Archive pour février 2009

Hadopire

HADOPI - Le Net en France : black-out« Il y a plusieurs choses que je trouve très choquantes dans ce projet sur le plan des principes :

– La formule revient à considérer a priori tout utilisateur en bibliothèque comme un coupable en puissance et comme un “prédateur” de biens culturels. Mais c’est l’esprit de la loi Hadopi toute entière … Cela revient en outre à nier le rôle pédagogique que les bibliothèques peuvent jouer dans l’accompagnement des utilisateurs sur la Toile et à remettre en cause notre capacité tout simplement à faire appliquer nos règlements intérieurs. Qu’adviendra-t-il par exemple des collections de signets que les bibliothèques mettent en place ? Faudra-t-il les soumettre à l’avis préalable de la commission chargée de dresser la liste blanche ?

– Quand on pense à l’immensité et à l’évolutivité d’internet aujourd’hui, on a du mal à imaginer comment cette sélection des sites pourrait s’effectuer. On aboutira forcément à un échantillon très réduit qui ne sera qu’un pâle reflet de la diversité de la Toile. On pourrait à la rigueur imaginer d’exclure les sites qui, de notoriété publique, favorisent le piratage, mais même sous cette forme, la formule me paraît choquante.

– Le projet me semble intenable en bibliothèque de lecture publique, mais il ne l’est pas moins en BU pour les usages liés à la recherche. Comment les chercheurs pourront travailler avec un internet bridé ?

Le projet parle d’une consultation préalable des acteurs concernés. Mais rien ne garantit que nous seront indentifiés comme des “acteurs concernés”. Et même si c’était le cas, je ne voudrais pas être à la place des représentants des bibliothèques qui auront à donner leur bénédiction à ce portail blanc.

L’inquiétant, c’est que le projet paraît déjà assez avancé, car la Ministre s’appuie sur les travaux du CGTI (quid ? Conseil Général des Technologies de l’Information) qui a produit un rapport sur la question du filtrage.

C’est ni plus, ni moins une forme de censure qui est proposée ici. La protection des droits d’auteur (ou des intérêts économiques qui sont derrière) vaut-elle vraiment d’accepter une telle atteinte au droit d’accès à l’information ?

Plus profondément, il me semble que “déontologiquement” nous ne pouvons pas accepter cette conception du métier de bibliothécaire, comme un “verrouilleur” d’accès à l’information. C’est l’image profonde de la bibliothèque qui peut être atteinte par un tel projet. »
Lionel Maurel, sur son tout nouveau blog, résume très bien mes inquiétudes face à cette loi.

Le marché du mardi, n°28

3297874733_ec17edc81e_m.jpgE-BOOKS STUFF
– L’Office for Information Technology Policy de l’ALA a mis en ligne un blog dédié à l’accord conclu entre Google et les associations d’auteurs et d’éditeurs fin 2008. On y trouve notamment un tableau avant / après, et aussi un document résumant les tenants et les aboutissants de l’affaire en 2 pages.
– Google toujours : le numéro de mars de Cites & Insights est entièrement consacré à l’accord Google/éditeurs
– Dans « Google’s gift of books », Karen Coyle examine l’offre de contenus numérisés par Google destinée au bibliothèques ; elle fait un parallèle avec l’opération menée par Microsoft à la fin des années 90, qui consistait à fournir ordinateurs et modems aux bibliothèques pour qu’elles puissent ensuite proposer un accès internet gratuit à leurs usagers – il y a toujours des coûts cachés.
Substitution ou complémentarité ? Cette étude réalisée par des bibliothécaires de la Claremont College Digital Library compare l’offre de 4 gros fournisseurs d’e-books entre elles, et fait le lien avec les acquisitions de livres imprimés de la bibliothèque au cours des 3 dernières années. J’en retiens que les plateformes proposent plus de 50% de contenus uniques, et que la substitution des collections papier par des collections électroniques n’est guère envisageable, dans la mesure où seuls 30% des titres imprimés sont disponibles électroniquement – mais l’offre de Google aura sans doute un impact sur ces chiffres, à voir.

2.0 STUFF
YouTube permet désormais de télécharger les vidéos qu’il héberge, moyennant finances ou bien gratuitement, comme on peut le faire sur Itunes. Les universités US disposant de leurs chaînes sur la plateforme ont accepté de les laisser en libre accès sous licence Creative Commons. Intéressant pour les consultations nomades ou dans des zones peu ou mal desservies en haut débit. (Wired Campus)
3297141819_aa5ee1b648_m.jpg– Un peu avant l’annonce précédente, le site Academic Earth venait de lancer son « concept » : la fourniture de services ajoutés aux cours, conférences et autres débats vidéo récupérés (gratuitement puisque sous licence CC) sur les sites d’universités prestigieuses. Pour l’instant je ne vois pas trop ces fameux services ajoutés, si ce n’est la possibilité de noter les interventions, ce qui ne me semble pas d’un intérêt capital (surtout quand il s’agit d’interventions faites par des « pointures » de Yale ou d’Harvard).

