Dans une lettre ouverte adressée il y a quelques jours à leurs enseignants et à leurs chercheurs, la California Digital Library (qui gère – entre autres – les négociations avec les éditeurs pour les ressources électroniques), les bibliothèques universitaires et la Commission Universitaire pour la Communication Scientifique de l’Université de Californie (UC) les informent d’un possible boycott des revues de l’éditeur Nature Publishing Group (NPG). Pourquoi ? Oh, simplement parce que « NPG veut augmenter le tarif de [notre] licence pour la revue Nature et ses revues affilées de 400% en 2011, ce qui porterait le coût de leurs 67 revues à plus d’1 million de dollars par an ».
Ils encouragent en plus lesdits enseignants et chercheurs :
– à refuser de valider des articles pour les revues de NPG
– à cesser de soumettre des articles aux revues éditées par NPG
– à arrêter de promouvoir leurs postes vacants dans les revues du groupe
– à diffuser largement leur avis sur les pratiques commerciales de NPG auprès de leurs collègues, y compris (et surtout) en dehors de leur propre université.
Pour les signataires, c’est également une occasion de sensibiliser les enseignants et les chercheurs au fait que le modèle économique traditionnel de l’édition scientifique est corrompu, et qu’il ne tient qu’à eux de le changer : ils les incitent, par exemple, à publier dans des revues en open access, à déposer dans l’archive institutionnelle de l’université, ou à veiller à ce que les licences passées avec les éditeurs leur permette de garder leur droit d’auteur.
Nature a répondu à ce courrier, en précisant qu’en fait l’UC bénéficiait jusque là d’un tarif avantageux qui lui était spécifique : rendez-vous compte, une remise de 50% par rapport au tarif public ! Sauf que, n’importe quel responsable de la documentation électronique vous le dira : PERSONNE ne paye le tarif public, et tout est affaire de négociations. Pour l’éditeur cette augmentation n’est donc qu’une remise à plat par rapport aux autres clients, mais, dans les réactions apparues dans la blogosphère à la suite de ces annonces, aucun bibliothécaire ne s’est félicité de ce rattrapage qui mettrait tous les clients de Nature au même niveau. Non, bizarrement, les bibliothécaires soutiennent plutôt la position de l’UC, et attendent de voir si la menace de boycott va avoir un effet sur la suite des négociations… Plusieurs observateurs remarquent que cette initiative est une occasion d’étendre le débat à la remise en question des modèles de diffusion et d’évaluation de la recherche scientifique (ici ou là), certains pensant qu’il faudrait aller plus loin, en instaurant un moratoire sur l’utilisation de l’impact factor par les commissions de recrutement dans les universités (Adventures in ethics and science) par exemple. D’autres soulignant l’aberration d’un système dans lequel une université qui contribue de manière non négligeable à la production des contenus des revues (plus de 5300 articles publiés dans les revues du groupe au cours des 6 dernières années émanent de chercheurs de l’UC, dont près de 700 pour la seule revue Nature) n’a finalement pas les moyens d’accéder à ces contenus…
L’université a répondu à cette réponse, en s’appuyant sur le fait que les autres négociations qu’elle mène avec d’autres éditeurs, plus compréhensifs sur les réductions budgétaires dont souffrent les bibliothèques dans cette période de crise économique (voir la déclaration de l’ICOLC sur les impacts de la crise sur les licences consortiales), lui ont permis de limiter les désabonnements : accepter le deal proposé par NPG annulerait les économies réalisées, et décrédibiliserait le travail accompli avec les autres éditeurs.
