Archive pour juin 2009

Qu’est-il arrivé aux listes de diffusion ?

3590546148_b6241f3242_m.jpg« Pour faire court, l’internet a mûri. Il y a 10 ou 15 ans, les listes de diffusion étaient vraiment le seul outil disponible (en dehors d’une poignée de salons de tchat thématiques). Si vous étiez un spécialiste des dinosaures, vous vous abonniez à la liste de diffusion sur les dinosaures. Aujourd’hui, vous avez le choix entre la liste de diffusion des dinosaures, de nombreux forums, les réseaux sociaux, et les blogs. En même temps, la communauté des utilisateurs a explosé. Il y a littéralement des centaines – et peut-être des milliers – de collègues qui suivent, commentent et créent des contenus sur la paléontologie tous les jours. Non seulement la conversation s’est déplacée, mais elle s’est élargie à un éventail de niches.« 

Andy Farke, du blog The open source paleontologist, retrace l’évolution de la communication entre paléontologues dans What Happened to Mailing Lists ? Part 2 (Part 1).

[photo : walliethefrog]

Des bases et des buses

3627897098_454de87c0d_m.jpgAujourd’hui nouvel épisode de la (sans doute longue) saga « Les éditeurs juridiques francophones nous prennent pour des buses » : Lextenso.

Cet agrégateur propose le texte intégral de 9 revues juridiques, dont les incontournables ‘Petites Affiches’ et ‘La Gazette du Palais’. C’est à peu près tout ce qu’il propose d’ailleurs : on ne peut ni exporter les références, ni les stocker pour un usage ultérieur (en tout cas pas dans un abonnement bibliothèques), ni les envoyer par e-mail, ni les enregistrer sur clé USB (sans passer par un fastidieux copier-coller). Ah si, on peut les imprimer quand même (vous parlez d’une innovation).
Lextenso vient de relooker sa plateforme : au lieu du bleu turquoise et de l’orange furieusement années 80, place à une sobriété de bon aloi en blanc et rouge, avec une fenêtre de recherche plus grande et plus visible, et les dernières infos sur la page d’accueil (des pavés RSS à la Netvibes). Il paraît qu’on peut désormais personnaliser cette page d’accueil : « Affichez les sommaires des revues de votre choix, affichez vos chroniques préférées, enrichissez votre Lextenso des flux de vos autres sites favoris… » Enfin ça, c’est quand on a un code d’accès, pas quand on a un abonnement bibliothèques.

C’est dommage que les gens de Lextenso ne prennent pas la peine de consulter leurs clients des bibliothèques : on pourrait leur suggérer, par exemple, que s’ils mettaient en place une authentification Shibboleth, nos étudiants (sans doute leurs futurs clients) pourraient bénéficier de ces fonctionnalités de personnalisation qu’ils doivent passer du temps à développer.
Mais ça, ça serait possible s’ils prennaient la peine déjà de communiquer avec nous : j’ai découvert, comme sans doute mes homologues, la mise à jour de la plateforme tout à fait par hasard… Et comme personne ne m’a avertie que l’url de la base avait changé, mes accès ont été coupés… Et comme visiblement ils ne communiquent pas non plus avec leurs collègues éditeurs, les liens entre Doctrinal et Lextenso sont inopérants depuis jeudi dernier…

[UPDATE du lendemain : Les accès via Doctrinal sont rétablis.]

C’est dommage, parce que c’est une base que j’aime bien par ailleurs : relativement ergonomique, plébiscitée par les étudiants, simple d’utilisation, il serait dommage que son intérêt finisse par ne plus résider que dans son tarif (bien inférieur à celui de ses concurrents qui, encore une fois, ne font guère mieux).
Oui, vraiment dommage pour une société censée « s’adapter à tous vos besoins d’information juridique et autres »…
[photo : kjwcode]

Formation permanente

440559743_c4c824cbd6_m.jpgPourquoi l’apprentissage des technologies émergentes fait partie du travail de tous les bibliothécaires, c’est le titre de l’intervention donnée par Kathryn Greenhill, bibliothécaire à l’Université de Murdoch, début mai à la conférence Educause Australasia 2009.

D’abord, elle rapporte les objections avancées par les collègues pour ne pas se former :
⁃ Je n’ai pas le temps
⁃ J’ai trop de travail pour jouer
⁃ Je ne comprend pas comment utiliser de nouvelles technologies dans mon travail actuellement
⁃ Je préfère juste lire des articles sur les nouvelles technologies
⁃ Il n’y a pas d’étude validée par les pairs sur la pertinence de ces nouvelles technologies
⁃ Je veux qu’on me dise quels outils sont pertinents et n’apprendre à me servir que de ceux-ci.

