Archive for the 'Business' Category



Elsevier en plein déni

Extrait de l’interview de Claudio Aspesi, analyste financier à propos des évolutions possibles pour Elsevier, par Richard Poynder sur son blog Open and shut ? – je vous conseille de le lire en entier, si vous vous intéressez aux questions de doc électronique – :

« RP: Dans un rapport publié en mars, vous disiez « Reed Elsevier semble nier l’ampleur du problème pouvant affecter l’édition scientifique, et une approche plus en profondeur sur cette question serait la bienvenue. » Pouvez-vous nous en dire plus sur ce à quoi vous faites allusion ?
CA:
Si – et je tiens à souligner le « si » – les contraintes budgétaires sur les bibliothèques universitaires résultent en plusieurs années de faible augmentation, voire d’absence d’augmentation des revenus, les éditeurs devront, au minimum, réduire fortement leurs coûts de production.
Si les contraintes budgétaires conduisent à des suppressions massives de contrats de type « big deal », et à une offre de nouveaux contrats à 20-30% de dépenses en moins, les éditeurs auront l’obligation de s’adapter. Aussi longtemps que les gestionnaires sembleront croire (si l’on en juge leurs déclarations publiques) qu’il n’y a aucune probabilité pour que leurs revenus restent inchangés pour les nombreuses années à venir, il faudra se demander s’il existe un plan B, qui en est responsable, et quel type d’événement pourront le déclencher.
Il y a également le fait que les arguments qu’Elsevier a mis en avant par le passé à propos de l’OA ne sont pas convaincants : par exemple, quand Reed Elsevier affirme que l’OA est voué à l’échec à cause du besoin de validation par les pairs, la société ignore le fait que la plupart des partisans de l’OA  soutiennent la dissemination de cette validation.

RP: Je pense que ce que vous dites, au fond, c’est que le groupe est en déni face à l’Open Access (OA), et à son impact probable sur sa rentabilité future. En quoi l’OA est-il une menace pour l’avenir d’Elsevier ?
CA:
L’OA n’a pas besoin d’être une menace. En fait, je pense qu’un passage vers l’OA « en or » (Gold OA) pourrait être bénéfique à Elsevier : si les revues proposaient des coûts de publication correspondant globalement aux revenus que la compagnie perçoit actuellement, elle maintiendrait son niveau de revenu, pour un coût vraisemblablement moindre.
La véritable menace vient de l’auto-archivage des revues validées par les pairs [Green OA]. C’est cela qui rend SCOAP, le modèle développé par la communauté des physiciens, tellement  perturbant : il réduit le rôle de l’éditeur à la gestion du processus de validation, avec éventuellement un peu de mise en page. Cela nécessite des coûts plus faibles, et nie la valeur du facteur d’impact.

RP: Alors quel est le fond du problème auquel fait face Elsevier  ?

CA: La société a élaboré un modèle économique sur un principe d’augmentations de revenu annuelles, justifiées et donc financées par le lancement continu de nouveaux titres. Cela a bien marché (en tout cas pour Elsevier) tant que les bibliothécaires ont pu trouver l’argent nécessaire (quel qu’ait pu être leur mécontentement croissant de l’augmentation des dépenses). Cela ne peut pas durer si l’on continue à restreindre les budgets des bibliothèques. »

[photo : deni]