DIVERS STUFF
Understanding science a pour mission « d’être une ressource accessible, gratuite et fun, qui communique avec précision sur ce qu’est la science et sur comment elle fonctionne ». Destinée au enseignants du secondaire, elle s’inspire d’une projet similaire, Understanding evolution.
– Un mashup pour la politique documentaire : c’est comme ça que je vois le travail du centre de doc en chimie-pharmacie-biologie de cette grande école de Zürich sur la géolocalisation de ses collections.
[photos : Greg75, artzubi]

RSS des TOCs

141295823_dba343e789_m.jpgDans un récent post, Roddy MacLeod, le responsable du projet TicTOCs, signale plusieurs usages possibles de ce service :
– la consultation basique des sommaires
– l’enregistrement d’une sélection personnalisée de revues
– l’export d’un ou de plusieurs fils rss dans un agrégateur de son choix
– la création de liens vers les sommaires choisis
– l’export vers Refworks (d’autres outils de gestion des références biblio sont prévus)

Plus de 12 000 revues sont indexées, provenant de 436 éditeurs. A première vue les seules revues en français sont celles publiées par des éditeurs internationaux (Elsevier, Wiley, Springer) et celles de Revues.org.

J’en ai profité pour faire un petit tour de ce que proposent les principaux acteurs de l’édition juridique francophone en matière de flux rss (enfin, ceux que je fréquente et qui proposent des revues), pour voir :
– Dalloz : des fils rss thématiques sur les actualités
– Juris-Classeurs : rien, aucune mention de rss même sur le site vitrine
– Lamyline : des fils rss thématiques sur les actualités
– Lextenso : des sommaires pour chacun des 9 titres proposés sur la plateforme – 10/10 pour l’outsider de la bande, à ma grande surprise, la plateforme étant par ailleurs très pauvre en fonctionnalités (à part imprimer ou copier-coller ses résultats de recherche, on ne peut pas faire grand-chose).

Bref, il y a encore du boulot ! 😉
[photo : Isobel T]

Risqués, les SIGB libres ?

3256116085_75a5eb07da_m.jpgKlog traduisait il y a quelques semaines un extrait de cet article analysant les relations paradoxales des bibliothécaires et des logiciels open source. Je signale également cette traduction d’un article du Library Journal par Jonathan Rochkind, bibliothécaire système à la bibliothèque Sheridan de l’Université Johns Hopkins, sur les risques que présentent les logiciels open source pour les bibliothèques en matière de support technique, argument souvent avancé contre l’adoption des SIGB libres. Il rappelle que plusieurs solutions sont possibles : l’appui de la communauté des développeurs et des utilisateurs (chaque logiciel a ses « évangélistes »), ou bien la contractualisation avec une société de services spécialisée, pour des prestations de support et de maintenance – et qu’elles ne sont ni plus, ni moins risquées que dans le cadre de l’utilisation d’un logiciel propriétaire. [Elles impliquent à mon avis d’autres changements dans les relations des bibliothécaires avec les prestataires et avec les communautés, mais bon après tout qu’est-ce que j’en sais ?]

Il conclut : « La survie même des bibliothèques en tant qu’institutions pertinentes et utiles à l‘ère de la société de l’information dépend directement des innovations dont nous parlons ici. Pour ce qui est des technologies utilisées en bibliothèque, la gestion du risque ne devrait pas être et ne peut pas être uniquement une politique d‘évitement. Les bibliothèques ont bien au contraire besoin de prendre des risques afin de rester pertinentes et utiles à leurs usagers. Dans l’environnement technologique actuel, l’utilisation de logiciels open source est bien souvent la voie d’accès privilégiée à l’innovation. »

Ce que j’aime bien chez les bibliothécaires américains, c’est leur optimisme.
[photo : Rémy Saglier Doubleray]

Le marché du mardi, n°27

DOK ELEK
– Malgré un retard certain au démarrage, Elsevier semble s’être décidé à investir les technologies 2.0 : après 2Collab, sa plateforme collaborative à destination des chercheurs, l’éditeur lance un nouveau service, CiteAlerts, qui signale automatiquement aux auteurs les citations de leurs articles faites dans d’autres articles publiés chez le même éditeur.

OA & AO
– Une nouvelle ressource en open access pour les économistes : AccessEcon, mi-archive, mi-CMS, permet à la fois de consulter et produire des revues, organiser et diffuser des conférences…
1057382329_8813502b03_m.jpg
TECHNOTEK
– Mashable nous apprend à faire des sauvegardes de nos données disséminées sur les outils de Google.
– Cette introduction à LibX, exposée par Cindi Trainor lors de la dernière conférence de l’ALA, explique assez bien les avantages de cette extension pour les navigateurs web en terme de visibilité des contenus des catalogues (les SCD d’Angers et de Metz en proposent une édition).
– Comment rendre le catalogue de ma bibliothèque, le site de ma revue scientifique ou mon archive numérisée compatible avec Zotero ? En utilisant une API et/ou des standards ouverts, tout est expliqué sur le site de Zotero – à bon entendeur
– Lully nous explique, lui, comment blogguer des références biblio en passant par Zotero.