Par ailleurs, l’université revient dans cette réponse sur un élément fondamental dans tout acte d’achat, à savoir la valeur du produit :
« Comment on détermine la valeur est une question complexe. Les bibliothèques de l’UC ont vraiment passé beaucoup de temps à étudier la question. Nous sommes certes d’accord sur le fait que NPG publie des articles de très grande qualité, mais c’est le cas de beaucoup d’autres éditeurs, et ce à des coûts plus raisonnables. La fiche synthétique jointe à notre courrier aux enseignants-chercheurs montre que le coût moyen actuel des revues NPG est bien dans la norme de ce qui est dépensé pour d’autres ressources par l’UC, alors que la nouvelle proposition tarifaire les placerait dans une position anormalement élevée. Alors que nous ne mettons pas en question le fait que le coût d’usage des revues NPG à l’UC est bas, les caractéristiques de ces revues doivent aussi être prises en compte, histoire de comparer ce qui est comparable. Comme de nombreux observateurs ont pu le constater (y compris sur la plateforme de Nature, comme Andrew Odlyzko), le coût marginal pour un éditeur de l’augmentation des usages en ligne est très bas, comparé au coût du premier exemplaire. Il existe de nombreux facteurs externes qui entraînent les usages dans l’environnement numérique actuel, dont peu ont un lien avec la structure des coûts internes de l’éditeur. Nous sommes impatients de travailler avec NPG pour arriver à une évaluation juste de la valeur dans la suite de nos discussions. »
Enfin, l’UC interpelle NPG à propos des heures passées gratuitement par ses personnels à évaluer la qualité scientifique des contenus proposés dans les revues (peer-review) ou a participer à des comités éditoriaux : dans quelle mesure pourraient-elles être prises en compte dans le calcul tarifaire, en compensation ?
Pour Dorothea Salo, la suite promet d’être éclairante sur bien des points : l’UC est-elle prête à aller au clash même si elle arrive à négocier un taux d’augmentation plus bas ? D’autres universités pourront-elles / vont-elles suivre ? L’importance des revues en terme d’outils d’évaluation ne va-t-elle pas en prendre un coup ? Est-ce que tout ça va vraiment bénéficier à l’Open Access et aux archives ouvertes ?
A suivre, donc…
[photos : kilgub, essgee]
Archive Page 17
BBQ season : Nature sur le grill
Published 14/06/2010 Business , crise des périos , Doc élec 1 Comment
« La conclusion à laquelle je veux arriver est celle-ci : il existe désormais un marché pour répondre aux besoins d’informations. Les bibliothèques sont un des acteurs de ce marché, mais seulement un parmi d’autres, et pas forcément le plus connu ni le meilleur. Le seuil pour entrer dans ce marché est bas, il faut donc s’attendre à ce qu’il y ait d’autres entrants. Quand un opérateur jusque là unique se retrouve soudainement face à la concurrence, ledit opérateur doit changer son modèle économique ou couler. Ma conclusion ? Les bibliothèques doivent abandonner l’idée que les services de questions / réponses font partie du coeur de leurs services. Ce n’est pas le cas. C’est quelque chose que nous faisons pour apporter de la valeur ajoutée au reste des prestations de nos bibliothèques. Il ne faut peut-être pas laisser complètement tomber, mais plutôt se spécialiser dans des domaines que les bibliothèques sont les seules à pouvoir couvrir. Nous devons définir quels peuvent être ces domaines qui nous sont uniques, honnêtement. En d’autres termes, quelle est notre niche sur le marché ? Et, comme les bibliothèques ne sont pas vraiment en concurrence avec les autres acteurs de ce marché (puisque personne ne gagne de l’argent avec les services de questions / réponses), nous devons accepter d’externaliser certaines questions à ces acteurs là. »
Jeffrey Pomerantz sur son blog, à propos de l’annonce faite par Facebook d’un prochain service de questions / réponses « social ».
J’ai envie d’ajouter que *pour l’instant* ce type de service ne fait pas gagner d’argent, mais cette annonce ajoutée au rachat d’Aardvark par Google il y a quelques mois laisse présager que ça risque de ne pas durer…
[photo : shaggy359]
« – Si nous intégrons nos services et nos ressources documentaires dans une plateforme pédagogique, n’avons nous pas à répondre, dans une certaine mesure, aux questions sur cette plateforme ?
– Si nous formons les étudiants à « comment citer des références », n’est-il pas injuste de nous défiler quand il y a des questions sur le fonctionnement d’un traitement de textes pour créer une liste de références ?
– Si nous intervenons dans des cours d’informatique, ne devrions-nous pas être capables de régler le problème lorsqu’un ordinateur est en panne et qu’il empêche les étudiants de suivre lesdits cours ? »
Bref, Can we teach information literacy and not be tech support ?
Définitivement, non, à mon avis (vous vous en doutez).
Cela ne va pourtant pas de soi : cela veut dire accepter que notre périmètre de compétences s’est élargi – mais notre (auto)formation a-t-elle suivi ? – , et s’intéresser aux outils développés en dehors de la bibliothèque, voire en dehors de l’université – mais sommes-nous dans les bons circuits de communication ?
