Archive pour mai 2008

Plus ou moins

Quelques données issues d’une étude comparative internationale sur un échantillon de bibliothèques universitaires fait par la société Primary research group (45 BU ont répondu, majoritairement aux Etats-Unis, aucune en France) :
– Les dépenses moyenne en e-books des bibliothèques de l’échantillon s’élèvent à 150 086$ en 2007 avec une fourchette de 0$ à 2 millions de $). Plus de 60% de ces bibliothèques ont prévu d’augmenter leurs achats d’e-books dans les 2 ans, alors que moins de 7% prévoient de les diminuer.
– 53% des bibliothèques de l’étude ont déclaré ne pas avoir l’intention de numériser grand-chose de leurs collections tombées dans le domaine public, et presque 35% n’ont absolument pas prévu de numériser quoi que ce soit de leurs collections.
– Presque 21% des bibliothèques sondées ont diminué leurs effectifs de spécialistes de l’indexation au cours des 3 dernières années (31% pour les bibliothèques les plus importantes), alors que 11.5% les ont augmenté.
– En moyenne, 21% des articles obtenus d’autres institutions proviennent des archives ouvertes ce ces institutions, plutôt que par les services de PEB traditionnels.

(Via ResourceShelf)

ERMs : Losing my religion

7e0f161d1f974856e6d74b37b21c0516.jpgJ’ai assisté en début de semaine aux journées d’études sur les ERMS organisées par le département études et prospective de Couperin. Petit compte-rendu.

L’objectif de ces journées était de voir, après 7 mois de travail sur les fonctionnalités souhaitées par les membres du groupe de travail sur les ERMS du consortium, si nos desiderata étaient en phase avec la réalité de l’offre commerciale disponible.

Il est à noter tout d’abord le sérieux avec lequel ces journées ont été préparées : nous disposions tous d’une grille d’analyse des produits très détaillée, basée sur un certain nombre de cas (une douzaine) auxquels les intervenants devaient répondre. Le but n’étant pas d’avoir des démonstrations purement commerciales, mais bien des réponses précises à nos interrogations sur la gestion des accès, l’interopérabilité, les statistiques etc. , chaque intervenant disposait de 3 heures, ce qui permettait d’aller assez loin dans le détail des solutions présentées.

Se sont succédées sur les 2 jours les présentations :
– de Verde (Ex-Libris)
– de V-Sources (Infor)
– d’ERM (Innovative Interfaces)

La dernière demi-journée était des plus intéressantes : les quelques bibliothèques ayant déjà un ERM ou équivalent sont venues nous faire part de leur expérience dans la mise en place et l’utilisation de ce type d’outil. Nous avons vu des solutions  » maison » (INP Toulouse, SICD Grenoble) et des solutions commerciales (Verde à Paris 6, ERM à l’INIST et à Tours). UPDATE : On peut accéder aux présentations de l’après-midi en ligne.

e152dd9d42304b5dde19a0b3b6aa3a7a.jpgCela dit, mon bilan n’est pas très positif :

– L’offre commerciale n’est pas au point : aucun des outils présentés ne remplit totalement les fonctionnalités demandées, de nombreuses fonctions ne sont possibles que sous réserve de développements ultérieurs – clairement, il y a de la place pour d’autres outils, notamment libres

– L’offre commerciale est visiblement peu ou mal maîtrisée pas les équipes qui ont présenté les solutions et qui les distribuent en France, et je suis polie – ce qui n’est pas sans incidence sur la formation, le suivi et la maintenance des produits, voire sur le temps de paramétrage.

Je trouve d’ailleurs assez symptomatique que ces sociétés, qui nous vendent des SIGB par ailleurs, ne nous prennent pas au sérieux quand nous avons une demande bien définie : trop habituées à nous fourguer des produit fermés auxquels les utilisateurs doivent s’adapter, elles sont décontenancées lorsqu’à l’inverse les utilisateurs ont des demandes précises pour des produits correspondant réellement à leurs besoins.

