisager un mécanisme permettant aux différents acteurs du secteur de leur demander de modifier cette période. Au fur et à mesure de l’avancée des agences dans le développement et l’implémentation de leurs politiques, il y aura de nombreuses possibilités de participation publique pour s’assurer que les agences font le meilleur travail possible pour satisfaire tous les intérêts en présence.

En plus d’aborder la question de l’accès public aux publications scientifiques, cette note demande aux agences de commencer à s’intéresser à la nécessité d’améliorer la gestion et le partage des données scientifiques produites avec des financements fédéraux. Le renforcement de ces politiques va encourager l’entreprenariat et la création d’emploi, en plus de conduire le progrès scientifique. L’accès à des jeux de données pré-existants peut accélérer la croissance, en permettant à des sociétés de concentrer leurs ressources et leurs efforts sur l’interprétation et l’exploitation pleine des découvertes, au lieu de répéter un travail pré-concurrentiel de base, déjà documenté par ailleurs. Par exemple, les données climatiques ouvertes sous-tendent l’industrie de la prévision et fournissent des bénéfices publics importants ; la publication des séquences du génome humain a engendré de nombreuses innovations dans le domaine biomédical – sans parler des nombreuses sociétés générant des milliards de dollars de revenus et les emplois qui vont avec. Progresser vers une plus large disponibilité des données scientifiques va permettre de créer des marchés économiques innovants pour des services liés à la curation, à la conservation, à l’analyse et à la visualisation des données, entre autres.

Alors merci encore pour votre pétition. J’espère que vous conviendrez que l’administration a fait son travail et vraiment répondu à votre demande.

John Holdren est conseiller du Président pour les questions scientifiques et technologiques et directeur du bureau de la politique scientifique et technologique de la Maison Blanche. »

Merci à @St_B pour la suggestion de traduction.

[Photo : StevenANichols]

 

FRPAA et FASTR

3032252292_c5979d18c1_mVoilà quelques temps que je me dis qu’il faut que je fasse un billet sur FRPAA, et voilà qu’arrive FASTR : je vais tâcher de faire un petit récapitulatif sur ces 2 projets de loi.

Au commencement était FRPAA
Le Federal Research Public Access Act (FRPAA), proposé à plusieurs reprises depuis 2006, est un projet de loi qui demande la mise en accès libre des résultats de la recherche financée sur fonds publics par 11 agences fédérales des Etats-Unis. Les agences en question financent chacune pour plus de 100 millions de dollars de recherche, et couvrent la plupart des secteurs d’activité : agriculture, education, défense, santé etc. Elles doivent mettre en oeuvre une politique de libre accès et s’assurer que les articles soient déposés soit sur leurs propres serveurs, soient dans des archives ouvertes, afin de garantir un accès libre et pérenne aux documents. Ceux-ci doivent être rendus accessibles dans un délai de 6 mois maximum après publication dans une revue académique.
Malgré des soutiens de plus en plus nombreux (le dernier en date provenant d’une cinquantaine de prix Nobel, tout de même), le projet n’est jamais passé au vote dans les instances législatives américaines.
Comme on peut s’y attendre, l’Association of American Publishers (AAP) s’oppose fermement à ce projet depuis le début, arguant que cette loi, si elle était votée, placerait les agences fédérales en concurrence avec les éditeurs privés, saperait à la fois le copyright et le système de peer-review (on ne voit/dit pas bien comment, mais la dialectique à base de FUD a comme un air de déjà vu), et, surtout, entraînerait des coûts et du travail supplémentaires pour les agences qui seraient obligées de créer des bases de données pour organiser l’accès aux documents, alors que de tels outils existent déjà (produits par le secteur privé).
Puis vint FASTR
Le projet de loi Fair Access to Science and Technology Research Act (FASTR), qui vient tout juste d’être soumis aux 2 chambres américaines, reprend les mêmes revendications que FRPAA, mais les renforce en demandant en plus :
– à ce que les résultats de recherche puissent être réutilisés et traités informatiquement (analyse et fouille de données)
– à ce que les articles déposés dans les archives ouvertes le soient dans des formats et selon des conditions qui permettent la réutilisation des données
– à ce que les rapports annuels des agences concernées dressent un état des conditions de réutilisation des articles déposés et étudient la possibilité de les diffuser sous une licence permettant une libre diffusion à condition de mentionner la paternité des auteurs.
2086157902_481ecf2e04_mComme pour FRPAA, les agences auront 1 an de transition pour implémenter leur politique de libre accès. Comme pour FRPAA, les questions de copyright ne sont pas directement remises en cause : les agences ne demandent pas le transfert des droits, elles utiliseront des licences non-exclusives pour la diffusion (après, aux auteurs de regarder de près ce qu’ils signent et ce qu’ils cèdent aux éditeurs…). Comme pour FRPAA, les agences seront libres de choisir l’organisation qui leur convient pour la mise en oeuvre de leur politique : le projet n’impose pas de modèle unique.
Dans les 2 cas, c’est la voie verte (« green OA ») qui est mise en avant : les articles doivent être déposés dans des archives ouvertes, dans leur version acceptée pour publication. Rien n’empêche les auteurs de publier aussi dans des revues en libre accès (« gold OA »), mais ce n’est pas l’objet du projet.
Sorti le 13/02, FASTR a d’ores et déjà le soutien de plusieurs associations (bibliothèques US, SPARC, Electronic Frontier Foundation, Creative commons…), qui soulignent que « cette loi fait avancer les progrès réalisés avec la politique d’accès public des NIH, la première agence américaine a exiger un accès public aux résultats de la recherche financée par les contribuables. Depuis la mise en place de cette politique, ce sont en moyenne 90 000 nouveaux articles dans le domaine biomédical qui sont accessibles à tous chaque année. Et la demande pour ce type d’information est extrêmement forte, avec plus de 700 000 visiteurs uniques se connectant [à Pubmed Central] chaque jour. Avec FASTR, les résultats de recherche concernant des thématiques également importantes – du changement climatique aux énergies renouvelables – seront tout aussi facilement accessible au plus grand nombre. »
3031410561_6fdf0f6ba6_mDe nouveau, l’AAP a rapidement manifesté son opposition : pour elle, FASTR est « inutile et un gaspillage d’argent public »… (je vous fais grâce du reste des arguments, ce sont toujours les mêmes).