Ensuite, elle liste 21 raisons pour appuyer son propos, et propose des pistes pour trouver le temps de s’y mettre – pour moi ce n’est pas une question de temps ; du reste, le succès des formation en ligne que Kathryn évoque en préambule (Steven Bell en a dressé une liste conséquente) montre qu’on peut apprendre avec un investissement en temps minime : tout le monde peut dégager 1/4 d’heure par jour, ou 1 heure par semaine pour s’auto-former aux nouveaux outils et usages du web.

Voici ses 21 raisons (c’est moi qui souligne) :
a) Pour améliorer le coeur de métier : Notre mission de base est la mise en relation de gens et d’informations. De nouvelles façons de le faire, plus efficaces, existent, et nous devons les connaître.
b) Pour augmenter notre productivité : L’ensemble des tâches qui nous sont confiées peuvent être facilitées au moyen des technologies émergentes, encore faut-il savoir s’en servir.
c) Accéder à une perspective internationale : Notre réseau professionnel ne doit pas se restreindre à notre propre pays ; les nouveaux outils facilitent la formation de « communautés d’intérêt ».
d) Connaître les réalisations d’autres bibliothèques : Les revues imprimées et les conférences ne sont plus le meilleur moyen de se renseigner sur les succès ou les échecs des autres bibliothèques. Avec les blogs, les wikis, les podcasts – tous interrogeables dans votre agrégateur par une recherche sujet, vous pouvez faire de la veille et débattre de ces sujets avec vos collègues.
e) Comprendre l’information sous tous ses formats : Les utilisateurs vont nous questionner sur ces sources d’information. Est-ce que c’est bien les servir que de leur répondre « désolée je ne connais que certains formats d’information » ?
f) Veiller : Les outils évoluent et changent constamment. Ce qui démarre comme une distraction apparemment inutile peut devenir une source d’information potentielle une fois qu’elle a atteint une masse critique ou bien que les gens lui trouvent un nouvel usage (twitter par exemple). Nous devons être attentifs à ça et comprendre ce qui se passe.
g) Réorienter nos savoir-faire traditionnels : Tagguer, les métadonnées, le data-mining, l’indexation – ces nouvelles technologies ont besoin de nos compétences.
h) Comprendre les enjeux technologiques lors des négociations commerciales : Si nous ne savons pas ce qu’il est possible de faire, gratuitement, en utilisant de nouveaux outils, alors les sociétés commerciales spécialisées dans les bibliothèques pourront continuer à nous vendre des « solutions » propriétaires et chères.
i) Etre prêt quand un nouvel outil devient grand public : Ce que quelques initiés utilisent maintenant, le grand public s’en servira dans 18 mois. Si nous nous familiarisons avec ces outils dans leur phase de démarrage, nous saurons mieux comment les utiliser lorsque les usagers s’attendront à ce que nous les ayons incorporés à nos services.
j) Comprendre la redéfinition de notre coeur de métier : Certaines notions de base en vigueur dans les bibliothèques sont en train d’être redéfinies – le droit d’auteur, le plagiat, la recherche scientifique, l’autorité, la vie privée, les loisirs. Nous devons participer aux débats là où ils ont lieu.
k) Gérer nos personnels « technophiles » : Nous avons besoin de personnels jeunes, technologiquement à l’aise, passionnés et intelligents pour appréhender tous ces changements, et nous devons en savoir suffisamment pour pouvoir gérer ces personnels et utiliser au mieux leurs nouvelles compétences.
l) Personne ne connaît mieux nos utilisateurs que nous : Un grand nombre des nouveaux outils du web est très simple à utiliser et à apprendre. Il est par contre difficile de connaître nos utilisateurs – leurs besoins, leurs préférences, leurs capacités. Qui mieux que nous est capable d’évaluer l’utilité de ces nouveaux outils pour nos usagers ? Cela implique de connaître les outils et de savoir s’en servir.
m) S’amuser : Si l’on permet aux personnels de s’amuser et d’être créatifs dans le cadre de leur apprentissage, cela peut améliorer le moral sur le lieu de travail.
n) Fournir un meilleur service à nos usagers : Si nous avons la connaissance de ces nouveaux outils, nous pouvons offrir un meilleur service à nos usagers, là où ils sont, et en utilisant leurs outils favoris (par exemple en signalant par SMS la disponibilité de références sur leurs téléphones mobiles).
o) Pouvoir dire aux services informatiques ce que nous voulons : Si nous nous sentons dépassés par des technologies web qui ne sont pour l’instant disponibles qu’en version bêta, imaginez ce que cela serait si nous avions à installer des logiciels, à protéger un réseau ou à normaliser un environnement de travail informatique. Si nous avons notre propre département informatique centralisé, alors nous devons en savoir un peu plus sur les outils que nous voulons utiliser (par exemple un logiciel pour un blog interne).
p) Nos utilisateurs professionnels doivent se tenir au courant : Dans les bibliothèques universitaires et les bibliothèques spécialisées, nos institutions exigent de nos usagers qu’ils soient à la pointe de la technologie dans leurs disciplines. Nous devons nous aussi être à la pointe pour pouvoir les aider.
q) De nombreuses interfaces sont devenues de pseudo-standards : Les outils que nous utiliserons désormais ne seront pas de vieux standards comme AACR2
(UNIMARC) ou LCSH (Rameau). Les meilleurs outils de travail évoluent et changent avec les besoins de nos utilisateurs. Nous devons acquérir une flexibilité et des compétences globales pour nous adapter à cela.
La même fonction est souvent reproduite de la même façon sur plusieurs sites. Pour comprendre les nouveaux outils web, nous devons savoir faire des choses simples comme s’enregistrer sur un réseau social, comprendre comment fonctionne le système des commentaires sur les blogs, comment évaluer des logiciels en open source, et comment bidouiller les modèles et les produits pour les adapter à nos bibliothèques.
r) On ne peut pas prédire l’avenir – l’expérimentation est une assurance : Sans boule de cristal, nous ne pouvons pas savoir avec certitude ce qui sera largement utilisé. Nous devons essayer et évaluer de nombreux services pour trouver ce qui marchera pour nos utilisateurs.
s) Les foules sont changeantes
Des outils bien établis, avec une masse critique d’utilisateurs, sont parfois préférés au détriment d’outils de bonne qualité avec des interfaces simples… et la masse critique peut changer d’avis. C’est ce qui s’est passé lorsque les utilisateurs ont migré en grand nombre de l’agrégateur Bloglines vers Google Reader. La startup anodine d’aujourd’hui peut devenir l’entreprise qui marche de demain.
t) Mieux collaborer : Les bibliothèques ont une culture du partage des ressources et des idées. Les technologies émergentes améliorent ça.
u) Expérimenter augmente les compétences : A la première sortie de Windows, le système était livré avec un jeu de solitaire. Il fallait que les gens apprennent à se servir de la souris, en l’utilisant de façon répétitive pendant plusieurs heures : la pratique du solitaire s’est avérée le moyen le plus rapide et le plus efficace pour éduquer les salariés. Certains sites apparemment inutiles nous apprennent de nouvelles interfaces.

