« Les bibliothèques n’ont aucun sens dans le futur », a déclaré Shatzkin depuis la tribune dans une bibliothèque datant de 1828. « Quiconque a accès à internet a déjà à sa disposition bien plus d’ouvrages que dans cette bibliothèque », a-t-il souligné. « Nous n’avons pas besoin de bâtiments. Il y aura une demande constante de bibliothécaires, on aura besoin de leurs compétences, tout comme on aura besoin de celles des éditeurs. »
Mike Shatzkin in Montreal: Libraries don’t make sense anymore. Puis précisions, suite aux réactions produites par ces déclarations :
« Dans un monde rempli d’e-books, ce que le nôtre sera dans 10 ou 15 ans, les livres imprimés n’auront pas complètement disparu ; mais ils seront soit « exotiques », soit très spécifiques. Ils ne seront plus un moyen banal ou ordinaire de fournir du contenu comme ils le sont aujourd’hui.
Je m’attend aussi à un monde dans lequel nous aurons tous accès à / nous possèderons tous de nombreux écrans. Avec ces écrans, nous aurons aussi accès à un grand choix de contenus, comme ce que nous montre internet aujourd’hui. Mon intuition est qu’à ce moment là, notre abonnement à internet « standard » incluera un accès à plus de livres qu’il en existe dans la plupart des bibliothèques aujourd’hui, et des tas d’autres pour un coût supplémentaire symbolique ou parfois conséquent. Nous devrons choisir un (ou deux) écran(s) à transporter en partant le matin (ou pas : il sera possible d’emprunter des écrans chez Starbucks et dans le hall de l’hôtel et dans la salle d’attente du dentiste), mais nous aurons de toutes façons accès à des contenus où que nous soyons et à n’importe quelle heure. Comme le même écran nous fournira nos outils de productivité personnelle (le billet de blog que je suis en train d’écrire, la liste de courses chez le fromager avant de rentrer), nous connectera à nos comptes en banque, et, bien sûr, à nos agendas et à l’itinéraire pour la fête à laquelle nous serons censés nous rendre le soir, le stockage d’informations supplémentaires – que ce soit un livre, un magazine, un journal ou un carnet de notes – sera un anachronisme depuis longtemps dépassé.
L’objectif de base – l’objectif fondateur – d’une bibliothèque […], est de fournir un accès à des choses imprimées. Même la bibliothèque de quartier la plus petite a certainement abrité plus de contenu que n’importe quelle bibliothèque personnelle et, dans la plupart des cas, bien plus que ce qui serait disponible chez n’importe quel libraire. A l’origine, ce sont les livres qui ont défini la bibliothèque et ont attiré les lecteurs. Lorsque nous aurons tous accès à plus de livres sur nos écrans que ce que celle-ci contient, quel sera l’intérêt de la bibliothèque ? »
It will be hard to find a public library 15 years from now, The Shatzkin Files.
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Les technologies indispensables qu’une université devra proposer en 2014, selon Josh Kim sur Inside Higher Education :
– une solution d’enregistrement vidéo des cours magistraux (a minima) : les étudiants s’attendront à pouvoir revoir une séquence du cours difficile à appréhender
– une version mobile de la totalité des enseignements proposés : on consultera autant voire plus les contenus depuis un terminal mobile que depuis un ordinateur
– un système de gestion des contenus à la YouTube : parce que les environnements pédagogiques ne sont pas prêts pour recevoir de la vidéo
– des outils standard de création de contenus : les étudiants devront pouvoir rendre leurs devoirs sous des formes électroniques enrichies.
[photo : pixy5 /Babushka]
« Il arrive que, dans certaines des licences régissant l’utilisation des ressources électroniques, des éditeurs exigent que les Bibliothèques de l’Université de Cornell considèrent les informations tarifaires comme des informations confidentielles et ne les divulguent pas à des tiers. Certaines bibliothèques ont toléré ces clauses par le passé, convaincues qu’elles pourraient ainsi obtenir un tarif plus avantageux. Les bibliothèques ne peuvent cependant plus accepter cette situation.