Sources

[Photos : Mederic,Artchemist2007, Mederic]

De la difficulté de comptabiliser ses lectures

7172165375_7d44d51163_mDans l’objectif de faire un comparatif de mes lectures (papier et numériques), j’ai voulu, pour chaque support, obtenir une liste des documents lus, pouvoir typer ces documents (livres/articles, documentaire/fiction), le tout organisé dans le temps. Ces opérations, qui semblent simples au premier abord, m’ont néanmoins donné du fil à retordre, comme vous allez le voir.
1) Lectures numériques
Récupérer une liste des documents stockés sur le Kindle de façon (même semi-) automatisée n’est tout simplement pas possible : l’interface de gestion du Kindle sur le site d’Amazon n’offre aucune possibilité d’export des données. Il n’est pas possible non plus d’afficher sur une seule page la liste exhaustive des documents, on est limité à 15 titres par page. La seule solution est ensuite de faire des copier-coller page à page. Pour les livres achetés ou téléchargés chez Amazon, on peut afficher la notice via un lien et, là, enregistrer la référence dans Zotero par exemple. Mais pour les documents achetés ailleurs, ou téléchargés gratuitement, tout ce qu’on a c’est le titre, l’auteur (si on a correctement rentré les données au départ dans Calibre par exemple) et la taille du fichier.
Pour typer les documents, 2 possibilités : soit travailler sur les notices récupérées via Zotero, puis leur adjoindre les mots-clé désirés, soit travailler à partir des copier-coller dans excel. Dans les 2 cas, c’est looooong. J’ai fait le choix de Zotero pour avoir plus de possibilités de traitement des données par la suite (on ne sait jamais, si ce genre d’idée saugrenue devait me reprendre).
La localisation dans le temps se fait facilement, le compte Kindle gardant trace de la date de chargement des fichiers sur la machine.
« Mais, bécasse, pourquoi tu n’as pas juste utilisé ta bibliothèque Calibre pour faire ça ? », me direz-vous. Tout simplement parce que des bibliothèques Calibre, j’en ai partout, sur des ordis perso, pro, à l’enssib, chez des gens… et qu’il n’y a que le Kindle qui centralise tout, finalement.
2) Lectures papier
Ma bibliothèque municipale est équipée d’un SIGB qui permet de conserver son historique de prêt (comme dans Koha), et de l’exporter (pas comme dans Koha), ô joie ! Il n’est cependant pas évident de s’y retrouver dans les formats d’export disponibles : pas de RIS ou de Bibtex (normal c’est une BM me direz-vous), mais de l’Unimarc inutilisable sans un outil spécifique et un format Endnote/Refworks qui ne fonctionne pas (je sais bien que c’est un service qui ne doit pas être très utilisé, mais est-ce une raison pour ne pas au moins vérifier qu’il fonctionne correctement ? Ou alors ne pas le proposer ? Vivement le jour où les bibliothécaires seront réellement utilisateurs de leurs outils… Mais je m’égare). J’ai crû pouvoir faire mon affaire d’un format ‘Procite’, mais en sortie le fichier est inutilisable : les colonnes sont mal formatées, et ça me prendrait plus de temps de reprendre le fichier que de travailler à partir de copier-coller depuis l’affichage écran. Le seul avantage est que dans ce cas, je peux récupérer les dates de prêt-retour, si tant est que ça présente un intérêt.
