Archive for the 'Open Access' Category



L’OA « vert » n’est pas la panacée

« La voie « verte » vers le libre accès est simple : pour chaque article de revue scientifique, il faut qu’au moins un des auteurs fasse le nécessaire pour s’assurer que l’article en question est accessible en ligne librement, où que ce soit. Ils peuvent le déposer dans PubMed Central, ou bien mettre le pdf ou leur propre version de travail sur leur site web. Cependant, la méthode préférée de nombreux défenseurs du libre accès « vert » reste le dépôt dans une archive institutionnelle : chaque bibliothèque universitaire gère sa propre base de données des publications des chercheurs qui y sont affiliés. C’est effectivement une solution au problème de l’impossibilité d’accès aux articles que l’on souhaite lire.

Ca va vous paraître une hérésie, mais le problème de l’accès n’est pas intéressant. Les éditeurs commerciaux butés ont raison quand ils disent que la plupart des gens peuvent lire la plupart des articles qui les intéressent. Oui, cela signifie envoyer des messages aux auteurs, pirater entre amis, et emprunter des mots de passe, et oui, c’est un vrai problème, et non, les éditeurs commerciaux n’ont aucune excuse pour ne rien faire contre ça. Mais ce n’est plus un problème intéressant. Nous laisser lire un article librement, sans avoir à se connecter ou à harceler l’auteur au bout de 12 mois, ce n’est pas une révolution.

Il y a d’autres problèmes tout aussi ennuyeux dans le domaine de la publication scientifique que le libre accès « vert » ne résout pas. Comme par exemple trouver comment les bibliothèques universitaires peuvent échapper aux éditeurs parasites (ceux qui ne jurent que par l’accès sur abonnement), qui sont en train de tuer à petit feu leurs hôtes sans défense. Le libre accès « vert » envoie à ces éditeurs parasites le message qu’ils peuvent continuer à vider les bibliothèques de leurs budgets en leur vendant des bouquets d’abonnements à des revues de faible qualité que peu de gens veulent lire, du moment qu’ils ouvrent l’accès aux articles au bout de 12 mois.

C’est maintenant, alors que les bibliothèques sont confrontées à leurs plus grandes restrictions budgétaires depuis le début de la crise, le moment idéal pour qu’elles aient le cran d’intervenir, de dire « non », et de se débarrasser de ces parasites une bonne fois pour toutes, avant que quelqu’un n’arrive et ne les bâillonne derrière un énorme sparadrap. Les étudiants devraient se révolter en apprenant qu’ils vont devoir se passer de manuels et d’ordinateurs parce que leurs bibliothèques préfèrent dépenser plusieurs dizaines de milliers d’euros pour un bouquet d’obscures revues de seconde zone. Au lieu de cela, nous sommes distraits par le libre accès « vert », parce qu’on nous dit que c’est de cela que la recherche a désespérément besoin. »

Joe Dunkley dans « Green is no goal« , sur Journalology. Il évoque ensuite les « vraies révolutions » pour la recherche : la diffusion ouverte de données dans des formats structurés (il cite l’exemple de ce qui a été fait en génomique), et l’open notebook science (la science « ouverte », dont les partisans diffusent librement leurs travaux, recherches et expérimentations en cours, en toute transparence), susceptible de modifier profondément selon lui la manière de faire de la recherche.

[photo : gfpeck]

Revues, ne vous coupez pas du DOAJ

Le Directory of Open Access Journal, au départ (en 2003) simple projet expérimental de la bibliothèque de l’Université de Lünd, recense aujourd’hui près de 5000 revues en open access au niveau international. Pour être incluse dans le DOAJ, une revue doit satisfaire un certain nombre de critères, notamment avoir une validité scientifique (être de niveau universitaire), et être diffusée en open access, suivant la définition de la BOAI ci-dessous (tirée de la FAQ de Peter Suber), qu’il est toujours bon de rappeler :

