Archive for the 'Open Access' Category



Open access : méfiez-vous des imitations

Un signe du succès d’un produit ou d’un concept est souvent que d’autres acteurs que les producteurs originaux s’en inspirent – de façon plus ou moins convaincante -, en proposant quelque chose de similaire. Et bien c’est le cas pour les revues en open access : certains éditeurs – jusque là inconnus – diffusent désormais des revues « en libre accès », mais ne proposant aucune des garanties de sérieux que l’on est en droit d’attendre quand il s’agit de recherche scientifique. Jeffrey Beall, un bibliothécaire du Colorado, passe au crible sur son blog Scholarly Open Access les offres de ces éditeurs : caution scientifique de sociétés savantes fantômes, re-publications multiples des mêmes articles, système de validation inexistant ou fortement biaisé (les auteurs choisissant leurs reviewers…), références des auteurs invérifiables (chercheurs d’une université qui n’existe pas)… tels sont quelques-uns des principaux « défauts » de ces publications. Plusieurs indices doivent éveiller le soupçon chez le bibliothécaire confronté à des revues publiées par ces maisons : coordonnées factices de l’éditeur, faible nombre d’articles, annonce d’un facteur d’impact pour des revues récentes, emploi d’un anglais approximatif sur le site web, récompenses imaginaires…

L’intérêt pour ces « prédateurs », comme Jeffrey Beall les nomme (« predatory publishers ») ? Il s’agit essentiellement :
– de l’appât du gain : par un détournement pur et simple du modèle « auteur-payeur ». Ces éditeurs rivalisent de créativité pour faire payer des frais de publication aux auteurs (frais de traitement, frais d’enrichissement…).
– d’une  stratégie opportuniste : effet collatéral du « publier ou périr ». On voit ainsi des articles recyclés dans plusieurs revues du même « éditeur », pour booster la liste de publications de chercheurs, souvent issus de pays émergents. En fait d’éditeur, il s’agit de collègues ou de compatriotes basés en Europe ou aux Etats-Unis, qui ouvrent des sociétés fantôme dont l’activité principale consiste à promouvoir leurs revues et leurs auteurs, sous une apparence d’honnêteté (« Vanity presses »).

J. Beall tient à jour une liste, qui s’enrichit régulièrement de nouveaux éditeurs douteux. Il recommande aux chercheurs d’éviter toute collaboration avec ces éditeurs, que ce soit en tant qu’auteurs ou en tant que reviewers, et de considérer avec beaucoup de méfiance les informations contenues dans ces articles. Ca semble en effet plus prudent.

[photo : amulonphotography]

RWA : une nouvelle menace pour l’Open Access

Les éditeurs scientifiques et l’Open Access, ça n’a jamais été le grand amour. Et ce n’est pas près de s’arranger : le 16 décembre dernier, 2 députés américains ont déposé devant la Chambre des Représentants un projet de loi signifiant rien de moins que la fin des politiques publiques visant à garantir à tous l’accès aux résultats de la recherche financée sur fonds publics.
Le Research Works Act (HR3699), c’est son nom, établit notamment la règle suivante :

Aucune agence fédérale ne peut adopter, instaurer, maintenir, continuer ou s’engager de quelque manière que ce soit dans une politique, un programme ou toute autre activité qui :
(1) cause, permet ou autorise la dissémination sur le réseau de tout travail de recherche issu du secteur privé sans le consentement préalable de l’éditeur de ce travail ;
(2) exige que tout auteur actuel ou potentiel, ou l’employeur d’un tel auteur actuel ou potentiel, donne son assentiment pour la dissémination sur le réseau d’un travail de recherche issu du secteur privé.

Ce qu’on entend par « travail de recherche issu du secteur privé » est défini dans le projet comme :

… un article destiné à être publié dans une publication scientifique ou universitaire, ou quelque version que ce soit de cet article, qui ne soit pas un travail du gouvernement des Etats-Unis (tel que défini dans la section 101 du titre 17 du code des Etats-Unis), et qui décrive ou interprète un travail de recherche financé entièrement ou partiellement par une agence fédérale, et auquel un éditeur commercial ou à but non lucratif s’est engagé à apporter par sa contribution une valeur ajoutée, y compris la validation par les pairs ou la mise en forme. Cette expression ne concerne pas les rapports d’étape ni les données brutes régulièrement soumis directement à l’organisme financeur au cours de la recherche.