Je me demande parfois si les bibliothécaires ont la curiosité nécessaire pour maîtriser leur environnement technologique (et celui de leurs usagers) et – au moins – exister dans leur environnement institutionnel. Mais en général ça me passe assez vite 😉
[photo : quinn.anya]
Libguides, pourquoi s’en passer ?
Published 31/05/2010 Guest stars , Outils cools , Services innovants 10 CommentsMarlene’s corner accueille aujourd’hui un contributeur de choix en la personne de Julien Sicot (@jsicot), IGE au SCD de Rennes 2. Il nous présente Libguides, une solution hébergée de création de guides thématiques, qui nous montre que non, la bibliothèque numérique ne se résume pas à fournir à l’usager d’insipides listes de signets, et que oui, nous disposons désormais de véritables outils d’aide à la médiation numérique, en somme.
À la frontière entre Content Management System (ex : WordPress) et Learning Management System (ex : Moodle), Libguides est une application full web développée par la société SpringShare, spécifiquement pour les bibliothèques académiques, afin de concevoir et diffuser en ligne des guides thématiques en direction de leur public. Ce produit dispose d’une large communauté d’utilisateurs : près de 1200 bibliothèques (parmi lesquelles Cornell University Libraries, et MIT Libraries), réparties dans 25 pays, pour un total de 18 000 contributeurs et 82 000 guides publiés. Basée sur un système d’abonnement annuel, cette solution « clés en mains » et peu onéreuse, propose de nombreuses options de personnalisation, permettant de l’intégrer au système d’information de l’établissement.
Libguides s’appuie sur un système d’édition décentralisé souple et flexible, qui facilite la mise à jour, le partage et la réutilisation des contenus. Il permet de fédérer un véritable réseau de rédacteurs, ce qui en fait une solution de choix pour des projets multi-établissements. L’outil dispose, en effet, d’une bonne gestion multi utilisateurs (plusieurs rôles peuvent être définis : administrateur, auteur, contributeur, etc.) et d’un workflow simple de publication (guide non publié, publié, privé, etc.). Le système d’édition est le véritable point fort : il s’avère convivial et intuitif et s’adapte parfaitement à des utilisateurs “occasionnels”. Il est basé sur un éditeur WYSIWYG associé à un système d’onglets et de boîtes à la Netvibes. L’actualisation des contenus est facilitée par deux modules : un vérificateur de liens morts et un bookmarklet (similaire à delicious) qui permet de poster, depuis son navigateur et à n’importe quel moment, du contenu dans un de ses guides.
Autre qualité, Libguides est construit comme une immense base de connaissances : chaque contenu, texte ou lien créé dans un guide est potentiellement réutilisable dans un autre ; il est ainsi possible de cloner tout ou partie d’un guide pour en créer ou en alimenter un nouveau. Ce dispositif peut s’étendre à l’ensemble des bibliothèques abonnées… Imaginez un peu le potentiel d’un tel outil si plusieurs établissements francophones souscrivaient à Libguides !
Libguides offre en outre une forte expérience utilisateur : les guides sont imbriqués et reliés les uns aux autres, permettant à l’usager une multitude de points d’accès aux ressources. Ainsi, il peut, dès la page d’accueil, accéder aux guides par liste alphabétique, par sujets, par nuage de tags, par questions/réponses, par rédacteur, par guides récents ou populaires, ou bien plus simplement taper sa requête dans le moteur de recherche dédié. De plus, à partir de chaque guide, il est possible de rebondir sur des guides connexes, des questions liées, un thème, un auteur, un tag. De nombreux services et diverses interactions sont également possibles au niveau des guides : s’abonner aux flux des dernières modifications, créer des alertes par courriel, laisser un commentaire, noter des ressources, soumettre des liens, répondre à un sondage…
Libguides tire également pleinement profit des potentialités offertes par le web 2.0 : RSS, tags, intégration de Delicious (partage de signets), dissémination des contenus grâce à l’intégration de Twitter (micro-blogging), ou à l’aide de widgets, imbrication de contenu multimédia (tutoriels animés de type screencast, vidéos Youtube ou présentations Slideshare), widgets de recherche (Google, Google Scholar, etc.). Il est également possible de renseigner les paramètres d’un reverse proxy afin de garantir un accès authentifié aux ressources électroniques.