 » Par « accès libre » à cette littérature, nous entendons sa mise à disposition gratuite sur l’Internet public, permettant à tout un chacun de lire, télécharger, copier, distribuer, imprimer, chercher ou faire un lien vers le texte intégral de ces articles, les disséquer pour les indexer, s’en servir de données pour un logiciel, ou s’en servir à toute autre fin légale, sans barrières financières, légales ou techniques autres que celles indissociables de l’accès et l’utilisation d’Internet. La seule contrainte à la reproduction et la distribution, et le seul rôle du copyright dans ce domaine, devrait être de garantir aux auteurs un contrôle sur l’intégrité de leurs travaux et le droit à être correctement reconnus et cités. »

Un autre critère déterminant concerne l’accès exhaustif au contenu de la revue : ainsi, le choix d’un embargo (une période pendant laquelle le contenu n’est délibérément pas accessible) ou d’une barrière mobile (« moving wall ») sera rédhibitoire pour l’inclusion d’une revue dans le DOAJ.

Et c’est souvent là que le bât blesse : la diffusion des contenus en ligne des revues fait bien souvent l’objet d’un embargo (sur les derniers numéros ou les années les plus récentes), ce qui les disqualifie d’entrée. C’est dommage, parce qu’en 7 ans, le DOAJ a acquis une notoriété grâce à laquelle ces revues pourraient gagner en visibilité : pourquoi s’en priver avec une politique d’embargo sur des revues dites ‘en libre accès’ ? Le but de la publication dans des revues universitaires n’est-il pas, pour le chercheur, *dans l’absolu*, la dissémination des connaissances, la diffusion des idées, l’ouverture à des collaborations, avant la rentabilité économique ? Je ne parle pas ici bien entendu des revues aux mains des multinationales de l’édition, mais plutôt des revues produites « à la main » par des labos, des centres et autres instituts de recherche, qui produisent des contenus de grande qualité, mais qu’il est souvent difficile de repérer pour l’internaute lambda ou l’étudiant intéressé.

Alors responsables éditoriaux et chercheurs, pour optimiser ce vous avez investi dans la production de votre revue, allez jusqu’au bout de la démarche : libérez tous vos contenus, et référencez-vous dans le DOAJ !

[photo : sillygwailo]

Open Access : Etat des lieux en France

Vu sur le site du consortium Couperin , un rapport sur l’état de l’Open Acccess en France rédigé par Couperin, le Ministère de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche et l’INIST-CNRS, visant à dresser un état des lieux, au mois d’avril 2010, des développements et des réalisations françaises en matière d’Open Access.
« Il a été réalisé dans le cadre du consortium SELL (Southern European Library Link) réunissant six pays d’Europe du Sud : Espagne, France, Grèce, Italie, Portugal et Turquie. Les rapports de ces six pays seront présentés et discutés lors d’un séminaire qui se tiendra les 13 et 14 mai 2010 à Grenade en Espagne et qui aura pour objectif de mettre au point des recommandations pour amplifier le mouvement de l’Open Access.
Après une présentation du contexte de la recherche française et de l’historique du libre accès en France, le rapport dresse en trois parties un état complet :
– des 168 revues académiques en accès libre,
– des 68 entrepôts d’archives ouvertes disciplinaires et institutionnelles,
– des trois principales plateformes de documents numérisés.
Cette étude met notamment en lumière la disparité persistante dans le domaine de la mise en place d’archives ouvertes entre les organismes de recherche d’une part et les universités et grandes écoles d’autres part. Si près des deux tiers des organismes disposent d’un tel outil de diffusion et de valorisation de leur production scientifique, à ce jour seules 20 % des universités et environ 15 % des grandes écoles se sont engagées dans cette voie. Un certain nombre d’actions devant permettre d’améliorer cette situation sont évoquées dans le rapport et seront discutées lors du séminaire de Grenade. Un compte-rendu de ces travaux sera publié sur le site de Couperin. »
[photo : biblioteekje]

OpenAIRE

L’Open Access, un mythe qui pourrait commencer à devenir une réalité  en Europe ?