On rappellera juste que le travail de validation par les pairs, censé être la valeur ajoutée apportée par les éditeurs aux articles est assumé *gratuitement* par des chercheurs, payés eux aussi sur fonds publics…

C’est clairement la fin des mandats institutionnels qui est visée ici, à commencer par celle des National Institutes of health (NIH), qui conditionnent leur financement à l’obligation de dépôt des articles issus de la recherche sur PubMedCentral dans les 12 mois suivant la publication. Plus largement, ce sont toutes les politiques en faveur du libre accès qui se verraient ainsi remises en cause, si une loi de ce genre était votée.
On peut l’imaginer, l’American Association of Publishers (AAP), qui compte parmi ses membres éminents la plupart des éditeurs scientifiques internationaux, se frotte les mains et appuie bien évidemment l’initiative :

Les éditeurs américains mettent plus d’information de recherche à la disposition de plus de gens, via plus de canaux de diffusion que jamais dans l’histoire. Dans une période où la sauvegarde des emplois, les exportations, l’excellence académique, l’intégrité scientifique et la protection des droits d’auteur numériques sont toutes des priorités, le Research Work Act garantit la viabilité de cette industrie.

Et ce n’est que pure coïncidence si le projet de loi est défendu notamment par Carolyn Maloney, députée démocrate de l’état de New-York – un état qui abrite pourtant de nombreuses universités et structures de recherche publique –, qui a été destinataire pour sa campagne de plus du tiers des dons attribués par Reed-Elsevier (certains ont également relevé la surprenante similitude entre la réponse de la députée aux critiques formulées à son encontre et certaines interventions du responsable des relations publiques d’Elsevier).
La position de l’AAP ne fait cependant pas l’unanimité : certains éditeurs ont exprimé leur désaccord avec l’appui apporté par l’association à cette législation. Parmis ceux-ci,  on trouve des presses universitaires (MIT Press , University of California Press…), mais aussi Ithaka (l’organisme qui est derrière JSTOR et Portico), Nature Publishing ou encore Cambridge University Press.
Des bibliothécaires américains se mobilisent : certains demandent aux éditeurs de se positionner contre le projet de loi, voire de quitter l’AAP, une autre a commencé à lister tous les membres des comités éditoriaux des revues en sciences de l’information éditées par Elsevier, et leur enjoint de démissionner de leur poste dans ces comités. On peut effectivement se demander si, du point de vue du chercheur, oeuvrer pour la diffusion la plus large possible des connaissances est réellement compatible avec une collaboration de quelque nature que ce soit avec des revues dont l’accès n’est pas libre ? (Je parle d’un point de vue purement éthique, hein, je sais que la réalité est autre, qu’il y a la pression du « publish or perish – et plutôt dans des revues à fort facteur d’impact » qui conditionne l’avancement de la carrière du chercheur, que « publier dans des revues en open access, c’est risqué » (quel risque ? à part celui d’être lu, je ne vois pas), etc.)
Bref, il me semble juste qu’il serait bon de ne pas oublier que « Sans la recherche, il n’y aurait rien à publier. » (dixit Paul Courant, dans un billet de 2008 à propos du Fair copyright in research works act, une tentative précédente de limitation de l’accès aux résultats de recherche).

Pour suivre les évolutions de ce projet, quelques liens :
– le billet de John Dupuis sur Confessions of a science librarian : Around the Web: Some posts on The Research Works Act (Now chronological!)
– le blog Open and shut ?
– les infos diffusées par Peter Suber sur son compte Google+
– le billet de Peter Murray-Rust The Scholarly Poor could lose access to scientific research; this is serious
la catégorie Scholarly communication sur Gavia Libraria
[photos : oneshotonepic]

Stratégie numérique: la Commission lance une consultation sur un accès plus ouvert aux informations scientifiques

EUROPA – Press Releases – Stratégie numérique: la Commission lance une consultation sur un accès plus ouvert aux informations scientifiques