D’autre part, LibGuides permet de créer des profils pour les rédacteurs/formateurs (photo, domaines de spécialisation, coordonnées, widget de chat, liens vers les guides créés) ce qui apporte une dimension plus « humaine » au contenu, l’utilisateur pouvant facilement identifier des personnes ressources et les contacter par chat en cas de problème. Libguides peut également être couplé à un service de références en ligne de type questions/réponses appelé LibAnswers, ce dernier offrant des fonctionnalités similaires à QuestionPoint d’OCLC.
Pour finir, Libguides est la solution qui a été adoptée – à la suite de la réalisation d’un comparatif des solutions existantes (Library à la Carte, SubjectsPlus et Libguides, donc) – dans le cadre du projet Form@doct, que je présenterai lors des journées Formist les 3 et 4 juin prochains à l’Enssib.
– Nouveau modèle de diffusion annoncé par IEEE Computer Society pour 2 de ses revues papier, qui seront proposées à partir de 2011 soit en accès électronique, soit sous forme numérique off-line (le communiqué parle « d’interactive disk », je suppose que c’est un DVD ?), soit sous forme d’un recueil de résumés. Ca s’appelle OnlinePLUS+, c’est censé être moins cher et plus éco-responsable. Mouais.
– Une étude récente de l’évolution des revues scientifiques (en accès libre chez Springer) souligne le fait que, dans certains secteurs parmi les plus dynamiques (informatique, sciences de l’ingénieur), la diffusion des résultats de la recherche passe de plus en plus par les actes de conférences ou les archives ouvertes. Or ces sources sont peu indexées par le Science Citation Index, qui est l’outil de référence pour la mise en valeur des domaines de recherche d’une part, et pour le recensement des publications des chercheurs d’autre part. Pour les auteurs, la réduction de la couverture de certaines zones de la recherche par le SCI (et ses variantes en SHS, que l’on sait déjà biaisées) pose question sur la poursuite de l’utilisation de cet outil pour l’établissement d’indicateurs de portée nationale.
La même étude estime à 24 000 le nombre total de revues scientifiques actuellement.
OPEN STUFF
– Une bonne typologie des différentes mouvances du « libre » : open access, open source, open data, open education, open science chez The book of Trogool
– Curieuse initiative que celle de SPIE vient de lancer avec Optipedia, une encyclopédie sur l’optique et la photonique : constituée à partir de chapitres d’ouvrages publiés par l’éditeur, elle propose sur chaque article un lien vers l’ouvrage dont il est issu, que l’on peut acheter en ligne si on veut le lire dans son intégralité. Le site de l’éditeur propose aussi une rubrique « Free content » avec des sélections d’articles, des communications…
– Internet Archive direct dans mon Firefox ? C’est possible, avec ce plug-in qui va ajouter l’IA aux moteurs de recherche fournis en standard avec votre navigateur préféré (vu sur le blog What’s new at the Internet Archive).
– Le repérage de cette présentation sur le statut juridique de la donnée libre par @calimaq m’a fait découvrir Veni, vidi, libri, un site consacré aux licences libres, que je n’ai pas encore fini d’explorer.
MOBILE STUFF
– Mobile, mobile oui mais pour quoi et pour qui ? C’est la question que se pose J. Rochkind dans mobile trendiness, à propos des applications et des interfaces pour mobile qui fleurissent sur les sites de bibliothèques. Sans remettre en cause l’intérêt de la chose, il aimerait avoir des retours sur l’usage réel de ces outils, histoire de vérifier qu’il y a bien un public pour ce type de service, et que ce qui leur est proposé jusqu’à présent correspond réellement à ce que les usagers attendent ; J. Rochkind suggère par ailleurs qu’avant de se lancer dans les services pour mobile, les bibliothèques devraient valider quels sont les services réellement appréciés parmi ceux qu’elle propose en ligne, voire améliorer ceux qui ont besoin de l’être, et ensuite seulement s’atteler à une version nomade…
OTHER STUFF
– L’Ecosse en images, c’est sur Scottish screen archive, une initiative de la bibliothèque nationale écossaise qui rassemble plus de 32 000 documents vidéo sur l’histoire et l’actualité du pays, dont 1000 sont visionnables en ligne gratuitement.