La communauté des bibliothèques a réalisé que le comportement anti-concurrentiel de certaines maisons d’édition résulte en partie de l’inclusion d’accords de confidentialité dans les licences. Comme le faisait récemment remarquer Robert Darnton, « en gardant les termes de sa licence confidentiels, … une bibliothèque ne peut pas négocier des tarifs à la baisse sur l’argument qu’une autre bibliothèque a obtenu un tarif plus avantageux. »
C’est pour cette raison que la « Recommandation pour la sélection et l’acquisition d’informations électroniques » de l’ICOLC établit que « aucun accord de licence ne doit exiger de clauses de confidentialité, en particulier des clauses qui empêcheraient les consortia de bibliothèque de partager entre eux des informations sur les tarifs ou sur les conditions négociées. » Plus les bibliothèques peuvent communiquer entre elles au sujet des offres commerciales, mieux elles sont préparées pour peser [dans les négociations] sur les coûts et les conditions qui leurs sont proposés individuellement. Un marché ouvert permettra d’aboutir à de meilleures conditions dans les licences.
Les accords de confidentialité sont par ailleurs en contradiction avec les exigences d’ouverture, de transparence et de travail collaboratif des bibliothécaires et des personnels des Bibliothèques universitaires de Cornell. Cette contradiction augmente la probabilité de violation involontaire d’éventuelles clauses de confidentialité, et fait du coup courir un risque à l’université.
Les Bibliothèques universitaires de Cornell approuvent donc la position de l’Association of Research Libraries, qui recommande à ses membres de ne pas signer de licences (ni d’accepter de nouvelles licences ou des licences révisées) qui incluent des clauses de confidentialité ou de non- divulgation. Les bibliothèques acceptent de partager, sur demande, les informations contenues dans leurs licences (à l’exception des savoir-faire et des détails techniques spécifiques).
Pour la plupart des éditeurs, les clauses de confidentialité ne sont pas nécessaires. Parmi les nombreux éditeurs et agrégateurs de revues et d’e-books dont les contrats actuels avec Cornell ne comportent pas de clause de confidentialité, on peut citer : American Institute of Physics (AIP), American Physical Society (APS), ASTM International, American Society for Microbiology (ASM), American Chemical Society (ACS), Bloomberg, Cambridge University Press, EBSCO, Elsevier, IEEE, Institute of Physics (IOP), Knovel, Oxford University Press, Proquest, Sage, SPIE, Taylor & Francis, et Wiley. »
Cornell University Library’s Position on Nondisclosure Clauses in Licenses
[photo : SamikRC]
CR : Publications scientifiques et financement européen
Published 20/03/2011 Archives Ouvertes , Confs & journées d'études , Open Access Leave a CommentJ’ai assisté cette semaine à la matinée d’étude « Publications scientifiques et financement européen » organisée par Couperin pour présenter les initiatives de la Commission Européenne sur le sujet, et plus particulièrement le projet OpenAIRE.
La manifestation était de qualité, j’en retiens plus particulièrement 2 temps :
Keynote : Reconstruire la République des sciences par le libre accès : responsabilités et évaluation des chercheurs – Jean-Claude Guédon
Pour JCG, la Science est une « grande conversation ». Les associations savantes, les éditeurs, les bibliothécaires soutiennent cette « grande conversation », en diffusant l’information scientifique. Il fait les constats suivants sur la diffusion en libre accès :
– L’Open Access a rencontré beaucoup de succès depuis sa naissance en 2001-2002 : il existe de + en + d’archives institutionnelles, et plus de 5000 revues en OA sont recensées par le DOAJ. Un mouvement qui prend de l’ampleur, mais qui hésite sur la suite.
– Une faiblesse : le déséquilibre qui demeure entre le rôle des bibliothécaires (très positif, mais qui manque de légitimité) et la logique des chercheurs (relativement indifférents aux nouveaux usages mis en avant par les bibliothécaires)
– Malgré ces progrès, l’intérêt des chercheurs demeure pour les revues prestigieuses, et pas pour les revues en OA de visibilité moyenne (PLoS, Biomed Central), en raison de leur utilisation comme élément d’évaluation de la carrière des chercheurs.
Comment faire avancer les choses ? Vraisemblablement en faisant évoluer les métriques utilisées pour l’évaluation des chercheurs.