Bruxelles, le 15 juillet 2011 – Une consultation publique concernant l’accès aux informations scientifiques numériques et leur conservation a été lancée par la Commission européenne à l’initiative de Mme Neelie Kroes, vice-présidente de la Commission responsable de la stratégie numérique, et de Mme Máire Geoghegan-Quinn, membre de la Commission responsable de la recherche et de l’innovation. Pour concourir sur un pied d’égalité avec leurs homologues à travers le monde, les chercheurs, ingénieurs et entrepreneurs européens doivent pouvoir accéder aisément et rapidement à certaines informations scientifiques et les infrastructures numériques modernes peuvent jouer un rôle important pour ce qui est d’en faciliter l’accès. Toutefois, plusieurs défis restent à relever: les tarifs d’abonnement aux publications scientifiques sont élevés et en augmentation; le volume de données scientifiques ne cesse de croître; les résultats de la recherche doivent être sélectionnés, organisés et conservés. L’accès ouvert, défini comme un accès libre au contenu universitaire sur Internet, peut donc être utile à cet effet. Les scientifiques, organismes de financement de la recherche, universités et autres parties intéressées sont invités à transmettre leurs contributions sur la façon d’améliorer l’accès aux informations scientifiques. Cette consultation se déroulera jusqu’au 9 septembre 2011. Accéder aux connaissances et les réutiliser constituent un objectif clé de la stratégie numérique pour l’Europe et de l’initiative Une Union de l’innovation.

Il faudra juste m’expliquer pourquoi ce genre d’initiative est lancé en plein été, avec un délai de réponse si court…

CR : Publications scientifiques et financement européen

J’ai assisté cette semaine à la matinée d’étude « Publications scientifiques et financement européen » organisée par Couperin pour présenter les initiatives de la Commission Européenne sur le sujet, et plus particulièrement le projet OpenAIRE.
La manifestation était de qualité, j’en retiens plus particulièrement 2 temps :
Keynote : Reconstruire la République des sciences par le libre accès : responsabilités et évaluation des chercheurs – Jean-Claude Guédon
Pour JCG, la Science est une « grande conversation ». Les associations savantes, les éditeurs, les bibliothécaires soutiennent cette « grande conversation », en diffusant l’information scientifique. Il fait les constats suivants sur la diffusion en libre accès :
– L’Open Access a rencontré beaucoup de succès depuis sa naissance en 2001-2002 : il existe de + en + d’archives institutionnelles, et plus de 5000 revues en OA sont recensées par le DOAJ. Un mouvement qui prend de l’ampleur, mais qui hésite sur la suite.
– Une faiblesse : le déséquilibre qui demeure entre le rôle des bibliothécaires (très positif, mais qui manque de légitimité) et la logique des chercheurs (relativement indifférents aux nouveaux usages mis en avant par les bibliothécaires)
– Malgré ces progrès, l’intérêt des chercheurs demeure pour les revues prestigieuses, et pas pour les revues en OA de visibilité moyenne (PLoS, Biomed Central), en raison de leur utilisation comme élément d’évaluation de la carrière des chercheurs.
Comment faire avancer les choses ? Vraisemblablement en faisant évoluer les métriques utilisées pour l’évaluation des chercheurs.
Si on prend le cas du facteur d’impact – de plus en plus détourné de son usage initial (l’évaluation des revues) pour évaluer les chercheurs – on voit que, à l’instar des pratiques utilisées en athlétisme pour la course de sprint, où les temps sont désormais calculés au centième de seconde, le facteur d’impact a lui aussi 3 décimales : on a augmenté artificiellement sa valeur pour créer de la compétition, du spectacle. Du coup, comme en athlétisme, on voit émerger des « champions » de la recherche, et du « dopage » : certains n’hésitent pas à adapter leur production scientifique à la métrique (voir des exemples d’articles retirés et autres malversations intellectuelles sur le site Badscience), qui agit comme une « stéroïde intellectuelle ». L’évaluation de la qualité générale de la science doit pouvoir se faire en dehors des « champions de la métrique » : de nouvelles formes d’évaluation peuvent s’élaborer avec l’Open Access ; on peut imaginer par exemple de mesurer un facteur d’éducation, un facteur social… Cela permettrait de reconstruire le jeu de la concurrence scientifique de façon plus saine, d’articuler la quête de l’excellence à la quête de la qualité. Plusieurs pays se sont démarqués de cet indicateur et ont bâti leurs propres métriques, notamment en Amérique Latine avec SCIELO.