BBQ season : Nature sur le grill

Dans une lettre ouverte adressée il y a quelques jours à leurs enseignants et à leurs chercheurs, la California Digital Library (qui gère – entre autres – les négociations avec les éditeurs pour les ressources électroniques), les bibliothèques universitaires et la Commission Universitaire pour la Communication Scientifique de l’Université de Californie (UC) les informent d’un possible boycott des revues de l’éditeur Nature Publishing Group (NPG). Pourquoi ? Oh, simplement parce que « NPG veut augmenter le tarif de [notre] licence pour la revue Nature et ses revues affilées de 400% en 2011, ce qui porterait le coût de leurs 67 revues à plus d’1 million de dollars par an ».
Ils encouragent en plus lesdits enseignants et chercheurs :
– à refuser de valider des articles pour les revues de NPG
– à cesser de soumettre des articles aux revues éditées par NPG
– à arrêter de promouvoir leurs postes vacants dans les revues du groupe
– à diffuser largement leur avis sur les pratiques commerciales de NPG auprès de leurs collègues, y compris (et surtout) en dehors de leur propre université.
Pour les signataires, c’est également une occasion de sensibiliser les enseignants et les chercheurs au fait que le modèle économique traditionnel de l’édition scientifique est corrompu, et qu’il ne tient qu’à eux de le changer : ils les incitent, par exemple, à publier dans des revues en open access, à déposer dans l’archive institutionnelle de l’université, ou à veiller à ce que les licences passées avec les éditeurs leur permette de garder leur droit d’auteur.
Nature a répondu à ce courrier, en précisant qu’en fait l’UC bénéficiait jusque là d’un tarif avantageux qui lui était spécifique : rendez-vous compte, une remise de 50% par rapport au tarif public ! Sauf que, n’importe quel responsable de la documentation électronique vous le dira : PERSONNE ne paye le tarif public, et tout est affaire de négociations. Pour l’éditeur cette augmentation n’est donc qu’une remise à plat par rapport aux autres clients, mais, dans les réactions apparues dans la blogosphère à la suite de ces annonces, aucun bibliothécaire ne s’est félicité de ce rattrapage qui mettrait tous les clients de Nature au même niveau. Non, bizarrement, les bibliothécaires soutiennent plutôt la position de l’UC, et attendent de voir si la menace de boycott va avoir un effet sur la suite des négociations… Plusieurs observateurs remarquent que cette initiative est une occasion d’étendre le débat à la remise en question des modèles de diffusion et d’évaluation de la recherche scientifique (ici ou ), certains pensant qu’il faudrait aller plus loin, en instaurant un moratoire sur l’utilisation de l’impact factor par les commissions de recrutement dans les universités (Adventures in ethics and science) par exemple. D’autres soulignant l’aberration d’un système dans lequel une université qui contribue de manière non négligeable à la production des contenus des revues (plus de 5300 articles publiés dans les revues du groupe au cours des 6 dernières années émanent de chercheurs de l’UC, dont près de 700 pour la seule revue Nature) n’a finalement pas les moyens d’accéder à ces contenus…
L’université a répondu à cette réponse, en s’appuyant sur le fait que les autres négociations qu’elle mène avec d’autres éditeurs, plus compréhensifs sur les réductions budgétaires dont souffrent les bibliothèques dans cette période de  crise économique (voir la déclaration de l’ICOLC sur les impacts de la crise sur les licences consortiales), lui ont permis de limiter les désabonnements : accepter le deal proposé par NPG annulerait les économies réalisées, et décrédibiliserait le travail accompli avec les autres éditeurs.
Par ailleurs, l’université revient dans cette réponse sur un élément fondamental dans tout acte d’achat, à savoir la valeur du produit :
« Comment on détermine la valeur est une question complexe. Les bibliothèques de l’UC ont vraiment passé beaucoup de temps à étudier la question. Nous sommes certes d’accord sur le fait que NPG publie des articles de très grande qualité, mais c’est le cas de beaucoup d’autres éditeurs, et ce à des coûts plus raisonnables. La fiche synthétique jointe à notre courrier aux enseignants-chercheurs montre que le coût moyen actuel des revues NPG est bien dans la norme de ce qui est dépensé pour d’autres ressources par l’UC, alors que la nouvelle proposition tarifaire les placerait dans une position anormalement élevée. Alors que nous ne mettons pas en question le fait que le coût d’usage des revues NPG à l’UC est bas, les caractéristiques de ces revues doivent aussi être prises en compte, histoire de comparer ce qui est comparable. Comme de nombreux observateurs ont pu le constater (y compris sur la plateforme de Nature, comme Andrew Odlyzko), le coût marginal pour un éditeur de l’augmentation des usages en ligne est très bas, comparé au coût du premier exemplaire. Il existe de nombreux facteurs externes qui entraînent les usages dans l’environnement numérique actuel, dont peu ont un lien avec la structure des coûts internes de l’éditeur. Nous sommes impatients de travailler avec NPG pour arriver à une évaluation juste de la valeur dans la suite de nos discussions. »
Enfin, l’UC interpelle NPG à propos des heures passées gratuitement par ses personnels à évaluer la qualité scientifique des contenus proposés dans les revues (peer-review) ou a participer à des comités éditoriaux : dans quelle mesure pourraient-elles être prises en compte dans le calcul tarifaire, en compensation ?
Pour Dorothea Salo, la suite promet d’être éclairante sur bien des points : l’UC est-elle prête à aller au clash même si elle arrive à négocier un taux d’augmentation plus bas ? D’autres universités pourront-elles / vont-elles suivre ? L’importance des revues en terme d’outils d’évaluation ne va-t-elle pas en prendre un coup ? Est-ce que tout ça va vraiment bénéficier à l’Open Access et aux archives ouvertes ?
A suivre, donc…
[photos : kilgub, essgee]