C’est en tout cas l’objectif du projet OpenAIRE (Open Access Infrastructure for Research in Europe) : il s’agit d’aider à la mise en libre accès des publications présentant les résultats de programmes de recherche bénéficiant d’un financement de la Commission Européenne (dans le cadre du 7ème PCRD) ou de l’European Research Council. La première phase du projet, prévue sur 3 ans, vise à signaler 20% de la production de recherche faite sur des financements CE (dans 7 domaines prédéfinis). Comment ? En mettant en place un méta-moteur, chargé de moissonner les archives institutionnelles compatibles pour en faire remonter les projets estampillés « 7ème PCRD ». L’Italie, qui est le partenaire chargé de la partie technique, doit fournir les pré-requis OAI pour que les archives soient compatibles (en gros, il s’agit d’exposer un set de métadonnées qui indique l’appartenance de l’article à un projet européen). Dans chaque pays participant (27 pays en tout), un bureau national est chargé de diffuser de l’information sur l’Open Access, et d’apporter soutien et assistance aux chercheurs ou aux institutions devant se mettre en conformité avec ce programme pilote pour l’Open Access en Europe. Un volet du projet est destiné aux chercheurs dont les institutions ne disposent pas d’archive ouverte : il permet le dépôt des articles dans une archive maintenue par le CERN, en Suisse. Mais on en reparlera.

Quelques sites pour en savoir plus :

OpenAIRE : le site du projet (@openaire.eu), le communiqué de presse.

Eurosfaire : toute l’info sur les programmes de recherche en Europe (@eurosfaire)

– Le site du 7ème PCRD

[photo : N.I.M.A]

Qui va payer le gratuit ?

La question, sous-jacente depuis quelques temps, émerge de plus en plus ouvertement : ainsi la bibliothèque de l’Université de Cornell, qui héberge ArXiv, va lancer très prochainement un appel à contributions pour mutualiser une partie du financement des 400 000$ annuels nécessaires au fonctionnement de la base. La cible de cet appel : les 200 institutions les plus utilisatrices du service (qui représentent 75% des consultations). J’aimerai bien voir les chiffres d’usage pour avoir une idée de ce que ça représente pour un établissement ; il semble cependant que ce soit « rentable » (ie moins cher que certaines bases de données commerciales), vu que 11 des 20 premières institutions contactées ont déjà donné leur accord pour une participation financière. C’est une première étape dans le développement d’une stratégie à plus long terme pour assurer la pérennité de l’archive ; le modèle de contribution « durable » reste à définir – publicité, donations, subventions, services premium sont à l’étude.
Le même type de réflexion est à l’oeuvre ailleurs, chez  Revues.org notamment, où la mise en place d’une cotisation pour les bibliothèques, en échange de services dédiés (statistiques d’usage notamment) est annoncée pour 2010 (Marin Dacos en a parlé lors de l’Université d’Eté du CLEO, et Pierre Mounier l’a évoqué lors du colloque EPEF). Les bibliothèques françaises accepteront-elles de payer ? Ces cotisations de soutien ne devraient-elles pas plutôt être versées par les services de recherche ? Après tout, l’ouverture au libre accès est une question politique, l’engagement de toute une institution, et pas des seules bibliothèques. A suivre.
[photo : kipbot]

OA : puisqu’on vous dit que ça marche

Nature Publishing a annoncé que le coût des abonnements à 2 de ses revues (EMBO Journal et EMBO Reports) allait baisser de 9% en 2010. Oui, vous avez bien lu : le prix des abonnements va BAISSER. Et cela grâce aux articles publiés sur le modèle auteur-payeur : depuis 2007, l’éditeur propose aux auteurs de payer un forfait (généralement pris en charge par l’institution qui les emploie) s’il souhaitent rendre leurs articles disponibles en libre accès. D’après Nature publishing, le nombre d’articles publiés sur ce modèle en 2008 permet de couvrir en partie les coûts de publication, d’où la baisse. Cela pourrait être le début d’une réaction en chaîne : le coût des abonnements baisse, le lectorat s’agrandit, plus de chercheurs publient dans ces revues, dont le coût baisse, etc. Why not ?