Table-ronde – Rendre les travaux librement accessibles : quel intérêt pour un chercheur ?
Il a été demandé aux 4 intervenants – des « power users » de Hal, issus de différents organismes de recherche, qui déposent beaucoup – comment ils percevaient leur plateforme :
– Importance de Hal pour repérer la littérature grise : le fait que Hal héberge d’autres types de documents que les articles (thèses, rapports…) est très apprécié : il permet de mettre en valeur facilement toutes les publications sur un projet, ainsi que de collaborer sur des documents non publiables (cas d’un document de travail alimenté en commun dans le cadre d’un projet européen)
– Intérêt principal pour le chercheur : avoir la liste complète de ses publications à un seul endroit, et pouvoir l’utiliser pour alimenter une page perso, ou la page de son laboratoire.
– Hal est un moyen de mettre sa production à disposition du public (qui n’a pas forcément accès aux revues en ligne dans lesquelles la recherche est publiée), mais pas un système de validation (ce rôle reste celui de la revue). C’est un auxiliaire utile, mais pas un outil de travail principal.
– Forte utilisation de Google ou Google Scholar comme point d’entrée dans une recherche, les chercheurs se tournent vers les bases de données spécialisées à partir du moment où ils veulent citer des articles. Hal n’est pas utilisé comme moteur de recherche.
– Le fait que les dépôts dans Hal soient assez rapidement indexés par Google Scholar est un vrai plus pour se faire connaître et de se faire citer.
– Hal est devenu petit à petit un outil partagé par les chercheurs, un point commun entre différentes institutions, toutes disciplines confondues.
– En ce qui concerne les améliorations souhaitées : plus d’automatisation pour repérer les travaux publiés dans les bases des éditeurs et demander aux auteurs de déposer, une compatibilité avec d’autres outils que Pubmed et ArXiv ; Endnote est cité.
[photos : Vestman, Waltarrrr]

Persée menacé

Où trouve-t-on toutes les publications de l’école française de Rome ? L’Annuaire français de droit international, revue de chevet des internationalistes ? 60 ans de la Revue économique ? Les Annales depuis 1929 ?
Sur Persée bien sûr !
Cette base d’archives de publications en sciences humaines sociales, en libre accès, utilisée au quotidien par des milliers d’étudiants, d’enseignants-chercheurs et d’internautes de tous horizons voit son avenir proche s’assombrir. Quel dommage.

Machine à (garder ses) sous

L’étude The value of UK HEI’s to the publishing process du JISC s’est penchée sur le coût des publications scientifiques pour les établissements d’enseignement supérieur et de recherche du Royaume-Uni, sachant que :
– la communication scientifique ne peut pas se passer du peer-review
– le peer-review est réalisé gratuitement par les chercheurs
– le nombre d’articles scientifiques est en augmentation constante, et donc le peer-review aussi.
Elle arrive à des chiffres non négligeables :
– le travail de peer-review est estimé à entre 110 et 165 millions de £
– la participation à des comités éditoriaux représente 30 millions de £
Si l’on ajoute à cela la dépense annuelle des établissements consacrée aux abonnements en ligne, pour pouvoir consulter les articles de revues, estimée à entre 113 et 121 millions de £, la facture se monte annuellement à entre 253 et 316 millions de livres sterling, ie entre 300 et 400 millions d’euros.
Avec de telles sommes, les établissements ne pourraient-ils pas mettre en place un système de production, de diffusion et de conservation de l’information scientifique ? C’est ce que propose Brad Wheeler, de l’Université de l’Indiana dans cet article d’Educause Review, avec « the Big Digital Machine », un concept en cours d’élaboration au sein du Committee on Institutional Cooperation, un consortium d’universités du nord ouest des Etats-Unis. Le principe est que si les établissements se réapproprient leur recherche, ils seront en mesure d’en définir les modes d’accès, aussi bien en terme de droits qu’en termes techniques – l’idée c’est aussi de s’appuyer sur les outils existants, qui ont fait leurs preuves, comme Open Journal Systems (OJS), Fedora/DSpace/DuraSpace, Connexions, EPrints pour pouvoir gérer la totalité du workflow des publications. Une infrastructure de ce type pourrait fédérer aussi bien les sociétés savantes que les presses universitaires, voire les « petits » éditeurs pas encore passés au numérique. Tentant…