19.6, jusqu’à quand ?

Dans la pratique, les budgets d’acquisition de ressources électroniques des établissements publics acquéreurs sont amputés de 19.6%, sans contrepartie. Le taux de TVA actuel appliqué aux ressources électroniques est en train de miner les budgets d’acquisitions des universités en matière de documentation électronique… Comme le dit très bien Henri Isaac : « Ce niveau de T.V.A. pénalise très fortement les budgets des Services Communs de la Documentation (S.C.D.). » Le même constat peut être élargi au niveau européen. Une étude du groupe de Francfort de 2006, étude menée par le SOFI (Institut de recherche sociologique de Göttingen) montre que la TVA freine considérablement le développement de la documentation électronique en Europe. Le rapport appuie ce constat sur deux thèses. D’une part, le poids de la TVA pèse sur la décision des bibliothèques de choisir la version  électronique pour leurs ressources. D’autre part, comme les budgets des bibliothèques européennes sont réduits à proportion de l’élévation du taux de TVA, c’est l’ensemble du développement de la production éditoriale et scientifique en Europe qui se trouve affaibli. Comparativement, d’autres pays, comme les USA, qui bénéficient d’une TVA à taux zéro sur les publications électroniques bénéficient d’un avantage compétitif. Pour le groupe de Francfort, l’abaissement du taux de TVA sur les publications électroniques pourrait être un facteur déterminant de l’accroissement de la compétitivité européenne.

Dans TVA de 19.6% sur les ressources électroniques : jusqu’à quand ?, Pierre Naegelen, responsable des ressources électroniques au SCD de Toulouse 3, fait une bonne synthèse de la question de la TVA sur la documentation « dématérialisée ». Il évoque principalement la question du livre électronique, puisque c’est celle qui fait le plus parler d’elle, mais également le reste de la documentation électronique, en attirant notre attention sur un dispositif réglementaire qui permettrait aux universités de récupérer une partie de la TVA versée pour la documentation électronique utilisée pour remplir des contrats de recherche.