Et elle conclut : « Les technologies émergentes changent le rapport des gens à l’information. Les bibliothécaires doivent comprendre leur fonctionnement pour pouvoir les utiliser et mieux servir leurs usagers. Les outils en ligne changent plus rapidement que ce que les programmes de formation traditionnels peuvent suivre. Il est essentiel que les bibliothécaires deviennent des apprentis permanents et se forment constamment à ces nouveaux outils.« 

[photo : fascinating_girl]

L’art de la suppression

3604199703_24b0d7d21e_m.jpgDans Notes from a catastrophe : easing the pain of budget cuts, Barbara Fister propose quelques conseils pour faire des suppressions d’abonnements sans trop de heurts en ces temps de crise :

– Transparence : Communiquer régulièrement sur les raisons de ces suppressions, pour faire comprendre à la communauté ce qui se passe réellement dans le monde de l’IST – et pour éviter d’être soupçonné de mauvaise gestion, accessoirement…

– Collégialité : Associer les enseignants-chercheurs aux choix des titres à supprimer, tout en gardant l’autorité pour la décision finale – personne n’a dit que ce serait simple… 😉

– Equité : Il est important de tenir compte de la taille de chaque département, mais il est tout aussi important que chacun participe à l’effort global.

– Expertise : Les enseignants-chercheurs accepteront mieux les décisions de suppressions s’ils reconnaissent aux bibliothécaires une expertise pour tout ce qui concerne les ressources d’information, quel qu’en soit le support, et les services qui y sont associés (la formation par exemple). Cela suppose de promouvoir régulièrement les bibliothèques et leurs activités.

– Culture locale : Avoir une bonne connaissance du fonctionnement des structures de son établissement, y compris au sein des disciplines (connaître les personnes-relais).

– Pertinence : Discuter avec les enseignants pour définir ce qui est utile, comparer avec ce qui est utilisé ; détecter les besoins éventuels en formation des étudiants.

– Faire le premier pas : Commencer par supprimer ce qui peut l’être dans les journaux et magazines, avant consultation extérieure.

– Aide à la décision : Mettre en avant une pré-sélection de titres (couvrant des thématiques qui ne sont plus enseignées, dont les contenus sont disponibles en OA dans un délai raisonnable…). Proposer de substituer des titres par d’autres.

– Formation : Profiter de la discussion pour sensibiliser les enseignants aux enjeux de la communication scientifique globale, et promouvoir l’Open Access comme une alternative solide.

[photo : marestra]


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