Si on prend le cas du facteur d’impact – de plus en plus détourné de son usage initial (l’évaluation des revues) pour évaluer les chercheurs – on voit que, à l’instar des pratiques utilisées en athlétisme pour la course de sprint, où les temps sont désormais calculés au centième de seconde, le facteur d’impact a lui aussi 3 décimales : on a augmenté artificiellement sa valeur pour créer de la compétition, du spectacle. Du coup, comme en athlétisme, on voit émerger des « champions » de la recherche, et du « dopage » : certains n’hésitent pas à adapter leur production scientifique à la métrique (voir des exemples d’articles retirés et autres malversations intellectuelles sur le site Badscience), qui agit comme une « stéroïde intellectuelle ». L’évaluation de la qualité générale de la science doit pouvoir se faire en dehors des « champions de la métrique » : de nouvelles formes d’évaluation peuvent s’élaborer avec l’Open Access ; on peut imaginer par exemple de mesurer un facteur d’éducation, un facteur social… Cela permettrait de reconstruire le jeu de la concurrence scientifique de façon plus saine, d’articuler la quête de l’excellence à la quête de la qualité. Plusieurs pays se sont démarqués de cet indicateur et ont bâti leurs propres métriques, notamment en Amérique Latine avec SCIELO.
Table-ronde – Rendre les travaux librement accessibles : quel intérêt pour un chercheur ?
Il a été demandé aux 4 intervenants – des « power users » de Hal, issus de différents organismes de recherche, qui déposent beaucoup – comment ils percevaient leur plateforme :
– Importance de Hal pour repérer la littérature grise : le fait que Hal héberge d’autres types de documents que les articles (thèses, rapports…) est très apprécié : il permet de mettre en valeur facilement toutes les publications sur un projet, ainsi que de collaborer sur des documents non publiables (cas d’un document de travail alimenté en commun dans le cadre d’un projet européen)
– Intérêt principal pour le chercheur : avoir la liste complète de ses publications à un seul endroit, et pouvoir l’utiliser pour alimenter une page perso, ou la page de son laboratoire.
– Hal est un moyen de mettre sa production à disposition du public (qui n’a pas forcément accès aux revues en ligne dans lesquelles la recherche est publiée), mais pas un système de validation (ce rôle reste celui de la revue). C’est un auxiliaire utile, mais pas un outil de travail principal.
– Forte utilisation de Google ou Google Scholar comme point d’entrée dans une recherche, les chercheurs se tournent vers les bases de données spécialisées à partir du moment où ils veulent citer des articles. Hal n’est pas utilisé comme moteur de recherche.
– Le fait que les dépôts dans Hal soient assez rapidement indexés par Google Scholar est un vrai plus pour se faire connaître et de se faire citer.
– Hal est devenu petit à petit un outil partagé par les chercheurs, un point commun entre différentes institutions, toutes disciplines confondues.
– En ce qui concerne les améliorations souhaitées : plus d’automatisation pour repérer les travaux publiés dans les bases des éditeurs et demander aux auteurs de déposer, une compatibilité avec d’autres outils que Pubmed et ArXiv ; Endnote est cité.
[photos : Vestman, Waltarrrr]
« Si nous envisageons cela [la loi de Pareto, connue aussi sous le nom de loi des 80/20] dans le contexte des modèles de prêt des e-books, nous voyons qu’HarperCollins a bien réussi son coup. En concentrant notre attention sur les livres qui sont beaucoup empruntés, […], HarperCollins nous a amené à négliger les 80% de livres qui ne circulent pas ou peu. Pourtant les bibliothèques payent le plein tarif pour ces livres-là aussi, et il est clair que les éditeurs se font infiniment plus d’argent sur les livres qui ne circulent pas dans les bibliothèques que sur ceux qui ne se vendent pas en librairie !
Tout bien considéré, un des impacts économiques des bibliothèques, en plus de ceux dont j’ai déjà discuté, est de transférer du pouvoir d’achat des best-sellers vers des livres moins populaires. On peut même faire valoir que les bibliothèques soutiennent une culture large, qui disparaîtrait sans ce soutien. Et devinez qui publie ces best-sellers ? Les 6 plus gros éditeurs, bien sûr. Il payent de grosses avances aux auteurs, d’énormes frais de publicité auprès des librairies, font passer leurs auteurs dans les talk shows et obtiennent des critiques de leurs bouquins dans le Times. Cela demande beaucoup d’argent, mais la dépense est largement compensée dans une économie basée sur quelques titres vitaux ou sur des « cartons » de librairie.
Alors voilà l’astuce : en focalisant le débat sur des mécanismes de revenus générés par la popularité, HarperCollins mise sur les gros succès de librairie et affaiblit la longue traîne. Cela peut affecter négativement les bibliothèques, mais celles-ci sont des dommages collatéraux. C’est bien la longue traîne qu’HarperCollins essaye de détruire. »
Extrait de The Pareto principle and the true cunning of HarperCollins, par Eric Hellman, qui propose des analyses toujours fort pertinentes des problématiques économiques autour du livre et des bibliothèques.