[Photo : cobalt123]

ORCID

ORCID, c’est l’acronyme d’Open Researcher & Contributor ID, un projet ouvert d’identification unique des chercheurs, soutenu par plus de 140 institutions (sociétés savantes, éditeurs, organismes de recherche, universités – tiens, aucune institution française… ; il me semble quand même qu’il en a un travail en cours sur les autorités à l’ABES ? Mais sans doute ai-je tort de faire un lien entre ces 2 projets, cela n’a sûrement rien à voir).
Son objectif est la création d’un registre mondial des chercheurs, qui ferait référence auprès de tous les acteurs de l’édition scientifique dans l’attribution des contributions et des citations. L’idée, c’est de s’appuyer sur les systèmes existants déjà chez les organismes partenaires, et de les rendre interopérables ; la comparaison la plus réaliste, si j’ai bien compris, est celle d’un DOI pour les chercheurs. L’intérêt d’un tel système ? J’en vois au moins 3 :
– Gérer les homonymes – et en partie les affiliations des chercheurs
– Couvrir toutes les étapes de la publication : de la soumission du manuscrit à sa citation par d’autres documents.
– Pouvoir attribuer correctement des contributions autres que celles faites sous forme d’articles : liens vers des sets de données de recherche, vers des billets de blog, vers des travaux collaboratifs…
Mais aussi, vraisemblablement, pouvoir récupérer les données pour alimenter des CV de chercheurs, des listes de publications, des annuaires institutionnels via toutes sortes de mashups…
Le projet doit passer en phase publique au cours du premier semestre 2011. On peut suivre l’avancée du projet grâce au groupe ORCID Researchers.

Pour en savoir plus :
ORCID or how to build a unique identifier for scientists in 10 easy steps, par Martin Fenner, membre du CA du projet
ORCID and ISNI : Author, Swineherd, taxman, Alcohol researcher par OCLC
[photo : _YoYoH_]

Think different.

« […] la Société [américaine de linguistique] a constaté une augmentation considérable de la participation à sa conférence annuelle, qui s’est traduite par une augmentation de ses revenus, attribuée à l’élargissement du dialogue sur la linguistique encouragé par ses publications en Open Access. J’ai été frappé par la ressemblance avec ce qui se passe dans l’industrie musicale, où le fait de proposer un accès à moindre coût, voire gratuit, à des morceaux, a permis d’augmenter le revenu des artistes (et pas forcément de leurs maisons de disques) pour leurs prestations en public.

Le message à retenir de tout ça, c’est que nous devons penser de façon différente, et réaliser qu’il y a de nombreux modèles économiques alternatifs pour la publication scientifique. Lorsque l’on nous dit, comme c’est souvent le cas, qu’ « il faut bien que quelqu’un paye pour l’Open Access », nous devrions nous souvenir que le non-dit qui sous-tend cette remarque est généralement que « quelqu’un doit me payer, moi ! » Quand nous regardons de près les alternatives en Open Access, nous devons nous rappeler que le but ultime doit être de faciliter l’usage du système de communication scientifique le plus efficace, et pas de soutenir une entreprise ou un modèle économique en particulier. Le message de Berlin 8 est clairement que nous devons réfléchir en dehors des schémas traditionnels, pas uniquement sur la publication dans sa globalité, mais aussi sur le soutien à l’Open Access en lui-même. »

Kevin Smith, Staying out of boxes, sur Scholarly communications@Duke. Les présentations de la conférence Berlin 8 sont en ligne.