– Hispana est le portail d’accès aux ressources numériques culturelles de nos voisins espagnols, si j’ai bien compris, ce qui n’est pas sûr vu que mon espagnol date un peu…
– Leicestershire Statistics and Research Online (LSRO) me semble être un bon exemple de ce qui peut se faire en matière de mise à disposition des données publiques, dans un cadre collaboratif qui plus est.
– Tout savoir sur l’OCDE ? C’est ce que propose l’OECDFactblog : le blog fourmille de cartes, de stats, de liens vers des rapports et autres études… une mine, quoi.
[photos : graphic spirit, attraction-photos]
Dans la pratique, les budgets d’acquisition de ressources électroniques des établissements publics acquéreurs sont amputés de 19.6%, sans contrepartie. Le taux de TVA actuel appliqué aux ressources électroniques est en train de miner les budgets d’acquisitions des universités en matière de documentation électronique… Comme le dit très bien Henri Isaac : « Ce niveau de T.V.A. pénalise très fortement les budgets des Services Communs de la Documentation (S.C.D.). » Le même constat peut être élargi au niveau européen. Une étude du groupe de Francfort de 2006, étude menée par le SOFI (Institut de recherche sociologique de Göttingen) montre que la TVA freine considérablement le développement de la documentation électronique en Europe. Le rapport appuie ce constat sur deux thèses. D’une part, le poids de la TVA pèse sur la décision des bibliothèques de choisir la version électronique pour leurs ressources. D’autre part, comme les budgets des bibliothèques européennes sont réduits à proportion de l’élévation du taux de TVA, c’est l’ensemble du développement de la production éditoriale et scientifique en Europe qui se trouve affaibli. Comparativement, d’autres pays, comme les USA, qui bénéficient d’une TVA à taux zéro sur les publications électroniques bénéficient d’un avantage compétitif. Pour le groupe de Francfort, l’abaissement du taux de TVA sur les publications électroniques pourrait être un facteur déterminant de l’accroissement de la compétitivité européenne.
Dans TVA de 19.6% sur les ressources électroniques : jusqu’à quand ?, Pierre Naegelen, responsable des ressources électroniques au SCD de Toulouse 3, fait une bonne synthèse de la question de la TVA sur la documentation « dématérialisée ». Il évoque principalement la question du livre électronique, puisque c’est celle qui fait le plus parler d’elle, mais également le reste de la documentation électronique, en attirant notre attention sur un dispositif réglementaire qui permettrait aux universités de récupérer une partie de la TVA versée pour la documentation électronique utilisée pour remplir des contrats de recherche.
Je vous laisse, je vais voir mon agent comptable…
Le Directory of Open Access Journal, au départ (en 2003) simple projet expérimental de la bibliothèque de l’Université de Lünd, recense aujourd’hui près de 5000 revues en open access au niveau international. Pour être incluse dans le DOAJ, une revue doit satisfaire un certain nombre de critères, notamment avoir une validité scientifique (être de niveau universitaire), et être diffusée en open access, suivant la définition de la BOAI ci-dessous (tirée de la FAQ de Peter Suber), qu’il est toujours bon de rappeler :
» Par « accès libre » à cette littérature, nous entendons sa mise à disposition gratuite sur l’Internet public, permettant à tout un chacun de lire, télécharger, copier, distribuer, imprimer, chercher ou faire un lien vers le texte intégral de ces articles, les disséquer pour les indexer, s’en servir de données pour un logiciel, ou s’en servir à toute autre fin légale, sans barrières financières, légales ou techniques autres que celles indissociables de l’accès et l’utilisation d’Internet. La seule contrainte à la reproduction et la distribution, et le seul rôle du copyright dans ce domaine, devrait être de garantir aux auteurs un contrôle sur l’intégrité de leurs travaux et le droit à être correctement reconnus et cités. »
Un autre critère déterminant concerne l’accès exhaustif au contenu de la revue : ainsi, le choix d’un embargo (une période pendant laquelle le contenu n’est délibérément pas accessible) ou d’une barrière mobile (« moving wall ») sera rédhibitoire pour l’inclusion d’une revue dans le DOAJ.