[photo : sean dreilinger]

Université d’été du CLEO – Table ronde 2/2

3916382107_eebc85816d_m.jpgSuite du compte-rendu de la table-ronde de clôture de l’Université d’été du Centre pour l’édition électronique Ouverte. Dans cette deuxième partie, la parole est aux chercheurs et responsables de revues, puis conclusion et séance de questions / réponses.

RIVES (Laboratoire TELEMME, L. Verdon)
La revue Rives nord-méditerranéennes est la vitrine de la recherche du laboratoire.
Numéros thématiques (6-10 articles), pas de contributions isolées. Rubrique «Jeunes chercheurs» pour aider à la publication d’une première contribution.
Les chercheurs souhaitent maintenir les 2 supports, car le livre en tant qu’objet esthétique attire du lectorat ; de plus, le livre a un rôle social lors des colloques et autres événements auxquels le laboratoire participe : il est offert en cadeau aux participants, échangé contre d’autres publications…
La revue est présente sur Revues.org depuis 2001 ; la principale valeur ajoutée de la présence sur la plateforme est l’appartenance à une communauté, un réseau de revues. L’équipe éditoriale apprécie également les outils statistiques fournis par la plateforme, qui lui permettent d’avoir une vision plus précise de lectorat (langue, temps de consultation, mots-clé utilisés pour la recherche…), et de voir les conséquences en cas de changement de politique éditoriale (recul de la barrière mobile par exemple).

Le laboratoire TELEMME expérimente par ailleurs un partenariat avec l’INA et la MMSH pour la valorisation d’archives télévisuelles : construite sur la base de la ressource «Jalons» produite par l’INA, «Repères méditerranéens» met en scène l’histoire de la région des années 1940 à aujourd’hui. Le laboratoire intervient pour l’accompagnement scientifique du projet : vérification des métadonnées et rédaction d’un appareil critique par les chercheurs.

REMMM (Laboratoire IREMAM, F. Siino)
Revue associative hébergée par l’IREMAM, qui lui délègue une secrétaire de rédaction, la Revue des Mondes Musulmans et de la Méditerranée reste indépendante du laboratoire. C’est une revue d’aire culturelle, pluridisciplinaire SHS.
2 numéros par an, thématiques mais avec un espace pour des contributions extérieures hors thème. Nombreux compte-rendus d’ouvrages.
Opposition de l’éditeur historique (papier) à une version électronique, d’où une présence réduite sur internet (compte-rendus puis résumés puis introductions). Depuis 2 ans, la revue travaille avec les Presses de l’Université de Provence (PUP), ce qui a permis la mise en ligne du texte intégral avec une barrière mobile de 3 ans. Un important chantier de rétro-conversion a été mené (40 années d’archives), avec le soutien de Revues.org et de Persée. Un travail assez lourd de recherche des auteurs pour l’obtention des autorisations de diffusion des articles a eu lieu en parallèle.

Revues.org travaille sur la continuité des collections avec Persée : l’interopérabilité passe par les échanges de sommaires et une indexation réciproque – pour pouvoir faire des recherche sur la totalité du corpus – (qui sera opérationnelle dans la nouvelle version du portail).

Presses de l’Université de Provence (JB Cholbi, B. Cousin, L. Denoix)
La réflexion sur le devenir des éditions papier est en cours aux PUP.
Une plateforme Lodel a été installée à l’Université de Provence, elle permet de gérer le portail des revues de l’Université de Provence (38 titres) ; elle est également utilisée comme support pour des communications et des colloques (ex : Littemu). C’est un axe qui pourrait être développé pour valoriser les 300+ colloques annuels organisés par l’université. Pour les revues, il s’agit plus d’une solution d’hébergement temporaire avant d’aller sur Revues.org. Lodel est également utilisé pour gérer la mise en ligne de bibliographies.

107836657_9b249c6349_m.jpgConclusion
Il est désormais question d’une édition électronique ouverte :
– sur ce qu’elle va devenir (ouverte à une réflexion commune)
– qui s’appuie sur des logiciels en open source
– à la lecture et à l’écriture
– à tous les acteurs de la chaîne du livre (y compris auteurs et lecteurs).