Bien choisir sa revue

Comment bien choisir la revue dans laquelle publier son travail ? Et que faire quand les options d’accès aux contenus sont différentes ?
L’inestimable Dorothea Salo propose aux chercheurs quelques conseils pour faire leur choix :
« Admettons, pour les besoins de la discussion, que vous pouvez réduire votre choix à 2 revues, de prestige équivalent. Voici comment choisir entre les deux :

  • Si l’une est en libre accès et l’autre accessible sur abonnement, choisissez celle en libre accès. Comme l’a entendu dire Kevin Smith par un éditeur récemment, certaines revues en libre accès sont en train de faire du bruit. Au moment où je vous parle, les abonnements des bibliothèques tombent comme des mouches. Le libre accès maximise les chances de vos articles de trouver des lecteurs, et épargne à vos lecteurs tout un tas de complications (parce que, vraiment, qui va se compliquer la vie pour récupérer un minuscule article ?)
  • Si l’une des revues est accessible uniquement sur abonnement et l’autre sur un modèle hybride… c’est à voir. J’ai tendance à considérer les revues hybrides (des revues sur abonnement qui rendent accessibles librement certains articles moyennant le paiement d’un forfait de publication) avec une certaine précaution. Nombre d’entre elles n’affichent pas clairement sur leurs interfaces le statut libre ou pas de leurs articles. Nombre d’entre elles ne sont pas optimisées pour Google, ce qui leur retire l’un des avantages de base à être en libre accès. Nombre d’entre elles ne promettent même pas de réduire le coût de leurs abonnements proportionnellement à l’adoption du libre accès par leurs auteurs. Et elles sont nombreuses aussi à pratiquer des prix vraiment trop élevés. A vous de juger au mieux.
  • S’il s’agit de 2 revues accessibles sur abonnement, mais que l’une exige un transfert de tous les droits d’auteur, et que l’autre demande seulement une licence pour la publication, optez pour celle avec la licence. C’est ce que l’on appelle « ne pas se fermer de portes ». Si vous cédez vos droits d’auteur, vous n’avez que la possibilité de faire ce que l’éditeur daignera vous accorder.
  • S’il s’agit de 2 revues accessibles sur abonnement, mais que l’une vous autorise à déposer une version de pré- ou de post-publication dans une archive ouverte et l’autre non, choisissez la première. Soyez également vigilant sur le type d’archive autorisé. S’il existe une archive qui fait référence dans votre discipline, laisser votre éditeur vous interdire d’y déposer vos travaux, cela reviendrait à vos tirer une balle dans le pied. Si vous ne disposez pas de ce type d’archive, voyez si votre institution a sa propre archive : y déposer vos travaux en texte intégral leur permettra d’être indexé par Google et Google Scholar (et de récupérer une notoriété non négligeable, d’après ce que j’ai pu voir pour les archives dont je me suis occupée)
  • Mettez dans des archives ouvertes tout ce que vous pouvez légalement y déposer. Encore une fois, votre objectif est de maximiser les possibilités pour que votre travail soit lu par les personnes intéressées. Oui, cela signifie que vous devez garder une trace de tous vos manuscrits. Et oui, cela signifie que vous devez lire ces sacrés contrats d’édition. D’après ma propre expérience, je peux vous le dire droit dans les yeux : ça vaut le coup.

Une chose qui ne fait jamais de mal : si d’aventure vous tombez sur un contrat d’édition restrictif, soupirez, prenez un air affligé et demandez à l’éditeur s’il ne peut pas faire mieux que ça. Au pire il vous dira « Non, c’est ça ou rien. » Mais parfois il vous dira oui, et ce que vous obtiendrez sera nettement mieux. Vous ne mettrez pas votre travail en danger. Vous enverrez un message positif montrant que vous vous préoccupez de vos droits. Personne n’y perdra. »

The smart scholar’s publication-venue heuristics; or, how to use open access to advance your career, par Dorothea Salo sur Book of Trogool.

[photo : Gabriela Camerotti]

Les 12 suggestions d’un chercheur

Peter Murray-Rust est enseignant-chercheur au département de chimie de l’Université de Cambridge. Il s’intéresse depuis longtemps  à l’Open science, à l’Open data et à l’Open Access. Pour changer la façon dont les bibliothécaires (et les bibliothèques) servent la communauté universitaire, il leur propose dans 12 suggestions for how librarians can build the future les idées suivantes :
« – Agir en bibliothécaire citoyen
Recrutez des bénévoles pour vous aider. Il y a des tonnes de choses que les jeunes de la génération internet pourraient faire. S’ils arrivent à cataloguer des revues comme « Galaxies », ils sont capables de cataloguer d’autres types d’information. Relâchez le contrôle et faites grandir votre communauté.