Je vous laisse, je vais voir mon agent comptable…

Economies(bien) cachées

« EBSCO est déjà la seule ressource qui permette aux bibliothèques de proposer à leurs usagers un accès en ligne à la plupart des grandes revues généralistes, et nous savions que si nous ne garantissions pas les contenus dont il est question ici, les clients d’EBSCO se verraient dans l’obligation de souscrire des accès via un second agrégateur. Au lieu de cela, les bibliothèques font des économies, puisque cet accord d’exclusivité leur évite de dupliquer les abonnements pour des ressources en texte intégral. On peut comprendre que cela agaçe Gale, mais la réalité est que cette société a elle aussi eu la possibilité de faire les investissements nécessaires pour assurer une exclusivité de diffusion à ses clients. [mais elle n’a pas remporté l’appel d’offres, ndlt] Il va d’ailleurs être intéressant de voir sir Gale va proposer des réductions substantielles à ses clients actuels, maintenant qu’elle n’a plus à payer les droits pour les revues les plus importantes. »

Extrait de la réponse d’Ebsco à la lettre ouverte pour un accès juste à l’information adressée par son concurrent Gale, suite à l’annonce de l’accord d’exclusivité conclu entre une trentaine de revues et Ebsco.

[photo : g_cowan]

Dépenser plus pour consulter moins

Deux annonces qui auront sans doute des conséquences douloureuses pour les bibliothèques et, partant, pour leurs usagers :

– Le New-York Times va retenter l’expérience de l’accès payant : après 2 essais qui ont tourné court faute de lecteurs, le NYT se donne l’année 2010 pour mettre au point un modèle économique et technique qui tienne la route pour 2011. L’idée, c’est de créer une source de revenus complémentaires à ceux de la publicité. D’après les rumeurs, un certain nombre (non encore défini) d’articles serait accessible librement, ensuite, une fois le quota atteint, l’internaute serait invité à souscrire un forfait (« a fee ») pour accéder à la totalité des contenus. Le public visé est bien celui des grands lecteurs du journal – seront-ils prêts à payer, à l’instar de ceux des grands quotidiens économiques (WSJ ou FT) qui ont déjà choisi cette voie ? L’enjeu est également technique : en l’absence de solution universelle, il va falloir composer avec la diversité des modes de connexion (IP, identifiants, vpn…) – comment faire entrer les usages de type bibliothèque dans tout ça ? Comment préserver l’accès public à l’information ?

– Un groupe d’éditeurs de revues et magazines généralistes vient d’accorder l’exclusivité de leur diffusion à Ebsco via la plateforme Ebscohost, c’est en tout cas ce qui a été annoncé lors de la conférence d’hiver de l’ALA la semaine dernière. Je n’ai pas encore vu de liste officielle, mais une quinzaine de titres circule, parmi lesquels Time, Forbes, Harvard Law Review, History today – les autres bases y donnant accès actuellement vont devoir les retirer de leurs plateformes. Un monopole de plus dans l’édition électronique, direz-vous – à juste titre. Qui vient assombrir les possibilités de négociation des bibliothèques, tout comme l’ont fait les premiers contrats de type « big deal » en leur temps. Et qui est d’autant plus gênant qu’Ebsco se pose ici en tant qu’agrégateur (des contenus de plusieurs éditeurs différents) : concrètement cela veut dire une diversité moindre dans l’offre de contenus, et une augmentation probable du coût de l’accès aux bases de données qui proposeront ces contenus exclusifs, histoire de permettre à Ebsco de rentrer dans ses frais (qui ne doivent pas être triviaux, vu la mauvaise santé financière de la presse généraliste). La concurrence s’organise : déjà, Gale a publié une lettre ouverte aux bibliothécaires pour les alerter sur ces pratiques douteuses, et réaffirmer que eux, lorsqu’ils ont répondu à l’appel d’offre des éditeurs, n’ont jamais parlé d’exclusivité…

Le problème se pose différemment de ce côté-ci de l’Atlantique : là-bas, les bibliothèques publiques achètent aussi bien de la doc électronique de niveau recherche que des ressources grand public, ici les BU gèrent la pénurie en privilégiant les ressources de niveau recherche et en rognant sur tout ce qui n’est pas lié aux thématiques de leur université… enfin, j’ai l’impression. Peut-être que je me trompe, et peut-être, par exemple, que l’offre de magazines de Cairn va remporter un grand succès ; j’attend de voir.