Questions / Réponses

Q1 : Pourquoi ne pas étendre la cotisation à d’autres acteurs (laboratoires, programmes de recherche…) ? Importance symbolique de ce type de participation : logique de coopération, pas seulement de service.
R1 : La cotisation annuelle pourra être évolutive et couvrir des regroupements de laboratoires ; il y a des partenariats institutionnels qui restent à inventer.
Rappel de l’enquête menée conjointement avec Cairn sur le lectorat : la pyramide des âges montre que les lecteurs de Revues.org sont plutôt âgés et ceux de Cairn plutôt jeunes ; il y a vraisemblablement un lien avec le fait que les bibliothèques font la promotion de Cairn qui est un service qu’elles payent (abonnement annuel). La cotisation est peut-être un moyen de jouer sur l’inégalité de traitement des intermédiaires culturels que sont les bibliothèques.

Q2 : Quelles sont les conditions pour la mise en ligne d’une édition en ligne différente de l’édition papier (coût des images, traitement des documents iconographiques…) ?
R2 : Une édition enrichie est plus difficile à mettre en oeuvre, en général. De plus Revues.org n’a pas vocation à être diffuseur de sources, car d’autres institutions publiques sont en train de mettre cela en place (TGE Adonis, Medi-Hal…). Revues.org offre tout de même certaines possibilités : insertion de cartes multimedia en flash, encapsulage de fichiers mp3, insertion de vidéos (en provenance d’un portail patrimonial par exemple), d’albums photos Flickr. La plateforme est ouverte aux expérimentations : la seule contrainte, c’est que ce les solutions soient faciles à mettre en oeuvre et techniquement durables.
Le coût des images est un problème, qui aboutit à la publication d’articles de recherche indigestes (sans images puisque les droits sont trop chers), qui ne font évidemment pas le poids face aux éditions commerciales richement illustrées, qui attirent plus le grand public. Il est de plus en plus nécessaire de repenser le droit (et en particulier le droit d’auteur) pour régler ce type de problème qui finit par verrouiller une partie du patrimoine culturel de l’humanité.

Q3 : Sur la monétisation du téléchargement : n’y a-t-il pas un paradoxe entre la rapidité technique de traitement des informations et les barrières mobiles imposées par les modèles économiques ?
R3 : Revues.org promeut l’Open Access total (politique d’incitation), mais c’est la revue qui choisit. La cohabitation entre le gratuit et le payant permet de maintenir l’édition électronique dans l’économie. Les choses se font progressivement, souvent par la réduction de la barrière mobile. Il y a une question pratique aussi : certaines revues n’ont pas les ressources humaines nécessaires pour traiter tous les textes, la barrière mobile permet d’absorber le flux. Pour réduire ce paradoxe, une solution pourrait être une édition tout-électronique avec impression à la demande ; l’enjeu de ce type de solution, c’est la mutualisation des moyens pour sortir de l’artisanat expérimental et passer en mode «industriel» – d’où l’intérêt absolu du travail en réseau. Le numérique ne doit pas être considéré comme un service, mais faire partie de la démarche de recherche.

[photos : treehouse1977, Greg Gladman]

Université d’été du CLEO – Table ronde 1/2

2311309574_29ebef6f1b_m.jpgJ’ai pu assister le mois dernier à la table-ronde organisée en clôture de l’Université d’été du Centre pour l’édition électronique Ouverte. C’était très intéressant, même si, soyons franche, il n’y avait pas foule (pas plus d’intervenants que de public mais pas loin, et aucun bibliothécaire – sauf moi). Et il tombait des cordes, mais je m’égarre. J’ai pris pas mal de notes, du coup je scinde le compte-rendu en 2 posts distincts. Première partie : les différentes plateformes du CLEO, leurs évolutions, et un retour sur l’Université d’été.

Présentation du CLEO et de l’Université d’été (Marin Dacos, Directeur)
Démarche de constitution d’une nouvelle profession : l’édition électronique – métier en cours de structuration.