[photo : linkwize]
Où trouve-t-on toutes les publications de l’école française de Rome ? L’Annuaire français de droit international, revue de chevet des internationalistes ? 60 ans de la Revue économique ? Les Annales depuis 1929 ?
Sur Persée bien sûr !
Cette base d’archives de publications en sciences humaines sociales, en libre accès, utilisée au quotidien par des milliers d’étudiants, d’enseignants-chercheurs et d’internautes de tous horizons voit son avenir proche s’assombrir. Quel dommage.
Retour sur le buzz du week-end dans la bibliosphère américaine : l’affaire Harper Collins OverDrive.
Overdrive, l’un des principaux diffuseurs de livres numériques pour les bibliothèques aux Etats-Unis, vient d’envoyer à ses clients un courrier faisant état de prochains changements dans la licence d’utilisation du service, pour répondre à la demande d’un éditeur (on apprendra par la suite qu’il s’agit d’Harper Collins). Cet éditeur souhaite en effet que la consultation des e-books mis à la disposition des bibliothèques soit limitée en nombre : au bout de 26 « prêts », le document n’est plus accessible, et la bibliothèque doit le racheter.
Tollé chez les bibliothécaires, naturellement : ce post de Librarian by Day rassemble un florilège des nombreux commentaires que la nouvelle a suscité dans le milieu des bibliothécaires et en dehors, et on peut suivre les réactions des uns et des autres sur Twitter sous le hashtag #hcod.
Racheter un e-book ? Oui oui, comme quand les livres nous reviennent en piteux état, avec les pages arrachées etc. Sauf que… arracher les pages d’un livre numérique ?!? Là clairement il va falloir choisir : soit on considère que le livre numérique, c’est pareil que le livre papier (même prix, un seul prêt à la fois), mais alors on peut le conserver, soit on dit que le livre électronique obéit à des règles différentes, et on peut faire plus de choses avec (accès illimité, accès multi-supports, contenus enrichis, pas de DRM…), ou le payer bien moins cher…
En BU on a déjà connu ça pour les revues (la fin de la propriété des contenus en faveur de l’achat d’accès limités dans le temps), et on s’est plus ou moins adaptés (avec quand même souvent l’ajout de clauses pour l’accès aux archives), en soulignant toutefois les risques d’uniformisation de l’offre documentaire : on voit dans le modèle proposé par Harper Collins que la poldoc en prend encore un coup, les bibliothèques finissant par ne racheter que les best-sellers… Peut-être cela dit que le modèle qui convient à l’information de type « revues » n’est pas forcément adéquat pour le livre, mais bon, je ne suis pas spécialiste. Problème anecdoctique soulevé par ce type de licence : la question du signalement dans les catalogues (comment suivre les notices d’ouvrages qui disparaissent au bout du 26ème prêt ? et peuvent réapparaître à la prochaine commande ?).
L’éditeur justifie ce revirement ainsi : « Nous pensons que ce changement permettra d’établir un équilibre entre la plus-value que les bibliothèques tirent de nos titres et la nécessité de protéger nos auteurs, et d’assurer pour les années à venir leur présence dans les bibliothèques publiques et au sein des communautés qu’elles desservent . »
Il me semble que ce que tout cela prouve, c’est qu’il est difficile de trouver des modèles économiques pour le livre numérique (voir les pistes que donne Eric Hellman), et que les éditeurs auraient beaucoup à gagner à travailler en concertation avec les bibliothécaires sur le sujet…
[Photo : Elisabeth Thomsen]
John Dupuis, sur Confessions of a science librarian, nous propose ce Manifeste pour une bibliothéconomie furtive :
« La bibliothéconomie furtive, c’est un état d’esprit.
Cette édition du manifeste est spécifique aux bibliothèques universitaires. Les principes de la bibliothéconomie furtive peuvent s’appliquer à toutes les branches de la profession, chacune à sa manière. Il pourrait y avoir d’autres manifestes, pour les bibliothèques publiques ou les bibliothèques d’entreprise par exemple.
Cependant les principes de base sont les mêmes : pour survivre et nous développer dans un environnement difficile mais stimulant, nous devons plus ou moins subtilement nous insinuer dans la vie de nos utilisateurs. Nous devons arriver à faire partie de leur monde, de leur environnement.