[photo : MyEyeSees]

Doc électronique pour les débutants (4/5) : Modèles tarifaires

Avant toute chose, il faut savoir que ce secteur est extrèmement mouvant, et que les éditeurs font preuve d’une créativité insoupçonnée dès qu’il s’agit de « business models »…
2e18d8b2c5c3b2b5e32cd3daaa988d21.jpgPour les périodiques électroniques, on distingue :
le couplage papier + électronique
2 versions : soit l’électronique est fourni gratuitement avec le papier (c’est le cas par exemple des revues de SHS chez Blackwell, en tout cas avant la fusion avec Wiley), soit il faut payer un supplément en plus de son abonnement papier pour accéder à l’électronique, ce qui permet parfois d’étendre le périmètre de son abonnement à plusieurs sites.

le tout-électronique
Plus de papier, mais la tarification se base quand même sur le prix de l’abonnement papier… Pour un pourcentage du prix du papier (entre 80 et 95%), on obtient une licence pour un ou plusieurs sites. Ce que demande l’éditeur, c’est que l’université maintienne un chiffre d’affaires minimum, qui correspond à la dépense pour les abonnements papier si on en a, ou à un forfait minimum si on n’en a pas (une sorte de « ticket d’entrée » pour pouvoir bénéficier des conditions tarifaires qui ont été négociées), on dit « flat fee » en VO.

Passons sur le paiement à l’article ou Pay-per-view, relativement peu pratiqué en bibliothèque pour les raisons de gestion qu’on imagine (paiement direct par CB ou compte paypal).

Ensuite, quand on s’intéresse aux bouquets de périodiques (qu’ils soient thématiques ou catalogues complets) ou aux bases de données, il faut souvent prendre en compte le nombre de FTE (Full Time Equivalent) – en français on dit Equivalent Temps Plein (ETP) – il s’agit des étudiants et des enseignants, bref les utilisateurs potentiels (pensez à récupérer tous les ans et à garder sous la main le nombre d’étudiants « officiel » et le nombre d’enseignants auprès de la scolarité et de la DRH, si possible par « discipline SISE », ça vous facilitera la vie). Les tarifs sont souvent proposés par tranche selon ce nombre de FTE. Les bases ou les bouquets spécialisés utilisent le nombre de FTE dans la ou les disciplines qu’ils couvrent. Peuvent aussi être pris en compte pour les calculs de coût le nombre de sites à desservir, leur éloignement les uns des autres.
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Enfin l’offre des éditeurs d’une option « open access » permet, pour les auteurs qui le souhaitent, de proposer leurs articles en libre accès, moyennant un coût financé par les auteurs ou les organismes de recherche dont ils dépendent. Pour les bibliothèques, dans un premier temps cela ne change rien*, sauf que l’on pourrait bien voir émerger dans les mois qui viennent de nouveaux modèles économiques, prenant en compte la proportion de publications en open access financées par les auteurs par exemple.

Une autre évolution pourrait aussi être l’utilisation des statistiques d’usage des ressources électroniques : à manipuler avec précaution : si plus j’utilise, plus je paye, selon les cas ça risque de me coûter cher 🙂 – et de me placer, moi bibliothèque, dans une position ambigüe : je veux que mes acquisitions soient utilisées, mais il ne faut pas que cela fasse exploser mes budgets – plutôt incompatible avec les politiques d’accès illimité et à distance menées un peu partout ces derniers temps, non ?