Le CLEO est la coquille institutionnelle créée pour accueillir Revues.org en 2007 (alors que le projet date de la fin des années 1990), c’est depuis peu une Unité Mixte de Service (UMS) sous tutelle CNRS / Université de Provence / Université d’Avignon / EHESS. Cela dit Revues.org reste un portail « oecuménique ». Son objectif n’est pas d’être une grosse plateforme française, mais clairement d’être une petite plateforme internationale (ouverture vers les pays d’Amérique du Sud et traduction des interfaces en cours). Les 4 piliers du CLEO sont :

Hypothèses : plateforme de carnets de recherche
La plateforme, lancée en 2007? accueille une cinquantaine de blogs, dont 25 sont mis en avant sur le site principal. Un conseil scientifique procède à la sélection des blogs, il reçoit environ 1 candidature par semaine. Il existe 3 niveaux de validation :
– l’acceptation de la création du blog (qui est peu visible sur la plateforme, pour que l’auteur « se fasse la main »)
– l’agrégation : le blog apparaît sur la page d’accueil, une fois que son auteur maîtrise ses contenus et ses outils
– l’éditorialisation : il s’agit de valoriser des contenus, sans doute sous la forme d’un « Carnaval des blogs ». La sélection des contenus à valoriser pourra, pour garantir une pluralité de regards, être ouverte à d’autres personnes que les seuls membres du conseil scientifique.
Hypothèses reste un prototype, un outil en devenir ; ce stade expérimental permet de voir quelle appropriation en font les chercheurs d’une part, et de tenir compte de leurs retours pour améliorer l’outil d’autre part. Exemple des compte-rendus de lecture, nombreux sur la plateforme : un système d’ajout des ISBN va être implémenté pour agréger les compte-rendus concernant le même ouvrage.

Manuscrits : plateforme de gestion éditoriale (backoffice)
Gestion des soumissions, du blind peer-review ; peut tout à fait gérer un circuit d’édition papier traditionnel (prise en compte de toutes les étapes, jusqu’au bon à tirer)

Revues.org : plateforme de revues en ligne
La grande nouveauté de 2009, c’est l’ouverture aux livres électroniques : c’est désormais un marché, dans lequel s’impliquent des acteurs majeurs (Google, Amazon, Apple), il faut que la recherche en fasse partie. Le problème est que le livre électronique reste un objet difficile à manipuler au niveau électronique.
Par ailleurs un partenariat avec Cairn permet de diffuser la partie commerciale de 24 revues ; ce qui évite au CLEO d’avoir à gérer un département spécifique à la commercialisation (et accessoirement permet d’échapper à une « guerre des portails » néfaste).
La recherche de modèles économiques pour l’open access a abouti a une solution mixte : le freemium. Cette solution permet à la plateforme de rester gratuite en amont (pour les auteurs) et en aval (pour les lecteurs). Comme les financements publics ne suffisent pas, des cotisations optionnelles vont être proposées aux revues, ainsi qu’aux bibliothèques universitaires (en 2010) : elles leur donneront accès à une dizaine de services supplémentaires (par ex pour les revues, la possibilité d’inclure des cartes interactives, des vidéos etc. Pour les BU, accès à des statistiques de consultation, interlocuteur spécifique et journées de formation) sur les 110 services proposés au total, qui seront soumis à une barrière mobile.
Prochainement, les livres électroniques produits par le CLEO seront disponibles à la vente dans des librairies en ligne (Immatériel, Feedbooks) : l’idée c’est que les contenus sur le réseau sont gratuits, et que ceux qui s’en détachent (téléchargement sur disque dur ou liseuses) sont payants ; c’est une expérimentation (réversible) qui va être mise en place avec des éditeurs volontaires. Autre étape à plus long terme : proposer de l’impression à la demande pour les revues ou livres aux éditeurs qui le souhaiteront (plus d’épuisés).

Calenda : agenda des événements en SHS
Plus de 10 000 événements déjà signalés, avec + de 100 000 visites par mois, c’est le plus gros poste en terme de statistiques de fréquentation.