– Rendre publique toute la production scientifique – ignorer le copyright
L’université crée de l’information. Celle-ci lui appartient, ainsi qu’à ses membres, et pas à des acteurs extérieurs. Donc les thèses, les manuscrits, etc sont sous notre contrôle. Si tout le monde faisait ce choix, les acteurs extérieurs seraient affaiblis. Démarrez avec ce qui n’est pas trop sensible. Passez ensuite aux domaines où ces questions sont plus floues – et, le cas échéant, excusez-vous d’avoir fait plutôt que de demander la permission de faire. Ca peut être un moyen d’impliquer les chercheurs.

– Analyser les contenus
Valorisez les contenus que vous détenez. Analysez les thèses. Le texte comme les données. Exposez vos résultats, ne les cachez pas au fond d’un serveur.

– Charger les étudiants de 2ème année du développement de ressources et technologies pédagogiques
Vu que, d’ici 3 ans, les bibliothèques seront dans les appareils mobiles des étudiants et plus dans des bâtiments, il faut les impliquer. Leur demander comment traiter l’information dont ils ont besoin. Parce que si les bibliothèques ne le font pas, Google et les éditeurs s’en chargeront. Et adieu les bibliothèques.

– Participer activement à l’obtention de subventions de recherche
Les chercheurs survivent grâce aux subventions. Si vous aidez un chercheur à obtenir un financement, il vous soutiendra, ne serait-ce que pour que vous puissiez l’aider à nouveau. La recherche de subvention dépend pour une grande part (je le constate régulièrement), non seulement de la discipline de recherche, mais aussi du style du rédacteur et de sa connaissance des arcanes institutionnelles. Il n’y a pas de raison pour que vous ne puissiez pas y arriver – et, en tant que chercheur, c’est quelque chose que j’apprécierai sûrement.

– Participer activement au processus de publication scientifique
Même motivation que précédemment : si vous aidez un chercheur à publier plus d’articles, le chercheur appréciera.

– Fermer la bibliothèque universitaire de sciences et aller dans les labos
On n’a plus besoin de BU de sciences – ce sont peut-être des endroits tranquilles pour travailler, mais leur design ou leur gestion n’ont rien de particulier. Des bibliothécaires « humains » devraient être en blouse auprès des chercheurs et co-auteurs de leurs articles.

– Passer le relais des achats à un responsable national des achats ayant du « mordant »
Ca ne sert à rien d’envoyer des bibliothécaires négocier face aux forces de vente surentraînées des éditeurs. Elles sont formées pour gagner. Gérez ça nationalement – je crois que cela se fait déjà au Brésil.

– Mettre en place un nouveau type de presses universitaires
C’est une des plus grosses occasions manquées du siècle. Les universités auraient pu créer de nouveaux modes de publication académique. Les coûts sont bien moindres maintenant – ce n’est peut-être pas trop tard. Avant que, dans 5 ans, Google ou son successeur gère les systèmes d’information universitaires.

– Développer son propre système de métriques (ARGGH!)
Je déteste les métriques, mais s’il en faut, les bibliothèques pourraient facilement s’en charger. Toute l’information circule dans la bibliothèque – pourquoi l’ISI devrait-elle s’en occuper ? Vous auriez des métriques ouvertes et de qualité plus fiable.

– Faire campagne publiquement pour plus d’ouverture
Vous pouvez le faire. Pensez chaque jour à quelque chose qui devrait être ouvert. Puis réfléchissez à comment vous pourriez y arriver. Rejoignez l’Open Knowledge Foundation. Aucun des Panton Principles n’est hors de votre portée. Ni le projet Open bibliography de l’OKF. Ni le CKAN
Engagez-vous dans des projets comme mySociety. Encouragez la démocratie numérique…

– Rendre la bibliothèque ludique
Certaines des innovations les plus intéressantes se basent sur une addiction ludique. Aucun problème avec ça. Rendez amusant l’usage de la bibliothèque – sous quelque forme que ce soit. Rendez-le gentiment concurrentiel. Rendez-le motivant, comme cela peut l’être sur internet.

Et sortez de la bibliothèque et venez discuter avec nous. Si vous lisez ce blog, vous savez où me trouver pendant la pause déjeuner. »

[photos : mellyjean, Reading in public]


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