Quelques mots sur les différents contextes d’acquisition : on achète généralement pour son université, mais les outils et modes d’achat peuvent être liés à d’autres établissements :
Couperin tout d’abord, le consortium national, qui négocie pour l’ensemble de ses 210+ membres. Petite précision, car je me suis aperçue qu’il y avait souvent confusion : Couperin ne fait que négocier (et c’est déjà beaucoup !), et ne se charge ni de la mise en place des accès, ni de la facturation, ni rien du tout. Une fois que la proposition tarifaire négociée par Couperin est diffusée, chaque université est libre d’y adhérer ou pas, charge à elle de contacter le fournisseur, de gérer la procédure d’achat (marché négocié, facturation via le marché de périodiques, règle des 3 devis…), d’envoyer la liste de ses adresses IP…
– les regroupements d’établissements : on achète une ressource à plusieurs, dans le cadre d’une négociation Couperin ou d’une négociation directe (ça s’est vu), on organise un groupement de commandes (GC) dont l’un des établissements partenaires avance le paiement de la facture globale, puis refacture chaque établissement selon une règle de répartition décidée à l’avance. Comme on me le fait justement remarquer en commentaire, certains groupements de commandes (une dizaine) sont portés par l’ABES, ce qui est considérablement plus souple pour les établissements.
Avantages : les conditions négociées le sont pour toute la durée du GC (pas de mauvaises surprises d’une année sur l’autre), on sort de la logique des marchés individuels (c’est l’établissement porteur qui gère la procédure), souvent il y a une subvention du ministère.0624e4a678910b7786c9dcfe3c0c0bd6.jpg
Inconvénients : il est difficile, voire impossible d’entrer dans un GC déjà constitué ; l’établissement porteur doit faire l’avance de sommes importantes, et gérer des procédures d’appel d’offres (jamais très souples).
Il peut exister des regroupements locaux (ex : les 3 universités d’Aix-Marseille), régionaux (ex : les UNR), nationaux (ex : accord national ISI) ; je n’en ai pas pratiqué d’européens pour le moment, mais pourquoi pas.

* à l’échelle d’une université française bien sûr, par contre pour les grandes universités nord-américaines, cela a des implications non négligeables.

J’ai bien dû oublier des choses, n’hésitez pas à me les signaler dans les commentaires !
[photos : amycgx, kiki99, amanda bel]

Georgia Tech vs Sageoxbridge

2c0edd6ba1518b6345b94d11dbdc1413.jpgNouvelle offensive des éditeurs pour défendre leurs intérêts : 3 d’entre eux viennent d’assigner en justice la Georgia Tech University, au motif qu’elle met à disposition de ses étudiants une sélection d’articles de revues en texte intégral sur ses propres serveurs – ce que l’on appelle une e-reserve, ie les documents qui vont être les plus consultés car faisant partie d’un cours -, ce qui ne serait pas couvert par la notion de « fair use » et donc violerait le copyright. L’issue de l’affaire risque fort de faire jurisprudence, mettant en balance l’intérêt (commercial) des éditeurs et l’intérêt pédagogique de l’université.
Tout cela pourrait faire indirectement du bien au Libre Accès : après tout, si les articles en question avaient été publiés dans des revues en libre accès, ou bien déposés dans des archives ouvertes, le problème ne se serait pas posé…
(Voir dans ce post de Peter Suber une liste d’une dizaine de sites de cours en libre accès)
[photo : celie]