SONOTEK
iserenity propose des ambiances sonores diverses et variées, dont Library Lullaby, censée évoquer le bruit de fond d’une bibliothèque, mais qui ne m’a pas convaincue : les bibliothèques de ma connaissance sont beaucoup plus bruyantes 😉
– 1 500 sons (sur les 12 000 disponibles) de la British Library sont accessibles depuis le site http://sounds.bl.uk/ : accents et dialectes, témoignages de survivants de l’Holocauste, bruits de la nature, musiques traditionnelles… il y a l’embarras du choix. Et il y a un blog.
[photo : Swami Stream]

A quand l’export pour tous ?

3214732182_13d5ea9f78_m.jpg« Un second axe de travail consiste à valoriser les contenus de Persée en les plaçant au-delà de leur contexte immédiat de recherche SHS française. Les contenus de Persée sont désormais dotés d’un DOI ce qui leur confère plusieurs propriétés majeures :
* la permanence de leur adresse, indépendamment de leur localisation ;
* leur référencement dans des systèmes d’information internationaux ;
* l’établissement de liens ou citations entre les ressources hébergées par Persée et d’autres systèmes d’informations également dotés de ces outils.
Ainsi, les utilisateurs de Persée pourront, à partir de chaque article, « rebondir » sur un ensemble de citations établies à partir de ou vers le document. »

OK très bien, bonne nouvelle (de 2008), mais à quand le développement de fonctionnalités d’export des données vers les outils de gestion des références bibliographiques ? Même question pour Revues.org – sur ce coup là il n’y a que Cairn qui tire son épingle du jeu en proposant un export direct vers Refworks et Endnote depuis au moins 2 ans.

Si ces plateformes innovantes et dynamiques ne proposent pas ce type de fonctions maintenant, comment pouvoir espérer faire bouger les éléphants de l’édition en SHS française en leur montrant le bon exemple ?
[photo : olliehigh]

La revanche du Minitel ?

2435127840_f411450625_m.jpg« […]La faiblesse du Minitel était qu’il était un réseau centré. L’avantage d’Internet est d’être décentralisé. Et même acentré. C’est ce qui fait tout la différence entre Internet et les autres réseaux. Et ce qui permet à chacun d’innover. Là, on est à cheval entre les deux. Il y a une citation de Linus Tovalds (créateur du noyau Linux) qui disait en 1995 : « les backups c’est pour les fillettes, les vrais hommes mettent leurs données sur un serveur FTP et laissent le reste du monde créer des miroirs. » Or si vous regardez le noyau Linux, son code source est un paquet de données, au même titre qu’un film ou qu’un livre, dont toutes les versions, depuis la première en 1991-92, sont sur le net. Comme elles sont librement copiables, il y en a des centaines de milliers de copies. Chacun de ces sites peut disparaître, on ne perdra jamais son contenu.

De l’autre côté, il y a la bibliothèque numérique : je n’ai pas le droit de faire de miroir pour que les données ne se perdent pas. Tout est gardé sur un gros ordinateur central en espérant que ça ne crame pas. Comme dans la scène de Rollerball où un scientifique gueule contre un ordinateur : « Cette saloperie m’a perdu tout le XIIIe siècle ! » C’est du Minitel. C’est tout le contraire d’Internet, et c’est très dangereux. On sait que la bibliothèque d’Alexandrie, ça finit toujours par brûler.
On le sait, mais on continue ?

Oui. Et ça n’est pas une question neutre de savoir si, le savoir de l’humanité, on va le garder ou on va le perdre comme des cons. Par exemple, la Nasa n’est pas capable de relire les vidéos des différents alunissages. Ils n’ont plus de magnétoscope capable de lire le modèle de bande magnétique sur lequel ils les ont enregistré. Ils ont des copies, mais plus accès aux bandes originales. Et ça plaide pour deux choses. Un : des formats ouverts et standardisés. Deux : le droit de les copier. Quand je reçois un DVD de chez Amazon et en fait une copie pour mon lecteur portable, j’en fait une copie privée. Ce qu’on essaye de m’empêcher de faire. Mais je fais un boulot de conservateur à ma petite échelle puisque je fais la copie d’un savoir qui se perdra d’autant moins. Et plus on fait de copies, moins il se perdra.[…] »

Benjamin Bayart, président de FDN (French Data Network), interviewé par Astrid Girardeau sur Ecrans.fr.
[photo : _foam ]


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