Le coeur de cible des communautés d’usagers des bibliothèques universitaires sont les enseignants-chercheurs et les étudiants. Ce manifeste concerne les enseignants-chercheurs. Un autre manifeste pourra couvrir l’infiltration des communautés étudiantes par les bibliothécaires furtifs. D’ailleurs, vous pouvez l’écrire vous même, allez-y.
Le travail des enseignants-chercheurs comprend la recherche, l’enseignement et le service. Nous devons nous insinuer subrepticement dans ces domaines. […]
– Arrêtons d’aller à des journées d’études pour bibliothécaires, et assistons plutôt à des conférences où nos utilisateurs sont présents.
– Arrêtons de faire des présentations seulement à nos pairs. Il y a Twitter pour ça. Nous devons nous faire valoir auprès de nos utilisateurs sur leur territoire, et pas sur notre propre terrain.
– Quand c’est possible, collaborons avec des enseignants lors de présentations.
– Arrêtons de lire la littérature professionnelle officielle. Il y a les biblio-blogs pour ça. Nous devons nous familiariser avec les écosystèmes de la communication et de la littérature scientifiques de nos communautés d’usagers.
– Arrêtons d’écrire dans la littérature professionnelle officielle. Il y a les biblio-blogs pour ça. Nous devons défendre notre utilité dans la littérature de nos communautés d’usagers.
– Arrêtons d’adhérer aux associations professionnelles. Il y a Friendfeed et Facebook pour ça. Rejoignons plutôt des associations qui tournent autour de nos communautés d’usagers.
– Ne nous divisons pas en « commissions bibliothèques » dans ces organisations, mais participons y pleinement. Cela vaut pour les conférences et les publications (évoquées plus haut).
– Pour attirer les enseignants-chercheurs lors de conférences et dans la littérature, positionnons-nous sur le plan de la recherche comme sur le plan de l’enseignement.
– Arrêtons de participer à de multiples groupes de travail de bibliothécaires, et prenons le temps de siéger dans les instances à tous les niveaux de gouvernance de nos établissements. Cela peut demander un certain temps et un investissement considérable pour nous intégrer discrètement dans toutes les structures auxquelles nous appartenons.
– Invitons-nous et participons activement aux réunions de départements, conseils de faculté et autres organes pertinents.
– Intégrons-nous autant que nos moyens humains nous le permettent dans les missions d’enseignement et dans l’environnement pédagogique de nos enseignants. Nous avons de nombreuses choses à apprendre à leurs étudiants, et pouvons les aider à remplir leurs objectifs universitaires.
– Engageons-nous auprès de nos enseignants-chercheurs dans les réseaux sociaux qu’ils fréquentent. Tout comme nous le faisons avec les autres bibliothécaires, nous devons également suivre nos utilisateurs et communiquer avec eux sur Twitter, Facebook et autres sites appropriés. »
– A vous d’ajouter la suite…
Quelques précisions pour finir :
Comme tous les manifestes, celui-ci souffre des défauts de l’hyperbole et de la simplification excessive. Voyez-le plutôt comme une série de déclarations provocantes, et pas comme un plan d’action réaliste. Je ne pense pas réellement, par exemple, que nous devrions tous abandonner nos associations professionnelles.
Ce texte se veut optimiste, et pas désespéré.