Organisation : 1 personne à temps plein est chargée du référencement des ressources du CLEO. Les revues sont encouragées à maintenir un lien direct avec leurs lecteurs (module de création de newsletters) et à assurer aussi leur propre promotion. Côté technique, la plateforme est hébergée sur une vingtaine de serveurs à Lyon, gérée par 5 personnes.

Revues.org fonctionne avec une stratégie ouverte de management : tous les membres de l’unité ont accès à toutes les listes de diffusion ; le corollaire de cette volonté de transparence dans la communication interne est pour chacun un travail nécessaire sur la rédaction des informations et sur le vocabulaire utilisé. La diffusion de la compétence et des connaissances dans cet univers instable passe par une veille permanente sur l’édition électronique effectuée par l’ensemble des métiers de Revues.org.

2901783799_32cbf787dd_m.jpgL’université d’été du CLEO (M. Dacos)

[Mes notes reprennent le contenu du support de présentation – mais donnent moins mal au coeur ;-)]
Contexte : évolution des pratiques de lecture, le livre change mais ne disparaît pas > décomposition de la galaxie Gutenberg : recul de la presse écrite, dématérialisation du livre…
Google Book Search : on n’est plus en face d’un «simple» moteur de recherche, mais d’une grosse entreprise de numérisation (déjà 7 millions d’ouvrages numérisés).
Un marché des liseuses est en train de se créer : le Kindle, c’est déjà du business (30% des ventes sur Amazon se font sur de l’électronique). Verrouillage des prix et des formats par le trio Amazon, Apple et Google.
La menace, c’est d’arriver à un Minitel 2.0 = faire d’internet un tuyau fermé, totalitaire. En France, la vitesse de circulation des données sur internet est plus grande pour la réception que pour l’envoi des informations, cela limite les possibilités des internautes pour monter leurs propres serveurs (limitation volontaire du secteur marchand)

Il faut arrêter de parler du livre, qui se désintègre et devient avant tout un texte, qui a et aura d’autres modalités :

  • fluide
  • flux
  • immatériel
  • multiformats (problèmes d’optimisation qui font grimper les coûts)
  • reproductible
  • pléthorique (1,5 millions sur l’Open Content Alliance) : on est de plus en plus dans une économie de l’attention : il y a plus de documents que de lecteurs. D’où l’importance des labels, de la recommandation.
  • indexable (fonction oubliée des premiers outils)
  • sémantisable
  • liable
  • piratable
  • annotable : tags, favoris, notes (cf commentpress)

Les connexions entre les livres apportent de la valeur ajoutée à tous les livres > valeur de la recommandation, des liens de comparaison, de mise en perspective. Forge des livres = soumission / commentaires, capitalisation de la conversation scientifique, échanges internationaux (Exemple du Read Write Book, fil rouge de l’Université d’Eté).
Livre papier = objet fermé ; livre électronique = début d’une conversation (y compris pour la fiction).
Importance croissante des métadonnées (autant, voire plus que le livre lui-même) en terme de valeur ajoutée ; le problème est que cela revient très cher à mettre en oeuvre, d’ailleurs Google le fait mal (et le reconnaît : exemple de l’année 1899, qui comprend de nombreux exemplaires, et n’est en fait qu’un choix arbitraire suite à une fusion de plusieurs bases de données…)

Pour donner le meilleur du texte électronique, il faut qu’il puisse être :

  • Lisible dans un format ouvert
  • Recomposable (zoomable comme sur les iphone et ipod touch) – ce qui est une hérésie par rapport au processus de composition de l’édition traditionnelle des livres, il va falloir changer les mentalités.
  • Conservable : l’utilisation est actuellement limitée à une nombre défini de machines, ce qui interdit d’autres usages > objets génétiquement périmés par les DRM.
  • Manipulable – au moins autant que le format papier :
  • Copiable/collable
  • Inscriptible (annotable)
  • Citable : identifiable, avec des url pérennes, des métadonnées correctement renseignées (importance du nommage des fichiers – cf podcasts de France Inter vs ceux de RTL). La mise en place d’une vraie politique d’enrichissement des fichiers est nécessaire.
  • Interopérable : il faut faire communiquer les livres entre eux, les faire entrer dans la conversation (détection des citations entre les livres) – traçabilité de la vie intellectuelle du livre, de ses usages.