– Pour être assez précisément définis, il y a quand même un léger flou dans les besoins, qui s’expriment à la fois en terme de gestion des ressources et en terme de diffusion au public : l’idée de la réutilisation des données de l’ERM pour alimenter un outil de signalement des ressources à destination du public, si elle est tout à fait pertinente, ne doit pas masquer la prégnance des fonctions de gestion administrative des ressources, il va falloir définir des priorités.

1b43127990b4d699c518ea5be7923606.jpgMais tout n’est pas complètement négatif non plus 😉 :
– Toute l’offre commerciale n’a pas été vue : 360 Search de SerialSolutions, Goldrush restent à explorer
– L’offre libre aussi est à regarder de plus près, notamment les outils développés localement par les bibliothèques américaines, leur portabilité doit être étudiée
– L’intérêt de la mutualisation d’une base de connaissances est avéré, reste à imaginer dans quelle(s) condition(s) elle pourrait être alimentée (sachant que l’achat d’une base de connaissance commerciale ne suffira pas, et qu’il faudra quand même suivre les ressources qui n’y sont pas, notamment les francophones).
– L’idée d’un développement d’outil ne doit pas être écarté, loin s’en faut ; il paraîtrait pertinent de le sous-traiter auprès de l’ABES, par exemple.

Bref il reste encore du pain sur la planche avant que nous puissions avec sérénité nous débarrasser de nos feuilles excel…
[photos : evanleavitt, _boris, rofi]

Hypothèses

05eaddaaf674726c1de5102e3c0e1c58.jpgLe centre pour l’édition électronique ouverte, opérateur de revues.org, lance Hypothèses.org, une plateforme de blogs destinée – si j’ai bien compris – à héberger les blogs des revues, nommés ici ‘carnets de recherche’, sans doute en référence aux carnets de laboratoires. Comme pour les revues, les blogs seront soumis à un processus de sélection (pas encore arrêté), et « […] en aucun cas, les carnets de recherches d’Hypotheses.org ne pourront tenir lieu d’espace de publication d’articles ou de chapitres définitifs. Au contraire, les carnets sont destinés à préparer, accompagner, faciliter le travail d’édition du projet éditorial, ou/puis à accompagner, valoriser ou prolonger le projet éditorial achevé. » Et en plus la plateforme est Zotero-friendly : on peut récupérer les posts proprement dans Zotero pour éventuellement les citer dans une bibliographie.

Plutôt de bonnes idées, non ?
[photo : culture.culte]

What I Really Learned…

5edd6d54ef7286ccc749129da64992c0.jpg« – Le travail en équipe c’est bien ; l’autonomie c’est mal.

– N’aidez jamais vos camarades de promotion si on ne vous demande pas expressément de travailler en groupe.

– Etre nul peut vraiment vous mener loin.

– Il est conseillé d’adopter une approche managériale de la bibliothéconomie.

– Tous les bibliothécaires intelligents et talentueux finissent invariablement par travailler dans le secteur privé, comme il se doit.

– Si vous avez l’impression d’être dans une formation MBA au lieu d’une formation de bibliothécaire, c’est que ce doit être une bonne formation.

– « Bibliothécaire » est parfois un gros mot. Utilisez « Professionnel de l’information » pour ne pas prendre de risque.

Externaliser le catalogage des imprimés est une bonne idée.

– Il est interdit de ne pas se prendre au sérieux, ni la profession que l’on a choisie.

– Distinguez vous uniquement par vos prouesses scolaires et pas par votre personnalité.

– Le développement des collections est une question d’équilibre budgétaire et de négociation commerciale. Il n’exige aucune activité intellectuelle.

– Le filtrage d’internet est une mauvaise chose, sauf si a) c’est pour la section jeunesse, ou b) votre tutelle vous le demande.

– Si vous ne pouvez pas citer les 5 lois de la bibliothéconomie de Ranganathan, vous êtes nul.

– N’espérez pas qu’aucun de vos professeurs ait travaillé dans une bibliothèque au cours des 20 dernières années.