3) Résultats (forcément) empiriques
Depuis que j’ai une liseuse, mes lectures ont changé, et ce sur les 2 supports :
– Je n’emprunte plus que des ouvrages « périphériques » à mes lectures habituelles (livres de cuisine, livres d’art, mangas, romans graphiques), sur la carte d’un autre membre de la famille – je n’ai pas repris d’abonnement à la bibliothèque : je trouve pratiquement tout ce dont j’ai besoin en ligne et, un certain nombre de mes amis s’étant équipés de liseuses au cours de l’année, j’ai pu commencer à échanger des livres numériques.
– A l’arrivée de la liseuse, je l’ai utilisée surtout comme un prolongement de mon mode de lecture traditionnel : le roman du soir ou du week-end, lu à la maison. Petit à petit j’ai commencé à utiliser les possibilités de stockage de documents personnels du Kindle pour lire des articles, des billets de blog, des rapports, etc. : j’ai pris le réflexe de l’utiliser aussi pour une grande part de mes lectures professionnelles, et en situation de mobilité.
La facilité de chargement des documents (envoi direct par mél) rend l’intégration de l’outil fluide dans mes usages, et l’utilisation hors ligne permet une lecture approfondie que je ne retrouve pas ailleurs (je n’arrive définitivement pas à lire sur tablette). Au final je lis au moins autant – sinon plus qu’avant.
Ce qu’il me reste à creuser, c’est la mise en place d’un workflow pour exporter les passages que je surligne sur le Kindle vers des outils de stockage (Evernote est devenu ma gare de triage) puis d’édition. Je suis en train de bricoler quelque chose avec IFTTT, à suivre.
Et vous, vous faites comment pour scruter vos lectures et organiser vos workflows ?
[photo : S. Alexis]

RIP Aaron

3111021669_6c0a38faa0_n« Voilà pourquoi nous devons avoir un meilleur sens de la justice, et avoir honte [aussi]. Parce que la démesure dans cette histoire ce n’est pas juste [le geste d’]Aaron. C’est aussi l’absurdité du comportement du ministère public. Depuis le début, le gouvernement s’est acharné à caractériser les actes commis par Aaron de la façon la plus extrême et la plus absurde possible. Les « biens » qu’Aaron avait « volés », nous a-t-on dit, valaient « des millions de dollars » – suggérant, en creux, que son objectif était forcément d’avoir voulu profiter de son crime. Mais quiconque affirme qu’il y a de l’argent à faire avec un stock d’ARTICLES SCIENTIFIQUES est soit un idiot, soit un menteur. Il était clair que ce n’était pas le cas, bien que notre gouvernement continue à se comporter comme s’il avait attrapé les terroristes du 11 septembre la main dans le sac. »

Extrait de Prosecutor as bully, hommage à Aaron Swartz (décédé hier) par Larry Lessig. J’avais évoqué Aaron à l’occasion de la libération de près de 19 000 articles du domaine public. En France on ne risque pas 35 ans de prison (peine encourue par Aaron pour le téléchargement massif d’articles de la base JSTOR), même s’il est vrai que l’échelle pénale reste à revoir…

Rappel détaillé des faits et vibrant hommage chez Calimaq, merci à lui.

[photo : creativecommoners]


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