Il est forcément incomplet et biaisé, n’hésitez pas à l’amender dans les commentaires, ainsi qu’à suggérer des modifications et suppressions. »
[photo : the other allen]
Dans Why Not Grow Coders from the inside of Libraries?, Bohyun Kim (Library Hat) s’interroge sur le manque de compétences techniques en interne dans les bibliothèques :
« Ca ne serait pas génial si chaque petite bibliothèque disposait d’un développeur en interne ? On utiliserait tous des logiciels open source, avec des fonctionnalités sur-mesure, correspondant exactement à nos projets et aux besoins de nos communautés d’utilisateurs. Les bibliothèques deviendraient alors des consommatrices de technologie réellement avisées, et plus de simples clientes à la merci de systèmes bancals. Et même, cela les re-positionnerait en tant que contributrices des technologies permettant au public d’accéder à l’information et aux ressources scientifiques. Je suis sûre qu’aucun bibliothécaire n’aurait d’objection à cette proposition. Mais en ces temps de restrictions budgétaires continues, conserver du personnel de bibliothèque est un défi en soi, alors engager un développeur…
Mais pourquoi devrions nous en passer par là ? Les bibliothécaires sont sans doute les professionnels les plus compétents techniquement après les informaticiens, les scientifiques, les ingénieurs et les personnels du marketing. Alors pourquoi n’y a-t-il pas plus de bibliothécaires qui codent ? Pourquoi n’assistons nous pas à un déferlement de bibliothécaires-développeurs ? Après tout, nous vivons à une période où le web est la plateforme sur laquelle se déroulent pratiquement toutes les activités humaines, et où les bibliothèques changent leurs noms pour des appellations comme « learning centers ». Développer ne me semble pas trop compliqué ni trop difficile à apprendre pour n’importe quel bibliothécaire, quel que soit son parcours. Les bibliothèques proposent aujourd’hui un large éventail de ressources et de services en ligne, et déploient et utilisent de nombreux outils, du SIGB au système de gestion électronique de documents, qu’elles pourraient certainement utiliser avec un grand profit des personnels capables de développer. »[…]
Pour elle, le problème vient en partie du fait que les compétences informatiques ne sont pas suffisamment valorisées au sein des établissements, qui ont tendance à recruter uniquement en dehors des bibliothèques. Alors que, ce type de compétences s’acquérant souvent en auto-formation, sur le temps personnel des agents, ce sont généralement des personnes motivées, qui pourraient apporter un vrai plus. A cela s’ajoute le fait que, quand elles existent, ces compétences sont utilisées de façon fragmentaire : rares sont les bibliothécaires qui développent à plein temps. En filigrane, il y a aussi la question de la formation : les vagues notions de html survolées dans la plupart des cursus initiaux ne font pas des codeurs aguerris…
Le sujet devient plus brûlant pour les bibliothèques qui utilisent des logiciels libres – il a été abordé lors d’une session la dernière conférence Code4lib consacrée à l’open source en bibliothèque :
« Les participants [à la conférence] habitués à travailler avec des logiciels libres étaient unanimes sur le fait que l’adoption du libre n’est pas bon marché. On croit souvent à tort qu’en adoptant des logiciels libres, les bibliothèques vont faire des économies. Mais, si c’était le cas, cela ne serait pas à court terme. Le libre nécessite d’avoir en interne du personnel technique formé, capable de bien comprendre le fonctionnement des logiciels pour tirer avantage de leur flexibilité au profit de leur établissement. Ce n’est pas du gratuit prêt à l’emploi qui démarre au quart de tour. Adopter les logiciels en open source donne certes aux bibliothèques une certaine liberté pour expérimenter et améliorer leurs services, et de fait les rend plus autonomes, mais les bénéfices ne viennent pas sans investissement. On peut alors se demander pourquoi les bibliothèques n’utiliseraient-elles pas, simplement, les services de sociétés tierces assurant le support de systèmes ou de logiciels libres. Mais sans la capacité à comprendre le code source, et les méthodes pour le modifier selon ses propres besoins, comment les bibliothèques pourraient-elles exploiter le potentiel du libre ? Et parvenir à des relations plus cordiales entre bibliothécaires et vendeurs ? »
[photos : rezponze]
Citer, c’est faire référence à la publication de quelqu’un d’autre depuis son propre texte. Faire un lien entre 2 textes. Soit. Mais souvent le lien n’est pas d’une évidence absolue, il est dé-contextualisé : CiTO (Citation Typing Ontology) propose d’y remédier. Il s’agit d’une ontologie qui décrit les relations entre un document et une référence citée – lesdits documents et références concernés étant des articles scientifiques et tout type de travail universitaire -, et permet de les exposer sur le web sémantique (merci aux spécialistes de me corriger si je dis des bêtises). Ce qui permet, par exemple, de définir que l’auteur de l’article A cite l’article B pour exprimer son désaccord avec ce qui est dit dans cet article, ou bien que l’article C est cité en tant que preuve dans l’article B, etc. Ce n’est qu’une petite partie de ce à quoi peut servir CiTO, une présentation plus détaillée est disponible dans cet article du Journal of biomedical semantics. Et il existe depuis peu une extension qui permet d’insérer des citations dans des billets de blog avec WordPress, Link to Link, qui intègre les relations définies par CiTO.
A l’origine de CiTO, David Shotton, un enseignant du département de zoologie de l’université d’Oxford. Link to Link est développé par Martin Fenner, médecin et chercheur en cancérologie à Hannovre. Il semble que les auteurs sont en train de prendre l’amélioration de leur « citabilité » en main. Et pourquoi pas ? #justdoit
[photo : linkogecko]