– N’espérez pas qu’aucun de vos professeurs ait jamais travaillé dans une bibliothèque. »

Morceaux choisis de What I Really Learned in Library School, par Karen Elliott, sur le site de l’ALA (1999).
[photo : chez couvillencoul]

25ème position

bfd6e0d564df1b859b2e7c997da932fb.jpgNon, il ne s’agit pas du classement de mon blog sur wikio (qui s’est considérablement amélioré, soit dit en passant, depuis qu’il est passé de la catégorie « Divers » à la catégorie « Science », mais ça fera sans doute l’objet d’un autre post).

25ème, entre la Grèce et l’Autriche, c’est la place de la France dans la liste des pays représentés sur E-LIS, l’archive ouverte internationale en sciences de l’information et des bibliothèques. Il s’agit du classement en fonction des statistiques de consultation : si l’on se base sur le nombre de documents déposés, la France est également au 25ème rang, cette fois entre l’Iran et les Pays-Bas.

Pour tenter de remédier à cette situation intolérable ;-)), mais surtout pour aider à sensibiliser ma communauté professionnelle aux archives ouvertes et au libre accès en général, et accessoirement pour avoir une première expérience de ce type de tâches, qui devraient émerger dans les profils de postes dans les temps qui viennent, j’ai accepté le rôle d’éditeur pour la France sur E-LIS.

Concrètement ça veut dire 1) Editer les documents avant diffusion : vérifier puis valider les métadonnées, et 2) Promouvoir l’archive et sensibiliser les déposants potentiels aux enjeux du libre accès pour la diffusion des connaissances.

Bref vous risquez d’en entendre parler ici de temps en temps…

Le marché du mardi, n°12

591b86c5b66330f842dfdfa7623e4390.jpgUn tout petit marché cette semaine, et bizarrement uniquement des choses en rapport avec la vidéo :
Hein Online, une plateforme d’archives de revues juridiques américaine, a eu la bonne idée d’une part de faire des tutoriels vidéo pour expliquer ses différentes fonctionnalités, et d’autre part de les mettre en ligne sur YouTube. Ils ont aussi été parmi les premiers à lancer leur blog.
Libecast promeut les podcasts et autres séquences vidéo mettant en valeur les expositions, conférences et autres manifestations organisés par la BU de Cornell.
– Enfin Keskidi, un outil pour transcrire puis traduire des vidéos (sous-titrage), dans la même veine que dotSUB (où l’on peut d’ailleurs trouver tous les tutoriels du Common Craft Show en version sous-titrée).
[photo : funadium]

Doc électronique pour les débutants (4/5) : Modèles tarifaires

Avant toute chose, il faut savoir que ce secteur est extrèmement mouvant, et que les éditeurs font preuve d’une créativité insoupçonnée dès qu’il s’agit de « business models »…
2e18d8b2c5c3b2b5e32cd3daaa988d21.jpgPour les périodiques électroniques, on distingue :
le couplage papier + électronique
2 versions : soit l’électronique est fourni gratuitement avec le papier (c’est le cas par exemple des revues de SHS chez Blackwell, en tout cas avant la fusion avec Wiley), soit il faut payer un supplément en plus de son abonnement papier pour accéder à l’électronique, ce qui permet parfois d’étendre le périmètre de son abonnement à plusieurs sites.

le tout-électronique
Plus de papier, mais la tarification se base quand même sur le prix de l’abonnement papier… Pour un pourcentage du prix du papier (entre 80 et 95%), on obtient une licence pour un ou plusieurs sites. Ce que demande l’éditeur, c’est que l’université maintienne un chiffre d’affaires minimum, qui correspond à la dépense pour les abonnements papier si on en a, ou à un forfait minimum si on n’en a pas (une sorte de « ticket d’entrée » pour pouvoir bénéficier des conditions tarifaires qui ont été négociées), on dit « flat fee » en VO.

Passons sur le paiement à l’article ou Pay-per-view, relativement peu pratiqué en bibliothèque pour les raisons de gestion qu’on imagine (paiement direct par CB ou compte paypal).