Closed access pour l’ACS

a33926119ba6c7b364daf6778f1fc174.jpgL’American Chemical Society est la société savante de référence de la recherche en chimie (active depuis 1876). Pour ses plus de 160 000 membres, elle organise des congrès, édite des ouvrages et une trentaine de revues scientifiques de haut niveau. Elle produit les Chemical Abstracts : il s’agit au départ d’un index de la littérature scientifique, auquel s’ajoute un ensemble d’outils (SciFinder Scholar) et de bases de données spécialisés, notamment le CAS registry, une base de substances chimiques qui fournit à chaque substance un numéro unique d’identification – une sorte d’ISBN 😉 – largement utilisé par les différents acteurs de la recherche en chimie (plus de 1300 institutions y sont abonnées).
L’ACS est par ailleurs une entreprise florissante, qui représente un chiffre d’affaires de 121 millions de dollars (je ne suis pas bien sûre que ce soit le CA, et j’ai du mal avec les millions, corrigez-moi dans les commentaires) et emploie près de 2000 personnes un peu partout dans le monde.
L’ACS se distingue aussi parce que c’est un éditeur « blanc », selon la terminologie Romeo/Sherpa, c’est à dire un éditeur qui, soit ne s’est pas prononcé par rapport à l’Open Access, soit s’est prononcé contre, et donc n’autorise pas, par exemple, les auteurs à déposer leurs pre- ou post-prints dans des archives institutionnelles ouvertes.
a1b3f2820984561d9e2ea42ef99912d2.jpgPas vraiment étonnant, donc, que la société refuse que les données du CAS registry soient utilisées pour alimenter les données chimiques de plus en plus nombreuses que l’on trouve sur le portail de la chimie de Wikipedia : ces numéros sont protégés par le copyright. Pour donner un ordre d’idées, le registry référence 27 millions de substances, on en trouve 1000 à 2000 sur wikipedia… Ce n’est pas une raison, certes ! Mais ce type de restriction va à l’encontre du mouvement de libération des données pour une plus grande dissémination de la recherche scientifique qui semble prendre chez certains chercheurs, notamment en chimie (voir par exemple l’Open Access Organic Dictionnary, dictionnaire spécialisé à utiliser avec votre traitement de textes préféré).
Certains d’ailleurs appellent au boycott pur et simple du registry, et proposent d’utiliser les identifiants de la base libre PubChem, qui, en référençant plus de 20 millions de substances, est désormais une alternative crédible (et compatible avec les directives de dépôt des NIH, ce qui est un atout).

[via OAN] – [photos : D.Miss(terre), most uncool]

Le marché du mardi, n°1

2d8807708218166a477bf914a46d6b12.jpgPuisque mes diverses activités pédago-professionnelles ne me laissent guère de temps pour bloguer utile en ce moment, je vais tâcher de me tenir au moins à un post hebdomadaire pour signaler les ressources/infos intéressantes qui tombent dans mon agrégateur :

Bizness
EZProxy, l’outil de proxy libre sans doute le plus représenté dans le monde des bibliothèques pour permettre les accès à distance, vient d’être racheté par OCLC. Découvert à cette occasion le wiki non officiel d’EZProxy, pour les spécialistes.
– Proquest annonce son nouveau produit Proquest Central comme la base d’articles en full-text la plus complète du marché : + de 8 000 titres couvrant environ 160 disciplines. Ce qui risque de modifier la donne avec ce nouvel acteur, c’est que des éditeurs exploitant jusqu’ici leurs contenus sur leurs propres plateformes font partie du deal, notamment Cambridge University Press, Emerald Group Publishing ou Oxford University Press.

2.0
– Nouvel opus du Common Craft show, cette fois sur le partage de photos en ligne.
Libguides, le service d’édition de guides de références sur abonnement, connaît un réel succès : près d’une centaine de bibliothèques américaines (essentiellement) s’y sont abonnées. Preuve qu’il y aurait un créneau à prendre pour un produit/service en open source ?
– Schmap, un site de guides touristiques sur le web (gratuit avec pub), utilise des photos de Flickr sous licence CC pour illustrer ses descriptions de sites touristiques et autres activités (voir par exemple celui de Paris)

C’est tout pour l’instant, à croire que je souffre moi aussi du biblioblogo-bluesambiant – pas faux…
[photo : aldor]

La fin des épuisés

medium_labyrinthe01_copie.jpg« Désolé, mais ce titre est épuisé. » Bientôt une réalité qui n’aura plus cours, si l’on en croit Amazon. En effet la librairie en ligne, via sa filiale Booksurge spécialisée dans l’impression à la demande, vient d’annoncer un partenariat avec une douzaine d’éditeurs américains, qui devrait leur permettre de fournir leurs livres jusque-là épuisés, et accessoirement de distribuer à moindre frais les ouvrages les plus demandés, en gagnant en rapidité sur la livraison par dessus le marché ; finies les ruptures de stock, donc.


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