[photos : jonas_k, biblicone]

OA week : s’informer toute l’année

vert_ban_add_120x240.jpgDernier épisode de la semaine de l’OA 2009, avec quelques pistes pour les bibliothécaires souhaitant de s’informer sur ce qui se passe concernant le libre accès tout au long de l’année.

Incontournable : Open Access News
Animé par Peter Suber et Gavin Baker, c’est LE site de veille de référence en la matière. Peter Suber édite également la SPARC Open Access Newsletter. On peut suivre OAN par son fil RSS, ou bien s’y abonner par mél.

Collaboratif: Open Access Directory
Il s’agit d’un wiki, alimenté par la communauté et hébergé par le département de Sciences de l’Information et des Bibliothèques du Simmons College, qui compile les informations sur l’Open Access sous forme de listes : les blogs sur l’OA, les revues passées à l’OA, les déclarations des institutions en faveur de l’OA

Collaboratif et expérimental : Open Access Tracking Project
C’est un projet de veille collective thématique lancé il y a quelques mois par Peter Suber. L’idée c’est d’utiliser Connotea pour rassembler les informations sur l’OA trouvées sur le web et tagguées par les participants au projet. N’importe quelle personne disposant d’un compte sur Connotea peut participer – il suffit d’ajouter les tags prédéfinis lors de l’enregistrement de nouvelles références. Comme toutes les infos que trouvent Peter Suber et Gavin Baker ne font pas systématiquement l’objet d’un billet sur OA News, et qu’il y a un + grand nombre de contributeurs, cela fait d’OATP sans doute la ressource la plus riche sur le sujet. Fil RSS, abonnement mél, @oatp.

Engagé : Open Access Archivangelism
Le blog de Steven Harnad, apôtre de l’Open Access de la première heure – et accessoirement enseignant-chercheur au département de sciences cognitives de l’Université de Southampton. Fil RSS@AmSciForum

Bibliographique : Open Access bibliography
Mise à jour par Charles Bailey Jr, elle est consultable au format HTML ou sous la forme d’un gros pdf. A l’occasion de la semaine de l’OA, Charles vient de lancer l’Institutional Repository Bibliography, ce qui me rappelle de vous recommander également la lecture d’Institutional repositories, tout de suite, une introduction aux archives ouvertes du même auteur.

Moteurs de recherche
OAISTER encore interrogeable directement, avant d’être totalement intégré à Worldcat
Scientific Commons

Voilà, j’espère que cette semaine portera ses fruits, et que l’on verra une plus grande présence francophone lors de la prochaine édition !

OA week : témoignage d’un auteur

« J’ai eu l’agréable surprise cette semaine de recevoir des statistiques de consultation et un chèque des Presses Universitaires d’Athabasca. En effet, j’ai dirigé la seconde édition de l’ouvrage « Theory and Practice of Online learning« , qui a été édité puis promu, vendu et distribué par ces presses universitaires. J’ai expliqué pourquoi j’ai choisi de sortir ce livre sous une licence Creative Commons ici.
Au cours de la première année, 404 exemplaires ont été vendus, et à 5% de droits sur les ventes, mon chèque se monte à 636$. Pendant la même année, 26 497 chapitres ou exemplaires complets du livre ont été téléchargés gratuitement. Cela signifie que 1,5% des lecteurs ont choisi de payer – ce qui est peut-être sous-estimé puisque certains lecteurs ont probablement téléchargé plus d’un chapitre, ou plus d’une fois. Quoi qu’il en soit, ces 600$ correspondent à peu près à ce que j’ai l’habitude de recevoir pour les 5 autres ouvrages universitaires que j’ai écrit ou co-écrit. Mais alors la notoriété auprès de 26 000 lecteurs de plus, ça n’a pas de prix !
 »

Terry Anderson, professeur à l’Université d’Athabasca, Royalties from Open Access (repéré par OANews).


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