Ensuite, quand on s’intéresse aux bouquets de périodiques (qu’ils soient thématiques ou catalogues complets) ou aux bases de données, il faut souvent prendre en compte le nombre de FTE (Full Time Equivalent) – en français on dit Equivalent Temps Plein (ETP) – il s’agit des étudiants et des enseignants, bref les utilisateurs potentiels (pensez à récupérer tous les ans et à garder sous la main le nombre d’étudiants « officiel » et le nombre d’enseignants auprès de la scolarité et de la DRH, si possible par « discipline SISE », ça vous facilitera la vie). Les tarifs sont souvent proposés par tranche selon ce nombre de FTE. Les bases ou les bouquets spécialisés utilisent le nombre de FTE dans la ou les disciplines qu’ils couvrent. Peuvent aussi être pris en compte pour les calculs de coût le nombre de sites à desservir, leur éloignement les uns des autres.
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Enfin l’offre des éditeurs d’une option « open access » permet, pour les auteurs qui le souhaitent, de proposer leurs articles en libre accès, moyennant un coût financé par les auteurs ou les organismes de recherche dont ils dépendent. Pour les bibliothèques, dans un premier temps cela ne change rien*, sauf que l’on pourrait bien voir émerger dans les mois qui viennent de nouveaux modèles économiques, prenant en compte la proportion de publications en open access financées par les auteurs par exemple.

Une autre évolution pourrait aussi être l’utilisation des statistiques d’usage des ressources électroniques : à manipuler avec précaution : si plus j’utilise, plus je paye, selon les cas ça risque de me coûter cher 🙂 – et de me placer, moi bibliothèque, dans une position ambigüe : je veux que mes acquisitions soient utilisées, mais il ne faut pas que cela fasse exploser mes budgets – plutôt incompatible avec les politiques d’accès illimité et à distance menées un peu partout ces derniers temps, non ?

Quelques mots sur les différents contextes d’acquisition : on achète généralement pour son université, mais les outils et modes d’achat peuvent être liés à d’autres établissements :
Couperin tout d’abord, le consortium national, qui négocie pour l’ensemble de ses 210+ membres. Petite précision, car je me suis aperçue qu’il y avait souvent confusion : Couperin ne fait que négocier (et c’est déjà beaucoup !), et ne se charge ni de la mise en place des accès, ni de la facturation, ni rien du tout. Une fois que la proposition tarifaire négociée par Couperin est diffusée, chaque université est libre d’y adhérer ou pas, charge à elle de contacter le fournisseur, de gérer la procédure d’achat (marché négocié, facturation via le marché de périodiques, règle des 3 devis…), d’envoyer la liste de ses adresses IP…
– les regroupements d’établissements : on achète une ressource à plusieurs, dans le cadre d’une négociation Couperin ou d’une négociation directe (ça s’est vu), on organise un groupement de commandes (GC) dont l’un des établissements partenaires avance le paiement de la facture globale, puis refacture chaque établissement selon une règle de répartition décidée à l’avance. Comme on me le fait justement remarquer en commentaire, certains groupements de commandes (une dizaine) sont portés par l’ABES, ce qui est considérablement plus souple pour les établissements.
Avantages : les conditions négociées le sont pour toute la durée du GC (pas de mauvaises surprises d’une année sur l’autre), on sort de la logique des marchés individuels (c’est l’établissement porteur qui gère la procédure), souvent il y a une subvention du ministère.0624e4a678910b7786c9dcfe3c0c0bd6.jpg
Inconvénients : il est difficile, voire impossible d’entrer dans un GC déjà constitué ; l’établissement porteur doit faire l’avance de sommes importantes, et gérer des procédures d’appel d’offres (jamais très souples).
Il peut exister des regroupements locaux (ex : les 3 universités d’Aix-Marseille), régionaux (ex : les UNR), nationaux (ex : accord national ISI) ; je n’en ai pas pratiqué d’européens pour le moment, mais pourquoi pas.

* à l’échelle d’une université française bien sûr, par contre pour les grandes universités nord-américaines, cela a des implications non négligeables.

J’ai bien dû oublier des choses, n’hésitez pas à me les signaler dans les commentaires !
[photos : amycgx, kiki99, amanda bel]


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