Et c’est souvent là que le bât blesse : la diffusion des contenus en ligne des revues fait bien souvent l’objet d’un embargo (sur les derniers numéros ou les années les plus récentes), ce qui les disqualifie d’entrée. C’est dommage, parce qu’en 7 ans, le DOAJ a acquis une notoriété grâce à laquelle ces revues pourraient gagner en visibilité : pourquoi s’en priver avec une politique d’embargo sur des revues dites ‘en libre accès’ ? Le but de la publication dans des revues universitaires n’est-il pas, pour le chercheur, *dans l’absolu*, la dissémination des connaissances, la diffusion des idées, l’ouverture à des collaborations, avant la rentabilité économique ? Je ne parle pas ici bien entendu des revues aux mains des multinationales de l’édition, mais plutôt des revues produites « à la main » par des labos, des centres et autres instituts de recherche, qui produisent des contenus de grande qualité, mais qu’il est souvent difficile de repérer pour l’internaute lambda ou l’étudiant intéressé.
Alors responsables éditoriaux et chercheurs, pour optimiser ce vous avez investi dans la production de votre revue, allez jusqu’au bout de la démarche : libérez tous vos contenus, et référencez-vous dans le DOAJ !
[photo : sillygwailo]
« L’équipe LOL (Library Outside the Library) de la bibliothèque de l’Université Cornell a pour objectif d’améliorer la visibilité de la bibliothèque et de la rendre accessible en dehors des lieux, des outils et des services traditionnels. Pour mener cette tache à bien, l’équipe trouve, paramètre, diffuse, et évalue des services et outils pour amener la bibliothèque à ses usagers, où qu’ils soient. Et pour remplir sa mission, l’équipe LOL a développé une approche « soft » pour intégrer les pratiques inovantes : elle tire profit des outils existants, en y apportant la personnalisation nécessaire le cas échéant ; elle encourage une culture de l’expérimentation et la volonté de stopper les projets qui ne fonctionnent pas ; enfin, l’équipe n’a pas peur d’adopter les tendances à la mode – après tout, c’est souvent là que se trouvent de nombreux usagers actuellement. Parmi les projets en cours de LOL figurent le développement d’une application pour iphone et une version mobile du site web de la bibliothèque de Cornell, un service de référence par SMS, et le chargement de collections importantes sur Flickr. Certaines de ces initiatives ont connu un succès tel qu’elles ont été intégrées dans les services et les missions de base de la bibliothèque. »
Pour plus de détail sur le fonctionnement de LOL, on peut consulter ces documents présentés lors de la dernière réunion des groupes de travail de la Coalition for Networked Information (CNI).
[photo : KayVee.INC]
Vu sur le site du consortium Couperin , un rapport sur l’état de l’Open Acccess en France rédigé par Couperin, le Ministère de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche et l’INIST-CNRS, visant à dresser un état des lieux, au mois d’avril 2010, des développements et des réalisations françaises en matière d’Open Access.
« […]De quelles compétences les bibliothécaires vont-ils avoir besoin pour la bibliothèque de 2020 ?
– conception et développement web
– communication (savoir écrire pour le web, par exemple)
– maintenance informatique, pour eux-mêmes et pour leurs usagers
– intelligence politique
– marketing
– gestion de l’expérience utilisateur – en ligne et dans les espaces physiques
– relations avec d’autres professions
– pensée critique
– compétences sociales
– méthodologie de recherche
– compréhension des métadonnées – conception, normalisation, réutilisation
– sens aigü des affaires
– gestion de projet
– aisance sociale
– capacité d’auto-promotion, quel que soit l’interlocuteur
– plus d’hommes jeunes dans la profession – ?!? 😉
– changement d’image
– compréhension des méthodes d’enseignement
Que devrons-nous laisser tomber d’ici à 2020 ?
– la duplication du catalogage – si nous devons garder le même nombre de catalogueurs, autant les faire travailler ensemble
– le prêt en masse
– des collections statiques
– les livres
– les formulaires et autres paperasses
– le perfectionnisme
– la peur de l’échec
– les groupes de travail
– le fait de réinventer la roue
– la prédominance du texte. »
Les réponses sont celles de bibliothécaires participant à un atelier « bibliothèque du futur » animé par Kathryn Greenhill lors d’une formation sur les bibliothèques 2.0 à Melbourne en mars dernier.
[photos : ryk_neethling]


